MÂCHOIRE BLOQUÉE EN POSITION OUVERTE CHEZ UN CHAT - Le Point Vétérinaire n° 417 du 01/05/2021
Le Point Vétérinaire n° 417 du 01/05/2021

CHIRURGIE

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Caroline Dumartinet*, Fabrice Bernard**, Antoine Bernardé***

Fonctions :
*Centre hospitalier vétérinaire Saint-Martin
275, route Impériale
74370 Saint-Martin-Bellevue
**(dipl. ECVS)
***(dipl. ECVS)

PRÉSENTATION CLINIQUE

Un chat persan âgé de 2 ans, sans antécédent médical, est présenté pour une mâchoire bloquée en position ouverte, de façon permanente, depuis quelques heures. Ce blocage est apparu brutalement. L’animal n’a pas accès à l’extérieur et aucun traumatisme connu n’est rapporté.

L’examen clinique révèle une mâchoire bloquée en position ouverte, impossible à fermer manuellement. Une douleur vive est provoquée lors des tentatives de mobilisation de la mâchoire. Une malposition mandibulaire, avec un déplacement vers la gauche, est notée. L’exploration buccale ne montre aucune lésion et l’examen neurologique aucune anomalie. Un examen tomodensitométrique du crâne est réalisé sous anesthésie générale (photos 1a et 1b).

Interprétation

→ La présentation clinique est fortement évocatrice d’un conflit mandibulo-zygomatique résultant d’une (sub) luxation de l’articulation temporo-mandibulaire, tous deux confirmés par l’examen tomodensitométrique.

L’impossibilité de fermer la gueule de ce chat s’explique par la latéralisation du processus coronoïde de la mandibule gauche par rapport à l’arcade zygomatique, ainsi que par le conflit osseux engendré.

Références

  • 1. Beam RC, Kunz DA, Cook CR et coll. Use of three-dimensional computed tomography for diagnosis and treatment planning for open-mouth jaw locking in a cat. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2007;230 (1):59-63.
  • 2. Nutt AE, Anderson T, Gracis M et coll. Open-mouth jaw locking in cats: a literature review and use of CT in three cases. J. Feline Med. Surg. 2018;20 (12):1180-1191.
  • 3. Reiter AM. Symphysiotomy, symphysiectomy, and intermandibular arthrodesis in a cat with open-mouth jaw locking: case report and literature review. J. Vet. Dent. 2004;21 (3):147-158.
  • 4. Soukup JW, Snyder CJ, Gengler WR. Computed tomography and partial coronoidectomy for open-mouth jaw locking in two cats. J. Vet. Dent. 2009;26 (4):226-233.

Conflit d’intérêts : Aucun

DISCUSSION

L’open-mouth jaw locking syndrome se caractérise par une impossibilité à fermer la bouche secondairement à un déplacement ventro-latéral du processus coronoïde mandibulaire par rapport à l’arcade zygomatique, à la suite d’une ouverture “en grand” de la mâchoire (en jouant avec de larges objets, en baillant ou en miaulant par exemple) [2-4]. Tous les types de conformation faciale peuvent être touchés, mais les races brachycéphales, et notamment les persans, semblent prédisposées. La dysplasie temporomandibulaire avec hyperlaxité est le facteur prédisposant le plus commun. Les traumatismes de la face, une laxité de la symphyse mandibulaire, un aplanissement de l’arcade zygomatique ou une spasticité du muscle ptérygoïdien pourraient également prédisposer à cette affection [1-4].

Le diagnostic repose sur la présentation clinique et l’imagerie. L’animal présente une gueule grande ouverte et une mandibule déviée vers le côté bloqué [2]. Contrairement à une luxation rostro-dorsale de l’articulation temporo-mandibulaire, plus classique, il n’y a pas de contact entre les dents. Une protubérance osseuse, qui correspond au processus coronoïde mandibulaire mal positionné, peut être palpée latéralement à l’arcade zygomatique [3]. Des radiographies du crâne peuvent être réalisées, mais leur sensibilité diagnostique est limitée [1, 4]. L’examen tomodensitométrique est préférable, afin de mettre en évidence la malposition mandibulaire et d’identifier d’autres anomalies du crâne, comme des fractures nécessitant une prise en charge chirurgicale [1, 2, 4].

Une réduction manuelle peut être effectuée en première intention, suivie d’une immobilisation de la mâchoire à l’aide d’une muselière pendant trois semaines (photos 2a et 2b complémentaire sur lepointveterinaire.fr). Cette solution est toutefois difficilement réalisable chez le chat, d’autant plus chez les races brachycéphales. La mise en place d’une résine interdentaire entre les crocs inférieurs et supérieurs, en laissant la mâchoire entrouverte pour que l’animal puisse laper, constitue une solution alternative à la muselière [3]. La pose d’une sonde d’œsophagostomie est recommandée pour pouvoir nourrir l’animal s’il n’y arrive pas seul.

En cas de récidive, un traitement chirurgical est indiqué. Différentes techniques sont décrites [2, 3, 4]. La coronoïdectomie et la résection de l’arcade zygomatique (partielle ou totale), réalisées seules ou conjointement, permettent en général de prévenir les récidives à long terme [2]. La coronoïdectomie partielle présente l’avantage d’être peu invasive, relativement simple et très efficace [4].

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