INTERPRÉTER LES RÉSULTATS D’UNE AUTOPSIE ET ÉTABLIR LE DIAGNOSTIC - Le Point Vétérinaire n° 417 du 01/05/2021
Le Point Vétérinaire n° 417 du 01/05/2021

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Dossier

Auteur(s) : Chloé Guerard*, Sylvie Chastant-Maillard**, Hanna Mila***, Isabelle Raymond-Letron****

Fonctions :
*NeoCare, service reproduction
ENV de Toulouse
23, chemin des Capelles
31300 Toulouse
**(DES anatomie pathologique vétérinaire)
StromaLab
4 bis, avenue Hubert Curien
31100 Toulouse

Plusieurs types d’examens complémentaires sont envisageables au moment de l’autopsie. Chez le chiot, leur association permet de déterminer la cause de la mort dans plus de 90 % des cas.

Lors de mortalité néonatale chez le chien, l’examen post-mortem est souvent le seul qui permet, directement ou assorti d’examens complémentaires, d’établir un diagnostic, en raison de l’absence fréquente de données cliniques sur les circonstances de la mort. La dernière partie de cet examen consiste donc à réunir et à mettre en relation l’ensemble des résultats d’analyses concernant le chiot mort et/ou la portée dont il est issu.

1. INTERPRÉTER LES RÉSULTATS DES ANALYSES COMPLÉMENTAIRES

Lésions microscopiques

L’interprétation des lames histopathologiques doit être réalisée par des pathologistes vétérinaires. Cela est d’autant plus important que chez le chiot nouveau-né, les lésions sont beaucoup moins marquées que chez le chien adulte. Le faible développement du système immunitaire pourrait expliquer une réaction inflammatoire beaucoup moins sévère lors d’infection, donc moins visible au microscope. De plus, les interprétations des lames sont parfois difficiles, car des figures d’hématopoïèse extramédullaire, la persistance des structures fœtales ou des foyers de tissus immatures sont encore visibles dans de nombreux cas (photos 1 à 3) [4].

Bactériologie

Chez environ 80 % des chiots nouveau-nés qui meurent au cours des trois à quatre premières semaines après la naissance, les résultats bactériologiques se révèlent positifs en phase post-mortem. Cependant, ces résultats sont difficiles à interpréter : les bactéries isolées sont essentiellement commensales, comme Escherichia coli (40 à 60 % des cas), Streptococcus spp. (13 à 47 %) ou Staphylococcus spp. (7 à 27 %) [4, 6, 8]. Dans 16 à 47 % des cas, plusieurs bactéries sont isolées sur le même échantillon. Les agents pathogènes stricts, comme Salmonella sp, sont plus rarement identifiés [2]. Les résultats bactériologiques sur les poumons sont les plus complexes à interpréter, car les prélèvements sont souvent contaminés par la salive : des bactéries de la cavité buccale ont été retrouvées dans la moitié des échantillons pulmonaires prélevés sur des cadavres humains [11]. Ainsi, la bactériologie positive ne signifie pas nécessairement que les bactéries retrouvées sont la cause des symptômes puis de la mort de l’animal. En effet, un résultat positif peut être un vrai positif, avec le développement des bactéries dans le sang avant la mort (en cas de sepsis), ou peut survenir à la suite de la diffusion agonique des bactéries à partir des surfaces muqueuses, être consécutif à une translocation post-mortem liée au processus de putréfaction, ou encore à la contamination de l’échantillon lors du prélèvement. Aujourd’hui, une culture pure est considérée comme un vrai positif, tandis que tous les résultats mixtes (plusieurs isolats bactériens différents) sont vus comme des faux positifs ou des résultats douteux [7]. D’après les données issues de la médecine humaine, l’administration d’antibiotiques avant la mort n’a pas d’effet significatif sur les résultats d’analyses bactériologiques post-mortem. Quel que soit le résultat obtenu (culture pure ou mixte), il doit toujours être interprété en lien avec d’autres observations post-mortem.

Polymerase chain reaction

L’intérêt de la PCR est sa capacité à détecter la présence de l’agent infectieux de façon quasi certaine. Cependant, il est important de prendre en considération les informations épidémiologiques et cliniques pour conclure sur les charges bactériennes et/ou virales mises en évidence par PCR.

Si un résultat positif faible témoigne de la circulation de l’agent pathogène dans l’élevage, un résultat positif avec des charges fortes est plus probablement lié à l’infection. Les seuils permettant de différencier un animal malade d’un animal porteur, spécifiques à chaque laboratoire d’analyses (en lien avec les différentes méthodes de dosage), devraient être communiqués avec les résultats.

L’un des virus le plus souvent recherchés chez le chiot nouveau-né est l’herpèsvirus canin. La séroprévalence, qui témoigne de la circulation virale, est élevée (entre 30 et 100 % d’élevages concernés selon la région) [10]. Toutefois, la mortalité chez les chiots nés de mères séropositives dans un élevage positif n’est pas systématique. Il est donc essentiel de connaître les charges virales avant d’établir le diagnostic étiologique de la mort. En cas de doute, il est possible de demander l’aide du laboratoire pour l’interprétation des résultats, car ce dernier pourrait aider à déterminer si la valeur obtenue correspond au tableau clinique observé.

Coproscopie

Un résultat positif en coproscopie signifie que l’animal présente des parasites digestifs. Cependant, il n’y a pas de corrélation entre l’intensité des signes cliniques et le nombre de parasites. De plus, un résultat négatif ne signifie pas forcément que la charge parasitaire est nulle. Si la suspicion clinique est forte, il convient de faire appel à d’autres techniques (par exemple la PCR ou la sérologie) afin d’affiner la recherche. Outre les atteintes digestives, certains parasites peuvent entraîner des lésions dans d’autres organes internes. Par exemple, Toxocara canis, observé dans les fèces de 22 % des chiots en France, peut provoquer une mortalité due à une bronchopneumonie ou à une hépatite dès quelques jours après la naissance [3]. Le parasite, qui migre à partir du tube digestif vers d’autres organes, entraîne avec lui des bactéries qui viennent infecter notamment le foie et les poumons, et sont potentiellement à l’origine d’une bactériémie [1].

2. ÉTABLIR LE DIAGNOSTIC

Méthode générale

Chez le chiot, l’association des différents examens post-mortem cités permet d’identifier la cause de la mort dans plus de 90 % des cas. L’autopsie et l’histologie seules permettent d’établir le diagnostic dans la moitié des cas [4]. En médecine humaine, la démarche diagnostique s’effectue en trois étapes [5] :

– identification de la cause immédiate du décès, laquelle est la conséquence finale de la cause sousjacente de la maladie, blessure ou complication qui a eu lieu directement avant le décès et a entraîné la mort ;

– identification de la ou des causes intermédiaires de la mort, lesquelles comprennent les maladies, les affections ou complications les plus importantes survenues entre les causes immédiates et sous-jacentes du décès ;

– identification de la cause sous-jacente du décès (ou de sa cause principale), qui correspond à l’affection ou à la lésion ayant provoqué les événements morbides conduisant à la mort, ou les circonstances ayant entraîné une lésion mortelle. Le décès ne peut pas être survenu sans elle et elle doit être la plus spécifique possible. L’identification de la ou des causes sous-jacentes de la mort peut permettre de prévenir la mortalité dans la fratrie, il est donc important de ne pas arrêter l’investigation à l’établissement de la cause immédiate ou même intermédiaire.

Exemple chez le chiot

Si, lors d’une autopsie, des lésions significatives d’inflammation sont notamment observées sur les poumons d’un chiot mort peu de temps après la mise bas :

– la cause immédiate de la mort identifiée dans ce cas est une pneumonie ;

– la cause intermédiaire est l’aspiration de liquide amniotique ;

– la cause sous-jacente est une dystocie.

Ainsi, c’est la dystocie qui a provoqué l’aspiration du liquide amniotique et en conséquence la pneumonie, cause immédiate de la mort. Il apparaît donc indispensable de prévenir tout risque de dystocie chez la mère via un suivi de cette dernière avant la mise bas, voire par une césarienne programmée dans certains cas.

De nombreuses autres conclusions concernant la ou les causes de la mort peuvent être illustrées chez le chiot nouveau-né, à l’aide du tableau lésionnel et des résultats des différents examens complémentaires (tableau).

Références

  • 1. Buckle KN, Hardcastle MR, Scott I et coll. Toxocara canis larval migration causing verminous pneumonia in fading puppies from 2 Scottish Terrier litters. Vet. Pathol. 2019;56(6):903-906.
  • 2. De Souza TD, de Carvalho TF, da Silva Mol JP et coll. Tissue distribution and cell tropism of Brucella canis in naturally infected canine fœtuses and neonates. Sci. Rep. 2018;8(1):7203.
  • 3. Grellet A, Chastant-Maillard S, Robin C et coll. Risk factors of weaning diarrhea in puppies housed in breeding kennels. Prev. Vet. Med. 2014;117(1):260-265.
  • 4. Guerard C. Intérêt de l’autopsie et des examens complémentaires dans le diagnostic post-mortem chez le chiot nouveau-né. Thèse doct. vét. ENV de Toulouse. 2019:163p.
  • 5. Hanzlick R. Cause of Death and the Death Certificate: Important Information for Physicians, Coroners, Medical Examiners, and the Public. College of American Pathologists, National Association of Medical Examiners (US) ebook. 2006:230p.
  • 6. Meloni T, Martino P, Grieco V et coll. A survey on bacterial involvement in neonatal mortality in dogs. Vet. Ital. 2014;50(4):293-299.
  • 7. Morris JA, Harrison LM, Partridge SM. Practical and theoretical aspects of postmortem bacteriology. Curr. Diagn. Pathol. 2007;13(1):65-74.
  • 8. Münnich A, Küchenmeister U. Causes, diagnosis and therapy of common diseases in neonatal puppies in the first days of life: cornerstones of practical approach. Reprod. Domest. Anim. 2014;49:64-74.
  • 9. Piegari G, Cardillo L, Alfano F et coll. Pathological, bacteriological and virological findings in sudden and unexpected deaths in young dogs. Animals. 2020;10(7):1134.
  • 10. Sykes J, Greene C. Infectious Diseases of the Dog and Cat. 4th edition, Elsevier Saunders. 2011:1376p.
  • 11. Tsokos M. Postmortem diagnosis of sepsis. Forensic Sci. Int. 2007;165(2-3):155-164.

Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

Lors de mortalité néonatale chez le chien, l’examen post-mortem est essentiel pour sauver toute la portée et doit donc être le plus complet possible. En cas de morts multiples, il est important d’examiner plusieurs cadavres afin d’avoir une vision globale de la situation de l’élevage et d’établir un diagnostic le plus représentatif possible de la réalité. En effet, avec l’autopsie d’un seul cadavre, il est possible de passer à côté de la cause de ces mortalités.

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