TRAITEMENTS DES DERMATITES ALLERGIQUES ET EFFETS INDÉSIRABLES : BILAN RÉTROSPECTIF SUR CINQ ANS - Le Point Vétérinaire n° 425 du 01/01/2022
Le Point Vétérinaire n° 425 du 01/01/2022

DERMATOLOGIE

Dossier

Auteur(s) : Corinne Piquemal*, Elisabeth Bégon**, Flore Demay***, Sylviane Laurentie****

Fonctions :
*Anses-ANMV
Département inspection, surveillance du marché
et pharmacovigilance
35300 Fougères

L’objectif de l’étude rétrospective menée sur cinq ans est de faire une synthèse des effets indésirables après l’utilisation des différentes substances classiquement prescrites dans la gestion des dermatites allergiques, et d’apporter une aide dans le choix raisonné et le suivi du traitement, afin de les adapter au mieux au profil de l’animal ciblé.

La dermatite allergique, qui englobe l’allergie aux piqûres de puces, les allergies alimentaires et l’atopie, est une maladie chronique caractérisée par un prurit susceptible d’altérer fortement le confort de vie de l’animal (photo 1). Des traitements permettent de stabiliser l’expression clinique de cette affection, qui touche aussi bien les chiens que les chats (photo 2). Actuellement, le lokivetmab, l’oclacitinib, la ciclosporine et les glucocorticoïdes sont principalement prescrits dans ce cadre. Cependant, comme pour tous les médicaments, leur usage peut être associé à l’apparition d’effets indésirables dont la gravité est variable. Il est donc fondamental de prendre en compte à chaque instant la balance bénéfice/risque de ces produits pour l’animal traité.

1. MATÉRIELS ET MÉTHODES

L’analyse a porté sur l’ensemble des cas graves et non graves (encadré 1) survenus en France chez le chien et le chat, sur une période de cinq ans (du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2020) et enregistrés dans la base de l’Agence nationale de sécurité sanitaire-Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV). Seules les déclarations de pharmacovigilance répondant aux critères suivants ont été incluses :

- effet indésirable consécutif à l’utilisation d’un médicament ayant une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le traitement des dermatites allergiques chez le chien et/ou le chat ;

- si le médicament a plusieurs indications dans son AMM, déclarations ayant trait à un événement survenu dans le cadre de l’indication “dermatite allergique” ;

- lien de causalité entre le médicament et l’effet indésirable non exclu (imputation A, B ou O1/O d’après la classification ABON) (encadré 2).

Selon ces critères, ont été sélectionnés les médicaments (princeps et génériques) contenant le lokivetmab, l’oclacitinib, la ciclosporine ou des glucocorticoïdes (administration par voie générale ou topique) et pour lesquels au moins une déclaration répondant aux critères de l’étude a été reçue (tableau). Le lokivetmab ayant été commercialisé courant 2017, les effets indésirables enregistrés sont donc survenus au cours d’une période plus courte que celle de l’étude. Pour chaque cas retenu, les données relatives aux animaux affectés (race, sexe, âge), aux traitements mis en place (molécules, posologies) et aux effets indésirables rapportés (aspects chronologiques, cliniques, évolution) ont été analysées.

La dermatite allergique étant une entité complexe impliquant de nombreux facteurs, de multiples thé rapies sont actuellement proposées sur le marché. Cette étude n’a pas abordé l’usage des allergènes préparés pour un seul animal (APSA), des antihistaminiques, des copolymères d’acide gras et des traitements hygiéniques. Les antiparasitaires, qui ont aussi pour certains une indication dans la gestion des dermatites allergiques, ont également été exclus. L’estimation du nombre d’animaux traités pendant la période d’étude avec chaque principe actif a été fournie par les titulaires d’AMM respectifs, sur la base de leurs chiffres de ventes pour les différentes présentations de chaque produit et des posologies et durées de traitement validées dans l’AMM.

L’incidence estimée des effets indésirables (rapport entre le nombre de réactions indésirables déclarées et le nombre d’animaux traités sur la période considérée) chez les animaux traités pour une dermatite allergique en France n’a été calculée que pour le lokivetmab et l’oclacitinib. En effet, les deux autres classes de médicaments (corticoïdes et ciclosporine) n’ont pas comme unique indication le traitement des dermatites allergiques. Il est donc impossible de déterminer quelle proportion de ces médicaments est utilisée sur le terrain pour le traitement de ces affections.

