PRÉVALENCE DES AGENTS PATHOGÈNES RESPIRATOIRES ET PRATIQUES VACCINALES CHEZ LES BOVINS - Le Point Vétérinaire n° 423 du 01/11/2021
Le Point Vétérinaire n° 423 du 01/11/2021

ÉLEVAGE ALLAITANT

Article original

Auteur(s) : Céline Gaillard

Fonctions : Le Point Vétérinaire
11-15, quai de Dion-Bouton
92800 Puteaux

Une étude (1), menée dans le cadre d’une thèse vétérinaire (2), montre la multiplicité des agents pathogènes impliqués dans les maladies respiratoires chez les bovins. Les pratiques vaccinales en élevage allaitant sont également discutées.

Les maladies respiratoires représentent une cause de pertes économiques et sanitaires importantes chez les jeunes animaux, surtout en élevage allaitant. En raison de la grande diversité des agents pathogènes responsables et de l’implication de nombreux facteurs environnementaux, la vaccination ne permet généralement pas la disparition totale des maladies.

Cet article est issu de travaux menés dans le cadre d’une thèse vétérinaire dans des élevages allaitants de l’est de la France. Leur objectif était d’évaluer la prévalence des différents agents pathogènes responsables de bronchopneumonie infectieuse enzootique, mais aussi de recenser les pratiques vaccinales des éleveurs pour lutter contre les maladies respiratoires des bovins.

MATÉRIEL ET MÉTHODE

L’étude est menée pendant les campagnes d’hivernage 2016/2017 et 2017/2018. Les élevages allaitants stricts inclus dans cette étude sont situés dans l’est de la France (départements de l’Ain, du Rhône, de la Saône-et-Loire et de la Loire). Tous possèdent des veaux de moins de 6 mois non sevrés, sans introduction en engraissement, et un taux d’introduction global de moins de 10 %. Ils doivent avoir subi des épisodes collectifs (c’est-à-dire concernant au moins trois animaux) de bronchopneumonie infectieuse enzootique chez les veaux en bâtiment, mais avoir traité moins de 10 % du lot par une antibiothérapie. Les animaux traités par des antibiotiques au cours du mois précédant l’épisode sont exclus de l’étude. Dès l’apparition de la bronchopneumonie infectieuse enzootique dans un lot, trois animaux malades, en début d’évolution et avant tout traitement, sont choisis par le vétérinaire traitant. Un écouvillonnage nasal profond est effectué sur chacun d’entre eux, sur un double écouvillon sec, conservé au frais et expédié à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) de Lyon le jour même, pour une analyse par polymerase chain reaction (PCR) multiplex. Le kit PCR LSI VetMax® Screening Pack-Ruminant Respiratory Pathogens (ThermoFisher Scientific, Waltham, États-Unis) est utilisé pour la recherche de plusieurs agents pathogènes respiratoires : le virus syncytial bovin (B-RSV), le coronavirus bovin (B-CoV), le virus parainfluenza de type 3 (B-PiV3), Mycoplasma bovis, Mannheimia haemolytica, Pasteurella multocida et Histophilus somni. Les trois prélèvements de chaque élevage sont mélangés pour faire l’objet d’une seule analyse.

Parallèlement, une enquête de terrain est menée auprès des éleveurs concernés, grâce à un questionnaire disponible en ligne après un contact téléphonique. Ce questionnaire est composé de plusieurs parties, afin de recueillir un maximum de renseignements : informations générales sur l’élevage, sur le troupeau, sur la gestion des génisses, sur les veaux jusqu’au sevrage. Pour chacune de ces catégories d’animaux, il comprend à la fois des questions relatives à la conduite d’élevage et aux protocoles de vaccination.

RÉSULTATS ET DISCUSSION

Au cours des deux années de l’étude, 159 prélèvements par écouvillonnage sont effectués dans 52 élevages. Par ailleurs, 27 réponses complètes au questionnaire sont recueillies.

Malgré la faible taille de l’échantillon étudié, plusieurs tendances peuvent être notées.

