LA MÉDECINE PRÉVENTIVE DE LA POULE DE BASSE-COUR - Le Point Vétérinaire n° 428 du 01/04/2022
Le Point Vétérinaire n° 428 du 01/04/2022

MÉDECINE DES NAC

Dossier

Auteur(s) : Lauriane Devaux

Fonctions : NAC Atlan Vet
vétérinaire itinérante en médecine et chirurgie des NAC
44000 Nantes
nac-atlanvet.e-monsite.com

Le bilan de santé annuel de la poule domestique n’est pas encore entré dans les mœurs. Toutefois, certaines notions de médecine préventive de base sont à connaître, car elles sont essentielles au maintien de la bonne santé d’un groupe de poules.

La poule de compagnie est rarement présentée en clinique pour une consultation dite “de bonne santé”. Tout motif de consultation doit donc être mis à profit pour évaluer l’état de santé de ces animaux(1), ainsi que leurs conditions d’entretien à l’origine de certaines affections fréquentes(2). La consultation permet d’aborder avec le propriétaire la notion de médecine préventive vis-à-vis des maladies parasitaires et infectieuses. Enfin, l’évocation de la prévention de certains comportements gênants pour le propriétaire ou le voisinage (chant, agressivité, fugues, etc.) est conseillée pour anticiper d’éventuels incidents.

1. TRAITEMENTS ANTIPARASITAIRES

Les poules sont sensibles à de nombreuses espèces d’endoparasites et d’ectoparasites. Dans un souci de temps d’attente vis-à-vis de la consommation des œufs, il est préférable d’opter pour une gestion préventive des parasitoses plutôt que curative (médicamenteuse). Ces traitements ne doivent pas être une échappatoire à la mise en place de mesures prophylactiques environnementales : une bonne hygiène du milieu de vie, avec un nettoyage et une désinfection régulière du poulailler, voire une rotation des aires de promenade, se révèle intéressante pour limiter le risque d’infestation. Certaines associations de volailles peuvent être source d’infestations croisées (par exemple, l’histomonose touche principalement la dinde, mais peut aussi infecter la poule) [1, 8]. L’utilisation de poudre de pyréthrinoïdes naturels ou d’un chalumeau est également indiquée au moment du nettoyage du poulailler et permet, entre autres, de lutter contre le pou rouge (Dermanyssus gallinae) [7]. Les agents biologiques sont également une solution naturelle et sans danger pour lutter contre les parasites externes des poules. Par exemple, Androlis® contient un acarien prédateur du pou rouge, Androlaelaps casalis, et peut être utilisé efficacement sur l’oiseau et dans le milieu pour lutter contre Dermanyssus gallinae.

La présence d’un bain de sable dans le poulailler, contenant éventuellement de la terre de diatomée, peut aider à prévenir les infestations pathologiques par des parasites, mais cela est rarement suffisant lorsque la colonisation est trop importante. Le praticien peut alors conseiller la mise en place d’un traitement antiparasitaire externe classique [8]. Seul le fluralaner utilisé par voie orale possède une autorisation de mise sur le marché (AMM) chez la poule, avec un temps d’attente pour les œufs de zéro jour. Le phoxime affiche un temps d’attente de douze heures chez les poules pondeuses. Des traitements topiques (famille des avermectines) sont en général utilisés chez les oiseaux d’agrément, mais en l’absence d’AMM et de limites maximales de résidus (LMR) chez la poule, leur usage dans cette espèce revient à écarter définitivement les œufs et la viande des animaux traités de la consommation humaine(3).

Le traitement d’éventuelles parasitoses internes doit être effectué en cas de signes cliniques et sur la base d’analyses permettant d’identifier le ou les parasites en cause. La liste des médicaments anti­parasitaires internes avec une AMM et des LMR chez la poule est disponible dans le premier article de ce dossier(3).

