CŒNUROSE CHEZ LES OVINS : DÉMARCHE DIAGNOSTIQUE ET TRAITEMENT CHIRURGICAL - Le Point Vétérinaire n° 428 du 01/04/2022
Le Point Vétérinaire n° 428 du 01/04/2022

MALADIE PARASITAIRE

Cas clinique

Auteur(s) : Ridha Frikha*, Claude Carrozo**, Stéphane Junot***, Mohamed Gharbi****, Anne Jankowiak*****, Sara Belluco******, Bernard Jankowiak*******, Mohamed Karim Kacem********, Catherine Escriou*********

Fonctions :
*Unité de médecine et de chirurgie
des animaux de production
VetAgro Sup, campus vétérinaire de Lyon
69280 Marcy-l’Étoile
ridha.frikha@vetagro-sup.fr
**Unité de chirurgie
des animaux
de compagnie
***Unité d’anesthésie-réanimation
****Service
de parasitologie
École nationale de
médecine vétérinaire
2020 Sidi Thabet
(Tunisie)
*****Coopérative l’Agneau
Soleil, Le Moulin
du Pré, 05000 Gap
******Unité d’anatomo-pathologie
*******Unité de médecine
et de chirurgie
des animaux
de production
VetAgro Sup
69280 Marcy-l’Étoile
********Unité de neurologie
*********Unité de neurologie

Dans un lot de brebis, plusieurs animaux sont atteints de cœnurose. Un traitement chirurgical, consistant en l’exérèse des kystes, est alors pratiqué.

La cœnurose est une maladie parasitaire à l’évolution fréquemment mortelle, due à la présence et au développement de Cœnurus cerebralis (cœnure), larve de Taenia multiceps, dans le parenchyme du système nerveux central et la moelle épinière principalement des ovins, rarement des caprins et des bovins. Elle peut affecter l’homme de manière accidentelle. Elle se manifeste souvent sous la forme d’un “tournis” chez les ovins. C’est une affection sporadique mais enzootique dans les régions d’élevage des ovins, partout dans le monde et plus particulièrement dans les pays du bassin méditerranéen, dont la France [7, 8, 10].

En cas de cœnurose chronique, la conduite à tenir est généralement l’abattage de l’animal dans les plus brefs délais avant l’aggravation de la maladie (encadré 1). Un traitement chirurgical peut être envisagé chez les ovins de grande valeur génétique (bélier) ou économique (jeune brebis) [4, 5, 24]. L’ablation des kystes de cœnure entraîne généralement une amélioration dès les premiers jours et souvent la guérison [18]. Les complications sont rares si l’intervention chirurgicale est réalisée rapidement, après avoir localisé précisément les kystes de ce parasite grâce à des techniques d’imagerie. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) est rarement utilisée en médecine vétérinaire des animaux de production. Elle permet pourtant de visualiser les kystes de cœnure et leur localisation encéphalique, afin de guider une éventuelle intervention chirurgicale [6, 13, 19].

PRISE EN CHARGE DE CAS DE CŒNUROSE

1. Historique et commémoratifs

Un lot de brebis de race préalpes du sud, issues d’un troupeau de 650 femelles, a transhumé, entre fin juin et début octobre, dans la commune des Orres dans les Hautes-Alpes (2 000 à 2 900 m d’altitude) accompagné d’un berger et de huit chiens. Ces derniers sont vermifugés deux fois par an au praziquantel. De retour de la transhumance, les brebis ont pâturé autour de l’exploitation. De début décembre jusqu’à fin avril, elles sont restées dans la bergerie où elles ont été vermifugées avec de l’oxfendazole (Oxfenil, molécule efficace contre les nématodes gastro-intestinaux et pulmonaires et les cestodes Moniezia spp.).

Mi-mars, l’éleveur a observé pendant quelques jours un comportement qu’il a qualifié de bizarre chez deux brebis, avec une rémission spontanée. Puis, deux autres brebis âgées de 3 et 4 ans ont présenté des troubles du comportement discrets et inconstants. Un traitement à base de vitamine B1 est alors mis en place par le vétérinaire traitant (UltraB) à la dose de 0,1 ml/kg par jour pendant trois jours, dans l’hypothèse d’une nécrose du cortex, sans résultat. Une brebis est conduite à l’abattoir et l’autre est euthanasiée et autopsiée, révélant la présence d’un gros kyste de Cœnurus cerebralis dans l’encéphale. Début avril, trois brebis, âgées de 2 à 5 ans, présentant depuis quelques semaines des troubles du comportement, de la démarche et de la vision, sont référées par le vétérinaire à la clinique des animaux de production du Centre hospitalier universitaire vétérinaire (Chuv) de VetAgro Sup pour un éventuel traitement.

