Le Point Vétérinaire n° 415 du 01/03/2021

RÉALIMENTATION

Médecine féline

Caroline Daumas*, Maud Menard**


*(CES diététique)
Service de nutrition
**Service de médecine interne
Chuva
7, avenue du Général de Gaulle
94700 Maisons-Alfort

Chez le chat, l’anorexie peut rapidement avoir des conséquences délétères, longtemps sous-estimées. Elles peuvent même s’aggraver avec une réalimentation non programmée.

Résumé

Un chat mâle stérilisé, âgé de 11 ans, est référé aux urgences du Chuva pour des crises convulsives survenues brutalement. L’anamnèse met en évidence une anorexie depuis plusieurs jours et une perte de poids importante. À l’examen clinique, le chat apparaît très déshydraté, ictérique, et a perdu certains réflexes neurologiques. Les analyses hémato-biochimiques, l’échographie abdominale et l’analyse cytologique de cytoponctions du foie permettent d’établir le diagnostic de lipidose hépatique associée à une pancréatite. L’état général s’améliore rapidement après la mise en place des traitements de réhydratation, de gestion de la douleur, de soutien de la fonction hépatique et de réalimentation. Cependant, plusieurs épisodes d’hypokaliémie, lors de l’hospitalisation, témoignent d’un syndrome de renutrition.

Le syndrome de renutrition est l’ensemble des anomalies biologiques ou cliniques pouvant survenir lors de la réalimentation d’un animal dénutri, à la suite d’une malnutrition ou d’un jeûne plus ou moins prolongé. Cette dernière cause rend sa fréquence d’apparition plus élevée chez les chats, par exemple hospitalisés. Il importe de dépister et de corriger tout désordre électrolytique ou glycémique en cas de suspicion. La prévention est essentielle et une renutrition assistée précoce est nécessaire pour tout animal à risque qui n’a pas ingéré son besoin énergétique de repos pendant les premières 24 heures d’hospitalisation (utilisation, le cas échéant, d’une sonde d’alimentation naso-œsophagienne). Le recours aux médicaments orexigènes est risqué, surtout chez les chats, notamment ceux souffrant d’insuffisance hépatique.

Summary

RENUTRITION SYNDROME DURING THE MANAGEMENT OF HEPATIC LIPIDOSIS IN A CAT

An 11-year-old neutered male cat is referred to the emergency unit of the Alfort veterinary university hospital centre for sudden onset of seizures. The cat has been anorexic for several days and had suffered significant weight loss. The animal is very dehydrated, icteric, and has lost some neurological reflexes. Blood tests, abdominal ultrasound and fine-needle aspiration of liver samples are performed. A diagnosis of hepatic lipidosis and pancreatitis is established. The animal’s general condition improves rapidly after rehydration, pain management, liver function support and refeeding. During hospitalization, the cat experiences refeeding syndrome evidenced by several episodes of hypokalaemia. Renutrition syndrome is the combination of biological or clinical abnormalities that may occur during the refeeding of an undernourished animal, following malnutrition or a more or less prolonged period of anorexia. The syndrome is therefore more frequency seen in hospitalized cats. In cases of suspected renutrition syndrome, it is important to detect and correct any electrolyte or glycaemic disorders. Prevention is essential and early assisted renutrition is imperative for any at-risk animal that has not ingested its resting energy requirement during the first 24 hours of hospitalisation (a nasoœsphageal feeding tube should be used, if necessary). The use of orexigenic drugs is risky, especially in cats, and particularly in those with liver failure.

Key words

HEPATIC LIPIDOSIS, REFEEDING SYNDROME, NUTRITION PLAN, HYPOKALIEMIA
PRÉSENTATION DU CAS 1. Commémoratifs et anamnèse Un chat européen mâle, âgé de 11 ans, est référé aux urgences du Centre hospitalier universitaire vétérinaire d’Alfort (Chuva) après la survenue brutale d’une crise convulsive dans l’aprèsmidi, gérée par une injection de Valium® par voie intrarectale chez son vétérinaire traitant. Deux semaines avant sa présentation, l’animal était devenu dysorexique, puis anorexique les sept jours suivants. Des vomissements quotidiens non alimentaires avaient été notés par sa propriétaire, qui avait également remarqué une reprise discrète de ...

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