BIEN UTILISER LES MÉDICAMENTS EUTHANASIANTS - Le Point Vétérinaire n° 421 du 01/09/2021
Le Point Vétérinaire n° 421 du 01/09/2021

EUTHANASIE

Thérapeutique

Auteur(s) : Jean-Claude Desfontis*, Hervé Pouliquen**, Yassine Mallem***

Fonctions :
*Unité de pharmacologie et toxicologie d’Oniris
101, route de Gachet
44300 Nantes
**Auteur coordinateur

L’euthanasie des animaux s’eff ectue de manière douce et respectueuse du bien-être animal avec les euthanasiants disponibles.

Depuis 2019, de nouvelles spécialités viennent compléter la gamme des euthanasiants disponibles, permettant une utilisation multiespèce et un volume injecté plus faible. Le vétérinaire doit connaître les spécificités de chaque molécule afin de choisir la plus adaptée à sa pratique (tableau).

RÉGLEMENTATION

Le vétérinaire peut s’approvisionner en médicaments euthanasiants par une simple commande, le plus souvent électronique, auprès d’établissements de distribution en gros autorisés de médicaments vétérinaires (exclusifs vétérinaires ou mixtes, médicaments vétérinaires ou à usage humain).

Dans le règlement (UE) 2019/6 applicable au 28 janvier 2022, les médicaments vétérinaires utilisés pour l’euthanasie des animaux sont classés comme subordonnés à la présentation d’une ordonnance (article 34) [1]. De ce fait, comme les autres médicaments à prescription obligatoire, ils doivent être stockés de façon à ne pas être accessibles ni visibles par le public, afin que cela ne puisse être considéré comme de la publicité. Il n’existe à l’heure actuelle aucun texte réglementaire fixant les conditions de stockage des euthanasiants en particulier.

Toutefois, il semble plus prudent de préconiser a minima un stockage dans un endroit sécurisé (armoire ou pièce fermant à clé), uniquement accessible aux vétérinaires. L’employeur a l’obligation de tenir un registre unique de sécurité (document unique) qui rassemble les fiches de sécurité des produits et surtout les procédures de prévention d’exposition aux risques. Une jurisprudence de la Cour de cassation confirme que l’employeur n’est pas responsable du suicide d’un salarié s’il utilise un euthanasiant vétérinaire, même si celuici était directement accessible. Lors de leur utilisation, il n’est pas nécessaire de rédiger une ordonnance, mais il convient de garder une traçabilité de la quantité de produit sortie, par exemple en tenant un registre des administrations, qui peut être le registre de la clinique.

En France, l’administration des euthanasiants est strictement réservée aux vétérinaires et leur délivrance est interdite au public.

COMPARAISON DES SPÉCIALITÉS DISPONIBLES

Il existe très peu de documents scientifi ques sur les méthodes d’euthanasie par voie injectable pratiquées chez les animaux domestiques [2, 3, 4]. Les euthanasiants comportent soit un anesthésique général barbiturique, le pentobarbital sodique (Doléthal®, Euthasol®, Euthoxin®, Exagon®), soit un dérivé morphinique, l’embutramide, associé à un curarisant, le mébézonium (T-61®). Le pentobarbital sodique est un anesthésique général qui produit une dépression de toutes les fonctions du système nerveux central avec des effets hypnotique, sédatif, dépresseur respiratoire et circulatoire dose dépendants. L’embutramide possède une action anesthésique générale avec des effets sédatifs et analgésiques morphiniques (structure chimique proche de la méthadone) et des effets dépresseurs respiratoires et arythmogènes ventriculaires. Comme son indice thérapeutique est très étroit (1,5), il n’a jamais été développé comme anesthésique général. Le mébézonium est un curare qui paralyse les muscles squelettiques, dont ceux de la respiration, aboutissant à une paralysie flasque et à un arrêt respiratoire.

RECOMMANDATIONS

Le choix de l’euthanasiant peut être motivé par différents critères tels que le besoin d’induire l’inconscience de l’animal, le volume administré, la voie d’administration choisie (en relation avec la facilité d’injection et la rapidité de l’effet) et le coût. L’usage de l’euthanasiant à base d’embutramide est contre-indiqué chez les animaux conscients, ce qui n’est pas le cas pour les euthanasiants contenant du pentobarbital. Toutefois, une sédation ou une anesthésie générale légère est toujours conseillée pour faciliter la réalisation de l’acte d’euthanasie.

Le praticien peut chercher à limiter le volume à administrer, notamment en ce qui concerne les animaux de plus grande taille, en choisissant les solutions les plus concentrées. Ainsi, l’utilisation d’Euthasol®, d’Euthoxin®, d’Exagon ® ou de T-61® nécessite une injection intraveineuse ou intracardiaque de l’ordre de 1 ml pour 3 à 5 kg de poids, alors qu’avec Doléthal® il est nécessaire d’injecter 1 ml par kilo.

La voie intraveineuse est préférée lors qu’elle est facilement réalisable, notamment selon la taille et l’état physiologique de l’animal [5]. La voie intracardiaque nécessite une bonne connaissance de l’anatomie et ne doit être pratiquée que chez un animal anesthésié [6]. Elle aboutit à une dépression immédiate des fonctions vitales de l’animal. Par ailleurs, de nouvelles voies d’administration intra-organes sont décrites pour l’emploi des euthanasiants injectables : les voies intrahépatique et rénale, sur des animaux préalablement anesthésiés. Ces organes amplement vascularisés permettent une circulation rapide de l’euthanasiant vers le système nerveux central, même si elle reste inférieure à la voie intraveineuse ou intracardiaque et qu’il est nécessaire d’avoir une bonne connaissance de l’anatomie.

Pour choisir les euthanasiants à privilégier, une analyse du coût de revient de chaque spécialité et de la fréquence d’utilisation de ces médicaments peut être réalisée. Elle ne doit cependant pas prendre le pas sur le choix raisonné fondé sur les éléments scientifiques décrits plus haut.

PRÉCAUTIONS D’EMPLOI

Lors de l’utilisation d’euthanasiants par voie intraveineuse chez un animal conscient, l’injection doit être réalisée lentement et en évitant une administration périvasculaire sous peine de déclencher une irritation douloureuse au point d’injection. Des réactions indésirables peuvent apparaître, telles qu’une excitation ou une crispation musculaire générale.

L’utilisation d’un cathéter est utile pour prévenir le risque d’injection périvasculaire (photo). Le vétérinaire qui injecte l’euthanasiant doit également prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter les projections du produit (seringues Luer-Lock, gants, lunettes de protection).

Références

  • 1. Aiello SE. The Merck Veterinary Manual, 8th edition. Merck & Co Inc. 1998:2305p.
  • 2. AVMA. Guidelines for the euthanasia of animals: 2020 edition. American Veterinary Medical Association. 2020:121p. https://www.avma.org/sites/default/files/2020-01/2020-Euthanasia-Final-1-17-20.pdf.
  • 3. Cooney K. Historical perspective of euthanasia in veterinary medicine. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2020;50:489-502.
  • 4. Cooney K. Common and alternative routes of euthanasia solution administration. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2020;50:545-560.
  • 5. Orvin L. Case reports: challenging euthanasia cases. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2020;50:647-652.
  • 6. UE. Règlement 2019/6 du Parlement européen et du Conseil du 11/12/2018 relatif aux médicaments vétérinaires et abrogeant la directive 2001/82/CE.

Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

Le choix entre une spécialité ou une autre dépend généralement de la pratique de la clinique vétérinaire et prend en compte la taille des animaux concernés habituellement et l’anesthésie préalable ou non de ceux à euthanasier.

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