ICONOGRAPHIE TYPIQUE DES ATTEINTES RESPONSABLES DE VOMISSEMENTS CHEZ LE CHIEN ET LE CHAT - Le Point Vétérinaire n° 434 du 01/10/2022
Le Point Vétérinaire n° 434 du 01/10/2022

IMAGERIE

Dossier

Auteur(s) : Tarek Bouzouraa*, Aureline Fonlupt**

Fonctions :
*Vetalpha 1305
route de Lozanne
ZA des Grandes Terres
69380 Dommartin
**Unité de médecine interne des animaux
de compagnie, VetAgro Sup
1 avenue Bourgelat
69280 Marcy l’Étoile
***Exercice exclusif en imagerie médicale
itinérante à Liergues (69)

L’échographie abdominale est un outil diagnostique important lors de vomissements chez le chien et le chat, qui permet de mettre en évidence des atteintes gastro-intestinales ou extradigestives.

Face à des vomissements, le bilan biochimique, l’ionogramme et l’analyse urinaire sont utiles en première ligne pour en préciser l’origine (extradigestive ou digestive)(1). Selon les premiers résultats, le recours à l’imagerie médicale est le plus souvent indispensable. L’échographie abdominale constitue un moyen simple, très accessible et peu onéreux pour évaluer les structures intra-abdominales digestives, les organes et les glandes annexes (vésicule biliaire, foie et pancréas, glandes surrénales) et l’appareil génito-urinaire. Cet article présente, à travers une sélection d’images échographiques, les principales lésions échographiques digestives et extradigestives qui peuvent être rencontrées lors de vomissements chez les animaux de compagnie.

1. ANOMALIES GASTRO-INTESTINALES FRÉQUENTES

Lésions de gastrite

L’objectif de la démarche diagnostique est de discerner un changement échographique au niveau de la paroi gastrique, potentiellement à l’origine d’un processus pathologique inflammatoire.

Les couches qui composent les parois gastrique et intestinale sont, depuis l’extérieur vers l’intérieur, la séreuse (fine ligne hyperéhogène), la musculeuse (couche anéchogène), la sous-muqueuse (couche hyperchogène) et la muqueuse (couche anéchogène). Les critères échographiques d’une gastrite sont l’association d’un épaississement pariétal focal ou diffus, supérieur à 5 mm chez le chien et à 3,6 mm chez le chat, et la préservation de l’échostructure pariétale en couche (photo 1) [1, 2, 8, 18, 22].

Maladie inflammatoire chronique intestinale

Lors de maladie inflammatoire chronique des intestins (Mici), un épaississement pariétal diffus est observé qui s’étend au-delà de certains seuils rapportés (photo 2 et tableau). Il est difficile, voire impossible, de différencier une Mici d’un lymphome intestinal de bas grade chez le chat, une espèce chez laquelle l’épaississement pariétal diffus peut également correspondre à un lymphome [2, 8].

Des études en échographie médicale proposent l’emploi de critères plus fins pour améliorer la détection des lymphomes félins de bas grade. Ainsi, une proéminence de la sous-couche musculeuse, avec un rapport musculeuse/sous-muqueuse supérieur à 1, suggérerait une possible atteinte par un lymphome intestinal, bien qu’une Mici ne soit pas totalement exclue [2, 8]. Un autre critère en faveur de l’hypothèse de lymphome intestinal chez le chat est la mise en évidence d’une adénomégalie mésentérique plutôt marquée, avec un aspect arrondi, hypoéchogène, voire hétérogène, des nœuds lymphatiques (photo 3) [8]. Cependant, ces observations ne se substituent pas à l’exploration de cette hypothèse, notamment par le biais d’analyses cytologiques (sur des prélèvements par ponction à l’aiguille fine sous contrôle échographique) et histologiques (sur des biopsies pariétales ou perendoscopiques).

Tumeurs digestives

Les lésions échographiques évocatrices d’une infiltration néoplasique sont l’épaississement plus marqué de la paroi d’un segment digestif, associé à une perte d’échostructure pariétale en couches. La perte d’échostructure en couches est un critère clé, bien que non pathognomonique, d’une atteinte tumorale. Ces anomalies peuvent également s’accompagner d’adénomégalies internes marquées avec une hétérogénéité des nœuds lymphatiques (photos 4a et 4b) [6, 8]. Leur mise en évidence doit inciter le praticien à effectuer initialement une analyse cytologique sur du matériel issu d’une ponction à l’aiguille fine sous contrôle échographique. Cela permet d’obtenir une orientation diagnostique avant l’éventuelle réalisation de biopsies digestives.

Corps étrangers occlusifs

Une obstruction intestinale par un corps étranger entraîne une dilatation variable de plusieurs anses intestinales, situées en amont du site d’obstruction, voire de l’estomac, par du matériel liquidien contenant des particules en suspension (contenu alimentaire).

Le matériel fait des mouvements d’aller-retour dans la portion de l’anse dilatée, indiquant un transit inefficace. Le péristaltisme peut avoir tendance à diminuer de manière importante. Le corps étranger se présente le plus souvent sous la forme d’une structure hyperéchogène lisse ou irrégulière, associée à un cône d’ombre sous-jacent, avec une transition abrupte vers une anse complètement vide en aval. L’aspect des corps étranger et des artefacts associés dépend cependant de la nature du corps étranger en cause. Les graisses mésentériques locales peuvent être hyperéchogènes (photo 5). Plus l’obstruction est ancienne, plus les anses en amont du site d’obstruction sont dilatées et le péristaltisme réduit [11].

2. ANOMALIES EXTRADIGESTIVES FRÉQUENTES

Pancréatite et cholécystite

Lors de pancréatite aiguë, plusieurs anomalies peuvent être visualisées à l’échographie. Elles incluent un épaississement du parenchyme pancréatique (au-delà de 9 mm d’épaisseur pour le lobe gauche et 6 mm pour le lobe droit) avec des contours irréguliers, une hypoéchogénicité et/ou hétérogénéité parenchymateuse, une dilatation du conduit pancréatique au-delà de 2,5 mm de diamètre, une hyperéchogénicité des graisses mésentériques péripancréatiques (synonyme de cytostéatonécrose et de péritonite focale), un possible épanchement abdominal cranial et une atteinte duodénale par contiguïté caractérisée par un épaississement pariétal segmentaire d’origine inflammatoire et une “plicature”, c’est-à-dire un aspect plissé de la paroi (photo 6) [9, 20].

En cas de cholécystite, la paroi de la vésicule biliaire apparaît irrégulière ou épaissie au-delà de 1 mm chez le chat et de 1,5 mm chez le chien. Par ailleurs, un contenu échogène et/ou corpusculaire signe également un processus inflammatoire ou infectieux, avec une sensibilité d’environ 85 % (photo 7) [7, 24]. Lors de cholangite chez le chat, le conduit biliaire commun peut être dilaté à plus de 4 mm et sa paroi épaissie à plus de 1 mm. La sensibilité de ces anomalies pour la détection d’anomalies vésiculaires se situe entre 55 et 80 % selon les études [7].

Atteintes rénales

Un moyen simple de détecter une anomalie rénale à l’échographie est de rechercher une éventuelle différence de taille ou de forme entre les deux reins. Les signes échographiques de néphropathie chronique chez les animaux de compagnie sont une diminution de la taille des reins (moins de 4,5 cm de long chez le chien, avec toutefois d’importantes variations selon le gabarit, et 3 cm de long chez le chat), une irrégularité de leur contour, une hyperéchogénicité du cortex et une atténuation de la jonction cortico-médullaire (photos 8a à 8c) [4, 10]. Certains auteurs évoquent la possibilité d’évaluer la taille des reins chez le chien en fonction du diamètre de l’aorte : la longueur du rein doit être 5,5 à 9,1 fois plus importante que le diamètre aortique, selon la phase du cycle (respectivement en systole ou en diastole) [15]. Parfois, l’opérateur peut dépister des infarcti rénaux anciens (visibles sous la forme de lésions corticales triangulaires hyperéchogènes) ou des signes de minéralisation parenchymateuse (néphrocalcinose ou néphrolithe) [4].

Une pyélectasie discrète (dilatation des cavités pyéliques inférieure à 3 mm) peut apparaître lors de polyurie, de diurèse postobstructive ou compensatrice si l’autre rein est atrophié et a perdu sa fonctionnalité. Une pyélectasie marquée (plus de 5 mm) évoque une éventuelle anomalie d’écoulement des urines (subobstruction ou obstruction du haut appareil urinaire). Son association avec une dilatation urétérale proximale (supérieure à 3 mm) constitue un argument en faveur d’un urétérolithe problématique (obstructif ou subostructif) (photos 9a et 9b) [3, 21]. Lors de pyélonéphrite, une pyélectasie est observée, parfois associée à une discrète dilatation urétérale, à une hyperéchogénicité, à un épaississement et à une irrégularité des parois des bassinets rénaux, ainsi qu’à une bande hyperéchogène à la jonction cortico-médullaire [5, 21]. Ces atteintes sont moins fréquemment à l’origine de vomissements chez les animaux de compagnie. Lors de glomérulonéphrite, l’échographie révèle une néphromégalie avec une hypertrophie et une hyperéchogénicité corticale. La présence d’un épanchement anéchogène périrénal est également possible [10].

Prostatite chez le chien

Les cas de prostatite sont associés à une hypertrophie (au-delà de 30 mm de long, 20 mm de haut et 30 mm de large, selon le gabarit du chien examiné), une hétérogénéité, une hyperéchogénicité, la présence de cavités kystiques au sein du parenchyme et une hyperéchogénicité des graisses rétropéritonéales environnantes (photo 10) [13, 14]. Lors d’une suspicion de prostatite, il est déconseillé de réaliser des ponctions à l’aiguille fine, au risque de favoriser la dissémination d’un processus infectieux focal et d’induire un risque de péritonite septique [12, 23].

Pyomètre chez la chienne

Les modifications échographiques lors de pyomètre sont nombreuses et variées. La principale anomalie consiste en une dilatation bilatérale des cornes utérines par un contenu liquidien qui se présente sous la forme de structures tubulaires, avec un contenu anéchogène ou hypoéchogène (photo 11) [16, 19]. Les parois utérines ne possèdent que les sous-couches (muqueuse et musculeuse) qui ne sont pas faciles à distinguer à l’échographie, à l’inverse des sous-couches des parois intestinales. Ces informations permettent, en cas de doute de différencier la paroi utérine d’un segment intestinal [16, 19].

  • (1) Voir l’article « Étiologie des vomissements et démarche diagnostique chez le chien et le chat » dans ce dossier.

Références

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  • 8. Griffin S. Feline abdominal ultrasonography: what’s normal? what’s abnormal? The diseased gastrointestinal tract. J. Feline Med. Surg. 2019:21(11):1047-1060.
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Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

Face à des vomissements chez les carnivores domestiques, au-delà du bilan biologique, l’échographie abdominale constitue un outil incontournable de l’exploration clinique. Cet examen permet de mettre en évidence une atteinte gastro-intestinale ou extradigestive, et de réaliser des prélèvements (ponctions à l’aiguille fine le plus souvent) sous contrôle échographique en vue de poursuivre la démarche diagnostique et d’envisager la meilleure prise en charge.

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