TECHNIQUE ET IMAGES NORMALES DE LA RÉGION DE LA CAILLETTE ET DU FEUILLET - Le Point Vétérinaire n° 416 du 01/04/2021
Le Point Vétérinaire n° 416 du 01/04/2021

ÉCHOGRAPHIE

Échographie de la caillette et du feuillet : normalité et anomalies

PARTIE 1 : NORMALITÉ

Auteur(s) : Bérangère Ravary-Plumioën

Fonctions : Chuv animaux de production
UP pathologie des animaux de production
ENV d’Alfort
7, avenue du Général de Gaulle
94700 Maisons-Alfort

L’examen échographique de la caillette permet d’apprécier sa position, sa taille et son contenu, alors que celui du feuillet ne permet de visualiser que son contour.

L’exploration échographique par voie transcutanée de la région abdominale cranioventrale ou craniale droite permet d’évaluer, chez les ruminants, quel que soit leur âge, la position de la caillette, mais aussi sa taille et son contenu, ainsi que ses contacts avec les organes adjacents (le péritoine, le diaphragme, le feuillet, le rumen, le foie, l’utérus). Le feuillet, facilement reconnaissable, est situé à proximité de la caillette ou du foie.

PRÉPARATION DE L’ANIMAL

L’exploration de la caillette et du feuillet se pratique chez un bovin debout, sans sédation préalable. Après avoir tondu les poils de la région du ventre, du sternum jusqu’à l’ombilic (chez l’adulte) ou au pubis (chez le veau) pour la caillette, et de celle des dernières espaces intercostaux droits pour le feuillet, la peau est rincée avec de l’eau chaude ou de l’alcool. Du gel échographique est appliqué sur la peau tondue.

Si la tonte est impossible, chez des animaux au poil court et peu épais, l’échographie peut être tentée après l’humidification avec de l’alcool à 70 % de la région d’intérêt poilue, au risque de ne pas obtenir une qualité suffisante pour permettre l’interprétation des images échographiques en raison d’une moindre pénétration des ultrasons. Chez les petits ruminants ou les nouveau-nés, l’exploration peut être effectuée sur un animal placé en décubitus dorsal, pour un meilleur confort de l’opérateur.

CHOIX DU MATÉRIEL

L’examen échographique de la caillette ou du feuillet au travers de la paroi abdominale ventrale est réalisé de préférence à l’aide d’une sonde échographique sectorielle, dont la fréquence ultrasonore est comprise entre 2 et 5 MHz chez un bovin adulte ou 5 et 7,5 MHz chez un jeune [1, 2, 3, 4, 5, 8, 9, 10, 11, 14, 15, 16, 17]. Chez les petits ruminants, l’examen peut être effectué avec des sondes de 5 à 7,5 MHz [6, 7, 13]. Pour un examen précis de la paroi (portion ventrale) de la caillette, mieux vaut utiliser une sonde d’assez haute fréquence (8 à 13 MHz) afin d’obtenir une meilleure résolution [2].

TECHNIQUE

L’examen échographique de la caillette (ou abomasum) s’effectue en région cranio-ventrale, caudalement au processus xyphoïde, à droite, voire à gauche de la ligne blanche (photo 1 et figure). Chez la vache laitière, le bord cranial de la caillette est situé en position physiologique, à une dizaine ou quinzaine de centimètres du processus xyphoïde [1, 9, 17]. Même si la caillette (portion fundique) peut être vue chez certains animaux dans la région du réseau (1), il est généralement plus facile de la visualiser à droite [1, 9, 17]. À droite du plan médian, la caillette peut être observée sur une largeur de 15 à 30 cm, alors qu’elle ne déborde souvent, à gauche du plan médian, que de quelques centimètres (moins de 10 cm) [9, 17]. Toutefois, Van Winden et ses collaborateurs observent un dépassement plus important de la caillette sur la gauche, jusqu’à 30 cm, chez des vaches à six semaines post-partum [15]. La localisation de la caillette présente toutefois une grande variabilité interindividuelle chez les vaches au même stade physiologique, notamment due à la taille du rumen et au format de l’abdomen, mais en lien également avec l’état physiologique (gestation ou non). En effet, à la fin de la gestation, la caillette a tendance à se situer plus cranialement et plus à gauche, du fait de son orientation davantage transversale dans la cavité abdominale consécutivement à l’étendue craniale de la corne utérine gestante. La caillette retrouve sa position habituelle au cours des deux premières semaines qui suivent le vêlage [17]. L’échographie du pylore nécessite de se placer plus caudodorsalement, en région abdominale droite, au niveau du 9e ou 10e espace intercostal droit, à une hauteur qui correspond environ à la limite tiers moyentiers ventral de l’abdomen (photo 1) [9].