Enfin, les principales caractéristiques générales des populations canines et félines françaises ont été déterminées grâce aux données transmises par l’institut de sondage Kantar pour l’année 2020, permettant d’établir des chiffres de référence. Des tests statistiques (Chi2) ont ainsi pu être réalisés.

2. RÉSULTATS

Déclarations retenues

Parmi les déclarations reçues par l’Anses-ANMV, 403 cas ont été retenus chez le chien et 109 chez le chat (figure 1). Environ 27 % des cas rapportés chez le chien étaient graves, versus 41 % chez le chat. Le lien de causalité s’est révélé non classable ou non concluant (imputations O1 et O) dans 52 % des cas chez le chien et 62 % chez le chat (figure 2). Par ailleurs, une proportion non négligeable des déclarations impliquait plusieurs molécules (31 % des cas canins et 40 % des cas félins). Les antiparasitaires sont en outre régulièrement apparus comme un traitement concomitant (34 cas canins, 19 cas félins).

Caractéristiques des populations canines et félines étudiées

Parmi les 403 déclarations enregistrées chez le chien, la race la plus citée est le bouledogue français (11,7 % des déclarations). Viennent ensuite le west highland white terrier (7,4 %), le jack russell terrier (4,5 %), le yorkshire terrier (4,2 %), le labrador retriever (3,7 %), le bouledogue anglais (2,7 %), le berger allemand (2,7 %), le boxer (2,5 %), le border collie (1,7 %), le shih tzu (1,7 %), l’american staffordshire terrier (1,5 %), le bichon frisé (1,5 %) et le bull terrier (1,5 %). Une surreprésentation significative des races bouledogue français (p-value < 0,001) et boxer (p-value < 0,001) est observée. Même si les critères permettant de réaliser un test du Chi2 n’étaient pas remplis, une tendance à la surreprésentation semble également se dessiner pour les races west highland white terrier (citée dans 30 déclarations), bouledogue anglais et bull terrier. Chez le chat, comme 91 % des individus étaient de race européenne ou issus de croisements, ce critère n’a pas été analysé. En ce qui concerne l’âge, l’analyse statistique a mis en évidence une surreprésentation significative des chiens âgés de 4 à 7 ans (p-value < 0,002) et de plus de 11 ans (p-value < 0,01) par rapport à la population de référence. Concernant les félins, les individus âgés de 8 à 11 ans sont surreprésentés (p-value < 0,05). Pour ce qui est de l’influence du sexe, aucune tendance notable n’a été mise en évidence chez les chiens. En revanche, une surreprésentation significative des femelles a été observée chez les chats (p-value < 0,05).

Profil et fréquence des événements indésirables

Le profil des effets indésirables pour chaque spécialité étudiée (figure 3), leur fréquence chez le chien et le chat ainsi que le délai entre la première administration du médicament et l’apparition de l’effet indésirable (figure 4) ont été étudiés. Ces données ne sont pas présentées dans cette partie pour les dermocorticoïdes, l’oclacitinib utilisé hors AMM chez le chat (faible nombre de cas) et les glucocorticoïdes oraux et injectables (faible nombre de cas, polythérapies fréquentes et biais probables dans les déclarations), mais sont évoquées dans la discussion. Notons qu’une déclaration de pharmacovigilance peut citer conjointement plusieurs effets indésirables.

3. LOKIVETMAB

Au total, 91 déclarations concernant le chien ont été répertoriées et analysées, dont 24 % jugées graves. Dans 42 % des cas, le rôle du médicament est jugé possible ou probable. Un usage concomitant d’autres médicaments est constaté dans 22 % des déclarations.

