ÉTAPE 5 : AGRESSION ET AGRESSIVITÉ CHEZ LE CHIEN - Le Point Vétérinaire n° 421 du 01/09/2021
Le Point Vétérinaire n° 421 du 01/09/2021

La consultation comportementale en 10 étapes

Auteur(s) : Claire Diederich*, Caroline Gilbert**

Fonctions :
*(dipl. ECAWBM science, ethics and law)
**Département de médecine vétérinaire (Urvi-Narilis)
Faculté des sciences de l’université de Namur
61, rue de Bruxelles
B-5000 Namur (Belgique)
***(dipl. ECAWBM science, ethics and law)
****ENV d’Alfort
7, avenue du Général de Gaulle
94700 Maisons-Alfort

L’agression est une modalité importante de régulation des proximités et des distances entre des protagonistes. C’est notamment le cas lors de certaines interactions où le chien émet des signaux destinés à maintenir l’humain à distance. Ces signaux, souvent ignorés, prédisposent à la morsure.

Actuellement, le nombre d’animaux de compagnie en France est estimé à plus de 75 millions, dont près de 8 millions de chiens(1). Les relations entre l’humain et le chien sont le plus souvent positives, bien que la littérature fasse état de comportements problématiques qui nécessitent une consultation chez le vétérinaire [19, 26, 28]. Parmi ces comportements problématiques, les morsures de chiens sont préjudiciables à la durabilité de leur relation avec l’humain, et conduisent à des abandons ou à des euthanasies [19].

Les objectifs de cet article sont de fournir des bases de compréhension des agressions et des morsures de chien, afin d’aider le praticien dans sa démarche diagnostique et sa prise en charge. Après avoir défini l’agression et décrit les diff érents contextes de morsure, les facteurs qui modulent l’agressivité d’un point de vue clinique seront listés.

DIFFÉRENCE ENTRE AGRESSION ET AGRESSIVITÉ

L’agression est un comportement adaptatif qui a pour but de mettre à distance un individu par la menace, ou un dommage à un autre individu, ou tenter de le faire [10, 12]. L’agression chez le chien s’exprime à travers diverses attitudes et postures d’intensité croissante, en réponse à la réaction du partenaire, allant du regard fixe, corps tendu, au combat avec morsure eff ective [12, 15]. Ainsi, la morsure (prise en gueule par le chien) est le dernier stade dans la gradation des comportements d’agression (encadré 1 et figure 1).

Trois possibilités de morsures sont décrites : la morsure “à vide” (à distance, sans prise en gueule), la morsure non tenue (prise en gueule mais sans appliquer de pression des mâchoires) et la morsure tenue (prise en gueule avec pression des mâchoires). Il est possible que plusieurs épisodes d’agression (avec menaces mais sans morsure) précèdent une morsure. Les animaux apprennent à graduer ces comportements au cours de leur développement, et en particulier à s’ajuster à l’individu avec lequel ils entrent en interaction, selon les contextes.

L’agression est un comportement qui fait partie du répertoire comportemental des espèces, qu’elles soient solitaires ou sociales. Au sein d’un groupe social, agression, fuite/évitement et soumission sont des comportements agonistiques qui participent à la mise en place de relations sociales de dominance/ subordination. Ces relations permettent de limiter les conflits au sein du groupe. Ce terme, au sens éthologique, est à réserver aux interactions intraspécifi ques. Dans le cadre d’une relation interspécifique (humain-chien par exemple), plusieurs publications souli gnent l’absence de relation de dominance/ subordination [5, 7, 44].

L’agressivité est définie comme le seuil de déclenchement d’une agression. Un animal agressif possède un faible seuil de déclenchement, contrairement à un animal peu agressif, qui possède un seuil élevé. L’agressivité est ainsi un trait de tempérament qui consiste en l’inclination d’un individu à produire un comportement d’agression. Elle s’inscrit dans un continuum au sein de la population canine, dans laquelle des individus plus ou moins agressifs que d’autres sont identifiés [42]. Le tempérament d’un animal est l’ensemble des traits comportementaux, stables dans le temps et entre des situations proches, qui caractérisent un individu. Il dépend de son bagage ontogénique et de sa phylogénie, et explique les différences observées entre les individus dans une même situation [14].

