THROMBOPENIE ET LEUCOPENIECHEZ UN CHIEN - Le Point Vétérinaire n° 435 du 01/11/2022
Le Point Vétérinaire n° 435 du 01/11/2022

CYTOLOGIE

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Delphine Rivière*, Typhaine Lavabre**

Fonctions :
*(CES hématologie et biochimie animales, DU cytologie hématologique)
**(dipECVCP, CES hématologie et biochimie animales)
Laboratoire Inovie Vet
90 rue Nicolas Chedeville
34070 Montpellier

PRÉSENTATION CLINIQUE

Un chien grand munsterlander mâle entier, âgé de 5 ans et vivant dans le Puy-de-Dôme, est présenté pour un abattement et une faiblesse qui évoluent depuis une semaine, avec l’apparition d’une anorexie 36 heures auparavant accompagnée d’efforts vomitifs. Le dernier traitement antiparasitaire externe remonte à trois mois avant la consultation et le statut vaccinal est inconnu.

À l’examen clinique, les muqueuses sont roses, la température corporelle est de 38,5 °C. L’auscultation cardio-pulmonaire ne montre pas d’anomalie. Seule une douleur abdominale caudale est suspectée à la palpation. Les résultats du bilan biologique d’orientation (glucose, créatinine, urée, phosphates, calcium total, protéines totales, albumine, globulines, alanine aminotransférase, phosphatases alcalines, gamma-glutamyl transférase, bilirubine totale, cholestérol, amylase et lipase) sont dans les intervalles de référence. En revanche, la numération formule sanguine révèle une thrombopénie très marquée et une leucopénie*. Dans le cadre de l’exploration de ces deux cytopénies, avec une hypothèse diagnostique prioritaire de maladie à tiques, un test rapide antigénique de recherche est réalisé, mais se révèle négatif. En conséquence, un frottis sanguin est envoyé au laboratoire pour interprétation (photos 1 et 2).

Qualité des images observées au microscope

→ Le frottis est de qualité moyenne, avec quelques zones de lecture où les hématies sont correctement espacées et de nombreuses zones plus compactes, avec des artefacts de coloration formant des dépôts granuleux extracellulaires.

Description et interprétation des images

→ Sur le frottis sanguin, un faible nombre de plaquettes et des hémoparasites intra-érythrocytaires sont visualisés, ainsi que des lymphocytes à grains et des monocytes réactionnels (vacuolisation). Ces observations sont en faveur d’une piroplasmose, avec thrombopénie et leucopénie, mais sans anémie.

  • * Globules blancs à 3,5.109/l (valeurs usuelles de 5,05 à 16,76.109/l), granulocytes neutrophiles à 1,47.109/l (2,95 à 11,64.109/l), lymphocytes à 0,92.109/l (1,95 à 5,10.109/l), plaquettes à 48.103/µl (148 à 484.103/µl).

Références

  • 1. Boozer AL, Macintire DK. Canine babesiosis. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2003;33 (4):885-904.
  • 2. Irwin PJ. Canine babesiosis. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2010;40 (6):1141-1156.
  • 3. Kettner F, Reyers F, Miller D. Thrombocytopaenia in canine babesiosis and its clinical usefulness. J. S. Afr. Vet. Assoc. 2003;74 (3):63-68.
  • 4. Liu IL, Chi NY, Chang CL et coll. A novel PCR-based point-of-care method enables rapid, sensitive and reliable diagnosis of Babesia gibsoni infection in dogs. BMC Vet. Res. 2019;15 (1):428.
  • 5. Pijnacker T, Bartels R, van Leeuwen M et coll. Identification of parameters and formulation of a statistical and machine learning model to identify Babesia canis infections in dogs using available ADVIA hematology analyzer data. Parasit. Vectors. 2022;15 (1):41.
  • 6. Santos FBD, Gazeta GS, Correa LL et coll. Molecular evaluation of piroplasms and hematological changes in canine blood stored in a clinical laboratory in Niterói, Rio de Janeiro. Rev. Bras. Parasitol. Vet. 2020;29 (3):e012420.
  • 7. Solano-Gallego L, Sainz A, Roura X et coll. A review of canine babesiosis: the European perspective. Parasit. Vectors. 2016;9 (1):336.

Conflit d’intérêts : Aucun

DISCUSSION

“La piroplasmose est souvent présentée comme la combinaison d’un syndrome fébrile et d’un syndrome hémo­lytique, à des degrés divers [2]. Cependant, la présentation clinique et les modifications hématologiques sont sujettes à une certaine variabilité, comme le démontre le cas décrit : le chien ne présentait ni hyperthermie ni anémie, malgré une masse érythrocytaire en limite basse [7]. Sur le plan hématologique, il est important de retenir que la modification la plus significative est en fait la thrombopénie [5]. En effet, les diverses publications la rapportent quasiment systématiquement (90 à 99 % des cas), alors que l’anémie n’est objectivée que dans 60 à 70 % des cas [1, 3, 6]. De rares articles décrivent même des cas de piroplasmose chez des chiens présentant une polyglobulie [1]. Dès lors, toute thrombopénie doit conduire à inclure la piroplasmose dans les hypothèses diagnostiques (ainsi que les autres maladies vectorielles), qu’elle soit ou non accompagnée d’une anémie et des autres signes évocateurs de la maladie. Lorsqu’une anémie est présente, et bien que périphérique (destruction des hématies), elle est souvent non régénérative, car détectée durant la phase précoce. La numération leucocytaire, très variable, est diminuée, normale, augmentée, voire très augmentée (avec une réaction leucémoïde possible) [1]. La modification morphologique des leucocytes (vacuolisation des monocytes, lymphocytes à grains) peut aider à la suspicion. Toutefois, les granulations cytoplasmiques dans les lymphocytes sont visibles avec la coloration de May-Grünwald Giemsa (mais pas RAL ou Diff-Quick) et leur absence n’exclut en rien la maladie. La méthode de détection des parasites la plus simple, la moins onéreuse et la plus rapide est l’examen du frottis sanguin. Elle reste néanmoins moins sensible que la réaction de polymérisation en chaîne (PCR), en particulier pour les « petites » formes de piroplasmes. Pour augmenter la probabilité d’un diagnostic, il est conseillé de le réaliser à partir de sang capillaire, théoriquement enrichi en hématies parasitées, ou de réaliser un buffy coat [1, 4, 7]. L’examen du frottis doit en premier lieu confirmer la thrombopénie, puis cibler préférentiellement les hématies parasitées en queue de frottis et sur les bords, car elles s’y accumulent par un effet de gradient de densité. Un frottis sanguin de bonne qualité (étalement correct, séchage rapide, coloration adéquate) est essentiel pour améliorer la sensibilité et la spécificité. Attention toutefois, toute inclusion érythrocytaire n’est pas un piroplasme. Une inclusion pâle, bordée d’un contour bleu violacé est recherchée, avec un petit noyau excentré plus ou moins bien visible. Les inclusions réfringentes, non colorées, sont des artefacts. Lorsque l’examen du frottis sanguin est négatif, une recherche par PCR sur sang EDTA et/ou un essai thérapeutique sont nécessaires [7].

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