Près de 18 % des cas rapportés concernent des réactions d’hypersensibilité (figure 3). Ces cas se caractérisent principalement par des symptômes cutanés (urticaire, œdème de la face, prurit) apparus au cours des 48 heures qui ont suivi l’injection, ou par des troubles digestifs (vomissements, diarrhée) survenus quelques minutes à quelques heures plus tard. En dehors de ces cas d’hypersensibilité, 37 % des déclarations ont évoqué des troubles généraux. Il s’agissait cependant de signes peu spécifiques (léthargie, anorexie), souvent associés à d’autres symptômes. Parmi les autres effets indésirables rapportés, des troubles digestifs (vomissements et diarrhée, hors contexte d’hypersensibilité clairement identifié) sont cités dans 24 % des déclarations, des désordres cutanés (dermatite, urticaire, alopécie, prurit) dans 18 % des cas, des atteintes neurologiques (tremblements, ataxie et convulsions) dans 14 % des cas et des troubles comportementaux (changement de comportement, agressivité) dans 10 % des cas. Trois déclarations (3 % des cas) ont évoqué une issue fatale, mais le lien de causalité avec le médicament n’a pas été confirmé.

Le délai d’apparition des effets indésirables après la dernière injection de lokivetmab est inférieur à cinq jours dans la majorité des cas (56 %). C’est dans ce laps de temps que sont survenus 43 % des cas graves. Des effets indésirables sont également apparus de façon retardée : plus d’un mois après le début du traitement (31 %) et jusqu’à plus de six mois après (16 %) (figure 4). Dans la grande majorité (75 %) de ces cas “tardifs” (rapportés plus d’un mois après le début du traitement), le lien de causalité avec les injections de lokivetmab reste non conclusif.

Ces cas sont apparus polymorphes (hypersensibilité, troubles hépatiques, lymphome, masse au point d’injection, anémie hémolytique à médiation immune, cystite, troubles digestifs, pyomètre, diabète, etc.), sans tendance majeure pouvant suggérer l’apparition d’effets indésirables spécifiques à la suite d’un usage à moyen ou long terme.

L’incidence des effets indésirables consécutive à l’administration de lokivetmab en France entre 2017 et 2020 a finalement été estimée à 0,08 % (un effet indésirable déclaré pour 1 325 chiens traités).

4. OCLACITINIB

Parmi les déclarations incluses dans l’étude, 185 concernent des chiens et 7 des chats (usage hors AMM). Les cas félins se sont révélés particulièrement polymorphes, et le lien entre l’administration du médicament et les effets indésirables mentionnés est resté, dans l’ensemble, non conclusif.

Parmi les 185 déclarations répertoriées chez le chien, 46 % des effets indésirables sont jugés graves. Dans près de la moitié des cas, le rôle de l’oclacitinib est estimé possible ou probable. Un usage concomitant d’autres médicaments est constaté dans 31 % des déclarations.

Dans 37 % des cas (figure 3), des symptômes généraux sont décrits, notamment une léthargie (18 %) et une anorexie (13 %). Les signes digestifs sont également particulièrement rapportés, avec des vomissements mentionnés dans 18 % des cas, et une diarrhée dans 10 % des cas. Des symptômes cutanés de type infection, dermatite ou prurit sont décrits dans 19 % des déclarations (dont un cas de démodécie). Dans 20 % des cas, une atteinte neurologique est évoquée (tremblements, ataxie, convulsions). Dans 12 de ces cas (32 %), un antiparasitaire externe ou interne avait été administré en parallèle. En outre, 30 cas présentant des troubles comportementaux (soit 16 %) sont également à noter, évoquant une agressivité (11 %), une hyperactivité (11 %) et une anxiété chez l’animal traité. Dans la majorité des cas, ces modifications comportementales sont survenues au cours des quinze premiers jours de traitement. Dans 57 % de ces cas, le rôle du médicament est jugé possible ou probable.

Au total, 17 % des déclarations font état de masses ou de tumeurs après l’administration d’oclacitinib. Dans 12 cas (7 % des déclarations), des masses cutanées de nature histologique non précisée sont apparues. Parmi les déclarations qui évoquent l’établissement d’un diagnostic de tumeur, 5 cas de lymphome, 3 cas d’histiocytome, 3 cas de papillome et 9 cas de tumeurs touchant divers appareils sont recensés. Par ailleurs, 16 cas (9 %) ont connu une issue fatale. Pour 4 d’entre eux, le rôle de l’oclacitinib est jugé possible, et associé au développement d’un processus tumoral pour 3 d’entre eux. Dans les autres cas, aucune conclusion claire n’a pu être établie en raison de l’usage concomitant d’autres médicaments, de la suspicion d’une maladie sous-jacente et/ou d’un manque d’investigations.