CONTEXTES DANS LESQUELS UN CHIEN EXPRIME UNE MORSURE

Dans le cadre d’une consultation vétérinaire généraliste ou spécialiste, en cas de problème d’agressivité ou de morsure d’un chien (entre chiens ou envers une personne), voire dans le cadre d’une évaluation comportementale, l’analyse du contexte dans lequel une agression est exprimée est essentielle.

La littérature permet d’identifier trois contextes d’émission d’une morsure par un chien [28]. Il s’agit de l’agression (définie plus haut), de la prédation et de la morsure observée dans le cadre d’une séquence de jeu (figure 2). Des classifications des agressions canines proposées dans les manuels vétérinaires mêlent ces contextes sous l’appellation “agression” [34]. Précisons qu’il s’agit de contextes de morsure, et non d’agression, l’agression étant bien l’un des trois contextes de morsure. Ainsi, à titre d’exemple, “l’agression de prédation” ne peut être définie.

Dans le cadre d’une agression, l’intention du chien qui la produit est de maintenir ou d’augmenter la distance avec l’autre individu avec lequel il est en interaction, de “faire reculer l’autre”.

Cette motivation se retrouve dans deux types de situations :

- la situation d’autoprotection, dans laquelle l’animal cherche à se protéger d’un autre individu, car il en a peur ou parce qu’il souhaite s’éviter de la douleur. Dans le cadre de l’agression par peur, l’animal exprime cette émotion simultanément avec l’agression. Cela se traduit par un profil bas (tête, corps et queue baissés), des oreilles orientées vers l’arrière, les dents découvertes, des grognements et/ou des aboiements, une pilo-érection. Ces signes de peur et d’agression sont émis simultanément [34]. Il est fréquent d’observer cette agression par peur ou provoquée par la douleur lors d’une consultation vétérinaire ou dans certains contextes (par exemple, une punition lors d’un exercice d’obéissance) [9, 21] ;

- la situation de protection de ressources, lorsque l’animal souhaite protéger ou conserver un objet, un lieu ou un être vivant (par exemple, une voiture, un jardin, un fauteuil, un jouet, un autre animal ou une personne). L’agression est alors dirigée vers l’humain ou l’animal qui tente de s’approprier le bien et se traduit par des claquements de dents dans le vide, les babines retroussées, des grognements, voire une morsure si le chien ou le bien qu’il protège est approché [29]. C’est un motif fréquent de consultation pour morsure envers les propriétaires [28].

Une personne qui tente de s’interposer entre deux chiens qui s’agressent peut devenir la cible de l’un d’entre eux. Dans ce cas, la morsure peut être liée à la frustration ou à la surprise du chien agresseur, voire à la peur du chien agressé, ceux-ci redirigeant leur attaque vers la personne qui s’approche. Il est donc toujours recommandé d’intervenir à distance pour séparer deux chiens, ou de se protéger (ce qui, dans certains cas, n’est pas toujours possible).

La morsure dans le contexte de la prédation se distingue de celle observée dans les autres contextes, car l’individu qui la produit vise à s’approprier une proie, donc à entrer en contact étroit avec celle-ci. La motivation à produire ce comportement est liée à la motivation alimentaire, même si le déclencheur est le mouvement d’un objet ou d’un individu, et peut se produire de façon indépendante de la sensation de faim. Les mécanismes neuraux et les comportements diffèrent de ceux de l’agression [12, 20]. Aucune gradation des signaux n’est exprimée, le chien poursuit une “proie” dans le but de la saisir.

Enfin, peu d’informations sont disponibles à propos de la morsure observée dans un contexte de jeu, mais certains éléments se dégagent. Le jeu fait partie du développement comportemental du chien et est surtout observé dans le jeune âge [41]. Des neurotransmetteurs, qui agissent sur le circuit de la récompense et des émotions, sont libérés lors d’une séquence de jeu (opioïdes endogènes, dopamine) [45]. En revanche, le jeu chez le chien peut évoluer en agressions (appelées “jeux de combat”) [8]. Certains auteurs rapportent que des propriétaires sont mordus dans ce contexte de jeu parce qu’ils renforceraient involontairement de tels comportements [34].

Il convient ainsi, lors de la sémiologie, d’identifier le contexte d’émission d’une morsure afin de comprendre la motivation du chien qui l’exprime, son contexte de déclenchement, pour proposer des recommandations visant à prévenir de futures morsures.

PRINCIPAUX FACTEURS INFLUENÇANT LES AGRESSIONS À EXPLORER EN CONSULTATION

La littérature permet d’identifier plusieurs facteurs susceptibles d’influencer l’agressivité d’un chien. Il s’agit, en particulier, de ses caractéristiques intrinsèques (race, sexe, âge, tempérament), des conditions de son développement comportemental et de son environnement (bien-être et satisfaction de ses besoins, état de santé, modalités d’interaction ou de relation avec l’humain). Ces facteurs n’agissent pas de façon individuelle, mais bien en interaction les uns avec les autres [3]. Par exemple, les conditions de vie d’un chien peuvent être telles qu’il manque d’interactions intraspécifiques et/ou interspécifiques, d’espace dans lequel pratiquer de l’exercice librement, d’accès à de la nourriture en suffisance. Ces manques peuvent alors induire de la frustration et avoir un impact sur l’expression de son agressivité. Ces différents facteurs permettent au praticien, en lien avec le contexte des morsures, de formuler des hypothèses diagnostiques explicatives des comportements d’agression identifiés, afin d’adapter le traitement (thérapie comportementale et éventuellement médicamenteuse) (figure 3) [23, 34].

1. Caractéristiques du chien (race, sexe, âge, tempérament)

Une race est un produit de la domestication par la sélection génétique de caractéristiques biologiques propres à des individus qui les expriment de façon homogène, tant physiques que comportementales. Certaines races canines manifestent une agressivité plus élevée que d’autres et ont un seuil de déclenchement du comportement agressif plus bas que d’autres, les rendant responsables de plus de cas d’agressions envers des humains [6, 35]. Néanmoins, il reste vrai que tous les chiens peuvent mordre et qu’au stade actuel des connaissances, la race seule ne peut être considérée comme un critère de détermination de la susceptibilité d’un chien à mordre (encadré 2) [4]. Selon la littérature disponible, il existe, parmi les chiens mordeurs, significativement plus de mâles que de femelles, qu’ils aient mordu leurs propriétaires, des enfants ou des personnes présentées aux urgences hospitalières [25, 32, 38].

La littérature rapporte également que les chiens ayant mordu une personne (cas cliniques ou déclarations de morsure) sont âgés de 1 à 7 ans. Certaines études mentionnent que plus le chien vieillit, plus il est susceptible de mordre une personne inconnue [25].

Concernant le statut sexuel (entier ou castré), la littérature ne suggère pas de lien avec l’agressivité [43]. En effet, concernant l’intérêt de la castration en vue de réduire l’expression de comportements agressifs du chien (mâle ou femelle) envers les humains, les publications disponibles ne permettent pas de soutenir le recours à cette intervention chirurgicale, car l’interprétation de leurs résultats est difficile pour des raisons de variabilité méthodologique (agression ou morsure, contexte d’émission : défense d’une ressource notamment, type de relation avec la personne mordue, etc.).

L’importance du tempérament a également été évoquée plus haut, un chien agressif ayant une propension plus importante à exprimer un comportement d’agression. Or, les méthodes d’évaluation de l’agressivité actuellement disponibles dans la littérature demeurent peu applicables par les vétérinaires (encadré 3).

2. Conditions de développement comportemental

Les conditions de vie auxquelles le chien est exposé durant son jeune âge jouent un rôle sur son développement comportemental. À l’aide du C-BARQ, Mogi et son équipe ont révélé que les chiens qui avaient été séparés précocement de leur mère (adoption avant l’âge de 6 semaines) exprimaient davantage de comportements inadaptés et de stress que les autres, une fois adultes [30]. De même, Le Brech et ses collaborateurs montrent une corrélation positive entre un sevrage précoce (avant l’âge de 7 semaines) et l’expression d’agressions envers des personnes de la famille à l’âge adulte [27].

Les interactions avec d’autres chiens et les humains sont nécessaires pour assurer un bon développement comportemental (socialisation intraspécifique et familiarisation à l’homme), entre 3 et 12 à 16 semaines de vie [41]. La présence de la mère et d’autres chiens adultes, qui interagissent positivement avec des êtres humains et avec les chiots, est déterminante pour les relations à long terme [16]. Afin de poursuivre ces relations intraspécifiques après l’acquisition du chiot, les interactions canines peuvent être assurées via la participation à des écoles pour chiots. Leur fréquentation est aussi liée à une moindre fréquence des agressions envers des personnes inconnues, au domicile du propriétaire ou sur la voie publique [11]. Les conseils des vétérinaires en matière d’établissement de bonnes relations avec des personnes inconnues ont montré leur efficacité [17].

3. Bien-être mental et physique (inadéquation des besoins, santé)

Le bien-être d’un animal dépend de la manière dont il perçoit l’environnement dans lequel il évolue et y trouve à satisfaire ses besoins et ses attentes [18]. Cette perception va influencer son état mental, selon qu’il ressent des émotions positives ou négatives (dont la douleur) et, éventuellement, de la frustration.

Son état physique intervient aussi dans sa perception de l’environnement. Il inclut une bonne santé, mais également l’absence de douleur, l’usage de traitements et leurs effets secondaires éventuels. De même, les affections qui entraînent des dysfonctionnements cognitifs et émotionnels et les troubles du comportement sont à prendre en considération [4].

Les atteintes mentales et physiques influencent le niveau de réactivité des animaux et abaissent le seuil de déclenchement de leur agressivité. Bien que de grandes variations individuelles soient observées et que la liste des facteurs susceptibles de satisfaire les besoins d’un chien ne soit pas complète à ce jour, il est admis qu’un chien doit avoir la possibilité de pratiquer une activité physique, de bénéficier de contacts sociaux avec des congénères et d’établir une relation de qualité avec les humains [14, 22, 31, 39, 43].

4. Relation humain-animal et éducation

Cette relation ne se limite pas à la présence humaine, mais aussi aux modalités d’interaction avec le chien. Ainsi, le recours à des méthodes éducatives coercitives peut induire de la peur, de l’anxiété, de la douleur ou de la frustration chez le chien et provoquer une conduite agressive de sa part [37].

La relation humain-chien se façonne au cours du temps, l’animal se construisant une représentation de l’être humain plus ou moins positive ou négative, au fil des interactions [44]. Les personnes qui interagissent avec le chien, en réduisant les interventions agressives et en interprétant correctement les signaux émis par l’animal, contribuent à l’établissement de relations interspécifiques dont le bilan est, in fine, positif.

Références

  • 1. Anses. Appui scientifique et technique relatif à l’évaluation comportementale des chiens susceptibles d’être dangereux. Agence nationale de sécurité sanitaire, Maisons-Alfort, note n° 2015-SA-0158. 2016:43p.
  • 2. Anses. Appui scientifique et technique relatif à l’évaluation comportementale des chiens susceptibles d’être dangereux. Agence nationale de sécurité sanitaire, Maisons-Alfort, note n° 2016-SA-0096. 2017:53p.
  • 3. Anses. Bien-être animal : contexte, définition et évaluation. Agence nationale de sécurité sanitaire, Maisons-Alfort, avis n° 2016-SA-0288. 2018:34p.
  • 4. Anses. Évaluation du risque de morsure par les chiens. Agence nationale de sécurité sanitaire, Maisons-Alfort, avis n° 2015-SA-0158 en lien avec n° 2015-SA-0158 et n° 2016-SA-0096. 2020:230p.
  • 5. AVSAB. Use of dominance theory in behavior modification of animals. American Veterinary Society of Animal Behavior position statement. 2008:4p. https://avsab.org/wp-content/uploads/2018/03/Dominance_Position_Statement_ download-10-3-14.pdf
  • 6. Bollen KS, Horowitz J. Behavioral evaluation and demographic information in the assessment of aggressiveness in shelter dogs. Appl. Anim. Behav. Sci. 2008;112 (1-2):120-135.
  • 7. Bradshaw JWS, Blackwell EJ, Casey RA. Dominance in domestic dogs: useful construct or bad habit? J. Vet. Behav. 2009;4 (3):135-144.
  • 8. Burghardt GM. The comparative reach of play and brain: perspective, evidence, and implications. Am. J. Play. 2010;2 (3):338-356.
  • 9. Camps T, Amat M, Mariotti VM et coll. Pain-related aggression in dogs: 12 clinical cases. J. Vet. Behav. 2012;7 (2):99-102.
  • 10. Carthy JD, Ebling FJ. Natural history of aggression. Nature. 1964;201 (4915):129-131.
  • 11. Casey RA, Loftus B, Bolster C et coll. Human directed aggression in domestic dogs (Canis familiaris): occurrence in different contexts and risk factors. Appl. Anim. Behav. Sci. 2014;152:52-63.
  • 12. Deputte BL. Comportements d’agression chez les vertébrés supérieurs, notamment chez le chien domestique (Canis familiaris) : l’agressivité du chien. Bull. Acad. Vét. France. 2007;160 (5):349-358.
  • 13. Diederich C, Giffroy JM. Behavioural testing in dogs: a review of methodology in search for standardisation. Appl. Anim. Behav. Sci. 2006;97:51-72.
  • 14. Diederich C, Titeux E, Gilbert C. Enrichissement environnemental : applications chez le chat et le chien. Point Vét. 2021;52 (418):24-30.
  • 15. Fox MW. The Dog, its Domestication and Behavior. Dogwise Classics. 1978:296p.
  • 16. Freedman DG, King JA, Elliot O. Critical period in the social development of dogs. Science. 1961;133 (3457):1016-1017.
  • 17. Gazzano A, Mariti C, Alvares S et coll. The prevention of undesirable behaviors in dogs: effectiveness of veterinary behaviorists’ advice given to puppy owners. J. Vet. Behav. 2008;3 (3):125-133.
  • 18. Gilbert C, Fabre-Deloye A. Bien-être, bientraitance et protection des animaux : concepts, définitions, applications. Point Vét. 2021;52 (416):11-17.
  • 19. González Martínez A, Pernas GM, Casalta FJD et coll. Risk factors associated with behavioral problems in dogs. J. Vet. Behav. 2011;6 (4):225-231.
  • 20. Gregg TR, Siegel A. Brain structures and neurotansmitters regulating aggression in cats: implications for human aggression. Prog. Neuropsychopharmacol. Biol. Psychiatry. 2001;25 (1):91-140.
  • 21. Haverbeke A, De Smet A, Depiereux E et coll. Assessing undesired aggression in military working dogs. Appl. Anim. Behav. Sci. 2009;117 (1-2):55-62.
  • 22. Haverbeke A, Pluijmakers J, Diederich C. Behavioral evaluations of shelter dogs: literature review, perspectives, and follow-up within the European member states’s legislation with emphasis on the Belgian situation. J. Vet. Behav. 2015;10 (1):5-11.
  • 23. Horwitz D, Mills D, Heath S. BSAVA Manual of Canine and Feline Behavioural Medicine. 2002:336p.
  • 24. Hsu Y, Serpell JA. Development and validation of a questionnaire for measuring behavior and temperament traits in pet dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2003;223 (9):1293-1300.
  • 25. Hsu Y, Sun L. Factors associated with aggressive responses in pet dogs. Appl. Anim. Behav. Sci. 2010;123 (3-4):108-123.
  • 26. Landsberg G, Hunthausen W, Ackerman L. Behavior Problems of the Dog and Cat. 3rd edition. Saunders Elsevier. 2012:472p.
  • 27. Le Brech S, Amat M, Camps T et coll. Canine aggression toward family members in Spain: clinical presentations and related factors. J. Vet. Behav. 2016;12:36-41.
  • 28. Luescher AU, Reisner IR. Canine aggression toward familiar people: a new look at an old problem. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2008;38 (5):1107-1130.
  • 29. Marder AR, Shabelansky A, Patronek GJ et coll. Food-related aggression in shelter dogs: a comparison of behavior identified by a behavior evaluation in the shelter and owner reports after adoption. Appl. Anim. Behav. Sci. 2013;148 (1-2):150-156.
  • 30. Mogi K, Nagasawa M, Kikusui T. Developmental consequences and biological significance of mother-infant bonding. Prog. Neuropsychopharmacol. Biol. Psychiatry. 2011;35 (5):1232-1241.
  • 31. Mongillo P, Pitteri E, Adamelli S et coll. Validation of a selection protocol of dogs involved in animal-assisted intervention. J. Vet. Behav. 2015;10 (2):103-110.
  • 32. Náhlík J, Baranyiová E, Tyrlík M. Dog bites to children in the Czech Republic: the risk situations. Acta Vet. Brno. 2010;79 (4):627-636.
  • 33. Netto WJ, Planta DJ. Behavioural testing for aggression in the domestic dog. Appl. Anim. Behav. Sci. 1997;52 (3-4):243-263.
  • 34. Overall K. Manual of Clinical Behavioral Medicine for Dogs and Cats. E-book, Elsevier Health Science. 2013.
  • 35. Oxley JA, Christley R, Westgarth C. Contexts and consequences of dog bite incidents. J. Vet. Behav. 2018;23:33-39.
  • 36. Planta J, De Meester R. Validity of the Socially Acceptable Behavior (SAB) test as a measure of aggression in dogs towards non-familiar humans. Vlaams Diergen. Tijds. 2007;76 (5):359-368.
  • 37. Reisner IR. Differential diagnosis and management of human-directed aggression in dogs. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2003;33 (2):303-320.
  • 38. Sarcey G, Ricard C, Thelot B et coll. Descriptive study of dog bites in France: severity factors, factors of onset of sequelae, and circumstances. Results of a survey conducted by InVS and Zoopsy in 2009-2010. J. Vet. Behav. 2017;22:66-74.
  • 39. Scaglia E, Cannas S, Minero M et coll. Video analysis of adult dogs when left home alone. J. Vet. Behav. 2013;8 (6):412-417.
  • 40. Schalke E, Ott SA, von Gaertner AM et coll. Is breed-specific legislation justified? Study of the results of the temperament test of Lower Saxony. J. Vet. Behav. 2008;3 (3):97-103.
  • 41. Scott JP, Fuller JL. Dog Behavior: the Genetic Basis. University of Chicago press. 1974:601p.
  • 42. Svartberg K, Forkman B. Personality traits in the domestic dog (Canis familiaris). Appl. Anim. Behav. Sci. 2002;79 (2):133-156.
  • 43. Titeux E, Gilbert C. Scores de bien-être : application aux comportements répétitifs chez le chat et le chien. Point Vét. 2021;52 (417):12-18.
  • 44. Titeux E, Péron F, Gilbert C. La relation homme-chien : nouvelles hypothèses. Point Vét. 2013;(336):64-70.
  • 45. Trezza V, Baarendse PJ, Vanderschuren LJ. The pleasures of play: pharmacological insights into social reward mechanisms. Trends Pharmacol. Sci. 2010;31 (10):463-469.
  • 46. Van den Berg SM, Heuven HCM, van den Berg L et coll. Evaluation of the C-BARQ as a measure of stranger-directed aggression in three common dog breeds. Appl. Anim. Bhav. Sci. 2010;124 (3-4):136-141.

Conflit d’intérêts : Aucun

Encadré 1 : LES SIGNAUX D’AGRESSION CHEZ LE CHIEN

Les signaux d’agression chez le chien sont gradués et émis dans le cadre d’une interaction entre congénères (figure 1). En cas de menace par exemple, un chien peut, selon le contexte et ses motivations, répondre par une agression, par la fuite ou l’évitement, ou encore par la soumission (dans le cadre d’interactions intraspécifiques).

D’après [12, 33].

SIGNAUX DE MENACE

- regard fixe (œil ouvert) et posture raide

- aboiements (à distance, graves)

- grognements

- retroussement des babines

MOUVEMENTS D’INTENTION

- projection du corps vers l’avant (bluff)

- morsure à vide (snapping)

- morsure non tenue (open bite)

morsure tenue (grab bite)

LES TROIS CONTEXTES DE MORSURES

• Agression (contextes intraspécifique et interspécifique)

- par autoprotection (photo 1)

- par protection de ressources (photo 2)

• Prédation (en particulier contexte interspécifique) (photo 3)

• Jeu (en particulier contexte interspécifique) (photo 4)

Points clés

• L’agressivité est un trait de tempérament qui traduit la propension à exprimer un comportement d’agression.

• L’agression s’exprime à travers des attitudes et des postures, d’intensité variable, depuis un regard fixe et un corps raide jusqu’à la morsure tenue.

• Trois contextes d’émission d’une morsure sont identifiés : l’agression (d’autoprotection et de défense d’une ressource), le jeu et la prédation. Les deux premiers contextes impliquent des interactions.

• Plusieurs facteurs sont à prendre en compte lors d’une consultation pour motif d’agression ou de morsure : les facteurs intrinsèques au chien, son développement et son environnement (frustrations et disponibilité des ressources, relation avec l’humain).

• Au stade actuel des connaissances, la race ne peut être retenue comme seul critère de risque d’émission d’une morsure.

Encadré 2 : TOUS LES CHIENS PEUVENT MORDRE

Dans le souci de contrôler et de prévenir les accidents par morsures canines, la France a opté pour une législation en rapport avec certaines races considérées comme “dangereuses”, pour lesquelles une évaluation comportementale doit être menée, couplée à un certain nombre de mesures (dont le port d’une muselière sur la voie publique). L’évaluation comportementale pour tout chien que le maire désigne comme potentiellement dangereux a été instaurée par la loi n° 2007-297 du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance. La loi n° 2008-582 du 20 juin 2008 a généralisé l’évaluation comportementale à tous les chiens de première et de deuxième catégories, ainsi qu’à tout chien mordeur.

Une analyse des données issues des évaluations comportementales canines enregistrées sur I-CAD en 2014 et 2015 a été menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) [1, 2]. Des recommandations se dégagent de ces analyses, plutôt que des conclusions fermes, pour diverses raisons. Il apparaît principalement que :

- le faible nombre d’évaluations comportementales encodées ne peut représenter leur nombre réel. Les encodeurs officiels, donc les vétérinaires évaluateurs, sont encouragés à remplir leur obligation légale d’enregistrement ;

- la population canine française est méconnue. Il est par conséquent difficile de considérer une population de référence à laquelle confronter les résultats des évaluations comportementales, d’autant que les mortalités canines ne sont pas nécessairement rapportées sur I-CAD, ce qui rend la base de données obsolète ;

- les types raciaux concernés par l’évaluation comportementale sont difficilement identifiables, même par des experts ;

- les accidents de morsures canines en France ne sont pas centralisés, d’autant que la définition légale d’une "morsure" fait défaut, ce qui rend impossible le suivi de l’impact d’une quelconque législation préventive.

Les recommandations sont nombreuses. Elles concernent la récolte des données, la standardisation de la formation des vétérinaires évaluateurs, l’usage d’un outil d’évaluation validé scientifiquement et standardisé ou, à défaut, d’outils menant à des conclusions équivalentes en matière de dangerosité. Elles portent également sur le suivi des chiens évalués afin de juger de la pertinence des mesures recommandées à la suite de l’évaluation comportementale.

L’Anses, dans son analyse des données de l’I-CAD de 2015, a montré en 2017 que les chiens évalués après une morsure étaient non catégorisés dans 94 % des cas. Et, dans son analyse de risque de morsure de chiens publiée en 2020, l’agence conclut que tout chien peut mordre, quelle que soit sa race ou son type racial [4]. C’est une évaluation au cas par cas qui doit être menée, prenant en compte les facteurs qui conduisent un chien à mordre (appelés facteurs d’émission) et ceux qui exposent une personne à être mordue (appelés facteurs d’exposition).

