RÉALISER UNE ÉCHOGRAPHIE DES SACS ANAUX CHEZ LE CHIEN - Le Point Vétérinaire n° 421 du 01/09/2021
Le Point Vétérinaire n° 421 du 01/09/2021

IMAGERIE

Article de synthèse

Auteur(s) : Pierre Guigo*, Marion Fusellier**

Fonctions :
*Clinique TouraineVet
12, rue des Internautes
37210 Rochecorbon
**Service d’imagerie médicale
Chuv d’Oniris
101, route de Gachet
44300 Nantes

L’échographie est un examen simple et accessible pour obtenir des informations diagnostiques chez un chien qui présente des signes cliniques évocateurs d’une atteinte des sacs anaux.

Les affections des sacs anaux sont fréquentes chez le chien et l’échographie permet de les explorer facilement en raison de son faible coût, de son caractère non invasif et de son accessibilité [4]. Peu souvent réalisée en pratique, elle permet pourtant de décrire les caractéristiques des sacs anaux et des structures anatomiques adjacentes, ainsi que de détecter d’éventuelles anomalies dans cette région [4]. Il existe peu de données bibliographiques sur l’imagerie des sacs anaux chez le chien sain. Seule une étude décrit l’aspect normal des sacs anaux à l’imagerie par résonance magnétique (IRM), l’échographie et la radiographie avec l’utilisation d’un produit de contraste [4].

OBJECTIFS

Les affections des sacs anaux sont fréquentes chez le chien, avec une prévalence qui varie de 2 à 12 % (encadré) [6, 9]. L’échographie pourrait constituer un examen de première intention pour l’exploration des atteintes des sacs anaux [4]. Rarement réalisée en pratique, elle permet pourtant de décrire leurs caractéristiques (position, taille, forme, contours, contenu, échogénicité), ainsi que celles des structures anatomiques adjacentes (rectum), et de mettre en évidence des anomalies associées aux sacs anaux (sacculite emphysémateuse, abcès, masse pariétale, etc.) [4].

L’échographie permet également d’évaluer, au cours du même examen, le lymphocentre sacroiliaque (nœuds lymphatiques iliaques médiaux, iliaques internes et sacraux), fréquemment le site d’une dissémination métastatique locale lors d’adénocarcinome des glandes apocrines des sacs anaux. D’autres sites de métastases abdominales peuvent être visualisés et il est possible d’effectuer des cytoponctions ou des biopsies échoguidées des lésions observées [8].

RAPPELS ANATOMIQUES

Les sacs anaux, ou sinus périanaux (sinus paranalis), sont des invaginations paires de l’épiderme, de 0,5 à 4 cm de diamètre, situées de part et d’autre du canal anal entre les muscles sphincters anaux interne et externe (figure) [1, 7]. Ils s’abouchent de part et d’autre de l’anus à la jonction anocutanée via un conduit excréteur d’environ 5 mm de long sur 2 mm de diamètre [1]. La face interne des sacs et de leur conduit est tapissée d’un épithélium pavimenteux stratifié entouré d’un tissu conjonctif fibreux au sein duquel se trouvent des glandes apocrines et sébacées [1]. Le contenu des sacs anaux est le produit de ces glandes, de l’exfoliation de l’épiderme et des microorganismes présents [7]. Son aspect et sa consistance sont variables [5]. Du gaz peut être observé dans environ 5 % des cas chez le chien sain [2].

MATÉRIEL NÉCESSAIRE À L’EXAMEN ÉCHOGRAPHIQUE

En raison de la position superficielle des sacs anaux, l’examen échographique est réalisé de préférence avec une sonde linéaire à haute fréquence (10 à 18 MHz) avec une fréquence d’émission la plus élevée possible pour optimiser la résolution des images. Le gain et la focale sont ajustés au début de l’examen. En plus du gel échographique, un coussin acoustique d’interposition (pad) peut être appliqué entre la sonde et la peau (photo 1). Un protègesonde à usage unique peut également être utilisé. Il est alors retourné à l’envers, recouvert de gel sur sa face interne, puis retourné en enveloppant la sonde, tout en veillant à limiter la présence de bulles d’air qui serait à l’origine d’artefacts.

PRÉPARATION ET POSITIONNEMENT DE L’ANIMAL

La région périanale peut être tondue pour limiter les artefacts. Néanmoins, l’examen est réalisable sans tonte préalable la plupart du temps, ce qui permet d’éviter une éventuelle irritation de la zone périanale au moment de la repousse du poil.

L’animal est maintenu debout ou en décubitus sternal (photo 2). Si besoin, sa queue est relevée et maintenue dorsalement par un aide.

ASPECT ÉCHOGRAPHIQUE NORMAL DES SACS ANAUX

Le muscle sphincter anal externe, qui borde la périphérie du sac anal, est hypoéchogène [4]. La paroi du sac anal apparaît comme une fine ligne hyperéchogène à l’interface entre le muscle sphincter anal externe et la lumière [4]. Le contenu des sacs anaux varie en échogénicité selon sa composition [4]. Il est généralement hypoéchogène avec des débris hyperéchogènes en suspension [4]. Des éléments minéralisés linéaires, arrondis ou amorphes, sédimentés dans la partie déclive de la lumière des sacs anaux (sacculithes anaux), sont parfois observés et constituent le plus souvent une découverte fortuite [3]. Ils prennent alors l’aspect, à l’échographie, d’interfaces hyperéchogènes associées à un cône d’ombre franc sousjacent (photo 3) [3].

La visualisation d’interfaces hyperéchogènes associées à des artefacts de réverbération correspond à la présence de gaz au sein de la lumière. Aucune donnée concernant les dimensions des sacs anaux normaux chez le chien n’est actuellement disponible dans la littérature vétérinaire.

RÉALISATION DE COUPES

1. Coupes dorsales

La sonde est positionnée au contact de la région périanale, perpendiculairement à l’axe médian de l’anus, et est balayée dorso-ventralement (photos 4a et 4b). Les deux sacs anaux peuvent être observés sur une même coupe, de part et d’autre du rectum, ce qui permet d’en apprécier la symétrie. Leur forme est ellipsoïdale [4].

2. Coupes sagittales

La sonde est positionnée parallèlement à l’axe médian de l’anus, et est balayée latéro-latéralement (photos 5a et 5b). L’exploration des sacs anaux dans les deux plans de l’espace permet d’inspecter l’intégralité des structures anatomiques et de mettre en évidence des altérations pariétales telles que des irrégularités ou un épaississement de la paroi, une masse, etc., ou encore des anomalies de contenu. Leur forme est plutôt ovoïdale.

RÉALISATION DE CYTOPONCTIONS ÉCHOGUIDÉES

Des cytoponctions échoguidées peuvent être réalisées lorsqu’une lésion des sacs anaux est mise en évidence, en particulier en cas de masse pariétale (photos 6a et 6b). Elles s’effectuent le plus souvent sur animal vigile, en mettant en place une couverture analgésique adaptée avant les ponctions, ou sous sédation [6]. La zone en regard du site de ponction doit être tondue, nettoyée puis désinfectée [6]. Une aiguille de petit diamètre (entre 22G et 25G) et de longueur suffisante pour atteindre la lésion est connectée à une seringue puis introduite dans celle-ci, en prenant soin de ne pas toucher la paroi du rectum. Des biopsies peuvent être réalisées dans un second temps, lorsque les cytoponctions ne permettent pas d’établir un diagnostic, mais dans ce cas, une anesthésie générale est indispensable et l’opérateur doit être entraîné [6]. Lors de la suspicion d’un processus tumoral des sacs anaux et d’une adénopathie sous-lombaire associée, des cytoponctions échoguidées des nœuds lymphatiques hypertrophiés contribuent à compléter le bilan d’extension [9].

CONCLUSION

L’examen échographique est un moyen simple, rapide et non invasif pour évaluer les sacs anaux lorsqu’une lésion est suspectée (masse périanale notamment). Il permet également de réaliser des cytoponctions échoguidées, le cas échéant. Une échographie abdominale peut compléter cet examen lors de la suspicion d’un processus tumoral, afin d’effectuer un bilan d’extension abdominal. Dans un second temps, les techniques d’imagerie en coupe, comme la tomodensitométrie, restent des examens complémentaires de choix pour la réalisation d’un bilan d’extension exhaustif [7].

Références

  • 1. Al-Bagdadi F. The integument. The digestive apparatus and abdomen. In: Evans H, de Lahunta A eds. Miller’s Anatomy of the Dog. 4th edition. Saunders, St Louis. 2012;(Chap. 7):325.
  • 2. Dennis R, Penderis J. Radiology corner: anal sac gas appearing as an osteolytic pelvic lesion. Vet. Radiol. Ultrasound. 2002;43:552-553.
  • 3. Heng HG, Lim CK, Fulkerson CV et coll. Anal sacculiths may be an incidental finding in dogs. Vet. Radiol. Ultrasound. 2021;62 (2):175-180.
  • 4. Jung Y, Jeong E, Park S et coll. Diagnostic imaging features of normal anal sacs in dogs and cats. J. Vet. Sci. 2016;17 (3):331-335.
  • 5. Lake AM, Scott DW, Miller WH Jr et coll. Gros s and cytological characteristics of normal canine anal-sac secretions. J. Vet. Med. A Physiol. Pathol. Clin. Med. 2004;51:249-253.
  • 6. Mattoon JS, Pollard R, Wills T et coll. Ultrasound-guides aspiration and biopsy procedures. In: Mattoon JS, Nyland TG eds. Small Animal Diagnostic Ultrasound. 3rd edition. Elsevier Saunders. 2015:50-77.
  • 7. Pappalardo E, Martino PA, Noli C. Macroscopic, cytological and bacteriological evaluation of anal sac content in normal dogs and in dogs with selected dermatological diseases. Vet. Dermatol. 2002;13:315-322.
  • 8. Pollard RE, Fuller MC, Steffey MA. Ultrasound and computed tomography of the iliosacral lymphatic centre in dogs with anal sac gland carcinoma. Vet. Comp. Oncol. 2017;15 (2):299-306.
  • 9. Unterer S. Rectoanal disease. In: Ettinger SJ, Feldman EC eds. Textbook of Veterinary Internal Medicine. 8th edition. Elsevier Saunders. 2010:3915-3916.

Conflit d’intérêts : Aucun

Encadré : LES AFFECTIONS DES SACS ANAUX

Les affections des sacs anaux se divisent en deux catégories :

– les affections non tumorales dues à l’obstruction du conduit (impaction, sacculite et abcès) ;

– les affections tumorales (adénocarcinome des glandes apocrines des sacs anaux le plus souvent, carcinome épidermoïde, mélanome malin, etc.).

Leur diagnostic repose sur les signes rapportés (léchage ou mordillement de la zone périanale, dyschézie, signe du traîneau, inconfort en position assise), sur l’examen clinique (tuméfaction de la région périanale, anomalie au toucher rectal) et sur l’analyse de leurs sécrétions [4, 9].

Points clés

• La connaissance de l’anatomie de la région périanale est un prérequis indispensable à son exploration via l’échographie.

• L’échographie est un moyen accessible et non invasif pour explorer les atteintes des sacs anaux.

• La réalisation de coupes échographiques dorsales et sagittales permet une évaluation macroscopique exhaustive des sacs anaux.

• Des cytoponctions échoguidées peuvent être réalisées lors de la mise en évidence de certains types de lésions des sacs anaux.

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