LEPTOSPIROSE CANINE À L. AUSTRALIS CHEZ UN CHIOT - Le Point Vétérinaire n° 409 du 01/09/2020
Le Point Vétérinaire n° 409 du 01/09/2020

MALADIE INFECTIEUSE

Expert canin

Auteur(s) : Jeanne Chanudet

Fonctions : Cabinet vétérinaire
399, rue des Écoles
69400 Gleizé

La leptospirose est une infection difficile à diagnostiquer en raison de sa présentation clinique polymorphe. Les données cliniques, épidémiologiques et biologiques permettent de la suspecter. Le diagnostic biologique nécessite la réalisation d’examens bactériologiques, par des méthodes génomiques ou sérologiques.

La leptospirose est une zoonose mondiale liée à l’existence de nombreuses espèces réservoirs qui disséminent les bactéries via leurs urines dans les milieux humides, des lieux propices à la contamination des chiens (principalement lors d’abreuvement ou de baignade). Les symptômes de l’infection sont le plus souvent peu spécifiques. Toutefois, une insuffisance rénale, une atteinte hépatique, des troubles digestifs ou des hémorragies (pulmonaires notamment) sont fréquents. Les tests sérologiques (microagglutination sur lame, Elisa), combinés à une réaction de polymérisation en chaîne (PCR), permettent d’orienter le diagnostic, mais l’obtention des résultats nécessite un délai de 48 heures (par PCR) à une semaine ou plus (par sérologie). Le pronostic est réservé, même lorsqu’une antibiothérapie est mise en place préco­cement. La vaccination fait partie des moyens de protection, mais l’émergence de nouveaux sérogroupes exige d’adapter les protocoles vaccinaux.

CAS CLINIQUE

1. Anamnèse et commémoratifs

Un chiot border collie mâle, âgé de 12 semai­nes, est présenté pour un abattement marqué apparu la veille, associé à des vomissements d’aliments répétés. Il vit en pavillon et est régulièrement promené dans les vignes environnantes. Acquis dans un élevage un mois auparavant, l’animal a été vermifugé et vacciné une première fois chez l’éleveur à l’âge de 8 semaines (vaccin Eurican DaPPi Lmulti® de Merial, protection contre les sérogroupes Cani­cola, Icterohaemorrhagiae et Grippotyphosa), puis une seconde fois deux jours avant la consultation (vaccin Canigen CHPPiL2® de Virbac, protection contre les sérogroupes Canicola et Icterohaemorrhagiae).

2. Examen clinique

À l’admission, le chiot est abattu. Il présente une déshydratation estimée à 10 % et une hyperthermie à 39,5 °C. Les fréquences respiratoire et cardiaque sont dans les normes, les muqueuses sont roses, le pouls fémoral est frappé et concordant avec le choc précordial. La palpation abdo­minale et l’auscultation thoracique ne révè­lent aucune anomalie.

3. Hypothèses diagnostiques

Les symptômes majeurs retenus sont un abattement marqué, des vomissements aigus associés à une déshydratation sévère et à une hyperthermie modérée chez un chiot de 3 mois récemment vacciné. Le diagnostic différentiel repose sur l’étiologie classique des vomissements aigus associés à une hyperthermie chez un chiot :

• les causes infectieuses (parvovirose, autres gastro-entérites virales ou bactériennes), car la vaccination récente ne permet pas d’exclure l’hypothèse d’une parvovirose ;

• les causes digestives par intoxication (par le raisin notamment, même si l’hyperthermie n’est pas en faveur de cette hypothèse) ou par obstruction intestinale (corps étranger, volvulus ou intussusception, en dépit de l’absence de douleur ou d’anomalie à la palpation abdominale) ;

• les causes extradigestives, comme une pancréatite, une péritonite, une hépatite ou une néphrite, à envisager dans un second temps.

Dans le cas présenté, les vomissements aigus en présence d’une hyperthermie chez un chiot orientent préférentiellement vers une maladie infectieuse, d’origine virale ou bactérienne. Les autres hypothèses ne sont pas écartées.

