MYOCARDITE CHEZ UNE CHIENNE BEAUCERON DE 6 ANS - Le Point Vétérinaire n° 435 du 01/11/2022
Le Point Vétérinaire n° 435 du 01/11/2022

CARDIOLOGIE

Cardiologie

Auteur(s) : François Serres

Fonctions : (DESV médecine interne, option cardiologie)
Oncovet
Avenue Paul Langevin
59650 Villeneuve d’Ascq

Les myocardites canines se développent progressivement. Des études récentes ont permis de mieux connaître les signes cliniques et les anomalies paracliniques associés, mais l’étiologie de ces affections reste à déterminer.

Une chienne beauceron, âgée de 6 ans, est référée pour l’exploration d’une léthargie et d’une apathie, observées depuis plusieurs semaines et initialement associées à une phase de troubles respiratoires avec hyperthermie. Aucune fatigabilité à l’effort n’avait été rapportée jusqu’à ces derniers mois. Une nette perte de poids (1,5 kg en un mois) a récemment été constatée, combinée à une fonte musculaire. Le vétérinaire traitant a réalisé un bilan sanguin (analyse biochimique “de base” et numération formule sanguine) qui s’est révélé normal, hormis une élévation minime du taux d’alanine aminotransférase (Alat). Le vertebral heart scale, mesuré à 10,5 lors de l’examen radiographique du thorax, conduit à suspecter une cardiomégalie minime.

PRÉSENTATION DU CAS

1. Examen clinique

À l’examen clinique, l’animal apparaît très nerveux, polypnéique et présente une nette fonte musculaire. Aucune adénopathie périphérique n’est observée. L’auscultation met en évidence l’association d’un souffle systolique apexien gauche de 2 sur 6 et de bruits cardiaques légèrement assourdis. La fréquence cardiaque est un peu élevée (140 à 200 battements par minute). Le pouls est synchrone et relativement peu frappé.

2. Examen échocardiographique

Un examen échocardiographique est réalisé pour évaluer le souffle et la tachycardie. L’examen en mode bidimensionnel et temps-mouvement, sur une coupe petit axe transventriculaire obtenue par voie parasternale droite, montre un ventricule gauche à la taille et à la morphologie légèrement modifiées. La cinétique ventriculaire est dans les normes, avec une dilatation systolique et diastolique minime, associée à la présence de zones nettement hyper­échogènes (photo 1).

La mesure des volumes ventriculaires par la méthode de Simpson révèle des volumes diastoliques et systoliques légèrement supérieurs aux normes (selon les valeurs de référence établies par Wess et coll. en 2022). Une asynchronie des deux parois ventriculaires gauches est identifiée, avec un net retard de l’excursion systolique de la paroi postérieure du ventricule gauche par rapport au septum interventriculaire (photo 2).

L’examen électrocardiographique concomitant, qui met en évidence un rythme sinusal avec une fréquence cardiaque élevée (140 à 210 bpm) ainsi qu’un net élargissement des complexes QRS et un aspect de retard gauche, confirme l’existence d’un trouble de la conduction électrique cardiaque (bloc de branche gauche). Lors de l’examen en mode bidimensionnel de la valve mitrale et de l’atrium gauche, des feuillets mitraux et des cordages associés à l’aspect normal sont observés.

En mode Doppler couleur, un reflux mitral systolique est détecté : il occupe moins de la moitié de la surface atriale gauche et est associé à un atrium non dilaté (visualisé sur la coupe 2D trans­aortique obtenue par voie parasternale droite), avec un rapport atrium gauche/aorte mesuré à 1,2.

3. Examens sanguins

La présence de troubles de la conduction et d’une légère cardiomégalie avec des modifications de l’échostructure myocardique étant en faveur d’une atteinte myocardique, un examen biochimique complémentaire à celui du vétérinaire traitant est réalisé. Il révèle une élévation majeure du taux de tro­ponine I (mesurée 3 450 ng/l, la valeur “normale” étant inférieure à 50 ng/l). En revanche, le taux de protéine C réactive est normal (1,5 mg/l), un élément peu évocateur d’une atteinte myocardique liée à une affection systémique active. Un test sérologique rapide (Snap 4Dx, Idexx) pour la détection des maladies vectorielles (borréliose, ehrlichiose, anaplasmose) et un test sérologique pour la leishmaniose sont effectués : les résultats sont négatifs pour l’ensemble des affections recherchées.