Dans la majorité des cas (54 %), l’effet indésirable est apparu dans les quinze jours suivant le début du traitement (figure 4) et a principalement consisté en des signes sans gravité (léthargie, troubles de l’appétit, signes digestifs, désordres comportementaux régulièrement rapportés). Dans 15 % des déclarations, l’effet indésirable est observé entre un et six mois après la première administration et, dans 23 % des cas, plus de six mois après. Parmi les cas rapportés au-delà d’un mois de traitement, 30 % concernent l’apparition de masses et de tumeurs et, dans 10 % des cas, l’animal souffrait d’une cystite ou d’une infection urinaire. Les masses et les tumeurs sont survenues, dans 25 % des cas, entre un et six mois après le début du traitement, et dans 46,4 % des cas plus de six mois après.

L’incidence des effets indésirables à la suite de l’administration d’oclacitinib en France entre 2016 et 2020 a ainsi été estimée à 0,016 % (un effet indésirable déclaré pour 6 076 chiens traités).

5. CICLOSPORINE

Parmi les déclarations incluses dans l’étude, 78 cas concernent l’usage de ciclosporine chez le chien et 74 cas chez le chat. Face au faible nombre de cas rapportés, il n’a pas été possible de réaliser une analyse individuelle spécifique pour chaque médicament vétérinaire.

Analyse des effets indésirables chez le chien

Les effets indésirables déclarés sont jugés graves dans 23 % des cas. Dans 60 % des cas, le rôle de la ciclosporine est estimé possible ou probable. L’usage concomitant d’autres médicaments est constaté dans 28 % des déclarations. Les symptômes digestifs sont les plus fréquemment décrits (44 %) avec essentiellement des vomissements (26 % des cas) (figure 3). Viennent ensuite les signes généraux, cités dans 40 % des déclarations (léthargie, polydipsie, perte de poids), puis cutanés (prurit, dermatites, alopécie) dans 22 % des déclarations. Des signes neurologiques (ataxie et tremblements) sont rapportés dans 14 % des cas. Enfin, 10 cas d’hyperplasie gingivale et 9 cas de diabète sucré (dont 7 chez des west highland white terriers) sont recensés. Pour les 2 cas (soit 3 %) ayant connu une issue fatale, le lien avec l’administration du médicament est jugé possible (un diabète sucré, une tumeur).

Dans 37 % des cas, l’effet indésirable est apparu au cours des cinq premiers jours de traitement (figure 4). Pour 92 % d’entre eux, ces cas sont sans gravité, avec des vomissements notés dans 36 % des rapports. En outre, près de la moitié des cas relatifs à l’administration de ciclosporine chez le chien ont été déclarés plus d’un mois après le début du traitement, ceux-ci comprenant 24 % d’atteintes tumorales (hyperplasies gingivales, papillomes) et 20 % de diabète sucré.

Analyse des effets indésirables chez le chat

Les effets indésirables déclarés sont jugés graves dans 34 % des cas. Dans 51 % des cas, le rôle de la ciclosporine est estimé possible ou probable. L’usage concomitant d’autres médicaments est constaté dans 31 % des déclarations. Comme chez le chien, des symptômes digestifs (53 % des rapports) et généraux (37 %) sont principalement déclarés (figure 3). De nombreux cas d’hypersalivation (citée dans 20 % des déclarations) et une plus grande incidence des diarrhées (19 %) sont toutefois observés en dehors des cas de vomissements (30 %). Une anorexie est décrite dans 18 % des déclarations, et une léthargie dans 15 %. Quelques cas d’atteinte du tractus urinaire (polyurie, cystite, hématurie) sont également ressortis (11 % des cas).

Dans 52 % des cas, l’effet indésirable est rapporté au cours des cinq premiers jours de traitement (figure 4). Il s’agit essentiellement de cas non graves (75 %) présentant des troubles digestifs (vomissements, hypersalivation et diarrhée).

Pour les 6 cas ayant connu une issue fatale, le lien de causalité n’a pu être établi de façon certaine (manque d’examens complémentaires).

