Le Point Vétérinaire n° 429 du 01/05/2022

CARDIOLOGIE

Dossier

Pr Valérie Chetboul

(dipl. ECVIM-CA cardiology, PhD, HDR)
Chef de l’unité de cardiologie d’Alfort (UCA), ENVA, Chuva-Ac
7 avenue du Général de Gaulle – 94700 Maisons-Alfort
Université Paris-Est-Créteil, Inserm, IMRB
8 rue du Général Sarrail – 94010 Créteil
valerie.chetboul@vet-alfort.fr

Le monde a été sidéré par la gravité et la grande variété des atteintes consécutives à l’infection au Sars-CoV-2, un phénomène inédit chez l’Homme pour un coronavirus. Logiquement, certains animaux domestiques ont contracté ce virus, sans expression clinique, sauf chez quelques chats et chiens.

Résumé

Depuis l’apparition de la Covid-19 chez l’Homme, de nombreux cas de carnivores domestiques infectés par le Sars-CoV-2 ont été rapportés, le chat semblant particulièrement prédisposé. La porte d’entrée du virus dans les cellules de l’organisme est un récepteur membranaire dénommé ACE2 (angiotensin converting enzyme 2) qui appartient au système rénine-angiotensine-aldostérone. Le récepteur ACE2 est exprimé dans les cellules épithéliales des voies respiratoires, le myocarde, les cellules endothéliales veineuses et artérielles, les reins, le foie, la cavité buccale, l’intestin et également le tissu adipeux, ce qui explique la diversité de l’expression clinique de la maladie, les manifestations respiratoires étant prédominantes. Le Sars-CoV-2 est ainsi à l’origine d’un déséquilibre du système rénine-angiotensine-aldostérone qui se surajoute à une action directe combinée à une réaction immunitaire parfois intense, provoquant une cascade de lésions essentiellement pulmonaires mais aussi, entre autres, cardiaques. L’expression clinique de l’infection au Sars-CoV-2, qui reste rare chez les carnivores domestiques, inclut principalement de la fièvre, un abattement, une anorexie, des troubles digestifs, respiratoires ou oculaires. Comme chez l’Homme, s’y ajoutent moins fréquemment divers signes cliniques cardiovasculaires. Plusieurs cas de myocardite ont été identifiés au Royaume-Uni, corrélés à un test Sars-CoV-2 positif (PCR ou sérologie), et au moins un en France. Pour ce dernier, les examens complémentaires ont abouti à une forte suspicion de myocardiopathie hypertrophique compliquée de myocardite. Il est très probable que l’obésité (avec un important dépôt de graisse dans les espaces pleural et péricardique, des tissus à haute expression du récepteur ACE2) ait favorisé ces complications. L’infection par le Sars-CoV-2 doit donc être désormais incluse dans le diagnostic différentiel des agents responsables de myocardite et de pneumonie chez le chat comme chez le chien.

Summary

SARS-COV-2 INFECTION AND HEART DISEASE IN DOGS AND CATS

Since the appearance of COVID-19 in humans, there have been numerous reports of dogs and cats being infected with SARS-CoV-2, with cats appearing to be particularly susceptible. The portal of entry of the virus into the body’s cells is a membrane receptor called ACE2 (angiotensin converting enzyme 2) belonging to the renin-angiotensin-aldosterone system. The ACE2 receptor is expressed in airway epithelial cells, myocardium, venous and arterial endothelial cells, kidney, liver, oral cavity, intestine and also adipose tissue, explaining the diversity of clinical expression of the disease, with respiratory manifestations predominating. SARS-CoV-2 causes an imbalance in the renin-angiotensinaldosterone system. In addition, the virus has a direct action combined with an immune reaction, that is sometimes intense, causing a cascade of lesions, mainly in the lungs but also in the heart. The clinical expression of SARS-CoV-2 infection remains rare in dogs and cats and mainly includes fever, depression, anorexia, digestive, respiratory or ocular disorders. As in humans, various cardiovascular clinical signs are less frequently seen. Several cases of myocarditis, correlated with a positive SARS-CoV-2 test (PCR or serology), have been identified in England and at least one in France. In the latter case, further investigation led to a strong suspicion of hypertrophic cardiomyopathy complicated by myocarditis. It is highly likely that obesity (with significant fat deposition in the pleural and pericardial spaces, tissues with high expression of the ACE2 receptor) may have favoured these complications. SARS-CoV-2 infection should therefore now be included in the differential diagnosis of agents causing myocarditis and pneumonia in both cats and dogs.

Key words

SARS-COV-2, HYPERTROPHIC CARDIOMYOPATHY, MYOCARDITIS, PNEUMONIA, CAT, DOG
L’infection au Sars-CoV-2 (ou severe acute respiratory syndrome coronavirus 2), à l’origine de pneumopathies très contagieuses et potentiellement mortelles, a émergé chez l’Homme dans la ville de Wuhan en Chine en décembre 2019 [44]. L’infection par ce coronavirus, encore appelée maladie à coronavirus 2019 (ou Covid-19), est déclarée pandémie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 11 mars 2020. Bien que l’expression clinique de la Covid-19 soit majoritairement respiratoire, les complications cardiaques directement et indirectement induites par le virus sont ...

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