2. VACCINATION DE LA POULE DE BASSE-COUR

La vaccination est un procédé de prévention des maladies infectieuses couramment utilisé chez la poule en élevage commercial. Il existe un large panel de vaccins permettant de protéger cet animal contre des bactéries, des virus ou des parasites [3]. Toutes les poules achetées dans le commerce sont en général vaccinées in ovo ou au stade de poussin de 1 jour contre la maladie de Marek, bien qu’il n’y ait aucune obligation vaccinale pour la poule dite “de loisir”, à l’exception des animaux présentés en exposition. En revanche, les individus provenant d’élevages familiaux sont rarement vaccinés. Ainsi, au sein d’une basse-cour, il n’est pas rare de voir cohabiter des animaux aux statuts vaccinaux différents. La mise en place d’un protocole de vaccination est fondée sur une analyse de la balance bénéfice/­risque [8]. Elle dépend du contexte sanitaire, de la pression infectieuse, de la sévérité de la maladie contre laquelle les animaux sont vaccinés, de l’efficacité du vaccin et de la durée de l’immunité, du type de vaccin disponible pour cet agent pathogène (vaccin vivant, atténué ou inactivé), mais aussi du coût pour le propriétaire. En effet, la plupart des vaccins sont adaptés à un usage en élevage commercial, un flacon permettant de traiter un grand nombre d’individus (plusieurs centaines ou milliers par flacon en général) [7]. Cette présentation multi­doses est peu adaptée, voire onéreuse, et peut donc être un facteur limitant pour la vaccination de quelques poules issues d’élevages familiaux. Des “campagnes de vaccination” peuvent alors être proposées aux propriétaires de poules de jardin pour en diminuer le coût financier. De plus, les modes de conservation et d’administration des vaccins sont très variés et parfois complexes (conservation dans de l’azote liquide, dilution dans l’eau de boisson, administration par brumisation, etc.). Enfin, les protocoles vaccinaux fournis dans les résumés des caractéristiques des produits (RCP) ont été élaborés en fonction de l’âge d’abattage d’une poule de production (chair ou pondeuse), qui ne correspond pas à l’espérance de vie physiologique d’une poule. Il n’y a donc pas de protocole bien établi au-delà de l’âge de 18 mois [8].

L’utilisation de vaccins inactivés est souvent préférable à celle de vaccins vivants atténués. Bien que l’utilisation de ces derniers soit plutôt sûre, le risque de transmission de l’agent contenu dans le vaccin à des individus non vaccinés, même minime, n’est pas nul. Il n’est alors plus possible de faire la différence entre un oiseau “contaminé” par le virus du vaccin vivant et un individu infecté par le virus “naturel”. Par exemple, le seul vaccin disponible pour lutter contre la grippe aviaire est un vaccin vivant. La vaccination est donc interdite en France, sauf sur autorisation de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP), afin de conserver le statut “indemne” du pays.

Ainsi, lorsque la vaccination n’est pas envisageable, il est nécessaire de conseiller au propriétaire de respecter rigoureusement certaines mesures sanitaires afin de limiter le risque d’exposition de ses oiseaux aux maladies infectieuses :

– respect de la “marche en avant” lorsqu’un animal est malade pour limiter la propagation de la maladie ;

– agencement d’une zone d’infirmerie pour isoler les individus malades ou diminués ;

– arrêt de l’introduction de nouveaux individus dans un groupe déjà formé ;

– à défaut, respect d’une période de quarantaine lors de laquelle le vétérinaire peut proposer de réaliser un examen coprologique et/ou le dépistage de maladies infectieuses.

3. PRÉVENTION DES FUGUES ET DU CHANT DES POULES ET DES COQS DE BASSE-COUR

La coupe des plumes

La coupe des plumes des ailes d’un oiseau est un motif de consultation fréquent pour la prévention des fugues, bien que cet acte soit déconseillé car en lui retirant la possibilité de voler correctement, il va à l’encontre du bien-être animal. L’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) a d’ailleurs repris dans ses codes le principe des cinq libertés individuelles de l’animal, indispensables à son bien-être :

– l’absence de faim, de soif et de malnutrition ;

– l’absence de peur et de détresse ;

– l’absence de stress physique et/ou thermique ;

– l’absence de douleur, de lésion et de maladie ;

– la liberté d’exprimer les comportements habituels de son espèce(4).

Avant d’envisager la coupe des plumes, il est donc nécessaire de concevoir avec le propriétaire un aménagement de son poulailler plus adapté (espace augmenté, abri, eau et nourriture en quantité suffisante, clôture plus haute) pour empêcher les poules de s’échapper, ou d’enrichir leur milieu de vie (offrir des perchoirs au sol ou suspendus, un bain de sable, installer des mangeoires temporaires originales, des balançoires, une zone de fouille au sol, etc.) afin de les inciter à se fixer sur le terrain délimité [8]. La coupe des plumes des ailes d’un oiseau a pour objectif de l’empêcher de décoller et de déstabiliser son vol s’il y arrive malgré tout. Pour cela, seules les rémiges primaires de l’aile sont sectionnées (photo). La coupe du calamus d’une plume de sang est contre-indiquée en raison du risque d’hémorragie. Bien que la coupe de plumes soit tolérée, la technique d’éjointage est en revanche interdite. Elle consiste à retirer chirurgicalement la partie distale de l’aile au niveau des métacarpiens, et elle s’apparente à une mutilation, au même titre que la taille des oreilles ou la coupe de la queue d’un chien.

