ÉTAPE 3 : ENRICHISSEMENT ENVIRONNEMENTAL : APPLICATIONS CHEZ LE CHAT ET LE CHIEN - Le Point Vétérinaire n° 418 du 01/06/2021
Le Point Vétérinaire n° 418 du 01/06/2021

La consultation comportementale en 10 étapes

Auteur(s) : Claire Diederich*, Emmanuelle Titeux**, Caroline Gilbert***

Fonctions :
*(dipl. ECAWBM science, ethics and law)
Département de médecine vétérinaire (Urvi-Narilis)
Faculté des sciences de l’université de Namur
61, rue de Bruxelles
B-5000 Namur (Belgique)
**(dipl. ECAWBM behavioural medicine)
***(dipl. ECAWBM science, ethics and law)
****ENV d’Alfort
7, avenue du Général de Gaulle
94700 Maisons-Alfort

Le vétérinaire étant sensibilisé aux besoins éthologiques, physiologiques et mentaux des chiens et des chats, il doit efficacement accompagner les propriétaires dans la compréhension et/ou la prévention de certains troubles comportementaux et leur proposer les mesures adéquates, surtout en visite à domicile où il a accès à leur milieu de vie.

Le respect du bien-être animal passe par une analyse des conditions de vie quotidiennes des animaux. Ainsi, la question de l’enrichissement environnemental, initialement concentrée sur les animaux en captivité (en parc zoologique ou en laboratoire) pour lesquels le milieu apparaît restreint, confiné, monotone et pauvre en activités, se pose également pour le chat et le chien de compagnie. En effet, ceux-ci vivent dans un environnement déterminé et contrôlé par les propriétaires et, dans certains cas, tout aussi inadapté à leurs besoins.

ENRICHISSEMENT ENVIRONNEMENTAL : DÉFINITION ET APPLICATIONS

L’enrichissement de l’environnement doit se faire de manière rationnelle, dans divers domaines (physique, social) et selon certaines modalités (caractère prévisible et contrôlable des événements). Après avoir défini les principes de l’enrichissement en l’appliquant aux chiens et aux chats, quelques exemples d’enrichissement seront présentés, qui pourront être proposés par les praticiens aux propriétaires. Dans le cadre de conseils ou de résolution de troubles comportementaux, une analyse du milieu de vie, du tempérament de l’animal et de leur adéquation est nécessaire dans tous les cas, afin de proposer des solutions “au cas par cas”, adaptées à la fois à l’animal et au propriétaire.

1. Définition

Pour comprendre l’importance de l’environnement, rappelons que le respect de normes de bientraitance (obligation de moyens) ne garantit pas automatiquement d’assurer un niveau minimal de bien-être aux animaux (obligation de résultat). Il convient également de déterminer comment l’animal perçoit son environnement, afin qu’il puisse satisfaire ses besoins et ses attentes [13].

L’enrichissement environnemental se définit comme toute modification de l’environnement (relativement pauvre) dans lequel évoluent des animaux qui vise à améliorer leur bien-être physique et psychique, en leur apportant des ­stimuli qui leur permettent d’exécuter le répertoire comportemental qui correspond aux besoins de leur espèce [2]. Cette définition de l’enrichissement de l’environnement, conçue à l’origine pour les animaux de laboratoire et de parcs zoologiques, est depuis étendue à tous les animaux hébergés dans un environnement façonné par l’homme (encadré) [9, 20].

2. Applications au chien et au chat

Des différences d’impact du milieu de vie sur la perception qu’en ont les animaux sont observées par tout praticien. Par exemple, certains chats vivent très bien en appartement sans jamais sortir, alors que d’autres développent des plaies de grattage facial, de l’agressivité, ou de l’apathie. La recherche a permis de mettre en évidence quatre facteurs qui expliquent ces différences.

• L’animal a-t-il la possibilité de contrôler son environnement [30] ? Autrement dit, peut-il décider “où, quand et comment” se comporter ? Peut-il faire des choix dans un milieu où le propriétaire est amené à “décider, contrôler” les activités ? Par exemple, pour un chien : décider du moment de distribution de la nourriture, de la fréquence et de la durée des contacts sociaux, de l’accès à une aire extérieure, des lieux de promenade, de rentrer s’abriter s’il se met à pleuvoir, de se soustraire à un contact ou à une activité, etc.

• L’animal a-t-il la possibilité de prédire les événements [30] ? C’est-à-dire, peut-il tirer un bénéfice de l’expérience antérieure, et prédire les conséquences d’une action ou d’une absence d’action ? Ainsi, la régularité d’apparition des événements dans une journée est rassurante (par exemple, entendre le bruit de la voiture du propriétaire annonce l’arrivée prochaine d’une certaine activité à la maison), mais la succession de journées qui se ressemblent toutes peut être, a contrario, source d’ennui.

