BÉNÉFICE/RISQUE DES ISOXAZOLINES POUR TRAITER LA DÉMODÉCIE CHEZ LE CHAT - Le Point Vétérinaire n° 433 du 01/09/2022
Le Point Vétérinaire n° 433 du 01/09/2022

DERMATOLOGIE-PARASITOLOGIE FÉLINE

Thérapeutique

Auteur(s) : Emmanuel Bensignor*, Maria Dolores-Sanchez**, Jacques Guillot***, Yassine Mallem****

Fonctions :
*Unité de dermatologie-parasitologie-mycologie d’Oniris
**Unité de pharmacologie et toxicologie d’Oniris
101 route de Gachet
44300 Nantes

Les isoxazolines ont révolutionné le traitement de la démodécie chez le chien. Leur utilisation pourrait également se révéler très intéressante dans cette indication pour l’espèce féline.

La démodécie est due à la présence et à la multiplication d’acariens du genre Demodex, des parasites permanents localisés dans les follicules pileux, les glandes sébacées et/ou à la surface de la peau. Cette maladie parasitaire, qui affecte la plupart des mammifères, est rare chez le chat en comparaison d’autres espèces comme le chien [6]. Les Demodex présentent une spécificité d’hôte absolue et, chez le chat, deux espèces sont clairement identifiées : Demodex cati, de forme longue et vivant dans le follicule pileux, et Demodex gatoi, de forme courte et vivant dans la couche cornée. Les signes cliniques observés en pratique dépendent beaucoup de l’espèce en cause : D. gatoi, par exemple, est contagieux et provoque un prurit [6, 9].

Le traitement de la démodécie fait appel à l’utilisation de molécules acaricides associées à des mesures hygiéniques cutanées et à la restauration du défaut immunologique responsable de la multiplication parasitaire, lorsque cela est possible.

UNE EXCELLENTE BIODISPONIBILITÉ

La mise à disposition récente des isoxazolines a révolutionné l’approche thérapeutique de cette dermatose. Ces molécules (fluralaner, afoxolaner et ésafoxolaner, sarolaner, lotinaler)(1) appartiennent à une nouvelle classe d’antiparasitaires à large spectre (insecticide et acaricide) [9]. Elles agissent en bloquant les courants transmembranaires initiés par l’acide gamma-aminobutyrique (Gaba) et le glutamate de façon dose-dépendante [9]. Rapidement absorbées par voie orale ou topique, elles sont distribuées dans le torrent sanguin où elles persistent plusieurs semaines, voire plusieurs mois (excellente biodisponibilité et demi-vie plasmatique longue) [9]. Pour les formes orales, il est généralement recommandé de les administrer avec un repas. L’excrétion des isoxazolines ainsi que de leurs métabolites s’effectue en grande partie par les matières fécales.

UNE EFFICACITÉ FONDÉE SUR DES OBSERVATIONS CLINIQUES

Plusieurs produits commercialisés disposent d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) chez le chien pour le traitement de la démodécie canine, avec une prise unique tous les mois (afoxolaner, lotilaner, sarolaner) ou tous les trois mois (fluralaner). Pour le chat, l’utilisation de ces molécules en cas de démodécie est encore anecdotique, mais plusieurs publications récentes laissent supposer qu’elles pourraient également être très intéressantes dans cette indication. Ainsi, le fluralaner a été utilisé avec succès chez un chat souffrant de démodécie généralisée (à la dose de 28 mg/kg par voie orale) et chez deux chats atteints de démodécie à D. gatoi (à raison de 26 à 34 mg/kg) [4, 5]. Par voie topique, en spot-on, il s’est révélé efficace à la posologie recommandée par l’AMM pour le chien dans un cas publié chez un chat souffrant de démodécie localisée, ainsi que dans une série de sept cas présentée en congrès [1, 2]. Quant au sarolaner, il a été utilisé dans un cas de démodécie à D. cati par voie orale (à la dose de 4 mg/kg) et pour un cas de démodécie localisée aux oreilles par voie locale en spot-on (à la dose pour chien de l’AMM), ainsi que chez deux chats atteints de démodécie à D. gatoi [3, 7, 8]. Pour tous les cas traités, la guérison clinique et parasitologique a été rapide : moins de trois mois chez tous les chats, voire moins de deux mois. Bien que les publications manquent sur le sujet, il est probable que les autres isoxazolines disponibles (lotilaner et afoxolaner/ésafoxolaner) présentent un profil d’efficacité similaire.