IMAGES NORMALES DE LA CAILLETTE CHEZ LE BOVIN ADULTE

À l’échographie, la caillette apparaît comme un organe circonscrit, situé contre la paroi du ventre, d’une épaisseur de 3 à 8 cm, d’une longueur de 15 à 25 cm et d’une largeur de 18 à 28 cm chez la vache holstein [17]. Des différences interindividuelles et interraciales existent, avec une caillette à tendance plus longue et large chez les races suisse brune et simmental (28 cm de long et 38 cm de large en moyenne) que chez la holstein (21 cm de long et 24 cm de large) [9]. Il convient de rappeler que les dimensions objectivées à l’échographie (par visualisation des marges échographiques de l’organe) ne correspondent pas aux dimensions réelles de l’organe, certaines portions de la caillette pouvant être masquées par les organes adjacents. Ainsi, sur un effectif de cinquante vaches de race simmental ou suisse brune, d’un poids moyen de 530 kg, Braun et ses collaborateurs relèvent une longueur de la caillette, au niveau du plan médian, qui varie de 7 à 43 cm selon les individus [9]. La caillette est facile à différencier des organes adjacents de par son contenu. Ce dernier apparaît sous la forme d’une structure à l’aspect hétérogène (multiples petits points) et à l’échogénicité modérée, continuellement en mouvement, même avec une sonde échographique immobile. La paroi de la caillette, plus difficile à observer du fait de sa finesse, peut apparaître chez certains animaux sous l’aspect d’une ligne échogène pas toujours continue (photo 2).

Les plis spiraux (replis de la muqueuse abomasale) sont occasionnellement observés dans la lumière de la caillette comme des structures échogènes allongées, en forme de faucilles ou d’algues, en continuité avec la paroi de la caillette ou d’apparence libre dans la lumière de cette dernière (photo 3) [1, 9, 12, 14, 15]. Contrairement au réseau, aucune contraction au niveau de la caillette n’est visible à l’échographie [9]. Toutefois, lors d’un examen de quelques minutes, des déplacements passifs de cet organe peuvent être observés en synergie avec les contractions réticulaires. Par ailleurs, au cours de la journée, la position de la caillette change légèrement selon un rythme circadien, en lien avec la consommation alimentaire et le volume du rumen. Ainsi, un rumen rempli a tendance à plaquer la caillette contre la paroi abdominale ventrale [15].

Le pylore apparaît, en coupe transversale, sous la forme d’une structure circulaire d’un diamètre horizontal d’environ 5 cm, délimitée par une paroi hyperéchogène épaisse et contenant une lumière hypoéchogène. Au centre de la lumière, des replis échogènes sont visibles, correspondant au torus pylori. Souvent, seule la partie du pylore située à proximité de la sonde est visualisée, sous la forme d’un demi-cercle en arrière duquel un cône de réflexion des ultrasons est observé (photo 4) [9, 12, 14]. L’identification du pylore se révèle plus difficile sur une coupe oblique ou longitudinale, parce qu’il peut alors être confondu avec une anse du petit intestin.

Autour de la caillette sont visibles les autres organes de la région craniale (l’atrium du rumen, le sac ventral, le réseau, le diaphragme, le feuillet, les anses intestinales), selon la localisation de la sonde ultrasonore. Le fundus de la caillette peut, chez certains animaux, se présenter caudalement au réseau et ventralement à l’atrium du rumen lors d’un examen échographique de la région cranio-ventrale gauche (zone d’exploration du réseau) (photo 5).

Vers la droite, la caillette apparaît en contact avec le feuillet (encadré) et caudalement avec les anses de l’intestin grêle [9].

IMAGES NORMALES DE LA CAILLETTE CHEZ LE VEAU

Chez le veau, la caillette est identifiable contre la paroi du ventre dès la naissance, sous la forme d’un organe ovoïde (en coupe transversale) [2, 8]. Sa zone d’exploration et ses dimensions varient selon l’âge du veau et le moment de l’examen par rapport au repas. La caillette a tendance à moins s’étendre à gauche du plan médian au fur et à mesure que le rumen se développe [2, 8, 16].

Chez le veau nouveau-né, avant un repas lacté, la caillette de faible volume est visible en avant de l’ombilic, sur une quinzaine de centimètres de long (selon l’axe cranio-caudal) et présente une épaisseur (dimension dorso-ventrale) et une largeur (dimension droite-gauche) de quelques centimètres selon Wittek et ses collaborateurs, d’une quinzaine de centimètres selon d’autres [16, 2, 4]. Après l’ingestion de lait, la caillette s’étend plus caudalement et latéralement et augmente en épaisseur (dimension dorso-ventrale) pour occuper la plus grande partie de la cavité abdominale, du diaphragme à la cinquième vertèbre lombaire, repoussant ainsi le réseau qui peut alors ne plus être visible (selon la fréquence de la sonde utilisée) [4, 16]. L’organe mesure jusqu’à 23 cm de long, 26 cm de large et 14 cm d’épaisseur chez des veaux holstein de moins de 30 jours d’âge, à la suite de l’ingestion de trois litres de lait [16].

Comme chez l’adulte, la caillette se reconnaît principalement à son contenu, au sein duquel des plis spiraux peuvent être décelés plus ou moins aisément selon l’aspect du contenu qui varie avec le temps écoulé depuis le repas lacté. Le contenu laiteux de la caillette a tendance à apparaître plus hétérogène chez les veaux nourris au lait en poudre reconstitué que chez ceux nourris au lait de vache. Toutefois, tant que le lait n’a pas encore coagulé, ou si le lait de remplacement employé ne coagule pas, il prend l’aspect d’une masse homogène hypoéchogène. Des amas hyperéchogènes (d’une taille de 1 à plus de 5 cm), voire un unique et gros agglomérat, correspondant au caillé du lait, peuvent être identifiés au sein de la caillette, entre quinze minutes et deux à quatre heures après un repas lacté, selon le lait employé (photos 6a à 6c) [2, 4, 10]. Si un veau reçoit une solution orale à base de sachets réhydratants, le contenu de sa caillette apparaît plus hypoéchogène et homogène. Les plis spiraux sont alors facilement visibles du fait du contenu aqueux de la caillette (photo 7).

Chez les veaux sevrés, la caillette, visible ventralement de part et d’autre de la ligne médiane, a un aspect comparable à celui de l’adulte et ne change pas en relation avec les repas. Les plis spiraux y sont observables. Chez des veaux âgés d’environ 3 mois, la caillette s’étend sur une longueur de 22 à 32 cm en direction caudale [5].

CAS PARTICULIER DES PETITS RUMINANTS

Comme chez les bovins, la caillette peut être recherchée chez les petits ruminants, dans la région du ventre (sur la ligne blanche et de part et d’autre) ou au niveau ventral de la paroi abdominale droite. La caillette (photo 8) et le pylore (photo 9) présentent un aspect comparable à celui décrit chez les bovins : un contenu hypoéchogène hétérogène avec des taches ponctiformes échogènes en son sein, une paroi pas toujours identifiable selon la portion de la caillette échographiée et les animaux, des plis spiraux visibles sous la forme de proéminences échogènes faisant saillie dans la lumière de la caillette [6, 7]. Chez des chèvres saanen adultes, Braun et Jacquat rapportent une longueur moyenne de la caillette de 11 cm (+/- 2) objectivée à l’échographie, une largeur maximale de 30 cm (+/- 7) et une épaisseur de 7 cm (+/- 2) [6]. Il n’existe à ce jour aucune donnée scientifique sur les dimensions échographiques de la caillette chez les ovins, à l’exception de l’agneau nouveau-né.

Comme chez le veau, le diamètre de la caillette augmente à la suite de l’ingestion de lait. D’un diamètre de 2 à 4 cm lorsqu’elle est encore vide, avant toute tétée postnaissance, elle atteint la taille de 7 à 12 cm après les tétées des premières vingt-quatre heures, chez des agneaux croisés suffolk d’un poids moyen de 4 kg [13].

INTÉRÊTS DE L’ÉCHOGRAPHIE DE LA CAILLETTE

Chez les ruminants adultes, l’échographie de la caillette présente un grand intérêt pour objectiver, en cas de doute, une position anormale de l’organe qui survient lors d’un déplacement à gauche ou à droite (notamment chez la vache laitière), ou encore un défaut de vidange de la caillette, avec parfois un contenu anormal en son sein (2).

Chez un ruminant nouveau-né, l’échographie transcutanée de la caillette permet d’apprécier la taille de l’organe, donc de savoir si l’animal a bu ou non, notamment pour les animaux sous la mère (agneau, chevreau, voire veau allaitant) [13]. Cet examen permet ainsi de confirmer la taille de la caillette, appréciée par une palpation transabdominale. L’exploration de la région ventrale peut également servir à différencier une caillette pleine de lait d’une anomalie, comme l’infection d’un vestige ombilical intra-abdominal caractérisée par un abcès de grosse taille, susceptible d’être confondu avec la caillette lors de la palpation.

En outre, l’échographie est utilisée pour vérifier le fonctionnement de la gouttière oesophagienne chez un jeune nourri au lait, face à une suspicion du syndrome de “buveur ruminal” [2, 4, 10]. Il convient, dans ce cas, d’effectuer l’examen échographique de la caillette après un repas de lait afin d’évaluer son volume, qui risque d’être réduit du fait du passage d’une partie du lait dans les préestomacs, puis de poursuivre l’examen en région du réseau et du rumen pour rechercher la présence anormale de lait dans ces portions (3).

LIMITES DE L’EXAMEN

Parfois, la caillette peut passer inaperçue ou être difficilement repérable chez des adultes sains avec une note d’état corporel élevée, en raison du gras intermusculaire et de l’épaisseur augmentée de la paroi abdominale. Pour y remédier, il est conseillé d’utiliser une fréquence ultrasonore parmi les plus basses. La caillette peut aussi ne pas être visible à cause de l’existence d’une anomalie abdominale (épanchement péritonéal, abcès), insinuée entre la paroi ventrale et la portion ventrale de la caillette [9]. Le pylore n’est pas facile à identifier via l’échographie transcutanée, comme le révèle l’étude de Braun et ses collaborateurs menée chez 50 vaches laitières non gestantes de race suisse brune ou simmental saines : il n’a pu être visualisé que pour une seule vache [9]. Il peut rester indiscernable s’il ne se trouve pas en contact avec le péritoine, mais plus profondément, ou encore confondu avec le petit intestin lors de coupe oblique ou longitudinale. Par ailleurs, suivant la position du corps de la caillette, qui déborde plus ou moins à gauche, il apparaît dans une position un peu plus cranio-ventrale que celle décrite précédemment.

  • (1) Voir l’article « Échographie du réseau et du rumen chez les ruminants » (partie 1), dans le Point vétérinaire n° 412, décembre 2020.

  • (2) Voir la partie 2 (anomalies) le mois prochain.

  • (3) Voir l’article « Échographie du réseau et du rumen chez les ruminants » (partie 2), dans le Point vétérinaire n° 415, mars 2021.

Références

  • 1. Braun U. Ultrasonography in gastrointestinal disease in cattle. Vet. J. 2009;25:567-590.
  • 2. Braun U. Ultrasonographic examination of the reticulum, rumen, omasum, abomasum and liver in calves. Vet. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 2016;32:85-107.
  • 3. Braun U, Blessing S. Ultrasonographic examination of the omasum in 30 healthy cows. Vet. Rec. 2006;159:812-815.
  • 4. Braun U, Gautschi A. Ultrasonography of the reticulum, rumen, omasum, and abomasum in 10 calves before, during, and after ingestion of milk. Schweiz. Arch. Tierheilkd. 2012;154(7):287-297.
  • 5. Braun U, Gautschi A, Tschuor A et coll. Ultrasonography of the reticulum, omasum, and abomasum before, during and after ingestion of hay and grass silage in 10 calves. Res. Vet. Sci. 2012;93:1407-1412.
  • 6. Braun U, Jacquat D. Ultrasonography of the abomasum in 30 Saanen goats. Res. Vet. Sci. 2012;92(2):295-298.
  • 7. Braun U, Jacquat D, Steininger K. Ultrasonographic examination of the abdomen of the goat. I. Reticulum, omasum, abomasum and intestines. Schweiz. Arch. Tierheilkd. 2013;155(3):173-184.
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  • 9. Braun U, Wild K, Guscetti E. Ultrasonographic examination of the abomasum of 50 cows. Vet. Rec. 1997;140:93-98.
  • 10. Miyazaki T, Miyazaki M, Yasuda J et coll. Ultrasonographic imaging of abomasal curd in preruminant calves. Vet. J. 2009;179:109-116.
  • 11. Pavaux C. L’estomac. Dans : Quatre leçons d’anatomie bovine en image, polycopié ENV de Toulouse. 1991;(Leçon 2):36-70.
  • 12. Ravary B. Exploration échographique de la caillette et de l’intestin. Numéro spécial “Examens paracliniques chez les bovins”. Point Vét. 2003:82-87.
  • 13. Scott P, Gessert ME, Marsh D. Ultrasonographic examination of the abomasum of neonatal lambs. Vet. Rec. 1997;141(20):524.
  • 14. Streeter RN, Step DL. Diagnostic ultrasonography in ruminants. Vet. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 2007;23:541-574.
  • 15. Van Widen SCL, Brattinga CR, Müller KE et coll. Position of the abomasum in dairy cows during the first six weeks after calving. Vet. Rec. 2002;151:446-449.
  • 16. Wittek T, Constable PD, Marshall TS et coll. Ultrasonographic measurement of abomasal volume, location and emptying rate in calves. Am. J. Vet. Res. 2005;66(3):537-544.
  • 17. Wittek T, Constable PD, Morin TS. Ultrasonographic assessment of change in abomasal position during the last three months of gestation and first three months in Holstein-Friesian cows. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2005;227(9):1469-1475.

Conflit d’intérêts : Aucun

Points clés

• L’examen de la caillette et du feuillet se pratique par voie transcutanée, chez un animal debout, au moyen d’une sonde de préférence sectorielle et de basse fréquence. Chez le veau ou les petits ruminants, il peut être réalisé sur un animal couché en décubitus dorsal.

• La caillette, par sa position ventrale sur le plancher abdominal, peut être visualisée au travers de la paroi du ventre, tant chez les jeunes préruminants que chez les ruminants.

• La caillette est reconnaissable à son contenu hétérogène en mouvement, alors que sa paroi et les plis spiraux sont plus difficilement visibles.

• La position et la taille de la caillette, objectivées par échographie, présentent une certaine variabilité interindividuelle, en lien avec l’âge mais aussi avec la taille des viscères adjacents (rumen, utérus).

Encadré : L’ÉCHOGRAPHIE DU FEUILLET EN PRATIQUE

Le feuillet (ou omasum) peut être exploré par la droite, au travers de la portion ventrale des 6e au 11e espaces intercostaux, voire de la paroi abdominale ventrale (photo 1). Sa visualisation est généralement plus aisée au niveau des 8e à 10e espaces intercostaux du fait de sa position proche de la paroi abdominale [1, 2, 3, 4, 5, 14]. Au niveau des espaces intercostaux droits, la sonde échographique doit être placée parallèlement aux côtes ; en région ventrale, elle peut être placée parallèlement ou transversalement à la ligne blanche (photo 1). La technique d’exploration est la même chez les bovins ou les petits ruminants, seule la fréquence ultrasonore diffère. Ainsi, les fréquences utilisées sont plus hautes chez les petits ruminants (voir plus haut le choix du matériel). Chez les bovins, le feuillet se présente sous la forme d’un organe rond à paroi échogène, en contact avec la paroi abdominale ventrale droite et avec le foie (face viscérale) ou la vésicule biliaire plus dorsalement. S’il est visualisé au travers de la paroi du ventre, il apparaît en profondeur, dorsalement au réseau, à la caillette ou au petit intestin selon la position de la sonde. Chez les caprins, il apparaît toujours médialement au foie, et non en contact direct avec le péritoine pariétal [7].

Du fait de la non-pénétration des ultrasons au travers de son contenu partiellement gazeux, seule la paroi du feuillet située vers la sonde échographique apparaît sous la forme d’un trait épais échogène convexe (photos 10 et 11), parfois d’apparence festonnée vers l’intérieur de l’organe. Son contenu, ses lames et sa paroi plus profonde (celle située vers le plan médian ou le plan dorsal suivant la position de la sonde) ne sont donc pas visibles chez l’adulte ou le veau sevré [1, 2, 3, 5, 14]. Toutefois, Braun et Blessing rapportent que les attaches des lames omasiques se révèlent parfois comme de courtes structures échogènes en forme de cône, faisant protrusion dans la cavité omasale à partir de la couche interne de la paroi [3]. En raison de la non-visualisation de la paroi profonde, il n’est pas possible d’établir le diamètre du feuillet. Sa taille peut toutefois être estimée via l’évaluation de la hauteur et de la largeur de la zone échographique où il est visible. En revanche, chez le veau nouveau-né, le contenu omasal prend l’aspect d’un contenu anéchogène à hypoéchogène, avec en son sein de fines lignes échogènes correspondant aux lames omasiques (photo 12) [2, 4].

La position du feuillet change légèrement, en lien avec les mouvements respiratoires, du fait de sa proximité avec le diaphragme [3, 4, 7]. Contrairement au réseau, aucune activité contractile n’est visible à l’échographie au niveau du feuillet chez les bovins. En revanche, chez les caprins, Braun et ses collaborateurs décrivent des contractions (1,1 contraction par minute d’une durée de six secondes en moyenne) chez les deux tiers des trente animaux échographiés, repérées par la variation de taille du feuillet (diminution de plusieurs centimètres puis retour à la taille initiale) [7].

CONCLUSION

L’exploration échographique de la région ventro-craniale droite peut être réalisée chez les ruminants (nouveau-né, jeune ou adulte) pour objectiver la position, le contenu ou la taille de la caillette, ainsi que la position et la taille du feuillet. Cet examen est utile dans le cadre du diagnostic de certaines affections de la caillette telles qu’une malposition lors de déplacementvolvulus de caillette, une stase du fait d’un contenu anormal ou d’une gêne à la vidange, ou encore une absence de tétée chez le nouveau-né(2). Afin de pouvoir utiliser l’échographie pour diagnostiquer des anomalies dans la région de la caillette ou du feuillet, il est important de connaître l’aspect, la taille et la position de ces deux organes chez les animaux sains. Comme pour l’exploration des préestomacs, il est nécessaire de choisir une sonde sectorielle de fréquence relativement basse chez les bovins adultes. En revanche, chez les veaux et les petits ruminants, la sonde linéaire transrectale, qui sert traditionnellement au diagnostic de gestation chez la vache, peut être utilisée.

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