• Quelle est son aptitude cérébrale à s’adapter aux changements, à la nouveauté ou à se remettre d’un épisode stressant (aptitude appelée “plasticité neuronale”) ? Par exemple, l’extinction d’une peur apprise par conditionnement passe par l’activation de certaines zones cérébrales et implique des changements moléculaires à leurs niveaux [22].

• Quel est son tempérament ? Le tempérament, qui distingue un animal des autres en termes de réactivité et d’adaptation à une situation donnée, justifie une approche comportementale thérapeutique individuelle [28]. Le bagage génétique (différence entre les lignées), l’environnement précoce (milieu d’élevage avant l’adoption), le milieu de vie (actuel et juvénile), les apprentissages (expérience d’un refuge, fréquentation d’un club d’éducation canine) et la réactivité émotionnelle agissent et modèlent le tempérament. Ainsi, les animaux seront plutôt “peureux, stressables”, “timides”, “dociles” ou “téméraires, confiants” [15].

Pour atteindre l’objectif premier d’assurer le bien-être animal, l’enrichissement environnemental passe par les principes suivants [5] :

- permettre l’expression de la diversité comportementale ;

- stimuler les capacités cognitives de l’animal en lui présentant des challenges, des activités favorisant sa réflexion et la prise de décision ;

- diminuer le stress, l’ennui, la frustration, l’anxiété, ainsi que l’expression de comportements anormaux, stéréotypés ou répétitifs (en préventif et en curatif) ;

- augmenter la résilience et permettre à l’animal de mieux s’adapter aux changements, tout en l’autorisant à se soustraire à leur présence, s’il le souhaite.

Pour y parvenir, la littérature propose plusieurs catégories d’enrichissement (figure 1) [3, 10].

Les compétences cognitives et émotionnelles de l’animal sont stimulées par l’enrichissement. La perception, l’attention, la mémoire, les émotions antérieures et actuelles vont participer à l’analyse que l’animal fera de son environnement, stimuleront son mental par le biais de problèmes à résoudre ou lui permettront de mener de nouvelles expériences. Ce besoin d’expérimenter, de se renouveler en matière d’expériences explique pourquoi la mise en œuvre de l’enrichissement environnemental n’est pas figée et pourquoi il ne peut pas être considéré comme établi une fois pour toutes. Il doit être régulièrement renouvelé, pour éviter à l’animal de s’en désintéresser par habituation [11].

ENVIRONNEMENT ADAPTÉ : UNE ANALYSE AU CAS PAR CAS

L’existence de troubles comportementaux ou de demandes de la part du propriétaire à propos des comportements de leurs chiens et chats (comme l’agressivité), ou la prévention de ces troubles, doit inciter tout praticien à s’interroger sur l’origine de ceux-ci. Il ne peut donc faire l’économie d’analyser le milieu de vie. L’environnement dans lequel évoluent les animaux doit leur permettre de satisfaire leurs besoins et leurs attentes, en accord avec leur tempérament. Il faut, pour cela, avoir une connaissance correcte de l’occupation du temps de l’animal.

Selon les milieux de vie étudiés (chiens féraux en Italie, errants en Inde, de compagnie, en refuge), il apparaît que les chiens sont inactifs près de la moitié de la journée, et que le reste du temps est dédié à des déplacements et à des interactions avec des congénères ou avec l’homme [6, 27].

Les races canines ont été sélectionnées pour leur phénotype, mais aussi pour certaines de leurs qualités comportementales. Il n’est donc pas surprenant d’observer que les chiens de certaines races comme les retrievers ou les terriers sont particulièrement motivés par les jeux de balle, puisqu’ils ont été sélectionnés pour leur aide à la chasse (repérer le gibier, le rapporter, chasser les nuisibles), ou sont intéressés par des activités communes avec l’homme, telles que la pratique de l’agility, du canicross, ou la conduite et la garde de troupeaux (chiens de berger).

Une analyse individuelle de la situation doit être menée. Ce qui est vrai pour un animal ne l’est pas nécessairement pour un autre, qu’il s’agisse d’animaux vivants seuls ou, a fortiori, à plusieurs [1]. Ainsi, certains chats s’adapteront parfaitement à la vie à l’intérieur, alors que pour d’autres, ce sera impossible (photo 1). Pour certains chiens, un jardin peut ne pas être aussi stimulant qu’une promenade, ou que des interactions libres régulières avec des congénères.

Chacune de ces options de logement (à l’intérieur, à l’extérieur) présente ses avantages et ses inconvénients et demande des adaptations. Par exemple, un chat qui sort doit pouvoir disposer d’un abri, échapper à des poursuites félines ou de prédateurs, et se tenir à l’abri du trafic routier [25].

L’existence de comportements gênants, propres à l’espèce mais non désirés par l’homme, doit attirer l’attention sur la forte motivation de l’animal à les produire. À défaut d’avoir le substrat adéquat à sa disposition, l’animal se retournera sur ce qu’il trouve dans son entourage direct (photos 2a à 2i).

ENRICHISSEMENT INANIMÉ ET ANIMÉ : EXEMPLES CHEZ LE CHIEN ET LE CHAT

1. Enrichissement inanimé

Fournir un environnement physiquement stimulant demande d’y intégrer des éléments structurels, d’agir sur les organes des sens des animaux et de revoir les modalités de distribution alimentaire. Cette intégration conduit de facto à stimuler les compétences cognitives des animaux, par exemple en permettant le développement de stratégies de recherche de zones de repos ou de nourriture, en stimulant les aptitudes propres à l’espèce et/ou à la race canine ou féline.

Des exemples pour les chiens et les chats dans les trois catégories de stimuli environnementaux sont présentés (figures 2 et 3). Ces catégories peuvent s’entrecroiser entre elles et avec celles de l’enrichissement animé. Ainsi, il est possible que l’activité physique chez le chien sur un terrain en extérieur soit couplée à une séance d’éducation avec le propriétaire (avec friandises), entrecoupée également de séquences de jeux de rapport de balle.

Il n’est pas nécessairement onéreux d’augmenter les stimulations auxquelles les animaux sont exposés. Les animaleries proposent différents objets, qui peuvent également être fabriqués par les propriétaires eux-mêmes à moindre coût (photos 3a et 3b).

2. Enrichissement animé : relations intraspécifiques et interspécifiques

Interactions intraspécifiques

L’espèce canine est une espèce sociale. En effet, l’observation des activités de chiens errants ou vivant en chenil (pour lesquels l’homme interfère peu et qui montrent des comportements caractéristiques de l’espèce), réparties sur 24 heures, a mis en évidence qu’ils consacrent spontanément une partie de la journée à interagir positivement avec leurs congénères.

Cela signifie que les chiens ont une attraction pour leurs conspécifiques. Néanmoins, il convient de considérer le tempérament individuel. En effet, certains individus sont peu enclins à lier des relations avec les conspécifiques et ne sont pas à la recherche de leur contact. Les promenades en laisse ne permettent pas aux chiens d’exprimer leurs comportements sociaux. Des inter­actions avec d’autres chiens, libres de leurs mouvements, sont donc recommandées. Dans son analyse, le vétérinaire évitera de “systématiser” toutes les rencontres avec les autres chiens, tentera d’objectiver la motivation du chien du propriétaire à aller jouer avec des congénères, et conseillera de rester vigilant sur le niveau de motivation des autres intervenants canins.

Le chat est une espèce solitaire, cela signifie que les individus n’ont pas spontanément d’attraction les uns pour les autres. Dans les situations où des regroupements sont observés, il s’agit de groupes de chats errants composés préférentiellement de clans de femelles apparentées [12]. L’introduction d’un chat dans le domaine vital d’un autre peut donc être problématique et ne pas constituer un élément positif dans l’enri­chissement des félins [23]. Néanmoins, certaines études ont montré que les chats hébergés seuls pouvaient excréter plus de cortisol fécal que ceux vivant à plusieurs (deux à quatre), ce qui indiquerait un effet bénéfique de l’adjonction d’un autre chat [24]. Notons que cette affirmation est surtout valable pour les jeunes animaux (6 mois à 2 ans) qui passent encore beaucoup de temps à jouer entre eux [24]. Pour les chats plus âgés, ce bénéfice ne semble pas aussi évident.

Interactions interspécifiques : relation homme-animal

Toute relation entre l’homme et l’animal se construit sur la base des inter­actions échangées et des représentations que l’animal se forge. Ainsi, l’issue d’une interaction dépend à la fois du comportement de l’animal et de l’homme. Au fur et à mesure des inter­actions, la relation homme-animal va se façonner au cours du temps, l’animal se construisant une représentation de la personne humaine plus ou moins positive ou négative. La qualité de la relation homme-animal résulterait ainsi de la balance de la somme des interactions positives, négatives et neutres [29]. Si les personnes qui inter­agissent avec l’animal limitent les interventions agressives et interprètent correctement les signaux émis par le chien ou le chat, la relation en construction aura, in fine, un bilan positif (figure 4).

Chez le chien, les études convergent pour affirmer qu’il montre d’excellentes capacités émotionnelles et cognitives lorsqu’il s’agit d’interpréter des signaux humains (tels que des gestes de désignation de la main ou l’orientation du regard). Canis familiaris est capable de discriminer, mais aussi d’apprendre à reconnaître ses partenaires humains et de communiquer avec eux de façon spécifique, selon les expériences vécues avec les personnes. Les techniques d’éducation sont également un facteur qui module la probabilité d’agression : l’utilisation du renforcement négatif et des punitions durant l’éducation du chien augmente les risques d’agression, contrairement au recours au renforcement positif.

En revanche, l’aspect bénéfique des apprentissages par récompense a été démontré de façon récurrente, en particulier dans l’étude de Bennet et Rohlf qui montrent l’augmentation de l’apparition des comportements souhaités lorsque les maîtres utilisent ces apprentissages via le renforcement positif [4]. Chez les chiens de refuge, ceux éduqués (assis, marche en laisse) avec des récompenses et promenés quotidiennement ont plus de chances d’être adoptés que ceux qui n’en ont pas bénéficié [19]. De la même manière, les chiens de refuge qui sont promenés et caressés quinze minutes par jour sont plus souvent adoptés, car ils s’approchent plus volontiers de la porte de leur cage en remuant la queue [21].

Chez le chat, les données sont encore rares, mais l’hypothèse d’une balance de la somme des interactions reste valable, à l’instar des travaux publiés concernant d’autres espèces. En effet, les recherches menées chez les animaux de rente et le cheval sont à ce jour assez avancées : les conséquences d’une relation homme-animal de mauvaise qualité se révèlent délétères pour la productivité, pour la sécurité des personnes qui les manipulent, mais aussi pour les performances sportives [14, 18]. Il est admis que la distance de fuite moyenne des animaux dans une ferme est corrélée négativement avec la proportion de contacts positifs avec l’homme (caresses et paroles calmes) [17]. L’application de cette balance positive/négative à la relation homme-animal est donc envisageable pour toutes les espèces domestiques, sans avoir besoin de faire appel à d’autres concepts (relation de dominance/subordination, par exemple). Une étude montre néanmoins que les caresses et les interactions de la part du propriétaire, sans que le chat l’ait souhaité, peuvent induire un stress récurrent [24].

Dès lors, si les propriétaires souhaitent enrichir l’environnement “social” de leur chien et de leur chat par des inter­actions, il conviendra de les questionner sur les réactions de leurs animaux lorsqu’ils sont caressés, sur leurs motivations à interagir, leurs signaux de stress, de peur, leurs émotions positives.

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Conflit d’intérêts : Aucun

Points clés

• Tempérament : ensemble des traits comportementaux stables dans le temps et entre situations proches qui caractérisent un individu. Il dépend de son bagage ontogénique(1) et de sa phylogénie(2) et explique les différences observées entre individus dans une même situation.

• Enrichissement de l’environnement : toute modification de l’environnement (relativement pauvre) dans lequel évoluent des animaux qui vise à améliorer leur bien-être physique et psychique, en leur apportant des stimuli qui correspondent aux besoins de leur espèce.

• Contrôler/prévoir : de la part de l’animal, pouvoir d’agir sur son environnement et de décider de produire ou pas certains comportements, lesquels participent au bien-être animal.

(1) Ontogénie : développement de l’individu, depuis l’œuf fécondé jusqu’à l’état adulte (source : dictionnaire Larousse, consulté le 16/4/2021).

(2) Phylogénie : succession des espèces animales ou végétales que l’on suppose descendre les unes des autres et qui constituent un phylum (source : dictionnaire Larousse, consulté le 16/4/2021).

Encadré : POURQUOI ET COMMENT BIEN ENRICHIR LE MILIEU DE VIE DES ANIMAUX ?

L’enrichissement vise à ce que les animaux se sentent bien et soient capables de contrôler un environnement complexe et stimulant. En portant une attention à la fois à l’environnement inanimé et animé, le but est d’élargir la gamme des comportements que l’animal peut exprimer et développer ses capacités d’adaptation, par le biais de l’exercice physique, de l’exploration de la nouveauté, des interactions avec le vivant, de l’apprentissage, et des émotions qui y sont associées [9]. En règle générale, plus le matériel ou l’objet impliqué dans l’enrichissement satisfait à un besoin comportemental, plus il est susceptible d’être réellement enrichissant [31].

Le choix d’un matériel sans danger pour la santé doit être privilégié. Il doit correspondre éthologiquement à l’espèce visée, résistant à l’usage et être non blessant [26]. Ainsi, si une bouteille en plastique remplie de petits cailloux fait un bruit lorsqu’elle roule, sera-t-elle sans danger si un grand chien la mordille et en ingère des morceaux ? Les piles d’un jeu vibrant pour chat, mimant les déplacements d’une souris, sont-elles suffisamment hors d’atteinte de ses dents et griffes, sans risque d’ingestion ? Des tests simples de résistance aux chocs, chutes et autres écrasements ou tractions devraient être menés sur tout élément présenté aux animaux.

Rappelons que les capacités sensorielles des animaux leur sont propres : il faut donc veiller à ne pas se fonder sur les capacités humaines, très différentes de celles des autres espèces (par exemple, les chats et les chiens perçoivent les ultrasons, ce qui n’est pas le cas de l’homme) [16]. La connaissance des comportements des animaux doit guider nos choix. Ainsi, le praticien pourra aussi s’interroger, avec le propriétaire, sur la plus-value éthologique de certains articles du commerce, prétendument “pour le chien” ou “pour le chat”. Il s’agit notamment des parfums pour chiens et chats, des vernis pour les ongles ou griffes, de certains vêtements, qui ont été suffisamment attractifs pour que le propriétaire les achète, mais dont l’intérêt pour l’animal est tout relatif [32].

Le fait qu’un animal ait peu de contrôle sur son environnement, voire aucun, est stressant (imprévisibilité des sorties, de la distribution de nourriture, des interactions, etc.). À l’inverse, ce qui peut le frustrer et être source d’ennui, c’est de vivre une vie totalement prévisible. Si l’environnement est pauvre, tout élément nouveau va attirer et maintenir son attention de façon conséquente. Si l’environnement est déjà très stimulant, la nouveauté est moins attirante et si elle l’est, son impact sera moindre. Une rotation entre les objets utilisés pour enrichir doit être envisagée, sous peine de voir les animaux s’en désintéresser rapidement [10]. Cette rotation doit aussi s’envisager au cas par cas, puisque certains tempéraments sont plus en recherche de nouveauté que d’autres, qui auront plutôt tendance à l’éviter.

L’enrichissement cognitif, en lien avec la stimulation des capacités cognitives des animaux et leur état émotionnel, intervient dans chacune des catégories.

L’enrichissement “inanimé, physique” (éléments non vivants de l’environnement) est composé :

- d’éléments constitutifs du logement (“enrichissement environnemental”) : surface disponible, variété d’endroits, lieu et type de couchage, structure pour y grimper/sauter/griffer, cachettes/refuges/jouets, climat, type de sol/substrat ;

- d’éléments qui agissent sur les organes des sens (“enrichissement sensoriel”) : lumière, son/musique, couleur, images animées, bruits divers, odeurs, toucher ;

- d’éléments liés à l’alimentation : mode de distribution (fréquence, heure, modalité d’accès) et type de nourriture (nouveauté, diversité, récompenses).

L’enrichissement « animé, vivant » d’un animal distingue :

- les relations intraspécifiques avec ses congénères : les autres membres de son espèce, qui vivent avec lui ou rencontrés épisodiquement (selon la structure sociale de l’espèce, il s’agit d’animaux vivant seuls, en couple, en groupe de composition variable) ;

- les relations interspécifiques avec les animaux d’autres espèces, y compris l’homme (vétérinaire, propriétaire, visiteurs). Le chien et le chat peuvent établir avec ces êtres vivants des contacts directs, ou ne pas avoir de contacts mais percevoir leur présence, indirectement, par l’intermédiaire de leurs canaux sensoriels (vue, ouïe, odorat).

Le praticien insistera auprès du propriétaire pour qu’il établisse et entretienne une relation de qualité avec son animal, avec une prédominance d’activités positives.

CONCLUSION

La question de l’enrichissement environnemental, en vue d’assurer le bien-être animal, est un enjeu non négligeable pour le vétérinaire. Néanmoins, d’aucuns pourraient critiquer cette attention accrue portée au milieu de vie des chiens et des chats, en particulier de la part du monde de la publicité ou du pet shop (vaste choix d’accessoires pour “occuper” les animaux en l’absence des propriétaires), car ce qui convient à l’homme ne convient pas nécessairement aux autres espèces animales. Il appartient au praticien de prendre la place qui lui revient dans le cadre de la médecine préventive. Il se doit d’expliquer que, grâce à un environnement adapté à l’espèce ou à la race animale, le propriétaire œuvrera pour assurer une meilleure santé, l’expression de comportements plus diversifiés, moins de dégâts matériels et une meilleure relation avec son animal.

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