Encadré 3 : ÉVALUATION DE L’AGRESSIVITÉ CANINE EN CONSULTATION VÉTÉRINAIRE

La littérature scientifique s’intéresse à l’identification des chiens agressifs et utilise divers outils : des observations comportementales de chiens face à des challenges dans un contexte standardisé (tests comportementaux), des analyses d’événements de morsure a posteriori, ou des enquêtes auprès de propriétaires.

L’agressivité peut être testée à l’aide de tests comportementaux qui permettent de distinguer les chiens à tempérament plus agressif versus ceux à tempérament moins agressif. Ainsi, Bollen et Horowitz ont testé 2 017 chiens de refuge “tout-venant” et Schalke et son équipe 415 chiens de toutes races, en cabinet vétérinaire [6, 40]. Ces études présentent des résultats variables, voire contradictoires, qui s’expliquent par un manque de standardisation dans les concepts étudiés (par exemple, agression ne veut pas dire nécessairement morsure), l’origine des chiens testés et les tests utilisés. Il est alors difficile d’identifier les facteurs qui interviennent dans l’expression de l’agression. Le test de Netto et Planta, composé à l’origine de 43 sous-tests, a ensuite été réduit par Planta et De Meester à 16 sous-tests, pour en faciliter l’exécution [33, 36]. Bien que ce dernier permette d’établir une correspondance à raison de 82 % entre les commémoratifs de morsures et des (tentatives de) morsures lors du test, à condition qu’il soit réalisé dans son entièreté, il convient de poursuivre les recherches avant de pouvoir en proposer une version applicable par les vétérinaires sur le terrain, en pratique.

En ce qui concerne des enquêtes auprès de personnes mordues ou de propriétaires se plaignant (ou non) du comportement agressif de leur chien, force est de constater que là encore, une grande variabilité est observée en termes de questionnaires (type et nombre de questions, échelles de réponses), de public interrogé et de chiens concernés. La qualité des résultats est très variable car, bien qu’il soit possible de récolter une grande quantité de données rapidement (en particulier grâce à la technique digitale), le répondant est influencé par sa perception de l’animal et sa compréhension de la question. Le canine behavioural assesment and rating questionnaire (C-BARQ) est un outil fréquemment décrit dans la littérature [24]. Sa construction est très rigoureuse et son contenu validé. Il permet d’identifier des chiens qui présentent des comportements problématiques, de la même façon que le ferait un expert en comportement [46]. Composé de 101 questions, le C-BARQ permet de caractériser 14 traits de tempérament chez un chien. Certaines questions concernent exclusivement l’agression, envers des personnes inconnues (10 sur 101), envers le propriétaire lui-même (8 sur 101), envers d’autres chiens (4 sur 101). Cet outil ne peut cependant pas être utilisé sur le terrain, car c’est le propriétaire qui le complète (objectivité, tolérance). Aucun seuil de référence n’est établi pour chacun des traits de tempérament au-delà duquel le comportement du chien serait jugé inacceptable par l’homme.

Si une observation de l’animal était couplée aux réponses à un questionnaire, les résultats s’en trouveraient consolidés. Cependant, la mise au point d’un tel outil d’évaluation comportementale de l’agressivité et sa validation doivent encore être établies (valeur prédictive, sensibilité, spécificité, reproductibilité) [13].

CONCLUSION

En dehors de celle de prédation, la morsure a pour but de “faire reculer, d’éloigner l’autre”. Elle est défensive (protection de soi) ou offensive (protection d’une ressource). Plusieurs facteurs favorisant l’émission des agressions, ainsi que le contexte d’émission, entrent en jeu. L’analyse des motivations de l’animal et des facteurs qui favorisent les agressions est nécessaire au cours d’une consultation, afin de proposer un traitement adapté et des mesures de prévention. En effet, il convient d’adapter les recommandations en fonction des personnes à risque dans le foyer (enfants en bas âge). L’analyse au cas par cas doit permettre au vétérinaire d’établir un diagnostic différentiel et d’envisager les options préventives et/ou correctrices appropriées.

Abonné au Point Vétérinaire, retrouvez votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr