UN PARAPHIMOSIS TRAITÉ PAR PHALLOPEXIE CHEZ UN CHIEN - Le Point Vétérinaire n° 421 du 01/09/2021
Le Point Vétérinaire n° 421 du 01/09/2021

CHIRURGIE

Chirurgie

Auteur(s) : Mélissa Pottier*, Kévin Minier**

Fonctions :
*Oncovet
Avenue Paul Langevin
59650 Villeneuve d’Ascq

Le paraphimosis est une affection classique chez le jeune chien, souvent associée à une hyperexcitation sexuelle. Lorsque la remise en place manuelle ne suffit pas, une phallopexie peut être envisagée.

Un chien cavalier king charles, âgé de 2 ans, est référé pour un paraphimosis. Depuis sa maturité sexuelle, il présente des érections longues et fréquentes, lors de toute phase d’excitation. L’anomalie s’est progressivement aggravée, avec le développement depuis quelques mois d’un paraphimosis quasiment permanent, entraînant des œdèmes péniens, une sécheresse de la muqueuse pénienne et parfois des contusions.

Une castration chirurgicale classique a été effectuée six mois auparavant par le vétérinaire traitant, sans obtenir de résultat positif. Deux mois plus tard, un avancement du prépuce et une plastie pour agrandir l’ouverture du fourreau ont été réalisés, de nouveau sans amélioration notable.

TRAITEMENT

L’examen clinique à l’admission du chien confirme le paraphimosis. Le pénis peut être replacé manuellement dans le fourreau, mais en ressort dès son relâchement. Au vu des traitements déjà entrepris, une phallopexie est proposée aux propriétaires.

Après la tonte et les procédures d’asepsie de la zone opératoire, le pénis est réduit et une incision parapénienne droite est réalisée, au travers de la peau, du tissu souscutané ainsi que de la muqueuse du fourreau (photo 1). Le pénis est alors extériorisé par cette plaie et rétracté caudalement. Deux incisions sont ensuite réalisées, l’une dorsalement sur la muqueuse pénienne et l’autre ventralement sur la muqueuse du fourreau en regard (photo 2). Elles sont pratiquées en pleine épaisseur, sur 2 cm de long environ, et de manière à ce que, lorsqu’elles sont mises l’une en face de l’autre, le pénis soit situé dans la partie caudale du fourreau. Les incisions sont ensuite suturées l’une avec l’autre, par deux surjets simples apposants (photo 3).

Le pénis est alors remis en place au sein du fourreau, et sa position vérifiée. L’incision du fourreau est suturée en trois plans. Une nouvelle plastie de l’ouverture du fourreau est réalisée afin que cette dernière soit partiellement refermée.

SUIVI

Le chien est hospitalisé pendant vingtquatre heures pour surveiller l’absence d’inconfort lors des mictions. La cicatrisation est suivie de manière classique, et aucune complication n’est observée. Lors d’un contrôle téléphonique deux mois après l’intervention, les propriétaires ne rapportent aucune anomalie.

DISCUSSION

Le paraphimosis est défini comme une protrusion hors du fourreau du pénis, qui ne peut retourner à sa position habituelle. Les conséquences de cette anomalie dépendent de son caractère, aigu ou chronique. Une inflammation locale est souvent présente et peut être exacerbée par le léchage fréquent de la zone. Lorsque l’affection persiste dans le temps, une nécrose pénienne peut se produire, associée à une obstruction urétrale. La prise en charge de l’animal, qui inclut notamment un sondage urétral, devient alors urgente [1].

Les causes du paraphimosis sont soit congénitales, soit acquises (origine traumatique, infectieuse ou liée à un priapisme). Chez un jeune chien mâle, il est souvent observé après un coït, un traumatisme ou des épisodes de masturbation. La castration du chien est conseillée, mais se révèle parfois insuffisante. Initialement, le pénis est souvent remis en place manuellement, la manœuvre étant facilitée par l’application d’un lubrifiant, d’une solution hyperosmolaire et le refroidissement de la zone. Lorsque l’affection est récurrente ou que le pénis ne peut être remis en place durablement, l’option chirurgicale doit être envisagée. Les interventions possibles sont la castration, l’élargissement ou le rétrécissement de l’orifice préputial, la plastie préputiale (allongement du prépuce), la myorrhaphie du muscle préputial et la phallopexie. Lors d’une phallopexie, le pénis est fixé sur sa partie dorsale, car les tissus y sont moins mobiles et le risque d’induire une lésion urétrale est moins élevé dans cette zone. Il n’existe pas de consensus sur le positionnement idéal du pénis dans le fourreau, mais il a été proposé que l’apex du pénis soit situé à une distance de 5 à 10 mm de la sortie du prépuce [2]. En l’absence de réduction satisfaisante du pénis, la phallopexie peut être associée à une technique d’avancement du prépuce.

Le pronostic reste réservé lors d’une phallopexie, car des récidives peuvent survenir, notamment dans le cadre de certaines affections congénitales [1]. Si une nécrose de l’extrémité distale du pénis est observée, une amputation pénienne partielle se révèle parfois nécessaire. En cas d’échec de la phallopexie, une amputation totale du pénis, combinée à une urétrostomie, est envisageable en dernier recours, car cette intervention est plus difficilement acceptée par les propriétaires.

CONCLUSION

Une phallopexie s’impose parfois face à un paraphimosis sévère ou récurrent. Cette intervention est bien tolérée chez le chien, mais des récidives postopératoires restent possibles.

Références

  • 1. Johnston SA, Tobias KM. Penis and prepuce. In: Veterinary Surgery: Small Animal. Elsevier, St Louis. 2018:2158-2168.
  • 2. Sommerville ME, Anderson SM. Phallopexy for treatment of paraphimosis in the dog. J. Am. Anim. Hosp. Assoc. 2001;37:397-400.

Conflit d’intérêts : Aucun

Abonné au Point Vétérinaire, retrouvez votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr