UROLITHIASES CHEZ UN COCHON D’INDE - Le Point Vétérinaire n° 433 du 01/09/2022
Le Point Vétérinaire n° 433 du 01/09/2022

UROLOGIE DES NAC

Nouveaux animaux de compagnie

Auteur(s) : Cédric Will*, Steve Manon**

Fonctions :
*Clinique des Ducs de Bourgogne
11 ter rue Paul Langevin
21300 Chenôve
**CHV Pommery
226 boulevard Pommery
51100 Reims

Chez le cobaye, la cystotomie est la technique chirurgicale la plus utilisée, y compris lors de calcul urétral qui peut généralement être repoussé dans la vessie. La prise hydrique spontanée et des recommandations alimentaires peuvent prévenir les récidives d’urolithiases.

Un cochon d’Inde mâle entier, âgé de 7 ans, est présenté en consultation pour des cris à la miction et la présence de gouttes d’urine de couleur rosée, voire sanguinolentes, depuis trois jours. De plus, les propriétaires rapportent une anorexie et une anurie qui évoluent depuis douze à vingt-quatre heures. L’animal avait été opéré d’un calcul vésical dix mois auparavant.

PRÉSENTATION DU CAS

1. Anamnèse et commémoratifs

Lors du précédent épisode de calcul urinaire, des mesures environnementales et alimentaires avaient été préconisées, comme la diminution des apports minéraux de la ration et des sorties à l’extérieur. L’animal vit seul dans un environnement adapté, mange du foin à volonté ainsi que de la verdure (fenouil, poivrons, tomates, etc.) tous les jours. Il boit au biberon à bille. Il reçoit une complémentation en vitamine C, à la dose de 30 mg/kg, une fois par jour directement per os (photo 1).

2. Examen clinique et prise en charge d’urgence

À l’admission, le cobaye est alerte, normotherme, et ne semble pas déshydraté. Il pèse 890 g avec un score corporel évalué à 2 sur 5 et une amyotrophie modérée. L’abdomen est tendu et inconfortable à la palpation dans la région postérieure et l’arrière-train est souillé d’urine. Le reste de l’examen clinique est normal.

L’hématurie oriente vers plusieurs hypothèses diagnostiques. Des radiographies abdominales sont réalisées et montrent un calcul urétral proximal à l’aspect rugueux d’environ 5 à 6 mm, ainsi qu’une diminution du contraste abdominal et un élément à la radio-opacité augmentée dans la vessie, compatible en premier lieu avec des sédiments vésicaux (photos 2a et 2b).

Un analgésique (morphine à la dose de 2 mg/kg par voie sous-cutanée), un spasmolytique (phloroglucinol à raison de 10 mg/kg per os, Spasmoglucinol®) et un myorelaxant (midazolam à la dose de 0,5 mg/kg par voie sous-cutanée, Midazolam®) sont administrés immédiatement. La rétropulsion du calcul dans la vessie par un sondage urinaire est effectuée sous anesthésie gazeuse dans un second temps (photo 3). Une fluidothérapie intraveineuse d’entretien, à raison de 3 ml/kg par heure, est mise en place.

3. Examens complémentaires

Après le sondage, l’analyse des urines confirme la présence d’une hématurie vraie et l’examen du culot ne révèle pas de bactériurie. Des examens complémentaires sont réalisés afin d’évaluer la fonction rénale et de préciser l’atteinte du système urogénital. Une échographie permet de mettre en évidence une dilatation urétérale gauche (2 mm) et pyélique (4 mm) sans obstruction visible (photos 4a et 4b). Des signes d’urétérite et de cystite sont visualisés (épaississement de la paroi et échogénicité des graisses périphériques augmentées). Le bilan biochimique affiche des valeurs rénales doublées par rapport à l’épisode précédent : urée à 0,53 g/l versus 0,21 g/l l’année n – 1 (valeurs usuelles de 0,2 à 0,7 g/l), créatinine à 13 mg/l versus 6 mg/l l’année n – 1 (valeurs usuelles de 6 à 22 mg/l) [8].

4. Traitements et évolution

Le calcul est repoussé dans la vessie afin de réaliser une cystotomie, plus simple et présentant moins de risques postchirurgicaux qu’une urétrotomie. Cette technique chirurgicale est identique à celle réalisée chez les carnivores domestiques et permet le retrait du calcul le lendemain de l’admission. Ce dernier est composé de carbonate de calcium (calcite 100 %). Lors du contrôle radiographique en fin d’intervention, une dilatation gastrique aérique est visualisée. Le réveil intervient rapidement, sous oxygène et avec des mesures de réchauffement, de même que la reprise du transit et de la prise alimentaire spontanée.

