DIARRHÉES NÉONATALES EN ÉLEVAGE LAITIER : LES FACTEURS DE RISQUE LIÉS À LA CONDUITE D’ÉLEVAGE - Le Point Vétérinaire n° 428 du 01/04/2022
Le Point Vétérinaire n° 428 du 01/04/2022

PATHOLOGIE DU JEUNE

Article original

Auteur(s) : Céline Gaillard-Lardy

Fonctions : Le Point Vétérinaire
11-15 quai de Dion Bouton
92800 Puteaux

En élevage bovin laitier, plusieurs facteurs de risque, liés au logement ou à l’alimentation des veaux, sont susceptibles d’influer sur l’incidence et la durée des diarrhées néonatales.

Les diarrhées néonatales ont un impact économique majeur en élevage bovin, particulièrement laitier, en raison de leurs conséquences directes (mortalité, coût des traitements) et indirectes liées aux répercussions sur la santé, la croissance, voire la production ultérieure des animaux atteints. Elles représentent ainsi la principale cause de mortalité et de morbidité chez le veau, et plus de la moitié de la mortalité de cette catégorie d’animaux en production laitière. Elles surviennent généralement au cours des premiers jours de vie dans un tractus intestinal naïf, dont la colonisation bactérienne commence à peine.

Dans ces conditions, le logement, la conduite d’élevage, la pression d’infection ou encore la gestion de la prise colostrale sont autant d’éléments importants pour réduire à la fois le microbisme auquel est soumis le veau et les risques de contamination, mais aussi pour favoriser leur croissance et leur fournir les meilleures armes pour lutter contre ces affections.

FACTEURS DE RISQUES LIÉS AU LOGEMENT DES VEAUX

1. La zone de vêlage

Si la présence d’un box de vêlage semble être un point positif puisqu’il permet d’isoler la mère et son veau lors de la mise bas, celui-ci peut également devenir une source de contamination. Ainsi, une étude sur les facteurs de risque de diarrhée en élevage laitier identifie la fréquence de nettoyage de l’aire de vêlage comme l’une des principales mesures qui conditionnent la maîtrise des diarrhées néo­natales [9].

2. Logement individuel ou en groupe

Après la naissance, le logement des veaux a un impact sur la fréquence et la durée des diarrhées. Ainsi, les coronavirus et les rotavirus responsables des diarrhées néonatales semblent affecter plus fréquemment les animaux placés en groupe de dix, par rapport à des logements individuels [1]. Cependant, ces cases individuelles doivent être faciles à nettoyer et fabriquées avec un matériau non poreux. Des cases déplaçables, pour limiter la contamination par le sol entre deux veaux successifs, sont également souhaitables [3]. Calvo-Lorenzo et ses collaborateurs ont par ailleurs montré l’importance de la taille de la case, qui influence la propreté du veau. Ainsi, les veaux élevés dans de grandes cases sont plus propres. Selon les auteurs, plus le veau a d’espace, plus son taux d’éosinophiles circulant est bas. Pour autant, aucun impact direct sur les diarrhées n’a pu être mis en évidence [2]. Toutefois, ces résultats doivent être nuancés. Une étude sur des cohortes élevées en groupe révèle que l’impact des diarrhées est limité lorsque le nombre des vêlages est important, c’est-à-dire lorsque les veaux sont amenés à être logés avec des congénères du même âge qu’eux [8]. L’isolement des veaux, en logement individuel, peut limiter les comportements sociaux des animaux, pourtant bénéfiques pour la réduction du stress. La possibilité de regrouper les veaux par deux pourrait alors être une solution satisfaisante (photo 1). Une récente étude montre ainsi que le logement des veaux par deux avant le sevrage n’augmente pas l’incidence des diarrhées et n’a pas d’effet délétère sur leur santé, mais que les veaux sont plus à même d’exprimer leur comportement social [11].

3. Le confort thermique

Un environnement froid favorise l’apparition et la durée des épisodes de diarrhées chez les veaux, comme le suggère une étude comparant des veaux élevés à 3 °C et à 11 °C. L’environnement le plus froid augmente l’incidence et la durée des diarrhées par rapport à un environnement à 11 °C [6]. La zone de confort thermique pour les veaux est généralement estimée entre 15 et 25 °C [4].