4. Diagnostic

La chienne présente des modifications de l’échogénicité myocardique sans dysfonction systolique majeure, associées à des anomalies de conduction intracardiaque et à des signes sanguins compatibles avec une myocardite. Une antibiothérapie à base de doxycycline, à la dose de 11 mg/kg par jour per os, est mise en place pendant quinze jours. Une amélioration clinique, permise par la diminution rapide du taux de troponine I, est observée avec ce traitement.

DISCUSSION

1. Signes cliniques et diagnostic

Les myocardites sont relativement rares chez le chien. Une étude rétrospective importante a récemment précisé les caractéristiques épidémiologiques et cliniques de ces affections [1, 2]. Les critères diagnostiques n’ont pas encore été standardisés, cependant l’élévation de la troponine I est systématique et son taux dépasse 200 ng/l chez tous les animaux atteints. Aucune prédisposition sexuelle ou raciale n’est rapportée. Les signes cliniques associés sont souvent peu spécifiques (fatigabilité, dysorexie, tachycardie), et une hyperthermie ou un souffle cardiaque ne sont observés que chez un chien sur cinq, comme dans notre cas. Des dysrythmies, notamment des ectopies ventriculaires, sont en revanche très fréquemment décrites chez plus d’un animal sur deux [2]. L’examen sanguin est également peu caractéristique : thrombopénie et leucocytose neutrophilique affectent un chien sur deux, et l’augmentation des Alat (comme dans notre cas) est effective chez les deux tiers des chiens. L’examen échocardiographique identifie une dilatation cardiaque et une dysfonction systolique chez un animal sur deux, tandis que l’aspect hétérogène du myocarde, tel qu’il est observé dans notre cas, n’est signalé que chez un tiers des animaux [2]. Enfin, dans 16 % des cas, un épanchement péricardique est visualisé.

2. Identification de l’agent infectieux

Une maladie infectieuse sous-jacente, non identifiée dans notre cas, n’est diagnostiquée que chez la moitié des chiens environ [2]. L’agent infectieux en cause varie selon les études, dont les méthodes d’identification diffèrent également. Une étude ancienne révèle la présence de formes sporulées de Borrelia burgdorferi mises en évidence post-mortem à l’immunohistochimie chez six des onze chiens examinés [1]. Cet agent pathogène n’a cependant pas été retrouvé dans l’étude plus récente de Lakhdir et ses collaborateurs, qui identifie le plus souvent une origine bactérienne, notamment par l’extension myocardique d’une endocardite bactérienne [2]. Enfin, une étude a récemment été menée à partir de la réalisation de biopsies endomyocardiques chez des chiens présentant des dysrythmies ou des dysfonctions systoliques d’origine indéterminée. Les lésions histologiques d’une affection myocardique infectieuse chronique ont été retrouvées chez la moitié de ces animaux, ainsi que des traces d’ADN de plusieurs agents infectieux (parvovirus, virus de la maladie de Carré et Bartonella sp.).

3. Pronostic

Le pronostic lors de myocardite est réservé à court terme (près de la moitié des animaux meurent au cours des deux mois qui suivent le diagnostic), mais potentiellement favorable à moyen et long termes. Dans notre cas, aucun facteur pronostique défavorable n’a été identifié (urémie secondaire ou épanchement péricardique associé).

Références

  • 1. Janus I, Noszczyk-Nowak A, Nowak M et coll. Myocarditis in dogs: etiology, clinical and histopathological features (11 cases: 2007-2013). Ir. Vet. J. 2014;67 (1):28.
  • 2. Lakhdir S, Viall A, Alloway E et coll. Clinical presentation, cardiovascular findings, etiology, and outcome of myocarditis in dogs: 64 cases with presumptive antemortem diagnosis (26 confirmed postmortem) and 137 cases with postmortem diagnosis only (2004-2017). J. Vet. Cardiol. 2020;30:44-56.
  • 3. Santilli R, Grego E, Battaia S et coll. Prevalence of selected cardiotropic pathogens in the myocardium of adult dogs with unexplained myocardial and rhythm disorders or with congenital heart disease. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2019;255 (10):1150-1160.

Conflit d’intérêts : Aucun

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