Un traitement à base de diméticone (à la dose de 0,2 g/kg trois fois par jour per os, Polysilane Upsa®(1)) et de métoclopramide (à raison de 0,5 mg/kg trois fois par jour par voie sous-cutanée, Emeprid®) est instauré durant l’hospitalisation afin de permettre l’évacuation des gaz. Une antibiothérapie préventive est mise en place (triméthoprime-sulfadiazine à 30 mg/kg per os deux fois par jour pendant cinq jours, Adjusol®) avant la réception, cinq jours plus tard, de la bactériologie négative des urines qui avaient été recueillies par cystocentèse. L’animal reste hospitalisé une journée après l’intervention et le traitement antalgique est poursuivi au domicile, avec du tramadol (à la dose de 5 mg/kg deux fois par jour, puis une fois par jour, per os, Tralieve®) durant une semaine. Des soins de support (hygiène, nursing, réalimentation, etc.) et un changement de ration alimentaire sont recommandés au propriétaire, ainsi qu’un contrôle radiographique et biochimique un mois plus tard.

DISCUSSION

1. Composition des urolithes et épidémiologie

La composition des urolithes chez le cochon d’Inde a longtemps été discutée dans les études. Selon les plus récentes, la méthode optique seule n’est pas suffisante pour l’identification des cristaux, car elle fournit des résultats très proches pour les oxalates et les carbonates de calcium. La méthode spectrophotométrique, associée à des tests chimiques, est plus fiable. Il est actuellement admis que la plupart des calculs contiennent des carbonates de calcium (calcite) et sont généralement composés uniquement de ces cristaux, comme dans le cas présenté [3, 9].

Des cristaux de phosphates de calcium et ammoniaco-magnésiens (struvite) sont également décrits, grâce aux méthodes spectroscopiques et chimiques pour l’identification des minéraux [9]. Aucune prédisposition de sexe n’est actuellement confirmée. L’incidence de cette affection semble augmenter avec l’âge. Les localisations de ces calculs les plus couramment rapportées dans la littérature sont principalement la vessie puis l’urètre, comme dans notre cas, mais de nombreuses découvertes cliniques ou subcliniques adviennent au niveau des uretères à l’échographie [3]. Ces calculs ou minéralisations de petite taille sont classiquement responsables d’une urétérite.

2. Traitements

Les techniques chirurgicales urinaires sont semblables à celles mises en œuvre chez les carnivores domestiques, et par ailleurs bien décrites. Le choix a été fait de réaliser une cystotomie, car il s’agit de la méthode la plus largement utilisée chez le cobaye. Les techniques chirurgicales récentes utilisables chez le chien et le chat ne sont pas encore appliquées au cochon d’Inde : la cystolithotomie percutanée et la pose d’un subcutaneous ureteral bypass (SUB) semblent difficilement réalisables compte tenu de la nature très cristalline des urines.

L’urètre étant court et assez large chez la femelle cobaye, de nombreux auteurs recommandent le retrait par cystoscopie des calculs de moins de 5 à 6 mm à l’aide d’une optique de 2,7 mm [10]. Un cas de lithotripsie au laser assistée par la cystoscopie est décrit pour l’extraction d’un calcul urétral de 6,5 mm [2]. Pour les calculs les plus distaux, une étude rétrospective rapporte le succès d’une extraction manuelle, à l’aide d’un écarteur à élastiques, chez seize femelles [5]. Cette extraction peut également et plus simplement être réalisée par un simple taxis sous anesthésie gazeuse pour les petits calculs. Les traitements médicaux raisonnés à base d’une fluidothérapie intensive et de spasmolytiques peuvent être tentés lorsque les calculs sont de taille réduite. L’administration de citrate de potassium (à raison de 30 à 75 mg/kg per os toutes les douze heures) est aujourd’hui discutée en raison de ses propriétés de fixation du calcium. Les protocoles d’acidification des urines ne sont pas recommandés chez cette espèce dont les urines sont naturellement alcalines (pH 8-9) [7]. Les coïnfections étant rares, il semble pertinent de limiter à l’avenir l’administration d’antibiotiques et de les réserver uniquement lors d’un culot urinaire riche, d’une bactériologie positive ou d’autres signes d’infection bactérienne (hyperthermie, présence de pus, etc.).

3. Facteurs de risque

Les facteurs de risque des urolithiases sont nombreux (sédentarité, surpoids, mauvaise hygiène de la litière, maladie concomitante, inflammation ou infection du tractus urinaire, insuffisance rénale, prise de boisson insuffisante ou limitée) et incluent probablement des caractéristiques génétiques. Des apports en calcium excessifs, un déséquilibre minéral global de la ration ou un rapport phosphocalcique inadapté dans les apports nutritionnels (eau et alimentation) semblent favoriser l’apparition des urolithiases [7]. L’absence de rayons UVB ainsi qu’une surcomplémentation en vitamine C, comme dans le cas décrit, sont aussi des facteurs de risque évoqués dans l’altération du métabolisme du calcium, donc impliqués dans la physiopathologie des urolithiases [4].