1. Résultats d’analyse et prévalence des agents pathogènes respiratoires

Pasteurella multocida est présente dans 100 % des prélèvements analysés. M. haemolytica est identifiée dans 72 % des cas, le coronavirus bovin dans 57 %, H. somni dans 28,3 %, M. bovis dans 17 % et les virus parainfluenza 3 et respiratoire syncytial dans 11 % et 9 % respectivement. L’omniprésence de Pasteurella multocida peut s’expliquer par la technique de prélèvement. Un lavage bronchoalvéolaire aurait permis de s’affranchir de la flore commensale des voies respiratoires supérieures, dont fait partie P. multocida [3]. Cependant, l’écouvillonnage nasal profond a été choisi en raison de sa praticité puisqu’à la différence du lavage bronchoalvéolaire, il ne nécessite pas d’anesthésie. Les prévalences obtenues dans cette étude sont comparables à celles d’autres travaux [1, 2]. En dehors de P. multocida, les circulations mixtes de bactéries et de virus apparaissent majoritaires (51 % des élevages), et plusieurs agents pathogènes sont identifiés dans 75 % des cas (figure 1).

P. multocida

Cette pasteurelle est présente dans 100 % des prélèvements, mais associée dans 94 % des cas à un (37 % des cas) ou plusieurs agents pathogènes. La plupart des élevages ayant répondu au questionnaire ne vaccinent pas contre P. multocida (89 %).

H. somni

Un peu plus d’un quart des élevages sont positifs à H. somni, et 80 % des élevages positifs le sont également à d’autres agents pathogènes, en excluant P. multocida. Du côté de la prévention, 22 % des élevages pratiquent la vaccination contre cette bactérie.

M. haemolytica

Près des trois quarts des élevages sont positifs à M. haemolytica. Il s’agit donc de la bactérie présen tant la plus forte prévalence, hormis P. multocida. Dans 79 % des cas, M. haemolytica est associée à d’autres agents pathogènes que P. multocida. Les réponses au questionnaire montrent une forte couverture vaccinale contre cet agent pathogène (56 % des élevages). La proportion d’animaux vaccinés est légèrement plus importante dans les élevages où la bactérie a été identifiée.

M. bovis

La prévalence de M. bovis est relativement faible (17 %). Il n’existe pas de vaccin contre cet agent pathogène.

Coronavirus bovin

Le coronavirus bovin est fréquemment mis en évidence, dans plus de la moitié des élevages, associé à d’autres agents pathogènes que P. multocida dans 80 % des cas. La couverture vaccinale est assez élevée (48 %), car cette valence est incluse dans les vaccins contre les diarrhées néonatales. Une proportion sensiblement identique d’élevages vaccinés et non vaccinés est retrouvée dans le groupe qui rassemble ceux dans lesquels le virus a été identifié, ainsi que dans les élevages indemnes.

Virus respiratoire syncytial

La prévalence du RSV avoisine 10 % dans cette étude. Plus des trois quarts des élevages ayant répondu vaccinent par voie intranasale contre ce virus.

Virus parainfluenza 3

La prévalence du virus parainfluenza bovin est sensiblement la même que celle du virus respiratoire syncytial, avec la même proportion d’élevages vaccinés par voie intranasale, ces deux valences étant généralement associées au sein du même vaccin.

CONDUITE D’ÉLEVAGE ET VACCINATION

Les élevages qui ont répondu au questionnaire comptent en moyenne 111 mères, 61 génisses et 23 mâles. Ils pratiquent tous l’autorenouvellement.

1. Vaccination des veaux

La vaccination intranasale, largement répandue chez les veaux (74 % des élevages), concerne les virus parainfluenza 3 et syncytial et est généralement effectuée vers l’âge de 2 semaines. Les vaccins parentéraux, utilisés vers 3 semaines, sont essentiellement dirigés contre les bactéries (figure 2). La vaccination des veaux est généralement réalisée concomitamment à d’autres opérations, comme le traitement pour-on avec des endectocides et le sevrage. Le même protocole vaccinal est appliqué aux animaux malades et sains dans près de la moitié des élevages. Les autres demandent conseil au vétérinaire ou attendent la guérison de l’animal pour vacciner, conformément au bilan sanitaire d’élevage.

2. Vaccination des reproductrices

Un rappel annuel est effectué chez les génisses dans 41 % des élevages, avant la mise à la reproduction ou la mise bas. D’autres éleveurs ne vaccinent que la première année ou pas du tout (15 % d’entre eux). Cette vaccination concerne essentiellement la diarrhée virale bovine puis, dans une moindre mesure, le coronavirus et les autres valences respiratoires. Dans près d’un quart des élevages, les mères ne sont pas vaccinées. Dans les autres élevages, la vaccination est pratiquée avant la mise à la reproduction ou la mise bas. Cependant, les protocoles sont très différents entre les exploitations, notamment concernant le nombre d’injections : un quart des éleveurs ne vaccinent pas, 30 % vaccinent avant la mise à la reproduction, 26 % avant la mise bas. Les valences les plus fréquemment utilisées ciblent la diarrhée virale bovine, le coronavirus puis, plus anecdotiquement, les autres agents pathogènes respiratoires (figure 3). La saison des vêlages est essentiellement concentrée en hiver, le reste étant plutôt centralisé en automne. Si la prise colostrale est généralement surveillée (par 59 % des éleveurs), seule une assistance est proposée en cas d’absence de tétée spontanée. Le recours au biberonnage et au drenchage demeure assez rare. En revanche, cette assistance n’a pas forcément lieu au cours des premières heures de vie.