6. DISCUSSION

Ces dernières années, de nouvelles options thérapeutiques ont été mises à la disposition des vétérinaires afin de maîtriser le prurit et l’inflammation qui caractérisent les dermatites allergiques. Le traitement de ces atteintes repose sur une stratégie multimodale qui doit être adaptée à chaque animal. Cette étude rétrospective permet d’obtenir une synthèse des effets indésirables constatés en France, et rapportés à l’Anses-ANMV entre 2016 et 2020, après l’administration des principales molécules préconisées.

L’analyse des profils des effets indésirables obtenus met en évidence certaines tendances. Les symptômes digestifs et généraux (qui peuvent eux-mêmes être secondaires à un inconfort digestif) sont les signes les plus fréquemment rapportés, que ce soit pour le lokivetmab, l’oclacitinib ou la ciclosporine. Des manifestations cutanées sont régulièrement décrites, mais demeurent difficilement interprétables dans un contexte de traitement d’une dermatite allergique. Une part notable de symptômes neurologiques est également mentionnée. Pour ce qui est des délais d’apparition, la majeure partie des effets indésirables sont décrits au cours des quinze premiers jours de traitement (lokivetmab, oclacitinib), voire les cinq premiers jours (ciclosporine chez le chat). Les effets indésirables rapportés sont par ailleurs majoritairement jugés sans gravité (76 % des cas impliquant le lokivetmab, 54 % pour l’oclacitinib, 77 % pour la ciclosporine chez le chien et 66 % chez le chat). Ces données sont globalement conformes à ce qui est rapporté dans la littérature, ainsi que dans les résumés des caractéristiques des produits (RCP) [2, 11, 15, 19]. Seuls les signes neurologiques notés dans l’étude avec l’oclacitinib restent surprenants. Les résultats obtenus permettent en outre de mettre en évidence des caractéristiques plus spécifiques à chaque famille. L’analyse du profil des cas déclarés pour le lokivetmab révèle ainsi une bonne tolérance apparente au médicament, avec des effets indésirables qui restent rares. Cependant, il faudra rester attentif vis-à-vis des réactions d’hypersensibilité qui se sont révélées relativement fréquentes. Une étude menée aux États-Unis durant 42 jours, sur une population de 162 chiens atopiques sélectionnés dans diverses clientèles, a également évalué la sécurité d’utilisation du lokivetmab [14]. Dans celle-ci, aucune différence significative dans l’expression d’effets indésirables n’est mise en évidence en comparant les chiens ayant reçu le traitement et ceux du groupe témoin, permettant de conclure à une grande innocuité du lokivemab. Néanmoins, la durée de cette étude reste relativement courte. Pour ce qui est de notre propre analyse, elle n’a pu être menée que sur une période de trois ans, donc avec moins de recul concernant l’usage de cette molécule comparativement aux autres médicaments étudiés. Les effets indésirables du lokivetmab ne peuvent finalement pas être considérés comme parfaitement connus, en particulier sur le long terme, d’où l’importance des remontées de pharmacovigilance (encadré 3).