2. Examen clinique général et neurologique à l’admission

L’une des brebis (n° 91047) était en décubitus latéral, ce qui a motivé son euthanasie. Son autopsie a mis en évidence la présence de deux kystes de Cœnurus cerebralis (cœnure) dans l’encéphale (photo 1). L’examen clinique général des différents systèmes (cardiorespiratoire, digestif et uro-génital) chez les deux autres brebis (n° 61031 et n° 81311) n’a révélé aucune anomalie. Un examen neurologique a alors été pratiqué (tableau 1).

3. Hypothèses diagnostiques

L’examen neurologique d’admission (atteinte corticale focale) des deux brebis hospitalisées, l’autopsie de l’une d’elles (présence de kystes de Cœnurus cerebralis dans l’encéphale) et le contexte (transhumance, troubles nerveux chez certaines brebis depuis plusieurs mois, etc.) justifient de suspecter en première intention une cœnurose encéphalique enzootique évoluant dans ce troupeau, moins probablement une tumeur ou un abcès cérébral.

Concernant le diagnostic différentiel de troubles nerveux chez les ovins, les autres hypothèses sont rapidement écartées :

– visna-maëdi : aucun trouble respiratoire n’a été mis en évidence chez les brebis hospitalisées ;

– intoxication chimique ou végétale : un grand nombre d’animaux sont généralement atteints et les signes nerveux ne sont pas focaux ;

– nécrose du cortex cérébral : le traitement à la vitamine B1, par le vétérinaire traitant, n’a apporté aucune amélioration ;

– listériose : aucun des symptômes pathognomoniques de la maladie (hémiparalysie faciale, langue pendante) n’a été observé ;

– tremblante : aucun signe d’appel (brebis qui s’isole et se mordille ou se frotte contre les murs, chutes de laine, etc.) n’a été rapporté par l’éleveur.

Quant à la présence de “tournis” (tourner en rond) chez toutes les brebis malades, elle pourrait être attribuée à l’œstrose (à écarter étant donné l’absence de signes respiratoires).

4. Examen d’IRM de l’encéphale et décision opératoire

L’état de la brebis n° 81311 s’étant rapidement dégradé, elle est euthanasiée pour des raisons éthiques. La brebis n° 61031 est hospitalisée en vue d’un traitement chirurgical. Pour affiner le diagnostic et préciser la localisation et le volume du ou des kystes de Cœnurus cerebralis dans l’encéphale et optimiser la voie d’abord chirurgicale, une IRM (sans injection) de l’encéphale de cet animal est réalisée (HawkCell Service à Marcy-l’Étoile, campus vétérinaire de Lyon). Elle met en évidence une structure liquidienne intraparenchymateuse de grande taille (hypointense en séquences T1 et Flair, hyperintense en séquence T2) dans l’hémisphère cérébral gauche, compatible avec un kyste. Elle s’étend de la région fronto-pariétale jusqu’à la région occipitale caudalement. Le diamètre de cette structure est estimé à 3,5 cm. Elle est responsable d’un effet de masse important, avec un collapsus du ventricule latéral gauche et une déviation de la faux du cerveau (photos 2 et 3).

5. Traitement chirurgical

Préparation de l’intervention

Préparation du matériel

Le matériel chirurgical stérile est composé des instruments classiques pour une intervention chirurgicale sur l’encéphale, dont une rugine, une pince gouge, un outillage de fraisage du tissu osseux, une compresse hémostatique, du fil résorbable (décimale?3) serti sur une aiguille courbe à section triangulaire.

Préparation de l’animal

Après une mise à jeun de dix-huit heures, la brebis est prémédiquée à l’aide de détomidine à raison de 0,02 mg/kg par voie intramusculaire. Un cathéter intraveineux est ensuite mis en place à la veine jugulaire gauche. La sédation est complétée par l’administration intraveineuse de butorphanol à la dose de 0,1 mg/kg. L’induction de l’anesthésie est réalisée à l’aide de lidocaïne (à 1 mg/kg par voie intraveineuse lente) et de kétamine (à 2 mg/kg par voie intraveineuse) (tableau 2).

Après l’intubation à l’aide d’une sonde endotrachéale d’un diamètre interne de 8,5 mm, la brebis est reliée au circuit de réinspiration d’une machine d’anesthésie pour petits animaux pour permettre un entretien de l’anesthésie par voie volatile avec de l’isoflurane dans 100 % d’oxygène. En parallèle, l’animal est placé sous ventilation mécanique contrôlée, la fréquence respiratoire et la pression inspiratoire étant initialement fixées à 15 respirations par minute et 12 cmH20, puis ajustées par la suite pour maintenir une pression partielle de CO2 expirée entre 35 et 45 mmHg.

Après l’induction de l’anesthésie, un deuxième cathéter intraveineux est positionné sur la veine saphène droite, afin de permettre l’administration de médicaments, la voie jugulaire étant gardée pour l’administration de fluides (Ringer lactate à raison de 5 ml/kg par heure). Un cathéter artériel est posé sur l’artère auriculaire gauche, pour permettre une mesure invasive de la pression artérielle et le prélèvement de sang artériel en prévision d’une analyse de la gazométrie sanguine si nécessaire.

