EXÉRÈSE D’UN MÉNINGIOME INTRACRÂNIEN CHEZ UN CHAT - Le Point Vétérinaire n° 415 du 01/03/2021
Le Point Vétérinaire n° 415 du 01/03/2021

CHIRURGIE

Chirurgie

Auteur(s) : Mélissa Pottier*, Kévin Minier**

Fonctions :
*Oncovet
Avenue Paul Langevin
59650 Villeneuve d’Ascq
**(dipl. ECVS)

Chez le chat et lorsque sa localisation la rend possible, l’exérèse est le traitement de choix du méningiome. Selon les résultats de l’analyse histologique, des traitements adjuvants peuvent être discutés.

Une chatte stérilisée, âgée de 6 ans, est présentée en consultation pour des troubles nerveux centraux qui s’aggravent depuis quelques semaines, avec la présence d’une ataxie des quatre membres sans atteinte de l’état général. L’examen clinique de l’animal ne décèle pas d’anomalie. L’examen neurologique montre une mydriase modérée, avec un ralentissement des réflexes photomoteurs, ainsi qu’un déficit proprioceptif sur les quatre membres.

DIAGNOSTIC

Une lésion de l’encéphale est suspectée. L’examen tomodensitométrique, réalisé sous anesthésie générale, met en évidence un épaississement sclérotique irrégulier de la partie droite du crâne, à la jonction des os temporal, pariétal et frontal, avec un amincissement de l’os pariétal par endroits. En regard de ces lésions osseuses, une plage minéralisée est visualisée dans le parenchyme cérébral droit. Une masse, rehaussée par l’injection du produit de contraste iodé, est identifiée autour de la zone minéralisée, mesurant 26 mm de haut sur 20 mm de large et 20 mm de long. Ses contours médiaux sont irréguliers et elle provoque une déviation sévère de la faux du cerveau, ainsi que des anomalies du système ventriculaire central (ventricule gauche comprimé, le droit légèrement dilaté). Un léger engagement du bord caudo-ventral du cervelet au sein du foramen magnum est noté. Les signes cliniques, ainsi que les images du scanner, sont en faveur d’une volumineuse masse intracrânienne extra-axiale droite, prioritairement compatible avec un méningiome (photo 1).

TRAITEMENT

L’option chirurgicale est retenue en raison du jeune âge de la chatte et de la présence de signes cliniques débilitants. L’anesthésie est induite au propofol après une prémédication au fentanyl. Une perfusion analgésique est réalisée à l’aide de l’association de fentanyl et de lidocaïne. Afin de limiter le risque d’hyper tension intracrânienne, l’animal est positionné avec la tête surélevée à 30° et les veines jugulaires libérées. Il est placé sous respiration contrôlée, légèrement hyperventilé pour maintenir une capnie autour de 30 mmHg. Une incision cutanée sagittale est réalisée pour un abord rostrotemporal droit, avec une élévation périostée des muscles temporal et auriculaire droits. Les repères anatomiques mesurés sur l’examen tomodensitométrique sont ensuite reportés sur le crâne grâce à un feutre et une règle stériles, puis la boîte crânienne est fraisée afin d’obtenir une fenêtre circulaire en regard de la masse. La dure-mère est ensuite incisée, et la masse est délicatement palpée avec une curette pour la différencier de l’encé phale, puis disséquée progressivement. Elle est retirée et envoyée pour une analyse histologique (photo 2). Les muscles temporaux sont ensuite suturés et la peau est refermée de manière conventionnelle.

L’animal est gardé 72 heures en hospitalisation. Le traitement antibiotique (amoxicilline-acide clavulanique à la dose de 12,5 mg/kg deux fois par jour) et la perfusion analgésique sont poursuivis. Le score de Glasgow et la pression artérielle sont surveillés toutes les deux heures en période postopératoire et restent conformes aux valeurs usuelles.