4. Impact de la composition de la litière

Les capacités d’absorption de la litière influent sur l’incidence et la durée des diarrhées. Ainsi, les diarrhées sont significativement plus longues avec des litières composées de sable ou de granit (capacités d’absorption respectives de 26,5 et 32 %) plutôt que de la paille ou des copeaux de bois (capacités d’absorption respectives de 340 et 185 %) [15]. Ces résultats ont été confirmés par autre étude qui compare le sable et la paille [7].

FACTEURS DE RISQUE LIÉS À L’ALIMENTATION DES VEAUX

1. Le colostrum

Généralités

L’importance de la distribution, dès les premières heures de vie, d’une quantité suffisante d’un colostrum de bonne qualité n’est plus à démontrer. En effet, la mauvaise gestion de la prise colostrale chez les nouveau-nés est l’un des principaux facteurs déclenchants de la diarrhée néonatale du veau [12]. Malmuthuge et ses collaborateurs ont identifié ­plusieurs facteurs de risque de diarrhées liés à la gestion colostrale : la distribution d’un colostrum fortement contaminé (bactéries au-delà de 106 CFU/ml, coliformes au-delà de 103 CFU/ml) et de faible ­qualité (taux d’immunoglobulines G inférieur à 50 mg/ml), le défaut de surveillance des veaux nés la nuit et le fait de laisser les mères s’occuper de la tétée colostrale [12].

De plus, l’alimentation en colostrum peu après le vêlage faciliterait la colonisation bactérienne dans l’intestin grêle des veaux laitiers, comparativement aux nouveau-nés qui n’ont pas reçu de colostrum au cours des six à douze heures qui suivent leur naissance [14].

Bénéfices du traitement thermique

Pour éviter la distribution d’un colostrum contaminé, le traitement thermique (à 60 °C pendant 60 minutes) apparaît comme une solution séduisante, puisqu’il permet de diminuer la densité des bactéries totales présentes dans le colostrum, y compris celles des agents pathogènes [5]. Ainsi, des travaux montrent que le traitement thermique du colostrum réduit la morbidité chez les veaux non sevrés [5]. Mais cette action pourrait aussi s’expliquer par une meilleure orientation de la colonisation intestinale. En effet, l’administration de colostrum traité thermiquement engendre une augmentation de la population de Bifidobacterium et une réduction de celle d’Escherichia coli, suggérant ainsi que le colostrum agit comme un prébiotique naturel qui favorise l’établissement de bactéries bénéfiques dans l’intestin du veau présevré [13].

2. L’alimentation lactée

Il était généralement admis que la quantité journalière de lait distribuée à un veau devait être équivalente à 10 % de son poids, avec pour objectif de diminuer l’impact des diarrhées et favoriser la consommation de la ration solide [4]. Pourtant, plusieurs études ont montré que la distribution journalière d’une quantité de lait équivalente à 20 % du poids vif, voire ad libitum, semble n’avoir aucune conséquence, donc pas d’impact négatif, sur la survenue des diarrhées néonatales. Une récente étude rétrospective suggère même que la distribution de 3 litres ou plus de colostrum au second repas ainsi qu’une alimentation lactée à volonté durant la première semaine de vie sont indépendamment associées à l’absence de troubles diarrhéiques au sein du troupeau (photo 2) [10]. Ainsi, ces auteurs concluent qu’une ration plus élevée de lait est un facteur de protection vis-à-vis de l’apparition de diarrhées en élevage laitier.

3. L’accès à l’eau

Contrairement à certaines idées reçues, l’accès à l’eau dès la naissance n’augmente pas l’incidence des diarrhées [16]. Selon une autre étude, elle pourrait même être bénéfique pour la colonisation intestinale, en augmentant la richesse des espèces et l’abondance de Faecalibacterium et de Bifidobacterium dans l’intestin des veaux avant le sevrage [17]. Ainsi, l’accès à l’eau dès le plus jeune âge n’entraînerait pas d’augmentation de la sévérité ou de la durée des diarrhées et permettrait un bon développement du système digestif et une meilleure protection contre les bactéries pathogènes.

