BOITERIE D’UN MEMBRE THORACIQUE CHEZ UN JEUNE CHAT - Le Point Vétérinaire n° 433 du 01/09/2022
Le Point Vétérinaire n° 433 du 01/09/2022

ORTHOPÉDIE

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Kévin Schreiber*, Alexandre Thibault**, Philippe Haudiquet***

Fonctions :
*Clinique VetRef
7 rue James Watt
49070 Beaucouzé
**(dipECVS, DESV chirurgie)

PRÉSENTATION CLINIQUE

Un chat maine coon mâle, castré et âgé de 8 mois, est présenté en consultation pour une boiterie du membre thoracique droit apparue brutalement un mois auparavant. Aucun traumatisme déclencheur n’est rapporté par les propriétaires. La boiterie n’a répondu que partiellement au traitement anti-inflammatoire instauré pendant cinq jours (méloxicam à la dose de 0,05 mg/kg per os) et au repos.

Lors de l’admission, aucune anomalie n’est observée à l’examen clinique général. L’examen orthopédique à distance met en évidence une boiterie du membre thoracique droit de grade 3 (boiterie permanente avec une diminution de l’appui estimée à 50 %), associée à une flexion diminuée de l’ensemble du membre. À l’examen rapproché, une douleur localisée à l’épaule est notée, sans tuméfaction associée. Des radiographies de profil des deux épaules sont réalisées en première intention (photos 1 et 2).

Qualité et description des images radiographiques

→ La densité, le contraste et la netteté des clichés radiographiques sont corrects. La qualité est satisfaisante pour l’interprétation.

→ L’aspect et l’opacité des tissus mous sont normaux pour les deux membres. Le cartilage de croissance de la tête humérale et du tubercule majeur gauches est régulier et continu. L’apposition entre la partie caudo-distale de la tête humérale et la région caudo-proximale de la métaphyse proximale de l’humérus gauche présente un aspect normal. Un effacement et un amincissement du cartilage de croissance de la tête humérale et du tubercule majeur droits sont observés. Un effacement des bords caudal et distal de la tête humérale est également noté. Aucun déplacement de la tête humérale et du tubercule majeur n’est visualisé. Le reste des structures osseuses et extra-osseuses apparaît normal.

Interprétation et diagnostic

→ Les images radiographiques sont compatibles avec une fermeture précoce du cartilage de croissance de la tête humérale et du tubercule majeur de l’humérus droit. L’hypothèse diagnostique principale est celle d’une fracture de Salter-Harris de type V.

Références

  • 1. Boekhout-Ta CL, Kim SE, Cross AR et coll. Closed reduction and fluoroscopic-assisted percutaneous pinning of 42 physeal fractures in 37 dogs and 4 cats. Vet. Surg. 2017;46(1):103-110.
  • 2. Hudson CC, Kim SE, Pozzi A. Percutaneous pinning for fracture repair in dogs and cats. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2020;50(1):101-121.
  • 3. Rubinos C, Meeson RL. Traumatic physeal fractures in cats: a review of 36 cases (2010-2020). J. Feline Med. Surg. 2022;24(2):98-106.
  • 4. Salter RB, Harris WR. Injuries involving the epiphyseal plate. J. Bone Joint Surg. 1963;45:587-622.
  • 5. Smith RN. Fusion of ossification centres in the cat. J. Small Anim. Pract. 1969;10(9):523-530.

Conflit d’intérêts : Aucun

DISCUSSION

“La plaque de croissance est le site de croissance des os par la transformation des cellules blastiques (chondroblastes et ostéoblastes) en cellules différenciées (chondrocytes et ostéocytes) [4]. La croissance se poursuit jusqu’à la fermeture de la plaque, obtenue entre 62 et 104 semaines pour l’humérus proximal du chat [5]. Une classification des lésions de la plaque de croissance en cinq types a été établie par Salter et Harris. Les types I et II ne sont pas articulaires et les types III et IV sont articulaires [4]. Le type V est un type particulier d’écrasement du cartilage de croissance lors duquel une fermeture précoce est observée par la destruction des cellules germinales (probable dans le cas présenté). Les fractures de Salter-Harris I et II sont les plus fréquemment rencontrées pour l’humérus proximal [3]. Le diagnostic est généralement établi via la radiographie [3]. Lorsque cela n’est pas possible, un examen tomodensitométrique peut être indiqué pour affiner le diagnostic, détecter d’éventuelles lésions associées (comme dans notre cas), préciser le pronostic et planifier la prise en charge chirurgicale(1). Une instabilité de la tête humérale et du tubercule majeur est fréquemment observée lors de lésion de la plaque de croissance avec, généralement, un déplacement caudal de l’humérus par rapport au cartilage de croissance(2) [2]. Une stabilisation chirurgicale est donc requise. Elle est obtenue à l’aide de broches de Kirschner, voire d’une vis de traction par un abord chirurgical usuel ou via une insertion mini-invasive percutanée [1]. Les implants sont retirés rapidement pour limiter le risque de fermeture précoce et de complications associées à leur présence [1, 2, 3]. Lors de fermeture précoce du cartilage de croissance, un traitement conservateur peut être mis en place [2]. Le pronostic fonctionnel dépend des conséquences de cette fermeture prématurée, notamment lors de défaut de croissance et/ou de déformation angulaire. Chez ce jeune chat, la mobilisation de l’épaule sous anesthésie générale ne montrait pas de signe d’instabilité. Une gestion conservatrice a été entreprise avec un suivi clinique et radiologique régulier.

(1) Expérience personnelle d’utilisation de l’examen tomodensitométrique.

(2) Déplacements latéral et médial décrits mais moins fréquents [2].

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