La stérilisation préventive du coq

La possibilité d’une stérilisation préventive peut être évoquée par les propriétaires de coqs de basse-cour dans le but de les empêcher de « chanter », que ce soit pour leur confort ou à la suite de plaintes du voisinage. L’aspect juridique de ces nuisances sonores est évoqué dans le premier article de ce dossier(3) (encadré). Outre l’aspect aléatoire de la procédure dans la prévention du chant, la stérilisation préventive des coqs est en général déconseillée en raison de la proximité entre les gonades et l’aorte et du risque hémorragique qui en découle [10]. Si elle doit être envisagée pour des raisons médicales, la stérilisation chirurgicale devra être réalisée sous endoscopie avec une voie d’abord par les sacs aériens thoraciques [8].

La stérilisation chimique peut être une solution alternative temporaire. Chez le dindon, des essais de stérilisation chimique ont été menés avec des implants de desloréline. Dans cette étude, l’implant de 4,7 mg a permis d’obtenir une diminution de la concentration en testostérone plasmatique et des comportements agressifs pendant trois à cinq mois. Avec l’implant de 9,4 mg, les mêmes effets ont été observés durant sept mois [5]. Certains praticiens rapportent, de façon anecdotique, une diminution du chant de certains coqs lorsqu’ils ont reçu un implant de desloréline. L’implant peut être placé en intramusculaire, mais la position sous-cutanée, dans l’espace interscapulaire, est souvent préférée [10].

La stérilisation préventive de la poule

La stérilisation préventive de la poule est un motif de consultation rare, mais qui présente un intérêt pour prévenir les maladies du tractus génital, assez fréquentes chez les grandes pondeuses. En prévention, il est conseillé de procéder à l’intervention chez la poule âgée d’environ 8 semaines, avant que l’ovaire soit complètement mature. À cet âge, une intervention sous endoscopie est possible. Chez la poule juvénile, l’ovaire peut être vaporisé au laser et l’oviducte sera de préférence ligaturé et retiré dans sa totalité pour éviter qu’il se remplisse d’albumine pendant les pics hormonaux [8]. Chez une poule plus âgée, une cœliotomie est conseillée afin de faciliter la préhension et l’extraction de la grappe ovarienne, sans perdre d’ovocyte dans le cœlome pendant cette étape. L’utilisation d’un dispositif de type Ligasure avec une technologie de fusion tissulaire permet de réaliser l’exérèse de l’ovaire au plus près de l’aorte. Malgré tout, un fort taux de rémanence ovarienne (40 %) est à déplorer dans ce type de procédure, ce qui conduit généralement à une repousse de la grappe ovarienne [11

Dans le cas d’une maladie de l’appareil génital (processus néoplasique, cœlomite à jaune d’œufs, etc.), l’intervention chirurgicale n’est pas toujours la méthode de stérilisation de choix [3, 8]. La technique consiste à pratiquer une salpingectomie et à retirer les ovocytes les plus matures de la grappe ovarienne [3, 8]. En l’absence de l’oviducte, une involution de l’ovaire est souvent observée. Lorsque ce n’est pas le cas, une stérilisation chimique complémentaire est conseillée pour éviter les ovulations extra-utérines [8].

L’implant de desloréline a déjà été utilisé avec succès chez plusieurs espèces d’oiseaux pour supprimer la ponte. Chez la poule pondeuse, la pose d’un implant de 4,7 mg a permis de supprimer la ponte pendant trois à six mois selon les études, et celle d’un implant de 9,4 mg pendant dix mois en moyenne [2, 6]. Une grande variation de la période de stérilité induite par ces implants est observée selon les espèces d’oiseaux traitées. Plusieurs revues de cas chez la perruche calopsitte rapportent également l’effet favorable de l’emploi d’un implant chez des perruches atteintes d’un carcinome ovarien. Il permettrait de réduire la taille de l’ovaire et de contrôler l’évolution de la maladie pendant plusieurs mois, en mettant en place un nouvel implant régulièrement [4, 6].

En parallèle de la stérilisation chimique, l’ajustement de certains paramètres du milieu de vie afin d’éviter de stimuler l’activité ovarienne (diminuer la photopériode, réduire l’apport calorique de la ration, retirer les nids, etc.) s’est révélé intéressant pour augmenter l’efficacité de l’implant.

Néanmoins, la desloréline n’est pas mentionnée dans le tableau 1 des molécules autorisées chez les animaux producteurs de denrées pour l’utilisation chez les volailles destinées à la consommation humaine (règlement UE n° 37/2010 de la Commission du 22 décembre 2009). Elle est donc, par extrapolation, interdite chez ces animaux.