4. Examens complémentaires

Bilans sanguins

Des analyses de sang sont effectuées le premier jour. La numération formule met en évidence une leucocytose neutrophilique modérée (22,28 millions/mm3). L’analyse biochimique révèle une augmentation marquée de l’urémie (6,16 g/l) et de la créatininémie (76,8 mg/l). Les paramètres hépatiques (phosphatases alcalines, alanine amino­transférases et bilirubine), la glycémie et la kaliémie demeurent dans les valeurs usuelles (tableau 1).

Le chiot présente donc une azotémie sévère qui évolue très probablement dans le cadre d’une insuffisance rénale aiguë (encadré 1).

Analyses urinaires

Le prélèvement d’urine est réalisé lors d’une miction naturelle. La densité mesurée au réfractomètre est de 1,025. La bandelette met en évidence une hématurie sévère, une légère protéinurie et une glucosurie marquée (tableau 1). La glucosurie sans hyperglycémie associée permet d’avancer un diagnostic de tubulopathie (encadré 2). Compte tenu de l’insuffisance rénale aiguë, de l’hyperthermie et de la glycosurie sans hyperglycémie, une lepto­spirose est la principale hypothèse diagnostique retenue.

5. Diagnostic définitif

Une analyse sérologique par la méthode de microagglutination (MAT) est demandée. Douze jours plus tard, elle revient positive au 1/1600e pour L. Australis et au 1/100e pour tous les autres sérogroupes testés, y compris Icterohaemorrhagiae et Canicola (tableau 2).

6. Traitement

Le traitement fait appel à une prise en charge spécifique (antibiothérapie) et non spécifique (gestion de l’insuffisance rénale aiguë et des troubles digestifs). Dès son admission, le chiot reçoit de l’amoxicilline, à la dose de 20 mg/kg trois fois par jour par voie sous-cutanée. Des perfusions de NaCl à 0,9 %, puis de Ringer lactate, sont administrées pour corriger la déshydratation à l’aide d’un débit de 6 ml/kg/h (photo 1). De l’acétate de maropitant est également administré à raison de 1 mg/kg par voie intraveineuse une fois par jour.

7. Évolution

Au cours des quatre premiers jours d’hospitalisation, l’état général du chiot s’améliore très progressivement et il s’alimente seul en faible quantité. Le débit de perfusion est alors diminué à 4 ml/kg/h. L’urémie diminue lors de l’hospitalisation, mais la créatininémie demeure élevée (figure). La kaliémie reste dans l’intervalle des valeurs usuelles.

Le cinquième jour, son état général se dégrade légèrement. Les vomissements reprennent malgré le traitement symptomatique à base d’acétate de maropitant. Du métoclopramide est alors ajouté au traitement, à la dose de 0,2 mg/kg trois fois par jour, par voie intraveineuse. Le sixième jour, le chiot redevient anorexique, présente un méléna et une anurie est observée. Du furosémide est ajouté au protocole thérapeutique, à raison de 2 mg/kg trois fois par jour par voie intraveineuse, et une nutrition forcée par gavage à la serin­gue est mise en place en raison du refus par les propriétaires de la pose d’une sonde de réalimentation. Le septième jour, des œdèmes déclives sont notés, probablement liés à une hyper­hydratation associée à l’anurie chez un animal perfusé, et le débit de perfusion est alors diminué à 2 ml/kg/h.

Face à la dégradation de l’état général du chiot, le tableau de défaillance multi-organique et le pronostic très sombre lié à l’anurie, les propriétaires refusent la dialyse et demandent l’euthanasie.

DISCUSSION

1. Épidémiologie

La leptospirose est une zoonose mondiale causée par une bactérie hélicoïdale très mobile du genre Leptospira. Il existe 24 sérogroupes qui regroupent plus de 200 sérovars avec des pouvoirs pathogènes plus ou moins importants [10]. La répartition des sérovars diffère selon les zones géographiques. En 2014, en France, des tests sérologiques MAT réalisés chez 232 chiens avec des titres évocateurs d’une infection récente ont montré la prédominance du sérogroupe Australis dans toutes les régions [2]. Les conditions favorables pour cette bactérie sont un pH neutre, un climat tempéré, une zone ombragée et humide, ce qui fait qu’elle survit facilement en France métropolitaine. Sa grande mobilité lui permet de franchir la peau via des microlésions et les muqueu­ses saines.

