JETAGE NASAL CHRONIQUE CHEZ UN JEUNE CHAT - Le Point Vétérinaire n° 427 du 01/03/2022
Le Point Vétérinaire n° 427 du 01/03/2022

MÉDECINE INTERNE

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Pierre Guigo*, François Wauquier**, Aurore Fouhety***, Jean-François Boursier****

Fonctions :
*Clinique Touraine Vet
12, rue des Internautes
37210 Rochecorbon

PRÉSENTATION CLINIQUE

Un chat européen mâle castré, âgé de 7 mois, est présenté pour l’exploration d’un jetage nasal bilatéral chronique qui évolue depuis l’adoption. Des traitements antibiotiques répétés (amoxicilline et acide clavulanique, posologie et durée non renseignées) ont permis la réduction du jetage nasal de façon ponctuelle.

À l’admission, l’examen clinique révèle un animal en bon état général avec une note d’état corporel estimée à 4 sur 9. Une dyspnée inspiratoire, caractérisée par un stertor, est constatée. Un jetage nasal bilatéral mucopurulent est présent. L’évaluation des colonnes d’air montre une obstruction bilatérale des cavités nasales. L’auscultation cardiaque et celle des champs pulmonaires sont normales. Le reste de l’examen clinique ne révèle pas d’autre anomalie.

Un examen tomodensitométrique de la tête est réalisé avant et après l’injection intraveineuse de produit de contraste iodé. Des images du scanner sont présentées en reconstruction sagittale et en coupe transversale (photos 1 et 2).

Qualité des images tomodensitométriques

→ L’animal est bien positionné et les coupes sont réalisées dans des plans sagittal et transversal parfaits.

Description des images

→ La lumière du nasopharynx est comblée par une masse ovoïde de 2,2 cm de long sur 1,2 cm de diamètre, à l’atténuation tissulaire homogène et présentant un rehaussement annulaire marqué en postcontraste. Elle déplace le palais mou ventralement et se poursuit au sein de la lumière distale de la trompe d’Eustache gauche. Les cavités naso-sinusales, les choanes, la partie rostrale du nasopharynx et les bulles tympaniques sont comblées d’un matériel à l’atténuation liquidienne non rehaussant. Les cornets nasaux et les volutes ethmoïdales sont intègres. La paroi osseuse de la bulle tympanique gauche est discrètement épaissie sur son aspect ventral. Les nœuds lymphatiques mandibulaires et rétropharyngés médiaux sont arrondis et leur épaisseur est modérément augmentée.

Interprétation

→ L’examen révèle la présence d’une masse nasopharyngée obstructive associée à une rhinosinusite non érosive et à une otite moyenne bilatérale avec une probable ostéite de la paroi de la bulle tympanique gauche. Une adénopathie mandibulaire et rétropharyngée médiale y est associée. L’analyse histopathologique consécutive à l’exérèse de la masse par traction-avulsion conclut à un polype inflammatoire nasopharyngé.

Références

  • 1. Fan T, De Lorimier LP. Inflammatory polyps and aural neoplasia. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2004;34:489-509.
  • 2. Greci V, Mortellaro CM. Management of otic and nasopharyngeal, and nasal polyps in cats and dogs. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2016;46:643-661.
  • 3. Oechtering GU. Diseases of the nose, sinuses, and nasopharynx. In: Ettinger SJ, Feldman EC’s Textbook of Veterinary Internal Medicine, 8th edition. Elsevier Saunders. 2010:2639-2640.
  • 4. Oliveira CR, O’Brien RT, Matheson JS. Computed tomographic features of feline nasopharyngeal polyps. Vet. Radiol. Ultrasound. 2012;53:406-411.

Conflit d’intérêts : Aucun

DISCUSSION

Les polypes nasopharyngés sont des masses pédiculées non tumorales dont les principales causes évoquées sont l’existence d’une a ection chronique des voies respiratoires supérieures et la présence d’otites externes ou moyennes. Ils peuvent également être d’origine congénitale chez le chat [2]. Le plus souvent unilatéraux, ils prennent leur origine dans l’épithélium des bulles tympaniques, des trompes d’Eustache ou du nasopharynx [2].

Les signes cliniques qui en découlent se manifestent habituellement chez les jeunes adultes (entre 1 et 5 ans) [3]. Ils dépendent de la localisation du polype. Lors de localisation nasopharyngée, un reverse sneezing et un stertor sont fréquemment rapportés. Un jetage nasal mucopurulent est parfois constaté en raison du caractère inflammatoire de la lésion et des éventuelles surinfections bactériennes. Lors d’une croissance du polype au sein de la bulle tympanique, un syndrome vestibulaire périphérique et un syndrome de Claude Bernard-Horner peuvent survenir. En cas d’extension dans les conduits auditifs, des signes d’otite externe sont constatés. Enfin, lors d’extension dans le pharynx, un ptyalisme, une dysphagie, voire des régurgitations peuvent être observés [3]. Les techniques d’imagerie en coupe (tomodensitométrie, imagerie par résonance magnétique) permettent de localiser la masse et les lésions secondaires associées [4].

Le traitement le plus simple consiste en l’exérèse par tractionavulsion par voie buccale ou auriculaire externe selon la localisation. Le risque de récidive est cependant élevé (30 à 50 % des cas). Lors de récidive avec atteinte de l’oreille moyenne, une ostéotomie de la bulle tympanique peut être réalisée pour retirer l’épithélium bullaire et traiter l’otite moyenne, le cas échéant. L’administration de corticoïdes limiterait le taux de récidives [1].

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