4. Recommandations alimentaires et environnementales

Les mesures préventives s’articulent autour de l’augmentation de la prise hydrique spontanée et d’une alimentation adaptée. Ces préconisations ont été expliquées aux propriétaires de l’animal afin de modifier le régime alimentaire du cobaye. Bien que la plupart des cochons d’Inde aient l’habitude de boire au biberon, il semble préférable de leur proposer aussi une gamelle d’eau et de proscrire les eaux très riches en calcium ou en magnésium. Les recommandations sont plus strictes pour ce qui concerne le foin et les granulés (alimentation sèche) que pour la verdure qui est composée majoritairement d’eau et présente donc moins de risques d’apporter un excès de calcium. L’ajout de verdure fraîche en quantité est primordial : elle permet une production d’urine supérieure que lors d’un régime alimentaire sec, ainsi qu’un pH et une densité urinaire plus bas. Il convient de proposer un foin pauvre en calcium (proscrire la luzerne, le trèfle, le foin de Crau) et de limiter drastiquement la quantité d’extrudés, voire de ne pas en distribuer [7]. En effet, l’apport de calcium par les aliments secs est proportionnellement bien supérieur que par les végétaux frais qui apportent conjointement de l’eau. Les aliments à la faible teneur en calcium peuvent être utilisés essentiellement en cas d’antécédents de troubles urinaires (cystite, calculs, etc.), en prenant garde à ne pas fournir un régime hypocalcique. Le rapport phosphocalcique recommandé doit être inférieur à 1,3. D’autre part, la phytothérapie semble apporter un confort et limiter les risques de récidive : une association intéressante combine la canneberge (Vaccinium oxycoccos), la busserole (Arctostaphylos uva-ursi) et la piloselle (Pilosella officinarum). D’autres plantes telles que le tribule terrestre (Tribulus terrestris) et le chardon-marie (Silybum marianum) ont également montré leur intérêt [1].

Enfin, le mode de vie, l’hygiène, l’exercice et les autres recommandations environnementales classiques restent primordiaux.

  • (1) Médicament à usage humain.

Références

  • 1. Boussarie D, Faivre C. La phytothérapie chez les NAC : mammifères, oiseaux, reptiles, poissons. Med’Com, Paris. 2021:202-262.
  • 2. Coutant T, Dunn M, Langlois I et coll. Cystoscopic-guided lithotripsy for the removal of a urethral stone in a guinea pig. J. Exot. Pet Med. 2019;28:111-114.
  • 3. Hawkins mg, Ruby AL, Drazenovich TL et coll. Composition and characteristics of urinary calculi from guinea pigs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2009;234:214-220.
  • 4. Huynh M, Chassang L, Cottin E et coll. Les 60 consultations les plus fréquentes des petits mammifères. Med’Com. 2019:96-97.
  • 5. Lewis TT, Lennox AM. Nonsurgical removal of urethral uroliths using a self-retaining retractor with elastic stays in female guinea pigs (Cavia porcellus): 16 cases (2006-2019). J. Exot. Pet Med. 2021;36:11 15.
  • 6. Oglesbee BL. Blackwell’s Five-Minute Veterinary Consult: Small Mammal, 2nd edition. Wiley-Blackwell. 2011:720p.
  • 7. Pignon C, Mayer J. Guinea pigs. In: Ferrets, Rabbits an Rodents: Clinical Medicine and Surgery, 4th edition. Elsevier. 2020:270-297.
  • 8. Riggs SM. In: Current Therapy in Exotic Pet Practice. Mitchell MA, Tully TN eds. WB Saunders, Elsevier. 2009:463-481.
  • 9. Rogers KD, Jones B, Roberts L et coll. Composition of uroliths in small domestic animals in the United Kingdom. Vet. J. 2011;188:228-230.
  • 10. Wenger S, Hatt JM. Transurethral cystoscopy and endoscopic urolith removal in female guinea pigs (Cavia porcellus). Vet. Clin. North Am. Exot. Anim. Pract. 2015;18:359 367.

Conflit d’intérêts : Aucun

Points clés

• Les urolithiases sont fréquentes chez les cochons d’Inde. La radiographie permet souvent de les diagnostiquer.

• Les traitements médicaux étant peu concluants, sauf pour les calculs de petite taille, une extraction par les voies naturelles ou chirurgicale est à envisager dès que leur taille dépasse 3 mm chez le mâle et 5 mm chez la femelle.

• Des recommandations strictes concernant les aliments secs (foin, granulés) sont nécessaires afin de limiter les risques importants de récidive.

• La distribution de végétaux frais en quantité permet un apport d’eau. Ainsi, la phytothérapie semble avoir un intérêt majeur dans le traitement de cette affection.

CONCLUSION

Les urolithiases sont des affections fréquentes chez les cochons d’Inde et les mesures de prévention générales sont importantes. La radiographie est très informative, car les calculs de carbonate de calcium sont radio-opaques. Elle permet un diagnostic rapide dans la plupart des cas, excepté pour certains calculs urétéraux de petite taille qui nécessitent des examens d’imagerie en coupe. Les traitements dépendent de la localisation des urolithes, de leur caractère obstructif ou non, ainsi que du sexe de l’animal.

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