3. Discussion

Associer le sevrage et la vaccination n’est pas conseillé. En effet, le sevrage est une grande source de stress, susceptible d’engendrer une baisse de l’immunité, ce qui compromet l’efficacité de la vaccination. Le traitement antiparasitaire évite la baisse d’immunité consécutive au parasitisme. Toutefois, il serait plus judicieux d’effectuer ce traitement avant la vaccination, et non pendant, pour limiter le parasitisme au cours du protocole vaccinal.

La faible vaccination des mères traduit sans doute un manque de compréhension de l’utilité de vacciner les mères pour protéger les veaux, alors que l’intérêt de la prise colostrale est globalement acquis. Dans ce contexte, les veaux ne bénéficient pas de l’immunité passive, induite par la vaccination des mères et due au transfert colostral au moment de la naissance (photo). Ainsi, l’avantage de la vaccination intranasale, majoritairement utilisée chez les veaux dans cette étude, est assez discutable, puisque le problème d’interférence entre l’immunité passive et active ne se pose pas. De plus, la durée de protection de l’immunité conférée par la voie intranasale est faible, de l’ordre de douze semaines. La vaccination des mères permettrait alors d’assurer la protection passive des veaux par transfert colostral jusqu’à l’âge de 2 mois, avec un relais par la vaccination parentérale. De plus, la large utilisation du vaccin intranasal Pi3 RS pourrait expliquer la faible prévalence de ces deux virus dans cette étude. De même, beaucoup d’éleveurs vaccinent les génisses, mais n’effectuent plus de rappels ensuite. Là encore, l’intérêt est discutable, puisque seuls les veaux issus de vaches primipares bénéficieront d’une bonne immunité passive.

D’autre part, il apparaît dans la synthèse des données qu’il existe un problème de compréhension de la part des éleveurs, notamment concernant certains termes tels que “primovaccination” ou “rappel”, ces deux notions étant quelquefois un peu confuses pour eux. Le bon respect du protocole est donc difficilement interprétable.

  • (1) Étude réalisée avec la participation financière de Boehringer Ingelheim Animal Health France.

  • (2) Lamy B. Prevalence des pathogènes respiratoires et pratiques vaccinales en élevage allaitant naisseur en race charolaise. Thèse doct. vét. Vetagro Sup. 2019:90p.

Références

  • 1. Chenet L. Prévalence des agents pathogènes respiratoires chez les veaux en élevages bovins naisseurs. Thèse doct. vét. ENV de Toulouse. 2016:103p.
  • 2. Pelletier C, Lemarchand F, Loisy V. Recherche de pathogènes respiratoires bovins par PCR temps réel multiplexe. Bull. GTV. 2015;(79):79-84.
  • 3. Timsit E, Workentine M, van der Meer F et coll. Distinct bacterial metacommunities inhabit the upper and lower respiratory tracts of healthy feedlot cattle and those diagnosed with bronchopneumonia. Vet. Microbiol. 2018;221:105.113.

Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

Malgré certains biais (faible taille d’échantillon, multiplicité des opérateurs), cette étude montre la forte circulation des agents pathogènes respiratoires dans les élevages, souvent associés à des infections mixtes. La vaccination des troupeaux est l’un des piliers de la lutte contre les troubles respiratoires. Si la faible utilisation des vaccins parentéraux est à déplorer, quel que soit l’âge des animaux, la vaccination intranasale chez les veaux est très répandue, sans doute en raison de sa praticité et de la possibilité de vacciner précocement. L’utilité de la vaccination des mères pour protéger les veaux n’est pas une notion bien comprise, ce qui est étonnant puisque l’intérêt du transfert colostral, lui, est bien intégré. De plus, les réponses aux questionnaires traduisent une mauvaise compréhension des éleveurs concernant les principes de la vaccination. Une formation sur ce point pourrait être bénéfique pour s’assurer du bon respect des protocoles vaccinaux.

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