Références

  • 1. Bertoni EA, Bok M, Vega C et coll. Influence of individual or group housing of newborn calves on rotavirus and coronavirus infection during the first 2 months of life. Trop. Anim. Health Prod. 2021;53:62.
  • 2. Calvo-Lorenzo MS, Hulbert LE, Fowler AL et coll. Wooden hutch space allowance influences male Holstein calf health, performance, daily lying time, and respiratory immunity. J. Dairy Sci. 2016;99:4678-4692.
  • 3. Davis LR, Autrey KM, Herlich H et coll. Outdoor individual portable pens compared with conventional housing for raising dairy calves. J. Dairy Sci. 1954;37:562-570.
  • 4. Duvet C. Influence du bien-être sur la santé et les performances des veaux. Thèse doct. vét. Université Claude-Bernard I (Lyon), VetAgro Sup. 2021:116p.
  • 5. Godden SM, Smolenski DJ, Donahue M et coll. Heat-treated colostrum and reduced morbidity in preweaned dairy calves: results of a randomized trial and examination of mechanisms of effectiveness. J. Dairy Sci. 2012;95:4029-4040.
  • 6. Hänninen L, Hepola H, Rushen J et coll. Resting behaviour, growth and diarrhoea incidence rate of young dairy calves housed individually or in groups in warm or cold buildings. Acta Agric. Scand. A Anim. Sci. 2003;53:21-28.
  • 7. Hill TM, Bateman HG, Aldrich JM et coll. Comparisons of housing, bedding, and cooling options for dairy calves. J. Dairy Sci. 2011;94:2138-2146.
  • 8. Johnson K, Chancellor N, Wathes C. A cohort study risk factor analysis for endemic disease in pre-weaned dairy Heifer calves. Animals (Basel). 2021;11 (2):378.
  • 9. Klein-Jöbstl D, Iwersen M, Drillich M. Farm characteristics and calf management practices on dairy farms with and without diarrhea: a case-control study to investigate risk factors for calf diarrhea. J. Dairy Sci. 2014;97 (8):5110-5119.
  • 10. Lorenz I, Huber R, Trefz F. A high plane of nutrition is associated with a lower risk for neonatal calf diarrhea on bavarian dairy farms. Animals (Basel). 2021;11 (11):3251.
  • 11. Mahendran SA, Wathes DC, Booth RE et coll. The health and behavioural effects of individual versus pair housing of calves at different ages on a UK commercial dairy farm. Animals. 2021;11:612.
  • 12. Malmuthuge N, Griebel P, Guan L. The gut microbiome and its potential role in the development and function of newborn calf gastrointestinal tract. Front. Vet. Sci. 2015;2:36.
  • 13. Malmuthuge N, Guan LL. Understanding the gut microbiome of dairy calves: opportunities to improve early-life gut health. J. Dairy Sci. 2017;100 (7):5996-6005.
  • 14. Malmuthuge N, Li M, Chen Y et coll. Distinct commensal bacteria associated with ingesta and mucosal epithelium in the gastrointestinal tracts of calves and chickens. FEMS Microbiol. Ecol. 2012;79:337-347.
  • 15. Panivivat R, Kegley EB, Pennington JA et coll. Growth performance and health of dairy calves bedded with different types of materials. J. Dairy Sci. 2004;87:3736-3745.
  • 16. Wickramasinghe HKJP, Anast JM, Schmitz-Esser S et coll. Beginning to offer drinking water at birth increases the species richness and the abundance of Faecalibacterium and Bifidobacterium in the gut of preweaned dairy calves. J. Dairy Sci. 2020;103:4262-4274.
  • 17. Wickramasinghe HKJP, Kramer AJ, Appuhamy JADRN. Drinking water intake of newborn dairy calves and its effects on feed intake, growth performance, health status, and nutrient digestibility. J. Dairy Sci. 2019;102:377-387.

Conflit d’intérêts : Aucun

Points clés

• Le logement est un point important dans la maîtrise des diarrhées. Qu’il s’agisse de box individuels ou de cases collectives, des précautions s’imposent.

• Le colostrum est indispensable au transfert passif de l’immunité, mais il favorise également la colonisation bactérienne intestinale du veau.

• L’accès à l’eau dès la naissance n’a pas d’impact sur la sévérité ou la durée des diarrhées, mais permettrait le bon développement du système digestif et une meilleure protection contre les bactéries pathogènes.

CONCLUSION

De nombreux facteurs liés à la conduite d’élevage sont susceptibles de provoquer des diarrhées néonatales en élevage laitier. La combinaison de tous ces facteurs permet de limiter la circulation des agents pathogènes et de fournir au veau un environnement et une alimentation favorables au maintien d’une bonne santé.

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