Les effets indésirables consécutifs à l’usage de l’oclacitinib demeurent également rares. Quelques particularités sont ressorties à la suite de l’analyse des déclarations reçues : l’apparition possible de troubles comportementaux et le développement de masses et de tumeurs chez certains chiens. Quelques affections liées à une baisse des défenses immunitaires (8 cas de cystite et infection urinaire, 5 cas d’infection cutanée, 1 cas de démodécie) sont aussi mentionnées dans les déclarations reçues. Dans une étude de terrain incluant 247 chiens, les signes cliniques les plus rapportés sont les infections urinaires et les cystites (11,3 %), les vomissements (10,1 %), les otites (9,3 %), les pyodermites (9,3 %) et les diarrhées (6,1 %) [2]. Une atteinte néoplasique cancéreuse est apparue chez 16 chiens (au bout de 238 jours en moyenne) et 47 ont présenté des masses dermiques jugées bénignes. Des variations modérées et transitoires de quelques paramètres sanguins sont également décrites, avec une baisse du nombre de leucocytes et de plaquettes, et une augmentation de la cholestérolémie et des protéines totales. L’ensemble des études bibliographiques actuellement disponibles concluent à une globale sécurité d’utilisation de cette molécule [2, 12]. Du fait de ses propriétés immunomodulatrices, l’apparition de nouvelles masses et le développement de tumeurs nécessitent malgré tout un suivi rapproché. Notons que l’oclacitinib est utilisé hors AMM dans 7 cas rapportant des effets indésirables chez le chat. Les tableaux cliniques associés à ces cas sont particulièrement polymorphes et, dans l’ensemble, aucun lien clair n’a pu être démontré entre les effets indésirables rapportés et l’administration d’oclacitinib (investigations insuffisantes pour exclure d’autres hypothèses). À ce jour, peu de données sont disponibles dans la littérature concernant l’utilisation de cette molécule chez les félins. L’effet de l’administration d’oclacitinib chez le chat est analysé dans deux études menées sur une période d’un mois [13, 17]. Seule une augmentation modérée des paramètres rénaux est mise en évidence dans l’une d’elles [17]. Pour ce qui est de l’efficacité de l’oclacitinib dans le contrôle de la dermatite allergique, certains travaux rapportent des résultats encourageants [4, 17, 20]. Cependant, il est désormais démontré que les chats métabolisent plus rapidement l’oclacitinib que les chiens, ce qui incite à augmenter la fréquence d’administration et/ou la dose de médicament prescrit [5, 16]. En conclusion, même si l’oclacitinib semble pouvoir constituer une option thérapeutique chez le chat, le faible nombre d’études actuellement disponibles, qui sont en outre menées sur des effectifs d’animaux restreints et des courtes périodes, invite à patienter afin d’avoir davantage de données permettant une évaluation plus précise de la balance bénéfice/risque pour cette espèce.

Concernant la ciclosporine, les effets indésirables associés à son utilisation sont à ce jour bien documentés (molécule relativement ancienne sur le marché). Dans l’étude présentée, 9 cas de perte de poids chez le chien et 7 cas chez le chat sont décrits et incitent à une surveillance étroite de ce paramètre. Quelques différences dans les signes observés chez les chiens et chez les chats sont ressorties. L’hypersalivation, plus particulièrement mentionnée chez le chat, pourrait être attribuée au mauvais goût du médicament. Chez le chien, 10 cas d’hyperplasie gingivale sont notés, ainsi que 9 cas de diabète sucré touchant, dans 7 cas, la race west highland white terrier. Ces effets indésirables sont conformes aux données rapportées dans la littérature [11].

Contrairement à ce qui est observé chez l’homme, la ciclosporine ne semble pas être particulièrement néphrotoxique chez le chien et le chat [11]. Une méta-analyse a permis d’estimer qu’environ 55 % des chiens traités avec cette molécule présentaient au moins un effet indésirable [19]. Néanmoins, la plupart de ces événements étaient sans gravité, et une interruption du traitement n’a été nécessaire que dans 4 % des cas. Ainsi, l’incidence estimée des effets indésirables après l’usage de ciclosporine reste globalement faible, avec des effets indésirables peu fréquents.

Les profils d’effets indésirables issus de cette étude sont cependant à interpréter en gardant à l’esprit que des biais inhérents à la pharmacovigilance sont inévitables. Le premier reste la sous-déclaration : seuls 10 % des effets indésirables seraient déclarés [6]. Par ailleurs, ceux jugés graves sont généralement plus déclarés que ceux perçus comme bénins. En outre, les praticiens ont tendance à déclarer davantage les effets indésirables pour les produits plus récemment mis sur le marché que ceux pour les produits plus anciens, considérés comme déjà connus. Enfin, un lien de causalité fort (imputation A ou B) n’a pas toujours pu être établi, ce qui signifie que les éléments décrits n’ont pas permis de déterminer le rôle exact du médicament. Cela peut être notamment lié à l’utilisation concomitante de multiples molécules. Ainsi, dans une part notable des déclarations de l’étude (125 cas canins, soit 31 %, et 44 cas félins, soit 40 %), une polythérapie est rapportée. De façon assez attendue, des antiparasitaires externes, préconisés dans le cadre de la gestion de la dermatite allergique, ont souvent fait partie de la liste des médicaments administrés en parallèle, et ont pu également engendrer les effets indésirables décrits. Notamment, dans 32 % des déclarations décrivant des signes neurologiques et impliquant l’oclacitinib, un antiparasitaire externe a aussi été administré, questionnant le rôle réel de l’oclacitinib dans l’apparition des signes cliniques. De plus, dans le cadre de l’administration simultanée de différentes substances, des interactions médicamenteuses restent toujours envisageables. Enfin, la comparaison des incidences estimées des effets indésirables, dont le calcul ne peut reposer que sur des approximations dans le cadre de maladies aussi complexes que les dermatites allergiques, doit être réalisée avec prudence.

