NÉPHROMÉGALIE BILATÉRALE CHEZ UN CHAT ADULTE - Le Point Vétérinaire n° 434 du 01/10/2022
Le Point Vétérinaire n° 434 du 01/10/2022

NÉPHROLOGIE

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Pierre Guigo*, François Wauquier**, Aurore Fouhety***

Fonctions :
*Clinique TouraineVet
12, rue des Internautes
37210 Rochecorbon
**(Cert. CEAV-MI)

PRÉSENTATION CLINIQUE

Une chatte européenne stérilisée, âgée de 8 ans, est référée pour l’exploration d’une perte de poids et d’une dysorexie évoluant depuis deux semaines. Elle vit à l’intérieur et ses vaccinations et traitements antiparasitaires internes et externes sont à jour. L’examen clinique révèle un animal abattu, une déshydratation évaluée à 5 % et une néphromégalie bilatérale non douloureuse à la palpation abdominale. Un bilan sanguin biochimique montre une augmentation de la concentration plasmatique en urée (1,9 g/l, valeurs usuelles 0,2 à 0,6 g/l) et en créatinine (31,8 mg/l, valeurs usuelles 11 à 20 mg/l). Une échographie abdominale est réalisée et met en évidence un rein gauche à l’aspect modifié (photos 1 et 2).

Qualité des images échographiques

→ Les images sont de bonne qualité. La définition et le gain permettent de distinguer les différentes structures.

Description des images échographiques

→ Le rein gauche est de taille augmentée (5,6 cm de long). Son contour est irrégulier et un épaississement sous-capsulaire circonférentiel hypoéchogène, mesurant jusqu’à 5 mm, est visualisé. Le cortex est légèrement hyperéchogène et la distinction cortico-médullaire est atténuée. La cavité pyélique est discrètement dilatée. Le rein droit présente des lésions similaires.

Interprétation

→ Les lésions échographiques sont évocatrices d’un lymphome rénal. Des cytoponctions échoguidées des cortex rénaux sont réalisées et mettent en évidence une population de cellules rondes de grande taille à fort rapport nucléo-cytoplasmique, à noyau rond paracentral, à chromatine finement mottée et nucléolée et au cytoplasme basophile. Ces observations permettent de confirmer le diagnostic de lymphome rénal à grandes cellules blastiques.

Références

  • 1. D’Anjou MA, Penninck D. Kidneys and ureters. In: Atlas of Small Animal Ultrasonography, 2nd edition. Wiley-Blackwell. 2015:331-362.
  • 2. Griffin S. Feline abdominal ultrasonography: what’s normal? What’s abnormal? The kidneys and perinephric space. J. Feline Med. Surg. 2020;22(5):409-427.
  • 3. McAloney CA, Sharkey LC, Feeney DA et coll. Diagnostic utility of renal fine-needle aspirate cytology and ultrasound in the cat. J. Feline Med. Surg. 2018;20(6):544-553.
  • 4. Valdés-Martinez A, Cianciolo R, Mai W. Association between renal hypoechoic subcapsular thickening and lymphosarcoma in cats. Vet. Radiol. Ultrasound. 2007;48:357-360.

Conflit d’intérêts : Aucun

DISCUSSION

“Le lymphome rénal extranodal représente 5 à 20 % des lymphomes chez le chat [4]. Il est le plus souvent associé à des lésions rénales diffuses bilatérales, caractérisées par une néphromégalie, une irrégularité des contours rénaux, une hyperéchogénicité du parenchyme et un épaississement sous-capsulaire hypoéchogène [1]. D’autres atteintes, telles que des foyers ou des stries hyperéchogènes au sein de la médulla, une hypoéchogénicité de la médulla ou une pyélectasie et des nodules corticaux, peuvent également être observées [1].

Un épaississement sous-capsulaire hypoéchogène en forme de croissant ou en anneau entre la capsule et le cortex rénal est évocateur d’un lymphome rénal [4]. L’existence de cet épaississement permet d’établir le diagnostic de cette affection avec une sensibilité de 60,7 % et une spécificité de 84,6 % [4]. Bien que fréquemment associé au lymphome, il ne constitue cependant pas un critère pathognomonique et peut aussi être présent lors de forme humide de péritonite infectieuse féline, de tumeur rénale maligne indifférenciée et de carcinome rénal anaplasique [2]. Cette anomalie, lorsqu’elle est associée au lymphome, est bilatérale dans 82,3 % des cas [4]. Elle apparaît le plus souvent vascularisée en mode Doppler couleur, et ne doit pas être confondue avec l’accumulation de liquide visualisée lors de pseudokyste périrénal, qui prend alors un aspect anéchogène et non vascularisé [2, 4]. Également décrite chez l’humain, cette anomalie correspondrait à une infiltration lymphomateuse sous-capsulaire [2, 4]. La présence d’un épaississement sous-capsulaire pourrait être expliquée par l’anatomie des voies de drainage lymphatique rénal, formées par un système capsulaire superficiel de fins capillaires qui communiquent avec un second système formé de capillaires plus profonds dans la région du hile [4].

Lors de la suspicion d’un processus tumoral, et en particulier d’un lymphome rénal, les cytoponctions échoguidées des lésions permettent le plus souvent d’établir un diagnostic de certitude [1, 3]. Des biopsies échoguidées peuvent néanmoins se révéler nécessaires en cas de résultat cytologique non concluant [1].

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