UN TRÈS BON PROFIL DE SÉCURITÉ

Les effets secondaires semblent rares chez le chat, quelle que soit la molécule (tableau). Le bénéfice/risque de cette classe d’antiparasitaires apparaît donc globalement excellent pour le traitement de la démodécie dans l’espèce féline. Dans ce contexte, le praticien dispose désormais, avec les isoxazolines, d’une potentielle solution thérapeutique sûre, relativement peu coûteuse, qui pourrait devenir le traitement de référence dans les années à venir de cette parasitose chez le chat. Notons toutefois qu’il s’agit d’une utilisation hors AMM, mais justifiée dans le cadre de la cascade thérapeutique, aucun produit commercialisé ne disposant en France d’une AMM pour la démodécie féline. Des études complémentaires sont indispensables pour conforter les données préliminaires exposées dans cet article.

  • (1) Pour rappel, le tigolaner appartient à la classe chimique des bispyrazoles et non à celle des isoxazolines. Il n’existe actuellement aucune information concernant une éventuelle activité de cette molécule insecticide/acaricide disponible depuis peu contre la démodécie féline.

Références

  • 1. Beccati MB, Pandolfi PP, Di Palma AD. Efficacy of fluralaner spot-on in cats affected by generalized demodicosis: seven cases. Abstracts 31st annual congress ECVD-ESVD. Vet. Dermatol. 2019;30:454.
  • 2. Bouza-Rapti P, Tachmazidou A, Farmaki R. Effectiveness of a fluaralaner spot-on formulation in a case of feline demodicosis due to Demodex cati. JFMS Open Rep. 2022;8(1):20551169211069529.
  • 3. De Almeida GPS, Campos DR, Scott FB et coll. Successful treatment of feline demodicosis with oral sarolaner: case report. Braz. J. Vet. Med. 2021;42:e113420.
  • 4. Duangkaew L, Hoffman H. Efficacy of oral fluralaner for the treatment of Demodex gatoi in two shelter cats. Vet. Dermatol. 2018;29(3):262.
  • 5. Matricoti I, Maina E. The use of oral fluralaner for the treatment of feline generalized demodicosis: a case report. J. Small Anim. Pract. 2017;58(8):476-479.
  • 6. Mueller RS, Rosenkrantz W, Bensignor E et coll. Diagnosis and treatment of demodicosis in dogs and cats: clinical consensus guidelines of the World Association for Veterinary Dermatology. Vet. Dermatol. 2020;31(1):5-27.
  • 7. Simpson AC. Successful treatment of otodemodicosis due to Demodex cati wigh sarolaner/selamectin topical solution in a cat. JFMS Open Rep. 2021;7(1):2055116920984386.
  • 8. Walker C. Treatment of Demodex gatoi mange in two sibling Bengal cats with a combination of selamectin and sarolaner. Compan. Anim. 2019;24(3):127-131.
  • 9. Zhou X, Hohman A, Hsu WH. Review of extralabel use of isoxazolines for treatment of demodicosis in dogs and cats. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2020;256(12):1342-1346.

Conflit d’intérêts : Jacques Guillot a, ces trois dernières années, réalisé des conférences et rédigé des documents techniques concernant les antiparasitaires en collaboration avec les sociétés Boehringer Ingelheim, Elanco, MSD et Vétoquinol.

CONCLUSION

L’utilisation des isoxazolines pour traiter la démodécie chez le chat se fait hors AMM, par voie orale ou transcutanée. D’après les résultats des dernières études, ces molécules apportent une solution efficace, agissent rapidement et leurs effets indésirables sont rares.

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