  • (1) Voir l’article « La poule domestique en consultation : de la théorie à la pratique » dans ce dossier.

  • (2) Voir l’article « Entretien de la poule de compagnie et gestion de la basse-cour » dans ce dossier.

  • (3) Voir l’article « Détention de poules domestiques : les prérequis » dans ce dossier.

  • (4) « Le bien-être animal, qu’est-ce que c’est ? », ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, février 2019 (consulté en février 2022). https://agriculture.gouv.fr/le-bien-etre-animal-quest-ce-que-cest

Références

  • 1. Brugère-Picoux J. Mes poules en bonne santé : comment reconnaître, prévenir et traiter leurs maladies. Afas, Paris. 2016:255p.
  • 2. Eusemann BK, Sharifi AR, Patt A et coll. Influence of a sustained release deslorelin acetate implant on reproductive physiology and associated traits in laying hens. Front. Physiol. 2018;9:1846.
  • 3. Greenacre CB, Morishita TY. Backyard Poultry Medicine and Surgery: A Guide for Veterinary Practitioners, 2nd edition. Ames, Wiley-Blackwell. 2021:672p.
  • 4. Keller KA, Beaufrere H, Brandao J et coll. Long-term management of ovarian neoplasia in two cockatiels (Nymphicus hollandicus). J. Avian Med. Surg. 2013;27 (1):44-52.
  • 5. Molter CM, Fontenot DK, Terrell SP. Use of deslorelin acetate implants to mitigate aggression in two adult male domestic turkeys (Meleagris gallopavo) and correlating plasma testosterone concentrations. J. Avian Med. Surg. 2015;29 (3):224-230.
  • 6. Nemetz L. Deslorelin acetate long-term suppression of ovarian carcinoma in a cockatiel (Nymphicus hollandicus). Proc. 33rd Association of Avian Veterinarians Conference, Louisville, Kentucky (USA). 2012:37-42.
  • 7. Noonan B, Johnson P, Matos D. Evaluation of egg-laying suppression effects of the GnRH agonist deslorelin in domestic chicken. Proc. 33rd Association of Avian Veterinarians Conference, Louisville Kentucky (USA). 2012:321.
  • 8. Poland G, Raftery A. BSAVA Manual of Backyard Poultry Medicine and Surgery. Gloucester, BSAVA. 2019:376p.
  • 9. Ropin R, Aguado E. Technique de déphonation chez l’oiseau. Point Vét. 2005;(252):1-5.
  • 10. Schoemaker NJ. Gonadotrophin-releasing hormone agonists and other contraceptive medications in exotic companion animals. Vet. Clin. North Am. Exot. Anim. Pract. 2018;21 (2):443-464.
  • 11. Sullivan JL, Wakamatsu N, Yin JH et coll. Assessment of a vessel and tissue-sealing device for ovariectomy in chickens to evaluate the potential application of the procedure to other avian species. Am. J. Vet. Res. 2021;82 (4):310-317.

Conflit d’intérêts : Aucun

Encadré : PRÉVENTION DU CHANT PAR LA DÉPHONATION

La déphonation est un acte chirurgical sans objectif thérapeutique et discutable d’un point de vue éthique. Elle fait d’ailleurs partie des interventions interdites par le décret d’application n° 2004-416 du 18 mai 2004. La technique consiste à placer une grille métallique préformée autour de la syrinx qui est ensuite colonisée par un tissu fibreux. Les membranes de la syrinx ne vibrent plus normalement et les sons émis par l’oiseau sont largement réduits, sans être totalement supprimés. La syrinx est située à la base de la trachée, ce qui la rend difficilement accessible. Lors de l’intervention, certaines structures peuvent ainsi être lésées (section de la veine jugulaire ou des muscles du sternum, lésion du nerf pneumogastrique, déchirure de la trachée).

D’après [9].

CONCLUSION

Le statut d’animal de production et l’absence de formes galéniques adaptées aux petits élevages d’agrément limitent fortement les mesures prophylactiques vaccinales et antiparasitaires chez la poule de compagnie. Les efforts doivent donc être principalement dirigés vers une évaluation critique des conditions d’entretien de ces oiseaux afin de diminuer le risque de contamination tout en respectant les libertés fondamentales de l’animal évoquées par l’OIE. Le développement assez récent d’une filière “poule de compagnie” de plus en plus florissante devrait, à terme, mener à une compilation des données sur la physiologie, l’immunité et la santé des poules matures ou âgées et, espérons-le, être un moteur pour la mise sur le marché de vaccins adaptés aux élevages.

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