Les données obtenues avec les glucocorticoïdes n’ont pas semblé pertinentes, en raison des biais précédemment cités qui sont particulièrement marqués pour cette famille. Concernant les glucocorticoïdes oraux et injectables, 32 déclarations sont répertoriées chez le chien (34 % d’effets indésirables jugés graves) et 21 chez le chat (67 % d’effets jugés graves), avec une majorité de cas impliquant divers médicaments (63 % chez le chien versus 86 % chez le chat) et aboutissant à environ 75 % de cas imputés O1/O. Par ailleurs, étant donné le faible nombre de cas, une analyse globale a été menée, sans distinction de la voie d’administration, mettant majoritairement en évidence des symptômes généraux (léthargie, anorexie pour les deux espèces et hypothermie chez le chat), digestifs et neurologiques. Une grande part de signes respiratoires est également notée chez les félins (28,6 % des cas). Une issue fatale est intervenue chez 16 % des chiens et 33 % des chats. Ces résultats, pour certains, concordent peu avec les données de la littérature. Le profil des effets indésirables associés à l’utilisation des médicaments de cette famille, qui a constitué le traitement de choix des dermatites allergiques et de multiples maladies durant des décennies, peut être considéré aujourd’hui comme globalement bien connu (signes digestifs, polyuro-polydipsie, polyphagie et prise de poids, diabète, complications infectieuses, retards de cicatrisation, troubles du comportement, etc.) [3, 7]. La prescription de corticoïdes est désormais davantage réservée à la gestion des crises aiguës, en éventuel complément d’autres thérapies [8]. L’usage de dermocorticoïdes (acéponate d’hydrocortisone), qui présentent un faible niveau d’absorption cutanée, est également parfois préféré, car ils permettent une action localisée en cas de crise aiguë de prurit, voire offrent dans certains cas un confort suffisant à l’animal à plus long terme, tout en s’affranchissant des effets indésirables systémiques des glucocorticoïdes administrés par voie générale [18]. Seules 24 déclarations impliquant les dermocorticoïdes (usage hors AMM) sont répertoriées dans l’étude : 17 cas canins et 7 cas félins, dont 21 imputés O1/O. Dans 17 de ces déclarations, des troubles cutanés de nature variable sont mentionnés.

Cette étude a également permis de faire ressortir quelques tendances quant aux animaux affectés par les effets indésirables. Une représentation accrue de certaines races (bouledogue français, boxer) est notée. S’il est à présent établi que les dermatites allergiques peuvent se déclarer chez toutes les races, certaines atteintes dermatologiques telles que la dermatite atopique sont davantage décrites chez les retrievers, le berger allemand, les bouledogues, le boxer et le west highland white terrier, dans diverses études menées dans le monde [1, 10]. Ces études souffrent cependant de biais et les résultats sont dépendants d’effets de mode localisés. Boxer et bouledogue français, deux races qui ressortent dans notre étude, font partie de celles qui semblent prédisposées à l’atopie en Europe [21]. La surreprésentation de ces races semble donc être davantage liée à ces prédispositions, plutôt qu’à une sensibilité accrue aux médicaments prescrits pour leur traitement. Les animaux âgés de 4 à 7 ans sont aussi plus représentés, ce qui peut correspondre à l’âge moyen de mise en place des premiers traitements. La surreprésentation des chiens de plus de 11 ans et des chats âgés de 8 à 11 ans peut, quant à elle, s’expliquer par un état de santé plus fragile lié au vieillissement (maladies intercurrentes possibles).

Aucune incidence du sexe de l’animal n’est mise en évidence chez le chien. Il ne s’agit donc pas d’un facteur de prédisposition, ni aux dermatites allergiques conformément à ce que rapporte la littérature, ni à l’expression d’effets indésirables consécutifs à l’administration des traitements étudiés [1]. Pour ce qui est de la surreprésentation des femelles chez le chat, il est possible qu’elle soit la conséquence d’une sous-médicalisation des individus mâles non castrés, et non d’une sensibilité accrue aux médicaments prescrits ou d’une prédisposition particulière aux dermatites allergiques [9].

Références

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Conflit d’intérêts : Aucun

Encadré 1 : DÉFINITION D’UN EFFET INDÉSIRABLE GRAVE CHEZ L’ANIMAL

Lorsqu’il survient chez l’animal, un effet indésirable grave est un événement qui provoque des signes cliniques permanents ou prolongés, qui se traduit par une anomalie ou une malformation congénitale ou provoque un handicap ou une incapacité importante chez l’individu traité qui est susceptible de mettre la vie de l’animal en danger ou d’entraîner sa mort.

Encadré 2 : MÉTHODE D’IMPUTATION DES EFFETS INDÉSIRABLES EN MÉDECINE VÉTÉRINAIRE : LE SYSTÈME ABON

La confrontation de l’ensemble des données disponibles aux données bibliographiques et aux précédents cas enregistrés conduit à une imputation, c’est-à-dire à un classement du cas dans l’une des quatre catégories (A, B, O, N) prévues par les lignes directrices de l’Agence européenne du médicament. Elle exprime le lien entre le médicament administré et les signes cliniques observés : A (probable), B (possible), O1 (non concluant), O (non classable) et N (improbable).

Pour l’évaluation de l’imputabilité, plusieurs facteurs sont considérés :

- l’association dans le temps, incluant une éventuelle disparition ou une reprise des symptômes à l’arrêt du traitement ou lors d’administrations répétées, ou une correspondance anatomique (notamment avec le site d’injection ou d’application du médicament) ;

- le profil pharmaco-toxicologique, les concentrations sanguines et l’expérience acquise sur le médicament ;

- la présence d’éléments cliniques ou pathologiques caractéristiques ;

- l’exclusion des autres causes possibles ;

- l’exhaustivité et la fiabilité des données fournies par la déclaration du cas ;

- la mesure quantitative du degré de contribution d’un médicament au développement d’un événement indésirable (relation dose-effet).

Encadré 3 : DÉCLARER LES SUSPICIONS D’ÉVÉNEMENTS INDÉSIRABLES

La déclaration des événements observés peut être effectuée :

- en ligne sur le site pharmacovigilance-anmv.anses.fr ;

- à l’aide de formulaires à adresser au centre de pharmacovigilance vétérinaire de Lyon (CPVL), téléchargeables à l’adresse ci-dessus ou disponibles auprès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire-Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV) ou du CPVL ;

- par téléphone auprès du CPVL, cet appel devant toutefois être suivi d’un retour de la fiche de déclaration envoyée par le centre.

Il est important de remplir la déclaration de façon précise et détaillée, afin de permettre une exploitation optimale des données. Le cas échéant, les examens de laboratoire, les rapports d’autopsie, les photos et toute autre donnée pertinente doivent être joints au dossier, et les diagnostics différentiels plausibles pris en considération.

CONCLUSION

Le choix du traitement d’une dermatite allergique doit être adapté à l’affection traitée (gravité, intensité et répercussions des signes cliniques), mais aussi au profil de l’animal (âge, affections intercurrentes, traitements concomitants). Dans cette évaluation du rapport bénéfice/risque pour l’animal, la bonne connaissance des effets indésirables des médicaments envisagés est tout aussi importante que celle de leur efficacité. Même si pour la plupart des substances actuellement préconisées les effets indésirables sont globalement rares et en majorité sans caractère de gravité, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit généralement de traitements longs et qu’un suivi régulier se révèle indispensable. Le rôle des vétérinaires dans la progression des connaissances sur ces médicaments demeure fondamental, et leur participation active et régulière au système de pharmacovigilance, en déclarant les cas constatés d’effets indésirables, est à encourager

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