EXÉRÈSE D’UN THYMOME PAR STERNOTOMIE CHEZ UN CHIEN - Le Point Vétérinaire n° 429 du 01/05/2022
Le Point Vétérinaire n° 429 du 01/05/2022

CHIRURGIE

Chirurgie

Auteur(s) : Mélissa Pottier*, Kévin Minier**

Fonctions :
*(dipl. ECVS)
Oncovet
Avenue Paul-Langevin
59650 Villeneuve d’Ascq

Le thymome est une tumeur rare chez les animaux de compagnie. Lorsqu’elle est possible, son exérèse est associée à un bon pronostic.

Un chien shih tzu, âgé de 11 ans, est présenté en consultation après la découverte radiographique d’une volumineuse masse médiastinale craniale à la suite d’un épisode de toux. Son état général est normal et la toux semble rétrocéder après un traitement anti-inflammatoire.

DIAGNOSTIC

L’examen au scanner révèle la présence d’une très volumineuse masse localisée dans le médiastin cranial et la quasitotalité de l’hémithorax gauche. Le cœur est décalé à droite, et les vaisseaux intrathoraciques majeurs semblent repoussés sans être envahis. Le lobe pulmonaire cranial gauche n’est pas visible, mais une petite partie du lobe caudal peut être observée cranialement au diaphragme (photo 1). Un mégaœsophage est recherché sans succès. Des cytoponctions sont réalisées en vue d’un examen cytologique. Les résultats sont en faveur d’un thymome.

TRAITEMENT

D’après les images obtenues au scanner, l’exérèse de la masse est techniquement réalisable. Après l’induction d’une anesthésie générale et une préparation chirurgicale conventionnelle, une sternotomie ventrale est effectuée à l’aide d’une scie oscillante. Le manubrium sternal est préservé, mais l’appendice xyphoïde est sectionné pour permettre l’accès à la partie caudale de la tumeur (photo 2).

Au fil de la dissection de la masse, deux adhérences majeures sont observées, l’une justifiant une péricardectomie partielle, l’autre une lobectomie partielle du lobe pulmonaire cranial gauche. Une fois la masse excisée, l’absence de fuite des lobes pulmonaires restants est vérifiée par l’insufflation des poumons immergés dans du liquide physiologique. Un drain thoracique est ensuite mis en place, et la sternotomie est refermée à l’aide de monofilaments irrésorbables fermés par des tubes à sertir.

SUIVI

Le drain est retiré après quatre jours d’hospitalisation durant lesquels une analgésie dégressive, adaptée à la douleur ressentie par l’animal (surveillance accrue des signes d’inconfort), est mise en place.

L’analyse histologique confirme le diagnostic de thymome. Un suivi via le scanner est conseillé tous les trois mois.

DISCUSSION

Le thymus, situé dans le médiastin cranial, est un organe qui participe à la réponse immunitaire chez le jeune chien. Il involue vers l’âge de 4 à 6 mois et est progressivement infiltré par du tissu graisseux. Le thymome, une lésion tumorale due à la prolifération de certaines cellules du thymus, est une entité rare mais qui représente la majorité des lésions médiastinales craniales chez le chien. Chez le chat, le lymphome est la tumeur la plus souvent décrite [1].

Les signes cliniques du thymome sont souvent peu spécifiques et incluent des troubles respiratoires (dyspnée, toux), une anorexie et des vomissements ou des régurgitations. Ces lésions sont d’évolution lente et le diagnostic est souvent établi au cours des deux à six mois qui suivent l’apparition des premiers symptômes [1].

Deux syndromes paranéoplasiques sont fréquemment associés au thymome : la myasthenia gravis et l’hypercalcémie. Le premier est dû à la production par l’orga nisme d’anticorps dirigés contre les récepteurs cholinergiques, qui peuvent être dosés pour confirmer le diagnostic. Cette affection, présente chez 40 % des chiens atteints de thymome, est souvent responsable d’une faiblesse généralisée, d’une paralysie laryngée et/ou d’un mégaœsophage. Ces animaux présentent parfois une pneumonie par fausse déglutition. Le syndrome se résout la plupart du temps spontanément, lors de l’exérèse de la masse, mais il est difficile d’anticiper les éventuelles séquelles nerveuses. L’hypercalcémie doit idéalement être corrigée médicalement avant la réalisation d’une anesthésie afin de limiter les risques liés à celle-ci (troubles du rythme cardiaque principalement). Dans le cas présenté, aucun de ces syndromes paranéoplasiques n’était présent, mais l’un comme l’autre ne sont pas des facteurs pronostiques négatifs [2].

Une lésion tumorale non thymique concomitante est présente dans 40 % des cas lors du diagnostic d’un thymome, et pourrait être associée à une diminution des médianes de survie [2]. La réalisation d’un examen au scanner du thorax et de l’abdomen est donc indispensable à l’évaluation des suspicions de thymome. Il permet de sélectionner les animaux qui ne sont pas opérables en raison d’une invasion vasculaire et de mettre en évidence d’éventuelles lésions tumorales non thymiques. Toutefois, l’imagerie ne permet pas d’anticiper toutes les adhérences locales, et seule l’exploration chirurgicale pourra alors les révéler.

En présence d’une masse médiastinale craniale, notamment si elle est volumineuse, la réalisation d’une sternotomie permet l’accès simultané aux deux hémithorax. Pour cette voie d’abord, les sternèbres sont sciées selon leur plan médian. Il est conseillé, lorsque cela est possible, de préserver le manubrium sternal et/ou l’appendice xyphoïde afin d’augmenter la stabilité lors de la reconstruction sternale, qui conditionne la bonne cicatrisation osseuse [1]. Le sternum peut être reconstruit à l’aide de fils de cerclage. Il est également possible d’utiliser des monofilaments irrésorbables de gros diamètre fermés par des tubes à sertir, dont la mise en place est plus facile et moins longue [3]. Le retrait de masses médiastinales cra niales de petite taille semble possible par une technique vidéo-assistée, mais peu de cas sont encore documentés. La médiane de survie après l’exérèse d’un thymome chez le chien est de 790 jours [2]. Une réduction du volume de la masse peut être obtenue via un traitement de radiothérapie. Néanmoins, peu de données publiées sont disponibles et les médianes de survie semblent globalement moins longues que pour les animaux opérés [2]. Un suivi fréquent par un examen au scanner (ou a minima radiographique) du thorax est conseillé afin de pouvoir réagir rapidement en cas de récidive locale.

Références

  • 1. Johnston SA, Tobias KM. Thymoma, surgical techniques. In: Veterinary Surgery: Small Animal. Elsevier, St. Louis. 2018:2044-2046.
  • 2. Robat CS, Cesario L, Gaeta R et coll. Clinical features, treatment options, and outcome in dogs with thymoma: 116 cases (1999-2010). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2013;243 (10):1448-1454.
  • 3. Rossanese M, Tomlinson A. Crimped monofilament nylon leader for median sternotomy closure in 10 dogs. Vet. Surg. 2021;50 (2):402-409.

Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

Le thymome est la tumeur médiastinale la plus courante chez le chien. Les signes cliniques qui lui sont associés sont fréquemment dus aux syndromes paranéoplasiques engendrés, la myasthenia gravis et l’hypercalcémie. Le traitement chirurgical est corrélé à un bon pronostic, mais un suivi rapproché est tout de même recommandé.

Abonné au Point Vétérinaire, retrouvez votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr