LES BÉNÉFICES/RISQUES DES INJECTEURS INTRAMAMMAIRES À BASE DE BISMUTH - Le Point Vétérinaire n° 409 du 01/09/2020
Le Point Vétérinaire n° 409 du 01/09/2020

ÉLEVAGE BOVIN LAITIER

Thérapeutique

Auteur(s) : Lamia Briand*, Anne Relun**, Yassine Mallem***

Fonctions :
*Unité de biotechnologies
et pathologie de la reproduction
Oniris, site de La Chantrerie
101, route de Gachet
44300 Nantes
**Unité de médecine des animaux d’élevage Inrae, Oniris, BioEpAR Oniris, site de La Chantrerie
***Unité de pharmacologie et toxicologie
Oniris, site de La Chantrerie

Les obturateurs intramammaires à base de bismuth permettent de réduire l’utilisation des antibiotiques et préviennent l’antibiorésistance. Cependant, le choix du traitement au tarissement doit tenir compte des risques potentiels.

Les obturateurs internes de trayon à base de sous-nitrate de bismuth sont prescrits en France depuis une vingtaine d’années, seuls ou en association avec des antibiotiques intramammaires, pour réduire le risque de nouvelles infections pendant la période sèche et de mammites cliniques en début de lactation [3, 13]. Le sous-nitrate de bismuth n’est pas absorbé par la mamelle, il forme un bouchon dans le trayon dans 83 % des quartiers traités, qui persiste pendant au moins cent jours. Il doit être éliminé physiquement, soit par la traite, soit par la succion du veau [10, 15].

BÉNÉFICES

Amélioration de la santé mammaire

Les injecteurs intramammaires au bismuth sont efficaces en prévention de nouvelles infections mammaires durant la période sèche [4, 7, 14]. Le risque infec­tieux serait ainsi réduit de 52 à 73 % comparativement aux vaches non traitées [7, 12]. Cette protection serait plus efficace qu’avec des antibiotiques [7]. En revanche, il est plus difficile de conclure à leur efficacité en prévention de nouvelles infections au moment du vêlage ou durant la lactation suivante [7].

Diminution de l’utilisation d’antibiotiques

Le recours aux injecteurs au bismuth permet une réduction de l’usage des antibiotiques en élevage conventionnel, en accord avec le plan ÉcoAntibio 2017-2021, et présente un grand intérêt pour les exploitations biologiques [7]. Ainsi, selon la situation épidémiologique du troupeau, la politique et les moyens mis en place par l’éleveur et son vétérinaire, il est possible d’administrer soit des antibiotiques aux animaux infectés, avec ou sans un obturateur interne, soit un obturateur interne seul [13].

Réduction du risque d’antibiorésistance

Les traitements par voie locale ne posent pas de problèmes d’antibiorésistance, la mamelle ne disposant pas de flore commensale comme celle présente dans l’intestin. En revanche, les quantités d’antibiotiques résiduelles contenues dans les spécialités hors lactation, distribuées via le colostrum au veau, constituent des facteurs de risque de développement de résistances. Ainsi, la substitution d’une partie des traitements antibiotiques intramammaires au tarissement par des obturateurs internes permet de réduire le risque d’antibiorésistance.

Bénéfice économique

En associant des obturateurs aux antibiotiques, des auteurs nord-américains montrent un bénéfice allant de 5 à 20 $ par vache par rapport à des antibiotiques seuls, en se fondant sur les seuls gains de production laitière liés à la diminution des mammites cliniques [2, 6]. Les résultats pourraient être bien supérieurs en considérant également la baisse du nombre d’infections intramammaires, la réduction du risque de nouvelles mammites en lactation et l’augmentation de la longévité [9].

RISQUES

Détérioration de la santé mammaire

Un risque de nouvelles infections intramammaires et de mammites cliniques existe si le tri des animaux est insuffisamment rigoureux. L’adaptation des recommandations d’utilisation des obturateurs internes, soit seuls, soit en association avec des antibiotiques, devrait reposer sur le niveau d’infection au tarissement et les nouvelles infections en période sèche (figure) [13]. Ainsi, une vache qui affiche une concentration cellulaire individuelle supérieure à 150 000 cellules/ml lors du dernier contrôle (100 000 pour une primipare) devrait être traitée par un antibiotique intramammaire.

Par ailleurs, la vidange de chaque quartier et une asepsie du trayon sont nécessaires avant d’utiliser les injecteurs au bismuth, afin de prévenir toute introduction de germes. À l’inverse des traitements intra­mammaires, il est essentiel de ne pas masser le trayon ni la mamelle après l’injection du produit, au risque de répandre dans le parenchyme mammaire le bouchon formé dans le trayon.

Des fragments de bismuth peuvent subsister dans le lait, jusqu’à trois semaines après le vêlage, en particulier chez les vaches âgées, qui présentent une longue période sèche ou qui ont gardé le bouchon de bismuth, par comparaison avec celles qui l’auraient perdu avant le vêlage [4, 10].

Détérioration de l’aspect des fromages

Des résidus de sous-nitrate de bismuth pourraient ne pas être entièrement éliminés et se retrouver dans le lait [11]. Une décoloration a ainsi été observée sous la forme de taches noires à grisâtres peu esthétiques sur le fromage affiné de type cheddar [11]. Ces taches seraient sans toxicité pour le consommateur, mais réduiraient la valeur marchande des produits laitiers [5].

Les injecteurs intramammaires à base de bismuth cumulent de nombreux bénéfices, ils devraient être davantage préconisés pour aider au suivi des mammites dans les troupeaux bovins laitiers, tout en gardant à l’esprit qu’ils ne demeurent qu’une aide au contrôle de ces affections.

Références

  • 1. Anses. Publicly available assessment report for a veterinary medicinal product : Orbeseal. 2019:16p. http://www.ircp.anmv.anses.fr/pdf/RPE514.pdf
  • 2. Baillargeon P, LeBlanc SJ. Clinical and economic effects of an internal teat sealant at dry-off on the incidence of clinical mastitis in early lactation. Bov. Pract. 2010;44 (1):1-11.
  • 3. Bareille N. Obturateur de trayon en période sèche : quelle utilité ? Point Vét. 2008;286:35-38.
  • 4. Berry EA, Hillerton JE. The effect of an intramammary teat seal on new intramammary infections. J. Dairy Sci. 2002;85 (10):2512-2520.
  • 5. Bierer DW. Bismuth subsalicylate : history, chemistry, and safety. Rev. Infect. Dis. 1990;12 (Suppl. 1):S3-S8.
  • 6. Cook NB, Pionek DA, Sharp P. An assessment of the benefits of Orbeseal when used in combination with dry cow antibiotic therapy in three commercial dairy herds. Bov. Pract. 2005;39:83-94.
  • 7. Dufour S, Wellemans V, Roy JP et coll. Nonantimicrobial approaches at drying-off for treating and preventing intramammary infections in dairy cows. Part 1. Meta-analyses of efficacy of using an internal teat sealant without a concomitant antimicrobial treatment. Anim. Health Res. Rev. 2019;20 (1):86-97.
  • 8. Golder HM, Hodge A, Lean I. Effects of antibiotic dry-cow therapy and internal teat sealant on milk somatic cell counts and clinical and subclinical mastitis in early lactation. J. Dairy Sci. 2016;99:7370-7380.
  • 9. Hertl JA, Schukken YH, Tauer LW et coll. Does clinical mastitis in the first 100 days of lactation 1 predict increased mastitis occurrence and shorter herd life in dairy cows ? J. Dairy Sci. 2018;101 (3):2309-2323.
  • 10. Kabera F, Dufour S, Keefe G et coll. An observational cohort study on persistency of internal teat sealant residues in milk after calving in dairy cows. J. Dairy Sci. 2018;101 (7):6399-6412.
  • 11. Lay AM, Kolpin KM, Sommer DA et coll. Hot topic : black spot defect in Cheddar cheese linked to intramammary teat sealant. J. Dairy Sci. 2007;90 (11):4938-4941.
  • 12. Rabiee AR, Lean IJ. The effect of internal teat sealant products (Teatseal and Orbeseal) on intramammary infection, clinical mastitis, and somatic cell counts in lactating dairy cows : a meta-analysis. J. Dairy Sci. 2013;96:6915-6931.
  • 13. Seegers H, Billon P, Roussel P et coll. Approche pratique : comment définir une stratégie de traitement des vaches laitières au tarissement. Nouveau Prat. Vét. 2010;3 (15):17-21.
  • 14. Winder CB, Sargeant JM, Hu D et coll. Comparative efficacy of teat sealants given prepartum for prevention of intramammary infections and clinical mastitis : a systematic review and network metaanalysis. Anim. Health Res. Rev. 2019;20 (2):182-198.
  • 15. Woolford MW, Williamson JH, Day AM et coll. The prophylactic effect of a teat sealer on bovine mastitis during the dry period and the following lactation. N. Z. Vet. J. 1998;46:12-19.

Conflit d’intérêts : Aucun

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