BOITERIE D’UN MEMBRE PELVIEN CHEZ UN JEUNE ROTTWEILER - Le Point Vétérinaire n° 421 du 01/09/2021
Le Point Vétérinaire n° 421 du 01/09/2021

ORTHOPÉDIE

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : François Lafuma*, Laurent Blond**

Fonctions :
*(dipl. ACVR)
**CHV Languedocia
395, rue Maurice Béjart
34080 Montpellier

PRÉSENTATION CLINIQUE

Un chien rottweiler, âgé de 10 mois, est présenté chez son vétérinaire traitant pour une boiterie du membre pelvien gauche apparue soudainement, qui évolue depuis quelques jours. Aucun traumatisme n’est rapporté par les propriétaires. Les examens général, orthopédique et nerveux ne révèlent rien d’anormal. Des radiographies du bassin sont effectuées et ne montrent pas non plus d’anomalie (photo 1).

Le chien est mis au repos et reçoit un traitement anti-infl ammatoire (Prévicox® à la dose de 5 mg/kg per os une fois par jour) pendant sept jours. La boiterie s’améliore, puis réapparaît progressivement au cours du mois suivant, ce qui motive le référé dans un centre spécialisé. Trois semaines après le premier épisode, l’animal présente une boiterie avec appui du membre pelvien gauche de grade 1 sur 5, plus marquée au trot, associée à une vive douleur, à des craquements à la manipulation des hanches et à une amyotrophie de la cuisse gauche. Les examens général et nerveux demeurent sans anomalie. Une nouvelle radiographie ventro-dorsale du bassin est réalisée afin d’explorer cette atteinte (photos 2a et 2b).

Qualité des images radiographiques

→ Sur la première image, un discret grain diffus (“bruit”) est noté, indiquant une sous-exposition, et les fémurs ne sont pas verticaux. Sur les deux clichés postérieurs, l’opacité, le contraste et la netteté sont corrects, mais une discrète rotation du bassin et du fémur vers la gauche est décelée. Ces défauts mineurs n’empêchent pas l’interprétation.

Description des images

→ Sur le premier cliché, réalisé lors de l’apparition de la boiterie, les têtes fémorales sont sans particularité et congruentes avec les acétabulums. Les tissus mous à leur pourtour n’apparaissent pas modifiés. Sur le second cliché, réalisé trois semaines plus tard, des foyers irréguliers et mal définis de résorption osseuse, en périphérie du col fémoral gauche qui apparaît aminci et sclérotique (aspect en “trognon de pomme”), sont observés. La tête fémorale semble épargnée, mais un discret déplacement de cette dernière par rapport au col est noté, indiquant un glissement épiphysaire. La tête fémorale gauche est déplacée latéralement par rapport à l’acétabulum, révélant une subluxation. Le rebord acétabulaire cranial est émoussé et le volume des muscles de la cuisse gauche est diminué.

Le col fémoral droit a subi des modifications similaires, mais moins marquées, sans déplacement de la tête fémorale associé.

Interprétation des images

→ Ces lésions sont caractéristiques d’un glissement épiphysaire, historiquement appelé épiphysiolyse. L’amyotrophie est sans doute à relier au défaut d’utilisation du membre.

Le diagnostic différentiel inclut notamment une fracture de type Salter Harris, moins probable toutefois sans historique de traumatisme et qui se présente rarement avec une résorption osseuse du col fémoral. Il convient également d’écarter une nécrose aseptique de la tête fémorale qui provoque une résorption de l’os sous-chondral de l’épiphyse, et non de l’os spongieux de la métaphyse comme dans ce cas [3].

Références

  • 1. Borak D, Wunderlin N, Brückner M et coll. Slipped capital femoral epiphysis in 17 Maine Coon cats. J. Feline Med. Surg. 2017;19 (1):13-20.
  • 2. Moores AP, Owen MR, Fews D et coll. Slipped capital femoral epiphysis in dogs. J. Small Anim. Pract. 2004;45 (12):602-608.
  • 3. Pollard R, Phillips K. Orthopedic diseases of young and growing dogs and cats. In: Textbook of Veterinary Diagnostic Radiology, 7th edition. Elsevier Saunders. 2018:1000p.
  • 4. Stander N, Cassel N. Long bones - Juvenile. In: BSAVA Manual of Canine and Feline Musculoskeletal Imaging, 2nd edition. BSAVA. 2016:408p.

Conflit d’intérêts : Aucun

DISCUSSION

Le glissement épiphysaire est une affection rare de la hanche chez le jeune chien en croissance caractérisée par un déplacement de l’épiphyse fémorale proximale (tête) par rapport au fémur sans antécédent de traumatisme. Les chiens de taille grande à géante sont prédisposés. Histologiquement, un défaut d’ossification endochondrale et des lésions d’ostéochondrose de la physe sont observés [4]. La physe affaiblie finit par se séparer de la métaphyse (col), mimant une fracture de type Salter Harris. L’étiologie est incomplètement comprise, mais des facteurs nutritionnels et/ou héréditaires sont suspectés. Cette affection est aussi décrite chez le chat avec une prédisposition des mâles et de la race maine coon [1].

Le premier signe radiographique visible est un élargissement de la physe qui peut être associé à des foyers de résorption osseuse de la métaphyse adjacente, suivi par une séparation de l’épiphyse du reste du col fémoral. L’élargissement seul est parfois diffcile à objectiver radiographiquement, en particulier sur des vues classiques, ce qui explique l’apparente normalité des premiers clichés. Mais l’affection peut déjà être douloureuse à ce stade. Une vue de face avec les membres fl échis vers l’avant (dite “en grenouille”) permet généralement de mieux mettre en évidence les lésions. L’affection est fréquemment bilatérale.

Le traitement est chirurgical et repose sur une fixation interne si possible, ou une résection de la tête et du col du fémur, l’idéal étant alors de l’associer à une prothèse totale de hanche, surtout chez les chiens de grande taille [2]. Le pronostic associé à la prise en charge chirurgicale est bon.

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