La surveillance de l’anesthésie est réalisée à l’aide d’un moniteur multiparamétrique pour les signes vitaux, assurant une surveillance continue de l’électrocardiogramme, de l’oxymétrie pulsée de la capno­graphie, de la pression artérielle invasive et non invasive. La profondeur de l’anesthésie n’a pas pu être évaluée via les signes oculaires qui n’étaient pas accessibles au cours de l’intervention. Une sonde oro-gastrique est mise en place pour aider à l’évacuation éventuelle du contenu ruminal et limiter la survenue d’une météorisation. Une injection de dexaméthasone à la dose de 0,06 mg/kg est effectuée par voie intraveineuse, ainsi qu’une antibiothérapie à base d’amoxicilline à raison de 15 mg/kg par jour par voie intramusculaire avant le début de l’intervention chirurgicale.

Une fois l’anesthésie générale réalisée, la brebis est placée en décubitus sterno-abdominal et sa tête surélevée et fixée en position horizontale. La peau de la région dorso-latérale du crâne (en avant, en arrière et entre les cornillons) est tendue et rasée. Un lavage chirurgical de la zone opératoire est pratiqué avec un antiseptique (Vétédine Savon) et une désinfection à l’alcool à 70° et à la povidone iodée (Vétédine Solution à 10 %) est effectuée.

Préparation de l’équipe chirurgicale

Le chirurgien et son assistant sont équipés de casaques et de gants stériles, après un lavage chirurgical des mains et des avant-bras.

Technique chirurgicale

La localisation du kyste dans l’encéphale est déterminée sur la base des résultats de l’IRM, en l’occurrence un kyste de 3,5 cm de diamètre dans l’hémisphère cérébral gauche. Après une anesthésie locale par l’infiltration sous-cutanée de 10 ml de lidocaïne à 2 %, une incision au bistouri des tissus mous jusqu’à l’os est effectuée en regard du grand axe du kyste de cœnure. Le périoste est détaché à l’aide d’une rugine et refoulé latéralement pour mettre à jour le tissu osseux. Après la craniotomie, effectuée par fraisage et le retrait d’un volet osseux (en petits fragments) à l’aide d’une pince gouge, le kyste fait éruption (photos 4 et 5). Ensuite, délicatement, la dure-mère est incisée. À ce moment-là, la paroi fragile du kyste est rompue. Après l’injection de sérum physiologique hypertonique à 10 %, visant à tuer les scolex dans le kyste, et l’aspiration du liquide, l’exérèse de Cœnurus cerebralis est réalisée par une dissection méticuleuse mais laborieuse entre la paroi et le tissu cérébral, étant donné la présence d’adhérences consécutives à l’inflammation chronique qui s’est installée entre ces deux structures (photo 6). Enfin, après l’hémostase de la cavité réceptrice du cœnure et la pose d’une compresse hémostatique à la place du volet osseux, la suture de la plaie chirurgicale est réalisée en trois plans séparés à l’aide de surjets à points passés avec un fil résorbable (décimale 3) : le périoste, les tissus sous-cutanés et la peau. La mise en place d’un pansement collé pour protéger la plaie marque la fin de l’intervention (photo 7).

Diagnostic anatomo-pathologique

Le kyste de Cœnurus cerebralis, extrait du parenchyme cérébral lors de l’exérèse (photo 8), est fixé dans du formol à 4 %. Macroscopiquement, il présente des plages de petits points blancs sur sa paroi interne, correspondant aux protoscolex (les structures qui donneront chacune un Taenia multiceps adulte chez l’hôte définitif). L’examen histologique du prélèvement révèle la présence d’un kyste, délimité par une paroi et contenant de nombreux protoscolex de Cœnurus cerebralis. Autour du kyste, une couche de débris cellulaires correspondant à un tissu nécrosé est présente, elle-même entourée de cellules inflammatoires, signant une inflammation granulomateuse sévère (photos 9 et 10).

Soins postopératoires et évolution

L’association d’un anti-inflammatoire stéroïdien (dexaméthasone, à la dose de 0,1 mg/kg) et d’un diurétique (furosémide à raison de 1 mg/kg) est administrée par voie intramusculaire une fois par jour durant trois jours, afin de traiter la douleur, minimiser la réaction inflammatoire et favoriser la résorption de l’œdème postopératoire. L’antibiothérapie, débutée avant l’intervention, est poursuivie pendant cinq jours. À son réveil (J0), la brebis est placée dans un box individuel (photo 11). Elle retrouve rapidement l’appétit. L’examen clinique général est normal. L’examen neurologique révèle toujours une atteinte corticale focale gauche, mais la vigilance semble améliorée.

À J1, l’état général de la brebis est stationnaire avec une meilleure vigilance et moins de “tournis”.

À J2, aucune modification de l’état neurologique n’est observée, sauf une meilleure vigilance, la brebis s’approchant de nous en orientant ses oreilles vers le bruit.

À J3, une manifestation paroxystique, qui évoque une crise d’épilepsie focale de moins d’une minute (perte de l’équilibre, désorientation, clignement des paupières et myoclonies de la face), suivie d’une marche contre le mur du box, est notée.

À J4, l’examen clinique général est normal. En revanche et dès le matin, la brebis présente de nouvelles crises d’épilepsie focales (perte d’équilibre, désorientation, clonies de la face et des paupières) de courte durée (quelques secondes), tout en étant debout en “tournis” à gauche ou prostrée dans un coin de son box. Un traitement antiépileptique est mis en place avec du phénobarbital (à la dose de 2,5 mg/kg par voie intramusculaire, quatre fois à six heures d’intervalle) associé au midazolam (à la dose de 0,25 mg/kg par voie sous-cutanée) au moment des crises. Une amélioration de courte durée est constatée après chaque injection, suivie d’une réapparition des crises quelques heures plus tard.

À J5, une dégradation marquée du statut neurologique de la brebis est observée. Elle est retrouvée en décubitus latéral gauche, avec un chémosis et une érosion de l’arcade sourcilière, et présente des mouvements de pédalage compatibles avec une crise convulsive généralisée. Une prise en charge classique des crises épileptiques apparaît alors nécessaire (midazolam par voie intraveineuse et une dose de charge de phénobarbital par voie parentérale), associée à un traitement per os au long cours. Ce traitement, qui n’est pas réalisable chez les ruminants, motive la décision d’euthanasier l’animal et de réaliser une autopsie afin de prélever l’encéphale. L’examen nécropsique de la tête révèle la présence d’un hématome en regard de la craniotomie (photo 12) collé au tissu cérébral (photo 13), la résorption complète de la compresse hémostatique et l’absence de signes d’infection bactérienne locale.

APPROCHE DIAGNOSTIQUE EN CAS DE SUSPICION D’UNE CŒNUROSE OVINE

Chez les ruminants, les larves (Cœnurus cerebralis) sont généralement situées dans la partie pariétale du cortex sous la forme de vésicules flasques (encadré 2). L’effet pathogène de ce parasite est dû à des actions mécanique (compression des centres nerveux), traumatique (destruction tissulaire par les oncosphères migratrices dans les tissus nerveux) et irritative (la larve se comportant comme un corps étranger à l’origine d’une réaction inflammatoire subaiguë ou chronique). Il y a aussi une inoculation bactérienne. Les jeunes ovins sont les plus touchés, surtout durant un séjour au pâturage en été ou en automne. Les symptômes de “tournis” n’apparaissent que trois à quatre mois après l’infestation. Les cœnures se développent plus difficilement chez les agneaux de plus de 8 mois [7].

1. Démarche diagnostique

Cliniquement, la cœnurose évolue sous la forme d’une méningo-encéphalite parasitaire en trois phases :

– la phase I (une à deux semaines) correspond à l’invasion du tissu nerveux, après l’ingestion des oncosphères. Les animaux présentent un comportement modifié, des vertiges, des tremblements, une attitude anormale, etc. ;

– la phase II (trois à six mois) est une phase de latence, liée au développement progressif des cœnures. Les animaux ne sont pas malades cliniquement, mais présentent parfois des signes de compression du système nerveux central, des mouvements maladroits, etc. ;

– la phase III est la phase de cœnurose chronique, due au développement complet d’une ou deux, plus rarement de plusieurs larves qui digèrent et écrasent le tissu nerveux avoisinant, entraînant des troubles nerveux permanents et très variés selon la localisation, le nombre et le volume des kystes de Cœnurus cerebralis.

Bien que difficile durant la phase de latence, le diagnostic de la cœnurose ovine doit être le plus précoce possible pour mettre en œuvre une conduite à tenir économiquement rentable pour l’éleveur en zone d’enzootie. La démarche diagnostique est fondée sur l’étude de ces trois étapes successives : l’analyse des circonstances d’apparition de l’affection, la réalisation des examens cliniques et neurologiques, et parfois le recours aux examens complémentaires [7, 12, 25]. L’analyse des circonstances d’apparition doit adopter une approche qui s’intéresse au troupeau d’une part (conduite d’élevage, saison de pâturage, vermifugation des chiens en contact avec les ovins, etc.) et à l’animal malade d’autre part (cas isolé ou en série, apparition brutale ou progressive des signes nerveux, leur évolution, etc.). La réalisation d’un examen clinique rigoureux permet d’exclure les affections autres que nerveuses. Il est nécessaire de vérifier l’intégrité des différentes fonctions et de confirmer que les signes observés sont bien la conséquence d’une atteinte du système nerveux central. De son côté, l’examen neurologique a pour but de préciser le siège de la lésion. Il débute par l’observation de l’animal à distance pour analyser ses réactions vitales. Il se poursuit par un examen rapproché pour rechercher d’éventuelles anomalies, en particulier des troubles du comportement et de la vigilance, des anomalies de la démarche, ainsi que la réalisation a minima de l’évaluation des réactions posturales (placers proprioceptifs, sautillement, hémilocalisation) et l’examen des nerfs crâniens (clignement à la menace, réflexe cornéen, sensibilité de la face, nystagmus, etc.). L’examen neurologique permet de proposer une ou plusieurs localisations lésionnelles [14, 18, 21] (tableau 3 et figure).

Enfin, dans de très rares cas, le kyste de cœnure peut être palpé, donc localisé. C’est le cas lors de la raréfaction du tissu osseux en arrière des cornes, où la pression intracrânienne est fortement augmentée par un très gros kyste. Ce dernier est alors localisé en regard de cette zone qui apparaît molle à la pression du crâne [4, 5].

Rappelons qu’avant de manipuler l’animal, il est indispensable d’exclure au préalable toute suspicion de rage (zoonose fatale pour l’homme). L’évolution de la cœnurose peut en masquer les troubles.

2. Intérêts et limites des examens complémentaires

Le recours aux examens complémentaires peut se révéler indispensable pour confirmer le diagnostic épidémio-clinique de la cœnurose et pour préciser la localisation du ou des kystes de cœnure avant la prise de la décision opératoire.

Examen nécropsique

L’euthanasie d’animaux sans valeur économique et leur autopsie est la méthode de choix pour confirmer la présence de la cœnurose dans un troupeau. Il s’agit d’une visualisation directe des kystes de cœnure après la fente du crâne. C’est un examen peu onéreux et facilement réalisable chez les petits ruminants en milieu rural. Les kystes peuvent être de petite taille et camouflés par la présence d’une encéphalite et/ou d’une méningite. Chez certains animaux, le tableau clinique d’une encéphalite purulente est provoqué par les larves en migration et aucun kyste macroscopique n’est décelé. De ce fait, en cas d’absence de kyste, il est recommandé de se rabattre sur l’histologie qui permet de mettre en évidence des larves dégénérées. Il est important de prendre les mesures de biosécurité nécessaires lors de la manipulation de ces encéphales, car il peut s’agir d’un cas de rage.

Examen parasitologique

Il n’y a aucun moyen d’identifier des formes parasitaires de kystes de Cœnurus cerebralis dans les matières fécales des ruminants infestés. Seul un examen des fèces des chiens du troupeau permet de diagnostiquer la présence des anneaux ou des œufs de Taenia multiceps. La coproscopie est difficilement interprétable si le résultat est négatif, car l’élimination de ces segments par le chien est intermittente.

Examens biologiques

L’examen cytologique du liquide cérébrospinal permet de confirmer précocement une parasitose (augmentation des polynucléaires éosinophiles). Les facteurs limitants sont les difficultés de prélèvement du liquide cérébrospinal en pratique courante, et la possibilité de réalisation de l’examen cytologique qui doit être pratiqué au cours des trente minutes qui suivent la ponction du liquide cérébrospinal. Cette modification cytologique n’est pas spécifique de la cœnurose. S’il est positif, il doit être combiné avec d’autres tests diagnostiques (Elisa, hémagglutination, immuno-électrophorèse, PCR, etc.). Ces tests ne sont réalisables que dans certains laboratoires spécialisés [1, 2, 28].

Examens d’imagerie médicale

Les examens radiographique, échographique, voire d’IRM, ont pour objectif de localiser les kystes intracrâniens de Cœnurus cerebralis pour affiner le pronostic et préciser le site de l’intervention chirurgicale [11, 13, 19, 27].

La radiographie chez les ovins est facile à mettre en œuvre, mais ne permet pas toujours de localiser les kystes de cœnure. Les images sont difficilement interprétables et plusieurs clichés, sous différents angles, sont nécessaires pour localiser les kystes. L’échographie est plus intéressante pour le diagnostic de la cœnurose. Elle permet de mettre en évidence les cœnures (structures non échogènes) chez les agneaux et les kystes assez volumineux entraînant l’amincissement des os du crâne chez les adultes. L’IRM permet de visualiser les kystes parasitaires lorsqu’ils sont infiltrés et difficiles d’accès par l’échographie. La résonance magnétique est très utile lors d’une localisation encéphalique et permet un bilan d’extension de la parasitose. Cœnurus cerebralis apparaît comme une structure kystique liquidienne dont les contours et la localisation sont parfaitement visualisables. L’IRM est aussi la méthode de choix pour surmonter les difficultés de l’interprétation de l’examen neurologique afin de guider une éventuelle intervention chirurgicale, mais nécessite un appareillage très onéreux ainsi qu’une anesthésie générale de l’animal.

En pratique rurale, les facteurs qui limitent l’utilisation des examens d’imagerie médicale pour le diagnostic de la cœnurose ovine sont les contraintes techniques et économiques.

TRAITEMENT CHIRURGICAL D’UN KYSTE DE CŒNURUS CEREBRALIS CHEZ LES OVINS

1. Localisation du kyste

La localisation approximative du kyste de cœnure est indispensable au traitement chirurgical. En pratique, elle est estimée grâce aux résultats de l’examen neurologique et de son interprétation, en cas de difficultés pour réaliser les examens d’imagerie. Selon le site d’implantation, trois voies d’abord de l’encéphale sont possibles : hémisphère gauche, hémisphère droit et cervelet. Si la localisation n’est pas connue, le crâne est ouvert sur la ligne médiane à 2 cm en arrière des cornes [4, 5].

2. Préparation de l’intervention

La préparation de l’animal (mise à jeun, rasage et lavage chirurgical de la zone opératoire) est identique à celle décrite précédemment.

En revanche, en pratique rurale, l’anesthésie est effectuée par voie parentérale [9, 15]. Elle associe :

– une sédation à la xylazine (à la dose de 0,05 à 0,1 mg/kg par voie intramusculaire) ;

– une analgésie avec de la dexaméthasone (à raison de 0,06 mg/kg par voie intramusculaire) ;

– une anesthésie à la kétamine (à la posologie de 2 à 5 mg/kg par voie intraveineuse, dix à quinze minutes après la sédation) ;

– une anesthésie locale de part et d’autre de la ligne d’incision (avec 10 ml de lidocaïne à 2 %).

L’animal est placé en décubitus sterno-ventral. Le matériel chirurgical stérile est composé des instruments classiques, d’une rugine, d’une pince gouge ou d’un trépan (de 1 cm de diamètre), d’un cathéter long pour l’abord veineux, d’un fil résorbable et d’un fil non résorbable (décimale 3) serti sur une aiguille courbe à section triangulaire. Le praticien est équipé d’une casaque à usage unique et de gants stériles, après un lavage chirurgical des mains et des avant-bras.

3. Techniques opératoires

Après une incision en U de 3 cm de diamètre de la peau et du tissu conjonctif (effectuée caudalement aux cornes le cas échéant, si possible en regard de la zone suspecte où l’os du crâne est aminci et dépressible), les tissus sont réclinés vers l’arrière. L’incision du périoste est effectuée au bistouri ; il est détaché à l’aide d’une rugine et refoulé latéralement, afin de mettre l’os à nu [5].

La craniotomie est à réaliser avec précaution pour ne pas léser l’encéphale, selon l’une des deux techniques préconisées [4, 5, 14, 17] :

– une trépanation à l’aide d’un trépan, permettant le retrait d’un disque d’os de 1 cm de diamètre. Attention au cortex, sous pression, qui tend à ressortir ;

– une ablation du tissu osseux avec un bistouri et une pince gouge, par petites incisons répétées, jusqu’à l’obtention de l’ouverture nécessaire.

Une incision minutieuse en croix de la dure-mère est pratiquée à l’aide de ciseaux fins courbes et à pointe mousse, puis le contenu du kyste est isolé prudemment afin d’éviter de déchirer sa paroi. L’exérèse consiste en :

– une extériorisation facile en cas d’irruption du kyste au travers de l’ouverture du tissu osseux, sinon une ponction avec un cathéter long et l’aspiration du liquide à l’aide d’une seringue (sans aiguille pour ne pas léser le tissu nerveux), puis l’extraction de la paroi du kyste avec une pince anatomique à extrémités fines ;

– s’il est rompu, une aspiration du liquide et l’extraction de la paroi ;

– s’il n’est pas situé sous la zone de craniotomie, une progression douce du cathéter sous la dure-mère pour le localiser, une ponction du kyste, l’aspiration du liquide et l’extraction de la paroi à l’aide d’une pince anatomique. Une autre solution consiste à laisser remonter le kyste de lui-même sous l’action de la pression, en effectuant quelques mouvements de rotation sur la tête de l’animal pour faciliter cette remontée afin de minimiser les lésions du tissu nerveux.

Enfin, la cavité de la plaie est nettoyée minutieusement, avec l’extraction de tous les fragments d’os et caillots de sang, l’aspiration du contenu hémor­ragique et la réalisation au mieux de l’hémostase. Le périoste est finalement replacé et suturé (points simples) dans sa position originelle. L’intervention se termine par la suture du tissu conjonctif sous-cutané (surjet à points passés) et de la peau (points séparés) et la mise en place d’un pansement collé à la peau.

En médecine humaine, le chirurgien ponctionne le liquide du kyste parasitaire, injecte une solution saline hypertonique à l’intérieur pour tuer les parasites, puis aspire cette solution et retire le kyste.

4. Soins postopératoires, évolution et résultats

Les soins postopératoires consistent en :

– un isolement dans un box individuel au réveil (éviter les coups de tête de ses congénères) ;

– l’administration d’un anti-inflammatoire stéroïdien (dexaméthasone à la dose de 0,1 mg/kg) par voie intramusculaire, pendant trois jours ;

– une antibiothérapie pendant cinq jours (à raison de 15 mg/kg par jour d’amoxicilline par voie intramusculaire, Clamoxyl®) en phases préopératoire et postopératoire ;

– un pansement à renouveler le lendemain ;

– le retrait des points cutanés après deux semaines.

L’évolution postopératoire est généralement favorable. Les signes nerveux, causés principalement par la pression intracrânienne de Cœnurus cerebralis, sont parfois résolus presque entièrement après le retrait du kyste. L’amélioration de l’état de l’animal est immédiate ou progressive. Il peut être replacé dans le troupeau trois à quatre semaines après la guérison. Le taux de réussite varie de 70 à 80 % (si le kyste est localisé dans le cortex des hémisphères cérébraux ou du cervelet). Cette intervention est réalisable en milieu rural et est économiquement rentable pour l’éleveur [14, 18].

Les causes possibles d’un échec du traitement chirurgical sont un choc peropératoire, la destruction du tissu nerveux durant l’exérèse par le ou les cœnures (présence d’adhérences), la localisation profonde des kystes ou l’impossibilité de les extraire, une méningo-encéphalite postopératoire, une erreur de diagnostic (confusion avec l’œstrose ovine ou “faux tournis”), des encéphalites purulentes dues à l’action inoculatrice de germes des parasites et à la nécrose tissulaire, une localisation approximative des kystes à l’examen neurologique ne permettant pas l’exérèse de tous les cœnures.

DISCUSSION

1. Synthèse et évaluation du cas pris en charge en milieu hospitalier

Dans notre cas, la démarche diagnostique est fondée sur :

– les circonstances d’apparition : transhumance des animaux accompagnés par huit chiens (qui ne sont vermifugés que deux fois par an) ;

– un tableau clinique assez caractéristique évoluant en trois phases : deux brebis ont présenté un comportement “bizarre” et une rémission spontanée (phase I), deux autres ont manifesté des troubles nerveux discrets et inconstants (phase II) selon l’éleveur, enfin la présence de Cœnurus cerebralis à l’autopsie réalisée par le vétérinaire traitant (phase III).

Le tableau clinique exprimé par la brebis opérée est assez caractéristique de la forme chronique de la cœnurose encéphalique. Les signes nerveux ont permis de localiser approximativement la présence de kystes de cœnure dans l’hémisphère cérébral gauche. L’examen par l’IRM de l’encéphale a révélé avec précision la localisation, la forme et le volume d’un seul kyste de cœnure.

Le traitement chirurgical, réalisé dans les meilleures conditions opératoires, n’a pas été suivi de succès. Cela est probablement dû aux adhérences “solides” de la paroi du kyste avec le tissu nerveux (à la suite de l’inflammation chronique). En effet, l’exérèse a été laborieuse et le kyste a été retiré avec du parenchyme nerveux, ce qui a entraîné des saignements en phase peropératoire. Une prise en charge plus précoce aurait peut-être pu éviter ces complications.

2. La cœnurose, une zoonose

L’ingestion accidentelle de matières contaminées, généralement des crudités, par les œufs de Taenia multiceps éliminés avec les fèces de chiens est responsable de la maladie chez l’homme. Les larves (Cœnurus cerebralis) envahissent le système nerveux central, les tissus sous-cutanés, les muscles ou les yeux et y forment un kyste de cœnure [10].

Le diagnostic de cœnurose est habituellement établi grâce à l’IRM. La chirurgie (ablation ou drainage du kyste) est généralement le traitement mis en œuvre. L’albendazole (selon les résultats d’une étude multicentrique menée par l’Organisation mondiale de la santé) est administré avant et pendant les procédures (l’opération ou le drainage), afin de prévenir la propagation de l’infestation si le contenu du kyste se répand pendant l’acte chirurgical. Ce traitement médical est poursuivi pendant un à six mois après le traitement chirurgical pour réduire la récidive ou la propagation de la parasitose.

La plupart des cas de cœnurose sont observés en Afrique, mais aussi dans les zones d’élevage de moutons en Europe et en Amérique. Il en est de même pour les larves d’Echinococcus granulosus qui se présentent comme un kyste sous pression totalement ou partiellement enchâssé dans le parenchyme pulmonaire ou hépatique et rarement dans le cerveau [6, 16, 20, 22, 23, 26].

Références

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  • 11. Evangelisti MA, Deiana R, Melosu V et coll. Relationships among neuroscore, magnetic resonance imaging features, and intracranial pressure in sheep affected by slow-growing brain lesions. Vet. Radiol. Ultrasound. 2018;59:305-311.
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Conflit d’intérêts : Aucun

Encadré 1 : LA CŒNUROSE CHRONIQUE DES OVINS

• Formes cliniques

– Médullaire : forme rare avec des signes de parésie et de paralysie dus à la compression de la moelle épinière.

– Encéphalique : forme plus fréquente, signes nerveux très variés dépendant de la localisation des kystes de cœnure dans l’encéphale (grincement de dents, “tournis”, déviation de la tête, troubles de l’équilibre et de la locomotion, ataxie, mouvements involontaires, pousser au mur, amaurose, nystagmus, crises d’excitation, de convulsion ou de prostration, décubitus, pédalage).

• Examens complémentaires

Ils sont parfois nécessaires pour affiner le diagnostic, évaluer le pronostic et préciser la conduite à tenir.

• Diagnostic

Facile en phase chronique (cas enzootique) : circonstances d’apparition (après la transhumance, etc.), résultats des examens clinique et neurologique (troubles nerveux liés à la localisation) et mise en évidence d’un ou de plusieurs kystes de cœnure à l’abattoir ou à l’autopsie.

• Diagnostic différentiel

Éliminer les affections nerveuses. Chez les petits ruminants : abcès, tumeurs et traumatismes du système nerveux central, listériose, échinococcose kystique (infestation par Echinococcus granulosus), virus louping-ill, tremblante et œstrose.

• Pronostic

En cas d’atrophie étendue du cerveau, il est très réservé. Sans traitement chirurgical en début d’évolution, pas de guérison possible.

• Prévention

Contraignante et onéreuse pour les éleveurs dans les zones d’enzootie, elle repose sur tous les moyens qui permettent de rompre le cycle du parasite chez l’hôte définitif :

– éviter l’infestation des chiens par les cœnures (ne pas leur donner des têtes de mouton, des abats crus ou insuffisamment cuits à consommer, leur interdire l’accès aux cadavres de petits ruminants) ;

– vermifuger tous les chiens (du troupeau, de chasse, etc.) ayant accès aux pâtures toutes les six semaines, pour éliminer le stade adulte du Taenia multiceps, dont les segments risquent de contaminer les pâturages et les bâtiments d’élevage [10].

Points clés

• La cœnurose est une zoonose parasitaire à l’évolution le plus souvent mortelle, due à la présence et au développement de Cœnurus cerebralis (cœnure), larve de Taenia multiceps, dans le système nerveux central et la moelle épinière des ovins, plus rarement des caprins et des bovins.

• L’exérèse des kystes de cœnures chez les ovins, seul traitement possible, bénéficie d’un bon pronostic en pratique courante.

• Le traitement chirurgical doit être réalisé après la localisation du kyste par un examen neurologique, voire par l’imagerie médicale lorsque cela est possible.

• La prévention passe par une vermifugation régulière des chiens de la ferme et un contrôle des chiens errants.

Encadré 2 : CYCLE PARASITAIRE DE CŒNURUS CEREBRALIS

Cœnurus cerebralis (larve de Taenia multiceps) se développe préférentiellement dans le tissu nerveux de l’hôte intermédiaire, formant après plusieurs mois un kyste contenant des plages de protoscolex. Les anneaux de Taenia multiceps contenant les œufs sont éliminés avec les fèces de l’hôte définitif (chien et canidés sauvages) et sont ingérés par les ovins avec l’herbe ou de l’eau souillées par les fèces de l’hôte définitif excréteur. Après leur dissolution par le suc gastrique, les oncosphères (embryons) libérés s’enfoncent dans la muqueuse intestinale. Quelques-uns seulement sont amenés par la circulation sanguine au cerveau ou jusqu’à la moelle épinière. Là, les embryons quittent les capillaires et s’enfoncent dans le tissu nerveux. Après cette invasion, les embryons se transforment en vésicules atteignant après une à deux semaines la taille d’un grain de mil et après six à sept semaines celle d’une noisette [5]. Commence alors la formation des protoscolex. Le cœnure forme une vésicule de taille variable constituée par une mince membrane translucide remplie d’un liquide transparent qui n’est pas sous pression.

Sur la face interne de la membrane du cénure, des petits corpuscules blanchâtres, opaques, sont regroupés en plusieurs plages (photo 12).

Ce sont des protoscolex qui donneront chez l’hôte définitif autant de vers adultes, dont le nombre total peut s’élever à quelques centaines. Chacun de ces individus présente une tête (scolex) obtuse, un cou plus petit que la tête et un corps cylindrique contractile et ridé. Le scolex est muni d’une double couronne de crochets. Néanmoins, s’il est ingéré par un hôte définitif, il continue son développement ; les protoscolex passent en dehors de la poche, se détachent et forment autant de vers adultes (Taenia multiceps). L’hôte définitif est le chien (errant ou de berger) ou un autre canidé qui ingère une carcasse de mouton (y compris l’encéphale et la moelle épinière) [10].

CONCLUSION

Le vétérinaire a un rôle primordial à jouer dans la lutte contre ces deux zoonoses parasitaires, notamment en prodiguant des conseils aux personnes à risque, en incitant les bergers et les chasseurs à vermifuger leurs chiens de manière continue et avec la périodicité adéquate (toutes les six semaines), mais aussi en convainquant les services vétérinaires de résoudre le problème des chiens errants, etc. Cette intervention est réalisable en milieu rural et est économiquement rentable pour l’éleveur.

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