BÉNÉFICES RISQUES DE L’IMÉPITOÏNE POUR TRAITER L’ÉPILEPSIE IDIOPATHIQUE CANINE - Le Point Vétérinaire n° 415 du 01/03/2021
Le Point Vétérinaire n° 415 du 01/03/2021

NEUROLOGIE CANINE

Thérapeutique

Auteur(s) : Vanessa Louzier*, Yassine Mallem**

Fonctions :
*(PhD, HDR)
Unité de physiologie,
pharmacodynamie
et thérapeutique
VetAgro Sup, campus de Lyon
1, avenue Bourgelat
69280 Marcy-L’Étoile
**Unité de pharmacologie
et de toxicologie d’Oniris
101, route de Gachet
44300 Nantes

Bien que son efficacité soit inférieure à celle du phénobarbital, l’imépitoïne reste un traitement intéressant, notamment chez des animaux présentant des comorbidités, en raison de son innocuité, de sa rapidité d’action et de la possibilité d’être arrêtée plus rapidement.

L’imépitoïne (Pexion®) est une solution alternative aux barbituriques, comme le phénobarbital ou la primidone, pour traiter les crises convulsives lors d’épilepsie idiopathique, en monothérapie et en première intention. Elle est aussi indiquée lors de phobies liées au bruit en raison de ses eff ets anxiolytiques. Elle ne semble cependant pas améliorer le comportement lié à l’anxiété secondaire à l’épilepsie idiopathique [3, 8].

PHARMACODYNAMIE ET POSOLOGIE

Les effets antiépileptiques et anxiolytiques de l’imépitoïne passent par l’activation partielle des récepteurs du neurotransmetteur Gaba (acide γ-aminobutyrique), qui réduit l’activité électrique intracérébrale, et par un faible effet bloquant des canaux calciques. La dose initiale de 10 mg/kg per os deux fois par jour peut être progressivement augmentée jusqu’à 30 mg/kg. Après une semaine, l’efficacité est évaluée selon la réponse clinique. Le vétérinaire doit analyser le rapport bénéficerisque lors de son emploi.

EFFICACITÉ

Les données actuelles tendent à montrer que l’efficacité de l’imépitoïne est inférieure à celle du phénobarbital. Un essai clinique européen multicentrique, mené en 2014, constate des effets bénéfiques similaires entre l’imépitoïne (64 chiens concernés) et le phénobarbital (88 chiens), avec une réduction des épisodes convulsifs de 2,3 et 2,4 par mois respectivement à 1,1 par mois dans les deux groupes, après vingt semaines de traitement. Toutefois, cette étude présente un biais puisque 45 % des chiens traités avec l’imépitoïne et 20 % de ceux traités avec le phéno barbital sont exclus de l’analyse d’efficacité [7].

En 2019, un essai clinique prospectif incluant des chiens épileptiques traités en monothérapie avec l’imépitoïne ou le phénobarbital démontre que la réduction des épisodes convulsifs est significativement plus importante avec le phénobarbital (2,46 épisodes convulsifs par mois avant le traitement versus 0,36 par mois après) par rapport à l’imépitoïne (1,5 épisode convulsif par mois avant le traitement au lieu de 0,95 par mois après). Par ailleurs, les chiens traités en monothérapie avec l’imépitoïne ont développé plus fréquemment et plus tôt des crises groupées (21 chiens sur 31 entre un et dixhuit mois, au lieu de 11 chiens sur 30 entre douze et vingtcinq mois avec le phénobarbital). Ils ont également développé plus d’agressivité avec le traitement à l’imépitoïne [5].

INNOCUITÉ

L’avantage de l’imépitoïne réside dans sa meilleure innocuité. Contrairement au phénobarbital dont la marge de sécurité est faible et dont les concentrations plasmatiques se stabilisent très lentement, la demivie d’élimination très courte de l’imépitoïne (une heure et demie à deux heures) permet une stabilisation des concentrations plasmatiques très rapide après le début du traitement (trois jours environ) ou un changement de dose. Aucune accumulation d’imépitoïne dans le plasma ne se produit à la suite d’une administration répétée, une fois que l’état d’équilibre est atteint. Les effets indésirables (fréquente polyphagie au début du traitement, anorexie, hyperactivité, polyuro-polydipsie, somnolence, ptyalisme, vomissements, ataxie, apathie, diarrhée, désorientation, protrusion de la membrane nictitante, amblyopie, hypoacousie) sont souvent transitoires et plus rares qu’avec le traitement au phénobarbital, sans augmentation des enzymes hépatiques, même en cas de surdosage [7].

BITHÉRAPIE ET PÉRIODE DE TRANSITION

Lorsque les crises de convulsion ne sont plus contrôlées par le phénobarbital, l’adjonction d’imépitoïne à faible dose (5 à 15 mg/kg deux fois par jour) permet de mieux les maîtriser avec peu d’effets indésirables [2]. Cependant, la thérapie combinée ne permet pas de contrôler les crises convulsives groupées. Leur survenue peut donc être considérée comme un indicateur de la résistance aux anticonvulsivants [2].

Lorsque les crises de convulsion ne sont plus contrôlées par l’imépitoïne (dose maximale), l’adjonction de phénobarbital et/ou de bromure de potassium entraîne également une amélioration de la gestion des crises chez la majorité des chiens [4]. Ainsi, un essai clinique prospectif montre que le retrait progressif de l’imépitoïne sur trois mois (20 mg/kg deux fois par jour le premier mois, puis 10 mg/kg deux fois par jour le deuxième, puis une fois par jour le troisième) n’augmente pas la fréquence mensuelle des crises et réduit les effets indésirables [6]. L’étude étant réalisée sur un petit nombre de chiens, une aggravation de la fréquence des crises n’est toutefois pas totalement exclue lors du sevrage. Il est aussi possible de passer d’un traitement à base de phénobarbital à un traitement à l’imépitoïne suivant un protocole proposé par Boehringer, à adapter selon la littérature récente [1, 2] (figure).

Conflit d’intérêts : Aucun

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