ÉTAPE 8 : LA CÉSARIENNE CHEZ LA CHIENNE : PRÉPARATION DE L’ANIMAL ET GESTION DE L’ANESTHÉSIE - Le Point Vétérinaire n° 436 du 01/12/2022
Le Point Vétérinaire n° 436 du 01/12/2022

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Auteur(s) : Juliette Roos-Pichenot*, Emmanuel Topie**

Fonctions :
*(dipEcar)
Anirepro
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76520 Boos
9 avenue Louis Breguet
78140 Vélizy
**(dipEcar)
Anirepro
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51100 Reims
1 rue Delasalle
59110 La Madeleine

La durée de l’anesthésie ayant un fort impact sur la viabilité des chiots, l’organisation de l’intervention chirurgicale doit être optimale.

La première étape d’une césarienne réussie est une prise de décision judicieuse. En effet, la mortalité néonatale passe à 13,7 % chez les chiennes dont le traitement est initié cinq à vingt-quatre heures après le début de la phase de travail, versus 5,8 % après une à quatre heures et demie d’efforts [1].

Deux articles vont détailler les étapes qui se déroulent lorsque la décision est prise de pratiquer une césarienne. Dans ce premier volet, l’organisation de l’intervention et la gestion de l’anesthésie sont abordées. Un second article présentera le temps chirurgical et la gestion de la période postopératoire immédiate.

TYPES DE CÉSARIENNE

Il existe deux types de prise en charge chirurgicale :

- la césarienne d’urgence : la mise bas a commencé, la chienne a perdu les eaux ou a déjà expulsé un ou plusieurs fœtus, l’intervention est donc pratiquée en cas de dystocie ;

- la césarienne programmée : l’acte est pratiqué avant le début de la mise bas chez une chienne qui n’est pas encore en phase de travail, et en l’absence de souffrance maternelle ou fœtale.

Ces deux cas de figure impliquent des conditions opératoires très différentes (tableau). Bien que la réalisation d’une césarienne programmée comporte de nombreux avantages, il convient de privilégier la mise bas naturelle chez la chienne qui ne présente pas de risque de dystocie. Chez les animaux dits “à risque”(1), une programmation est indiquée pour optimiser les chances de survie de l’intégralité de la portée et assurer à la mère une anesthésie dans les meilleures conditions possibles. La prise de décision d’une césarienne doit donc toujours être raisonnée afin de ne pas devenir une intervention “de convenance” pour le propriétaire.

PRÉPARATION DE L’INTERVENTION

L’objectif d’une césarienne est double : prévenir les complications chez la chienne afin de la rendre à ses propriétaires dans un bon état général, mais aussi assurer la viabilité de la portée, notamment dans le cas d’une intervention d’urgence, du mieux possible selon l’état de vitalité des fœtus à l’admission.

1. Bilan préanesthésique

Lorsque la césarienne est décidée, un bilan préanesthésique est à réaliser au préalable. Ce bilan inclut un examen clinique général complet et une évaluation des paramètres hémato-biochimiques comprenant une analyse biochimique standard (glycémie et dosage de l’urée et de la créatinine a minima), une numération formule sanguine ou au moins un hémogramme, et un bilan électrolytique avec en particulier le dosage du calcium ionisé. Dans le cadre d’une césarienne programmée, le bilan électrolytique apparaît moins important même s’il demeure recommandé.

2. Matériel et personnel soignant

Avant d’entamer le protocole anesthésique, il est nécessaire de prévoir les besoins en matière d’équipe soignante, en comptant idéalement une personne par chiot à réanimer, ainsi qu’en matériel. Dans ce contexte, il convient de préparer et d’avoir à disposition :

- une paillasse propre recouverte d’alaises (pour éviter au maximum le contact des nouveau-nés avec le matériel de la clinique) ;

- du papier absorbant en grande quantité et prédécoupé (voire des serviettes, des alaises, etc.) ;

- une source de chaleur (bouillottes sous les alaises qui doivent être chaudes, donc à remplir au dernier moment) ;

- une trousse de réanimation des nouveau-nés (encadré) ;

- une zone d’attente et de maintien au chaud des chiots, l’idéal étant une couveuse (photo 1).

3. Préparation de la chienne

Une préoxygénation de la mère et la mise en place d’une perfusion de cristalloïdes à bas débit (2 ml/kg par heure) sont conseillées pendant l’ensemble des préparatifs [7]. Une injection intraveineuse de métoclopramide, à la dose de 0,3 mg/kg, est recommandée pour son action antiémétique et afin de favoriser la production de lait. En outre, mieux vaut tondre l’abdomen de la chienne et réaliser un premier nettoyage lorsqu’elle est encore vigile. En effet, des études récentes montrent que la durée de l’anesthésie, celle entre l’induction et le début de l’intervention et celle de l’intervention ont un impact sur la viabilité des chiots [3, 6, 8].

Ainsi, dans l’étude de Proctor-Brown par exemple, la mortalité néonatale augmente lorsque l’anesthésie dépasse deux heures, que l’intervalle entre l’induction et le début de l’intervention est supérieur à 45 minutes, et que la durée de l’intervention chirurgicale excède 75 minutes [6]. Il est donc essentiel que le temps soit optimisé pour réduire la durée de l’anesthésie, et en particulier la phase entre l’induction et le début de l’intervention. Pour cela, il est généralement préférable que cet acte soit pratiqué par un chirurgien expérimenté.

GESTION DE L’ANESTHÉSIE

Le choix du protocole anesthésique doit prendre en compte des facteurs spécifiques à cette intervention, liés au statut gestant de l’animal et au fait que les chiots doivent respirer rapidement dès la naissance. Ainsi, une anesthésie optimale doit permettre une bonne narcose de la chienne, une analgésie efficace, un réveil doux et rapide, une réanimation néonatale simple et immédiate et le développement rapide du comportement maternel, ces deux derniers points étant particuliers à la césarienne. Toutes les molécules anesthésiques traversent le placenta. Cependant, les proportions et la vitesse du passage de ces molécules varient en fonction de leur caractère liposoluble ou non, ainsi que de leur poids moléculaire.

1. Prémédication

Le recours aux α2-agonistes lors d’une césarienne reste une pratique controversée en raison de leur effet dépresseur sur les chiots. Ainsi, si certains auteurs proposent des protocoles qui les incluent, l’état actuel des connaissances ne permet pas de les utiliser en toute sécurité [2, 3].

2. Induction, maintien et réveil

L’induction de l’anesthésie doit être réalisée par voie intraveineuse [4, 7]. Le propofol et l’alfaxalone sont les deux molécules qui affichent les meilleurs résultats. Elles sont à utiliser en bolus, selon les besoins de l’animal. L’objectif est de pouvoir intuber la chienne afin de mettre en place un relais gazeux. L’utilisation de la kétamine ou de la xylazine est en revanche contre-indiquée [4].

Le maintien de l’anesthésie générale est assuré par des agents volatils. Le sévoflurane et l’isoflurane sont utilisés dans ce cadre. Pendant l’intervention, la perfusion doit être augmentée (entre 5 et 10 ml/kg par heure) et la pression artérielle très régulièrement contrôlée.

Après l’intervention, la chienne doit se réveiller calmement et sous surveillance stricte. Les chiots peuvent être mis à la tétée, mais sans contact direct avec la mère. Bien que l’objectif soit une sortie la plus rapide possible de la chienne avec sa portée, il convient de bien vérifier au préalable que ses paramètres vitaux (fréquences cardiaque et respiratoire, temps de remplissage capillaire, pression artérielle) sont dans les normes et qu’elle est capable de se déplacer sans assistance. Le propriétaire doit être averti qu’une somnolence peut persister au cours des heures qui suivent le réveil.

3. Analgésie

L’analgésie lors de césarienne est une pratique encore très discutée par les spécialistes. En effet, s’il est acquis qu’une analgésie est essentielle pour le bien-être de la chienne et pour qu’elle puisse développer rapidement un bon comportement maternel, il convient également de prendre en compte l’effet dépresseur cardio-respiratoire des opioïdes sur les fœtus.

La réalisation d’une infiltration épidurale semble être une bonne solution analgésique [5, 9]. Cependant, elle rallonge le temps entre l’induction et le début de l’intervention chirurgicale, mais également le temps de récupération postopératoire de la mère, certaines molécules présentant un effet moteur [9].

Après avoir effectué un premier nettoyage, la réalisation d’une infiltration traçante sur la ligne blanche à l’aide de lidocaïne, à la dose de 2 mg/kg diluée, assure l’obtention d’une anesthésie locale efficace qui peut être complétée, une fois que la plaie musculaire est refermée et avant la suture du tissu sous-cutané, par une infiltration de bupivacaïne ou de ropivacaïne : le volume nécessaire, dilué, doit permettre l’infiltration de la plaie, sans dépasser 1 mg/kg. Cette méthode permet d’obtenir une analgésie pendant plusieurs heures.

L’utilisation d’opioïdes par voie intraveineuse avant la sortie des nouveau-nés est discutable. En revanche, cette injection est indiquée dès la naissance du dernier chiot à la dose habituelle de 0,2 à 0,3 mg/kg.

En période postopératoire, l’administration d’anti-inflammatoires non stéroïdiens est également controversée. Si aucun consensus n’est établi à ce sujet, le confort de la mère et sa capacité à s’occuper des chiots sont à prendre en compte. Ainsi, une administration avant le départ de la clinique est envisageable. Le relais à la maison doit être évalué selon l’évolution de la douleur observée chez la chienne, objectivée via son comportement maternel.

GESTION DU RISQUE INFECTIEUX

La mise en place d’une antibiothérapie préopératoire puis postopératoire ne doit pas être systématique. Elle dépend de l’intervention en elle-même et de l’état du contenu utérin.

  • (1) Voir l’étape 5 : « Prendre en charge une gestation chez la chienne ».

Références

  • 1. Darvelid AW, Linde-Forsberg C. Dystocia in the bitch: a retrospective study of 182 cases. J. Small Anim. Pract. 1994;35(8):402-407.
  • 2. De Cramer KGM, Joubert KE, Nöthling JO. Puppy survival and vigor associated with the use of low dose medetomidine premedication, propofol induction and maintenance of anesthesia using sevoflurane gas-inhalation for cesarean section in the bitch. Theriogenology. 2017;96:10-15.
  • 3. Groppetti D, Di Cesare F, Pecile A et coll. Maternal and neonatal wellbeing during elective C-section induced with a combination of propofol and dexmedetomidine: how effective is the placental barrier in dogs? Theriogenology. 2019;129:90-98.
  • 4. Kraus BH. Anesthesia for cesarean section in the dog. In: Neonate and Pediatric Medicine. Vet. Focus. 2016;26(1):24-31.
  • 5. Martin-Flores M, Moy-Trigilio KE, Campoy L et coll. Retrospective study on the use of lumbosacral epidural analgesia during caesarean section surgery in 182 dogs: impact on blood pressure, analgesic use and delays. Vet. Rec. 2021;188(8):e134.
  • 6. Proctor-Brown LA, Cheong SH, Diel de Amorim M. Impact of decision to delivery time of fetal mortality in canine caesarean section in a referral population. Vet. Med. Sci. 2019;5(3):336-344.
  • 7. Robertson S. Anaesthetic management for caesarean sections in dogs and cats. In Pract. 2016;38(7):327-339.
  • 8. Schmidt K, Feng C, Wu T et coll. Influence of maternal, anesthetic, and surgical factors on neonatal survival after emergency cesarean section in 78 dogs: a retrospective study (2002 to 2020). Can. Vet. J. 2021;62(9):961-968.
  • 9. Vilar JM, Batista M, Pérez R et coll. Comparison of 3 anesthetic protocols for the elective cesarean-section in the dog: effects on the bitch and the newborn puppies. Anim. Reprod. Sci. 2018;190:53-62.

Points clés

• Il est important de différencier la césarienne programmée de la césarienne d’urgence, car la prise en charge n’est pas tout à fait identique.

• L’établissement d’un protocole anesthésique adapté est la première clé de la réussite d’une césarienne, tant pour la mère que pour les chiots.

• L’anesthésie doit permettre à la fois une bonne narcose et une bonne analgésie afin de réduire l’impact de l’acte chirurgical sur le comportement maternel et la production de lait.

• La durée de l’intervention et celle de l’anesthésie ont un impact sur la mortalité néonatale. Afin de gagner le plus de temps possible, il convient de tout préparer avant l’induction de la chienne.

Encadré
COMPOSITION DE LA TROUSSE DE RÉANIMATION DES NOUVEAU-NÉS

- Des gants.

- Des tissus propres.

- Un mouche-bébé, une poire ou de petites seringues (photo 2).

- Du fil non stérile pour ligaturer les cordons ombilicaux.

- Une paire de ciseaux propre.

- Du désinfectant (povidone iodée en solution, chlorhexidine).

CONCLUSION

La césarienne est souvent considérée comme une intervention qui pose un défi anesthésique. En effet, si les règles classiques de l’anesthésie s’appliquent à cet acte, il existe cependant des particularités qu’il convient de ne pas négliger, au risque de mettre en danger la chienne ou les fœtus. La mise en place du protocole doit donc prendre en compte les précautions concernant la mère sans oublier la nécessité d’une réanimation rapide d’une portée qui aura été soumise à toutes les molécules administrées pendant l’intervention. Enfin, la règle d’or de la césarienne consiste à préparer en amont le maximum d’éléments pour l’intervention au sens large, afin de réduire le temps anesthésique et d’augmenter ainsi les chances de survie des nouveau-nés.

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