TOUX ET SOUFFLE CARDIAQUE CHEZ UN JACK RUSSELL TERRIER - Le Point Vétérinaire n° 409 du 01/09/2020
Le Point Vétérinaire n° 409 du 01/09/2020

CARDIOLOGIE

Expert canin

Auteur(s) : François Serres

Fonctions : Oncovet
Avenue Paul Langevin
59650 Villeneuve d’Ascq

L’association d’un souffle et d’une toux évoque souvent la présence d’une cardiopathie primitive. Dans la plupart des cas, cette association n’est cependant qu’une coïncidence.

Un chien jack russell terrier non stérilisé, âgé de 9 ans, est référé pour une échocardiographie dans le cadre de l’exploration d’un souffle cardiaque diagnostiqué récemment, à la suite d’une baisse d’état général associée à une toux. Un bilan hématologique et biochimique, réalisé par le vétérinaire traitant, n’a pas mis en évidence d’anomalie sanguine.

DIAGNOSTIC

Examens clinique et échocardiographique

À l’admission, l’examen clinique montre un animal un peu amaigri, avec une légère polypnée et des muqueuses rose pâle, sans adénopathie périphérique. L’auscultation met en évidence un souffle basal gauche d’intensité 2 à 3 sur 6, fréquence dépendant, avec une nette tendance à la tachycardie sinusale associée.

Un examen échographique thoracique, réalisé en première intention, ne révèle pas d’anomalie cardiaque majeure : les cavités sont de taille et de cinétique normales, aucune dilatation atriale n’est notamment observée à gauche. Une lésion médiastinale de grande taille (plus de 8 cm de diamètre), craniale au cœur et de densité hypoéchogène homogène, est visualisée. Un épanchement pleural peu abondant y est associé. Le souffle détecté à l’auscultation est secondaire à la présence d’une compression de la chambre de chasse du ventricule droit par la masse médiastinale (photos 1 et 2). Une obstruction dynamique est observée, avec un flux pulmonaire dépassant 2 m/s.

Hypothèses diagnostiques et traitement

Cette lésion médiastinale tissulaire est compatible avec deux hypothèses diagnostiques principales : un lymphome médiastinal cranial ou un thymome.

Pour ce type de lésion, des ponctions sous anesthésie sont recommandées. L’examen cytologique met en évidence une population monomorphe de cellules lymphoblastiques rondes, de grande taille, avec un rapport nucléo-cytoplasmique élevé, présentant des atypies cytonucléaires marquées (noyaux fortement nucléolés, nombreuses images de mitose) (photo 3). Le diagnostic de lymphome médiastinal est établi.

Le pronostic est réservé à courte et moyenne échéances, et reste défavorable à long terme, les rémissions longues étant nettement plus rares lors de cette localisation par rapport aux formes multicentriques “classiques”.

Le traitement de choix des lymphomes consiste en une polychimiothérapie, qui n’a pas été souhaitée par les propriétaires. Un traitement palliatif de court terme, à base de prednisolone, a été prescrit.

Références

  • 1. Ferasin L, Linney C. Coughing in dogs: what is the evidence for and against a cardiac cough? J. Small Anim. Pract. 2019;60(3):139-145.
  • 2. Fernandez-Del Palacio MJ, Sanchez J, Talavera J et coll. Left ventricular inflow tract obstruction secondary to a myxoma in a dog. J. Am. Anim. Hosp. Assoc. 2011;47(3):217-223.
  • 3. Scansen BA, Schober KE, Bonagura JD et coll. Acquired pulmonary artery stenosis in four dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2008;232:1172-1180.

Conflit d’intérêts :

Aucun

DISCUSSION

L’apparition d’un souffle basal gauche chez un chien adulte est relativement inhabituelle. Cette localisation est le plus souvent associée aux sténoses pulmonaires et sous-aortiques, ou aux malformations congénitales habituellement identifiées avant l’âge d’un an. Il existe cependant des cas de sténoses “acquises” des chambres de chasse droite ou gauche [2, 3]. Elles peuvent être liées à des complications du traitement de la persistance du canal artériel, ainsi qu’à des masses cardiaques ou péricardiques [3]. Ces lésions induisent parfois des sténoses “fixes” ou une obstruction dynamique à l’origine d’un souffle dont l’intensité varie avec la fréquence cardiaque.

La notion de toux “cardiaque” a longtemps été mise en avant dans la démarche diagnostique lors de cardiopathie. La toux est fréquemment citée comme l’un des “symptômes” de la présence d’un œdème pulmonaire, car elle est réduite par l’administration d’un traitement diurétique. Il apparaît de plus en plus probable que la toux observée chez les chiens de petite taille atteints de maladie valvulaire est liée à l’existence d’une bronchomalacie, associée (ou non) à une cardiomégalie, avec une ectasie de l’atrium gauche “comprimant” la bronche souche gauche [1]. Les petits chiens qui développent un œdème présentent donc souvent une toux, mais il s’agit d’une coïncidence, et souvent l’inverse ne se vérifie pas. Physiopathologiquement, une toux “cardiaque” est improbable, en raison de l’absence de récepteurs mécaniques tussigènes dans les alvéoles et les bronchioles terminales. En revanche, elle est possible lors d’œdème fulminant envahissant les bronches principales, voire la trachée, où les récepteurs mécaniques tussigènes sont densément présents.

Dans le cas présenté, la toux est liée à la compression trachéale et bronchique, la masse expliquant également le souffle, malgré l’absence d’insuffisance cardiaque.

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