Une mydriase bilatérale, avec un ralentissement du réflexe pupillaire et une amaurose, est néanmoins constatée en phase postopératoire immédiate, et persiste lors de la sortie d’hospitalisation, sans répercussions comportementales majeures au domicile. Des contrôles cliniques sont réalisés tous les deux mois dans un premier temps et montrent un score de Glasgow normal. Six mois après l’intervention, la vision reste incomplète avec une mydriase persistante en dépit d’un contrôle tomodensitométrique normal. Les propriétaires de l’animal sont cependant satisfaits, la chatte présentant selon eux une activité normale à la maison.

DISCUSSION

Le méningiome est la tumeur primaire la plus fréquente dans l’encéphale du chat et du chien. C’est une prolifération provenant de la dure-mère, hors du tissu cérébral. Ces tumeurs sont adhérentes au caladium et souvent situées dans les régions frontale, olfactive, suprasellaire ou parasellaire, du plancher du crâne et du chiasma optique. Le méningiome est considéré comme une tumeur plutôt bénigne, avec de rares cas de métastases rapportés chez le chat [2].

Les signes cliniques les plus fréquents sont des altérations de la conscience, des crises convulsives ou une dysfonction vestibulaire. Ils dépendent souvent de la localisation de la lésion [2]. L’analyse cytologique du liquide céphalo-rachidien n’est pas un examen sensible ni spécifique pour la détection des méningiomes intracrâniens. Un examen tomodensitométrique ou d’imagerie par résonance magnétique (IRM) est indispensable pour confirmer une suspicion clinique forte. Néanmoins, le diagnostic de certitude est uniquement établi via une biopsie, peu réalisée en pratique. Chez le chat notamment, certaines lésions de toxoplasmose intracérébrale ou de cryptococcose ont parfois le même aspect à l’IRM qu’un méningiome [2].

Une échographie peropératoire peut se révéler intéressante pour la visualisation des lésions plus profondes et la délimitation de la lésion tumorale, mais elle est peu effectuée en pratique courante [2].

Le traitement de choix du méningiome félin est chirurgical si sa localisation et sa délimitation le permettent. Chez le chien ou dans le cas de tumeurs plus infiltrantes, il est souvent multimodal et peut inclure une exérèse, une radiothérapie et/ou un protocole de chimiothérapie.

L’anesthésie des animaux qui présentent une masse intracrânienne implique de limiter le risque d’hypertension intracrânienne. De la prémédication au réveil postopératoire, tout doit concourir à cet objectif : le choix du protocole, l’administration des antiémétiques, l’intubation sans toux, le positionnement de l’animal tête haute, la libération des veines jugulaires et le maintien d’une capnie autour de 30 mmHg, ce qui nécessite souvent la mise en place d’une ventilation mécanique pendant l’intervention [1]. La fermeture du défaut osseux est nécessaire lorsque celui-ci est large ou semble ne pas être protégé par une couche suffisante de muscle temporal. Elle peut se faire par cranioplastie grâce à des modelages en polyméthacrylate de méthyle (PMMA) ou à des grilles métalliques. Le repositionnement du volet osseux retiré était peu recommandé dans le cas présenté, en raison des modifications osseuses visualisées sur l’examen au scanner, probablement dues à des adhérences tumorales. Les complications postopératoires rapportées chez le chat incluent une amaurose, une anémie et une insuffisance rénale aiguë. Le taux de mortalité périopératoire varie entre 17 et 19 % [2]. L’irradiation seule peut constituer une option dans le cas de tumeurs mal délimitées ou inaccessibles chirurgicalement. Chez le chien, il est montré que le pronostic est meilleur lors de lésions retirées chirurgicalement avant une irradiation que lors de la mise en place d’un protocole de radiothérapie seul [2]. Les médianes de survie décrites chez le chat varient autour de 27 mois. Le taux de récidive est de 20 %, avec une médiane à 9,5 mois postopératoires [2].

Références

  • 1. Johnston SA, Tobias KM. Cranial surgery. In: Veterinary Surgery: Small Animal. Elsevier, Saint Louis. 2018:549-569.
  • 2. Motta L, Mandara MT, Skerritt GC. Canine and feline intracranial meningiomas: an updated review. Vet. J. 2012;192:153

Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

Le pronostic d’un méningiome intracrânien chez le chat est bon après son retrait chirurgical. Cette option doit être envisagée parmi les autres traitements possibles.

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