IMPACT DE L’ÉTAT DE SANTÉ DES VACHES EN POST-PARTUM SUR L’ACTIVITÉ ET LE COMPORTEMENT MATERNEL - Le Point Vétérinaire n° 422 du 01/10/2021
Le Point Vétérinaire n° 422 du 01/10/2021

PRODUCTION ET REPRODUCTION

Article original

Auteur(s) : Nadège Perier*, Margit Bak Jensen**, Kathryn Proudfoot***, Alice de Boyer des Roches****

Fonctions :
*Université de Lyon, VetAgro Sup
1, avenue Bourgelat
69280 Marcy-l’Étoile
nadegeperier@hotmail.fr
**Department of Animal Science
Aarhus University
Blichers Allé 20
Tjele DK-8830 (Danemark)
***Veterinary Preventive Medicine
College of Veterinary Medicine
The Ohio State University
1920 Coffey Road
Columbus, OH 43210 (États-Unis)
****Université de Lyon,
VetAgro Sup
69280 Marcy-l’Étoile
Université Clermont-Auvergne
Inrae, VetAgro Sup, UMR Herbivores
63122 Saint-Genès-Champanelle
alice.deboyerdesroches@vetagro-sup.fr

La période du péripartum est une étape à risque pour les vaches laitières, associée à un pic d’affections, métaboliques ou infectieuses. Le comportement maternel et l’activité des vaches laitières peuvent-ils être utilisés comme des indicateurs précoces de maladie au cours de cette période ?

Pendant la période de transition, soit trois semaines avant et trois semaines après le vêlage, les vaches laitières sont davantage susceptibles de développer une maladie infectieuse ou métabolique [13]. Environ 75 % des maladies des vaches laitières surviennent au cours du mois qui suit le vêlage [15, 20]. En outre, pendant la période du péripartum, la vache est vulnérable, en raison de la douleur et du stress provoqués par la mise bas [21]. La détection précoce des vaches malades est alors nécessaire pour assurer une prise en charge optimale. Le comportement peut être utilisé par l’éleveur et le vétérinaire pour identifier les animaux concernés [30]. Les comportements les plus fréquemment observés sont une réduction de l’activité générale, de la prise alimentaire et des interactions sociales, ainsi qu’une augmentation du temps de couchage (sauf en cas de mammite) [5]. Ces modifications comportementales sont décrites chez les vaches laitières atteintes de mammite, de métrite ou de boiterie [1, 6, 9, 10, 11, 13, 16, 25, 26, 29]. Cependant, aucune étude n’a exploré l’effet des maladies infectieuses sur le comportement des vaches laitières (activité et interactions mère-veau) dans les heures qui suivent le vêlage.

Chez les ovins et les vaches allaitantes, les jeunes sont élevés avec leur mère jusqu’au sevrage, le comportement maternel est donc essentiel pour la survie du nouveau-né [7, 28]. Chez les vaches laitières, la mère et le veau sont souvent séparés quelques heures après la mise bas, même si de nouvelles conceptions des bâtiments, permettant de prodiguer davantage de soins aux veaux, sont explorées [22]. Lorsque le veau et sa mère sont gardés ensemble après la naissance, la vache passe la majorité de son temps debout et à lécher son nouveau-né pendant les six premières heures de vie. Ensuite, elle passe plus de temps couchée et à s’alimenter [17]. Le léchage du veau au cours des premières heures de vie stimule son activité, sa respiration, sa circulation sanguine, ainsi que ses comportements d’élimination [23]. La mère reste probablement aussi près du veau la majorité du temps au cours de ces six premières heures pour le protéger des prédateurs [8]. L’objectif de cette étude était de déterminer l’effet des maladies infectieuses sur le comportement maternel (léchage) et l’activité du veau et de la mère dans les heures qui suivent le vêlage.

MÉTHODE ET ÉTHIQUE

Le protocole expérimental de cette étude, réalisée à l’université d’Aarhus (Foulum, Danemark), a été approuvé par l’Inspection danoise des expérimentations animales du ministère de la Justice (Copenhague, Danemark) et par le comité d’éthique de l’université de British Columbia (Canada). Le traitement des données a été confié à l’université de l’Ohio (États-Unis) et à VetAgro Sup, le campus vétérinaire de Lyon.

Animaux, logement et alimentation

L’étude inclut 21 vaches multipares, réparties par rang de lactation : deux (n = 6), trois (n = 5) et quatre (n = 10) lactations. Elles ont accès à une ration totale mélangée ad libitum, comprenant des fourrages et des concentrés avec un ratio de 79/21 % de matière sèche avant le vêlage, et de 60/40 % après. La nourriture est distribuée deux fois par jour à 10 h et à 17 h. Après le vêlage, les vaches sont traites deux fois par jour, à 6 h et à 18 h, à l’aide d’une machine à traire. L’eau est disponible ad libitum dans des abreuvoirs individuels.

Deux semaines avant le vêlage, les vaches sont hébergées en groupe (box de 9 × 15 m). Dès qu’une d’entre elles exprime les signes annonciateurs de la mise bas (queue relevée, tuméfaction de la mamelle, relaxation du ligament sacro-iliaque, présence de mucus ou contractions abdominales), elle est transférée dans un box de maternité (3 × 4,5 m) où elle restera pendant trois jours avec son veau. Toutes les vaches de l’étude ont connu un vêlage eutocique, aucune n’a eu de jumeaux ou n’a été dérangée par une présence humaine lors de la mise bas (pas de paillage du box).

Périodes d’observation

Les animaux ont été suivis pendant 48 heures après le vêlage, divisées en huit périodes de 6 heures réparties de la façon suivante :

– période 1 (P1) = T0 à T5 ;

– période 2 (P2) = T6 à T11 ;

– période 3 (P3) = T12 à T17 ;

– période 4 (P4) = T18 à T23 ;

– période 5 (P5) = T24 à T29 ;

– période 6 (P6) = T30 à T35 ;

– période 7 (P7) = T36 à T41 ;

– période 8 (P8) = T42 à T47.

Définition du statut sanitaire des animaux

Pour déterminer l’état de santé des vaches, les températures rectales sont mesurées deux fois par jour, lors de la traite, pendant les trois premiers jours après le vêlage. Un examen clinique est réalisé les 3e et 9e jours post-partum par un chercheur, un technicien expérimenté ou le vétérinaire lorsque cela se révèle nécessaire. Les signes de mammite (couleur et consistance du lait) sont enregistrés quotidiennement. Les critères permettant de définir le statut sanitaire de chaque animal sont la température rectale et le diagnostic du vétérinaire. Quatre statuts sont alors définis pour caractériser l’état de santé des vaches pour chaque période :

– vache saine : température inférieure à 39 °C et pas de diagnostic vétérinaire au cours des 48 premières heures post-partum ;

– vache malade et absence de traitement : au moins une fois une température supérieure ou égale à 39 °C et un diagnostic vétérinaire dans les 48 premières heures post-partum mais sans traitement ;

– vache malade et traitement : vache malade ayant reçu un traitement ;

– vache guérie et traitement : vache malade ayant reçu un traitement et dont la température est redevenue, au cours de la période d’observation après le traitement, strictement inférieure à 39 °C.

Critères d’inclusion et d’exclusion des animaux dans l’étude

Les vaches sont considérées comme malades si elles présentent au moins une température rectale supérieure ou égale à 39 °C au cours des six premières heures post-vêlage, et si elles ont été diagnostiquées malades par le vétérinaire dans les 48 heures qui suivent le vêlage. Les périodes durant lesquelles les vaches malades ont reçu un traitement sont exclues de l’étude. Les vaches saines sont celles qui n’ont pas été diagnostiquées malades durant les 48 heures post-vêlage.

Gestion des animaux malades

En cas de maladie, un traitement standard est mis en place, selon la prescription du vétérinaire (antibiothérapie adaptée et traitement anti-inflammatoire si besoin). Tous les traitements sont administrés quotidiennement par le personnel de l’élevage pendant les trois jours qui suivent le diagnostic.

Enregistrement des données

Le comportement de chaque dyade vache-veau est enregistré en continu pendant 48 heures post-partum grâce à des caméras digitales accrochées au plafond de chaque box. L’enregistrement des comportements débute à l’expulsion du veau, lorsque ses hanches sont entièrement sorties. Grâce à ces vidéos, les activités de la mère et les interactions entre celle-ci et son veau sont relevées au cours de 48 heures post-partum par la méthode du focal animal sampling (tableaux 1 et 2) [2].

Pour chaque comportement, les heures de début et de fin sont notées dans le logiciel Excel, afin de calculer des durées, des fréquences et des latences. Les durées par heure de chaque comportement sont obtenues par leur addition sous SAS (version 9.4, 2016). Les heures sont rapportées en “heures postvêlage”. Les latences sont exprimées en minutes, les fréquences en nombre d’occurrences par heure ou par période et les durées en pourcentage de temps.

Comportements retenus pour l’analyse statistique

Les comportements de tétée, de tentative de tétée et de recherche de la mamelle n’ont pas été analysés, en raison de l’interaction humaine non contrôlée. Les veaux ont en effet été biberonnés ou forcés à téter sans qu’aucune règle ne soit intégrée au protocole expérimental. Aussi, les comportements de tentative de tétée et de recherche de la mamelle ont dû être exclus de l’analyse.

Analyses statistiques

Compte tenu de la forte variabilité interindividuelle, les variations au cours du temps pour les vaches saines sont étudiées sur huit périodes de 6 heures (P1 à P8) pendant 48 heures. La comparaison entre vaches saines et vaches malades est réalisée en P1 (période où l’expression du comportement maternel est forte) et en P2 (période suivante) [8, 17].

Les variations de comportement des vaches saines sont testées au cours du temps (de P1 à P8) à l’aide d’un modèle linéaire mixte, avec le temps comme facteur fixe et les vaches comme facteur aléatoire. Les latences des comportements des vaches saines et malades sont comparées à l’aide d’un modèle linéaire avec leur statut (vache saine versus malade) comme facteur fixe. Les variations des comportements des vaches au cours du temps (en P1 et en P2) et selon le statut sont testées à l’aide d’un modèle linéaire mixte, avec l’association période-statut comme facteur fixe et les vaches comme facteur aléatoire. Pour tous ces modèles, la normalité des résidus est vérifiée graphiquement.

RÉSULTATS

Animaux inclus dans l’étude

Durant toute l’étude, 10 vaches n’ont pas présenté d’hyperthermie et n’ont pas été diagnostiquées malades par le vétérinaire au cours des 48 heures post-partum, et 11 vaches ont présenté au moins une température rectale supérieure ou égale à 39 °C et ont été diagnostiquées malades par le vétérinaire. Parmi les 11 vaches malades, 3 ont montré des signes de mammite, 2 des signes de pneumonie et 6 des signes d’une autre infection. Compte tenu des critères d’inclusion et d’exclusion, 10 vaches saines ont été incluses dans l’étude et leur comportement a été étudié sur toute la durée d’observation, soit 48 heures postvêlage. Respectivement 7 vaches malades et 6 vaches malades ont été incluses en P1 (2 mammites, 1 pneumonie, 4 autres infections) et en P2 (2 mammites, 1 pneumonie, 3 autres infections).

Comportement des vaches saines et de leur veau au cours des 48 heures postvêlage

Pendant la première période (P1), les vaches saines étaient significativement plus actives qu’après. Elles ont passé significativement moins de temps couchées au cours de cette phase (2 h 26 min en P1) par rapport à P2, P3, P4 et P7 (46 minutes de plus, 45 minutes de plus, 34 minutes de plus et 45 minutes de plus respectivement, p < 0,05) et ont changé significativement plus souvent de position (debout puis couchées, environ 9,7 fois) par rapport à P2, P3, P4, P5, P6, P7 et P8 (2,8 fois de moins, 5,4 fois de moins, 5,5 fois de moins, 6,1 fowis de moins, 6,1 fois de moins, 6,3 fois de moins et 6,8 fois de moins respectivement, p < 0,05). En outre, elles ont interagi significativement plus avec leur veau qu’après : la durée et la fréquence du léchage sont plus élevées en P1 (1 h 27 min et 206 occurrences en 6 heures) par rapport à P2, P3, P4, P5, P6, P7 et P8 (durée : 57 minutes de moins, 67 minutes de moins, 75 minutes de moins, 74 minutes de moins, 69 minutes de moins, 72 minutes de moins et 68 minutes de moins respectivement, p 0,05 ; fréquence : 92,8 fois de moins, 136,9 fois de moins, 156 fois de moins, 152,6 fois de moins, 135,8 fois de moins, 151,8 fois de moins et 161,3 fois de moins respectivement, p < 0,05).

Au cours de la première période, les veaux ont passé significativement moins de temps couchés (4 h 13 min en P1) par rapport aux périodes suivantes P2, P3, P4, P5, P6, P7 et P8 (38 minutes de plus, 23 minutes de plus, 45 minutes de plus, 47 minutes de plus, 45 minutes de plus, 41 minutes de plus et 63 minutes de plus respectivement, p < 0,05) et ont changé significativement plus souvent de position (debout puis couchés) par rapport à P2, P3, P4, P5, P6, P7 et P8 (1,7 fois de moins, 1,4 fois de moins, 2,9 fois de moins, 3 fois de moins, 3,2 fois de moins, 3 fois de moins et 3 fois de moins respectivement, p < 0,05).

Variation de comportement selon le statut sanitaire des vaches

Latence des comportements

Il n’y a pas eu d’effet de la maladie sur les latences des comportements des vaches et de leur veau. Seules les vaches malades ont eu tendance à se coucher 32 minutes plus tard à proximité de leur veau que les vaches saines (p = 0,10).

Durée et fréquence des comportements en P1 et en P2

Les durées et les fréquences de chaque comportement au cours des 12 premières heures post-vêlage ont été enregistrées chez les vaches saines et les vaches malades. Compte tenu de la forte variabilité interindividuelle, les variations au cours du temps des comportements ont été étudiées par bloc de 6 heures. Pour tous les comportements observés, les variations entre vaches saines et malades ne sont pas significativement différentes en P1 et en P2.

DISCUSSION

Cette étude s’intéresse à l’effet de la maladie sur l’activité de la vache et de son veau, ainsi qu’au comportement de léchage du nouveau-né. Les durées, les fréquences et les latences des comportements ne sont pas significativement différentes entre les vaches saines et les vaches malades, à l’exception du comportement de couchage à proximité du veau, pour lequel une tendance a pu être dégagée : les vaches malades se couchent plus tardivement près de leur veau que les saines. Ces résultats suggèrent que les vaches sont davantage motivées pour s’occuper de leur veau que pour montrer des comportements liés à la maladie (augmentation du temps de couchage et diminution des interactions sociales après le vêlage).

Les vaches malades flairent et lèchent leur veau aussi longtemps que les vaches saines au cours des six premières heures (photos 1 et 2). Ainsi, pendant cette période, les vaches malades sont aussi maternelles que les vaches saines. Ces résultats sont surprenants, car les vaches malades sont généralement décrites comme apathiques : elles mangent moins et passent davantage de temps couchées [10, 13, 24]. Ce comportement “de maladie” régule le système immunitaire et optimise le rétablissement [12, 18].

Les résultats suggèrent que la motivation à s’occuper des nouveau-nés ne semble pas suivre un pattern similaire aux autres comportements (alimentaire, activité locomotrice, etc.) qui diminuent lorsque l’animal est malade [12, 18]. La motivation est le concept utilisé pour décrire les processus mentaux qui déterminent la réponse comportementale d’un animal aux stimuli environnementaux à un instant donné. Celle-ci dépend de l’état interne de l’individu (métabolisme, statut hormonal, état sanitaire) et des stimuli externes perçus par l’animal.

Ce concept explique pourquoi un animal fait ce qu’il fait à un moment donné. Le comportement exprimé est celui pour lequel la motivation est la plus importante. La réponse comportementale d’un animal change d’un moment à un autre, sous l’influence à la fois des stimuli environnementaux et de l’état interne de l’animal (sa motivation). Dans cette étude, la motivation de la vache malade à s’occuper de son veau est apparue plus grande que celle pour se reposer.

À ce jour, le comportement maternel lors de maladie n’est exploré que chez le modèle murin. Cette étude s’est intéressée à deux comportements maternels (construction du nid et transport des souriceaux) à deux températures (6° : fort risque de mortalité ; 20 °C : moindre risque de mortalité) chez des souris saines et des souris infectées par un lipopolysaccharide (LPS) [3]. Les souris malades adaptent leur comportement selon leur motivation. En effet, à 22 °C, la qualité du nid est significativement plus faible chez les mères ayant reçu le LPS comparé au groupe contrôle, alors que le transport des petits jusqu’au nid, bien que plus lent, est toujours présent et quasi aussi efficace que chez les souris saines. À 6 °C, les mères ayant reçu le LPS assurent non seulement le transport des petits jusqu’au nid, mais également la construction du nid.

Ainsi, nos résultats suggèrent que si la maladie interfère avec le comportement maternel, une réorganisation des priorités à accomplir un comportement plutôt qu’un autre semble s’opérer chez les vaches après le vêlage. Le comportement semblable des vaches malades et des vaches saines pourrait être rapporté à cette réorganisation des priorités chez les premières : après le vêlage, les vaches priorisent les soins maternels à prodiguer au nouveau-né plutôt que les comportements habituellement observés en cas de maladie (apathie, augmentation du temps de couchage, etc.). Cette stratégie permettrait d’améliorer la survie des veaux.

Qu’elles soient saines ou malades, les vaches lèchent leur veau pour la première fois environ 4 minutes après le vêlage. Ces résultats sont en accord avec les précédentes études, où les latences rapportées vont de 42 secondes à 3 minutes. Les vaches flairent et lèchent leur veau plus longtemps pendant les 6 premières heures après la mise bas qu’après (87 minutes), une valeur en accord avec celle de Jensen (2012) : 96 minutes (intervalle de confiance = 76 à 98 minutes au cours des 6 premières heures) [17].

Que les vaches soient malades ou saines, elles se lèvent environ 3,8 minutes après le vêlage et se couchent pour la première fois environ 58 minutes après. La latence observée pour se lever correspond aux études précédentes (de 42 secondes à 3,7 minutes) [8, 14, 17, 19]. Les vaches malades se couchent 32 ± 18 minutes plus tard près de leur veau que les vaches saines, soit environ 1 h 30 après avoir vêlé, mais nous n’avons observé qu’une tendance pour ce résultat (p-value = 0,1). Une hypothèse plausible serait que la vache malade ne cherche pas le contact avec le veau juste après le vêlage en raison de l’association de la mise bas, une période éprouvante et stressante pour elle, et de la maladie, qui affaiblit l’animal [12, 21]. Des études plus fines sur les interactions mère-veau seront nécessaires pour comprendre ce résultat. Il conviendrait notamment d’affiner le répertoire comportemental à étudier, en incluant par exemple le regard de la vache vers son veau, ou la distance réelle entre la vache et le veau. La distance mèrejeune peut dépendre des dimensions du box de vêlage, aussi pouvons-nous proposer d’utiliser un box de plus grande dimension.

Il n’y a pas d’effet de la maladie sur le temps de couchage à proximité du veau. Comme le léchage, ce comportement est peut-être privilégié par la vache pour favoriser la survie du jeune. De même, Edward et Broom (1982) ont observé que les vaches, debout ou couchées, restent à 1 m de leur veau pendant les 6 premières heures après la mise bas [8]. La proximité mère-veau peut être influencée par l’espace et les ressources qui leur sont accordés. Par exemple, à l’état naturel, les vaches restent près de leur veau pendant les premières heures post-vêlage, puis le cachent quelques heures après la naissance. Dans notre étude, les dimensions restreintes des box (3 × 4,5 m) ont pu limiter la possibilité pour la mère et son jeune de garder plus de distance.

L’évolution du temps de couchage après le vêlage est la même chez les vaches malades et les vaches saines : les premières passent autant de temps couchées pendant les 6 premières heures post-vêlage que les secondes. Dans les études précédentes, non conduites après la mise bas, les vaches malades (hormis celles atteintes de mammite) passent plus de temps couchées que les vaches saines. Après le vêlage, les vaches malades sont aussi motivées que les vaches saines pour rester debout et se consacrer aux soins maternels. Néanmoins, la diversité des maladies étudiées pourrait avoir entraîné un effet confondant. En effet, le comportement des malades est dépendant de la maladie impliquée. Par exemple, les vaches atteintes de mammite passent plus de temps en position debout, alors que pour les autres affections, les vaches passent plus de temps couchées [4, 9, 10, 27]. Une étude incluant différentes maladies avec un nombre suffisant d’animaux pour chacune d’elles permettrait d’affiner la réponse du comportement maternel selon le type de maladie.

Aucun effet significatif du statut sanitaire de la vache sur le comportement du veau n’a été mis en évidence. Ce résultat n’est pas surprenant compte tenu du fait que la maladie n’a pas modifié le comportement des vaches malades. Les veaux sont apparus plus actifs pendant les 6 premières heures post-vêlage, ce qui est en accord avec les résultats d’une étude précédente [17]. Les veaux se lèvent pour la première fois environ 86 minutes après la mise bas, un résultat là encore en accord avec les autres publications (32 à 105 minutes) [8, 17]. De futures études permettront de déterminer l’influence de la maladie sur le comportement de tétée, ainsi que les effets à long terme sur la capacité de la mère à s’occuper de son veau en cas de maladie (photos 3 et 4).

Les principales limites de cette étude sont l’effectif réduit, la diversité des maladies incluses dans le groupe des vaches malades (mammite, pneumonie et infection d’origine inconnue) et l’incapacité de mesurer le comportement de tétée en raison de l’interférence avec l’homme (biberon et tétées forcées). En effet, le personnel de l’élevage biberonnait ou aidait le veau à trouver la mamelle pendant les premières 24 heures de vie, quel que soit le statut sanitaire de la mère.

CONCLUSION

Cette étude expérimentale incluant 21 vaches multipares a permis de montrer qu’au cours des 6 premières heures postvêlage, les vaches malades sont aussi maternelles que les vaches saines. Aucune modification du comportement du veau n’a été observée selon le statut sanitaire de sa mère. Ainsi, après le vêlage, les vaches malades semblent prioriser les soins maternels à leur veau plutôt que les comportements habituellement observés en cas de maladie (apathie, augmentation du temps de couchage, etc.). Pour le vétérinaire ou l’éleveur, ces résultats suggèrent donc que la période postvêlage n’est pas appropriée pour observer le comportement des vaches (activité et soins au veau) afin de déterminer si elles sont malades ou non.

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Conflit d’intérêts : Aucun

Points clés

• La motivation de la vache à s’occuper de son veau ne semble pas suivre un pattern similaire aux autres comportements (alimentaire, activité locomotrice, etc.) qui déclinent lorsque l’animal est malade.

• Après le vêlage, les vaches priorisent les soins maternels à prodiguer au nouveau-né plutôt que les comportements habituellement observés en cas de maladie (apathie, augmentation du temps de couchage, etc.). Cette stratégie permettrait d’améliorer la survie des veaux.

• La période qui suit le vêlage n’est pas appropriée pour déterminer si les vaches sont malades ou non, via l’observation par le vétérinaire ou l’éleveur de leur comportement (activités et soins au veau).

Remerciements

Les auteurs remercient le personnel de l’élevage de l’université d’Aarhus (Foulum, Danemark), ainsi que John Misa Obidah et Erik Luc Decker de l’université d’Aarhus pour leur assistance technique et l’acquisition des données.

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