De nombreuses espèces animales porteuses asymptomatiques constituent les principaux réservoirs des leptospires : les rats, les souris, les hérissons (particulièrement pour le sérogroupe Australis, photo 2) et les ragondins, mais aussi des ongulés sauvages comme les cervidés ou les sangliers. Certains animaux domestiques (vaches, porcs, chevaux, etc.) sont également des espèces réservoirs et sensibles [4]. Le chat peut être un porteur asymptomatique, mais la contamination à partir de cette espèce est peu élevée en raison d’une faible excrétion urinaire des lepto­spires. Néanmoins, les données concernant l’espèce féline manquent [15].

Le chien se contamine par contact direct avec les urines d’un animal contaminé, ou indirect avec de l’eau souillée (rivières, lacs, étangs, flaques, etc.) ou de la boue. En général, le chien infecté est un mâle entier adulte et, souvent, c’est un chien de chasse ou de grand format ayant une activité d’exté­rieur [13, 16, 18]. Dans le cas présenté, le très jeune âge de l’animal apparaît surprenant, car il est associé à un risque estimé d’exposition bas. Les sorties du chien étaient de courte durée, sous surveillance et dans des zones où le risque semblait faible (vignes et chemins peu boueux).

2. Signes cliniques

La leptospirose est une maladie systémique qui atteint plus particulièrement le foie et les reins. Elle peut être suraiguë ou aiguë, mais peut aussi passer à la chronicité, ou encore demeurer sub­clinique [16]. Dans les formes aiguës, une atteinte rénale est souvent prédominante, avec des lésions de nécrose des tubules, entraînant une insuffisance rénale aiguë secondaire. Une atteinte hépatique est également fréquemment constatée, accompagnée ou non d’une cholestase qui génère un ictère. En outre, une forme pulmonaire hémorragique a émergé au cours des dernières années [12, 16].

Les principaux symptômes observés en consultation ne sont pas spécifiques. Les chiens présentent le plus souvent un abattement et une anorexie. De plus, dans la majorité des cas, des symptômes digestifs y sont associés (vomissements, diarrhée, douleur abdominale ou saignements diges­tifs) [10]. Une dyspnée, qui peut être le signe de la présence d’hémorragies pulmonaires, est aussi parfois détectée à l’admis­sion ou au cours de l’évolution. Elle doit être prise en compte, car elle sous-tend un pronostic défavorable. Comme dans le cas du chiot, les symptômes sont peu spécifiques et des examens complémentaires sont nécessaires afin de guider le diagnostic.

3. Diagnostic

Examens sanguins et imagerie

Les anomalies biochimiques mises en évidence traduisent l’atteinte d’un ou de plusieurs organes, en particulier du rein et du foie (urée et créatinine en hausse, phosphatases alcalines et bilirubine augmentées lors de cholestase et alanine aminotransférase augmentée en cas de cytolyse hépatique) [4]. Des examens d’imagerie peuvent être réalisés, mais ils demeurent peu spécifiques. La présence d’une opacité alvéolaire des lobes caudaux dorsaux sur une radiographie thoracique, ou encore la présence d’anomalies échographiques rénales (hyperéchogénicité de la corticale, néphromégalie, épanchement rétropéritonéal, etc.) ou hépatiques peuvent orienter vers le diagnostic de lepto­spirose [8, 12].

Dans le cas du chiot, la mise en évidence d’une glycosurie sans hyperglycémie, dans un contexte évocateur, constitue un élément d’orientation diagnostique pertinent.Le diagnostic de certitude nécessite une réaction de polymérisation en chaîne (PCR) positive sur sang ou urine et/ou la mise en évidence d’une séroconversion à la sérologie par la méthode de microagglutination (MAT).

Dans des conditions d’infection expérimentale, les leptospires sont présents dans le sang pendant quatre à dix jours et dans les urines à partir du huitième jour suivant l’inoculation [9]. Sur cette base et en théorie, la détection des leptospires par PCR, en cas de maladie spontanée, peut donc se faire sur le sang en début d’infection ou, par la suite, sur l’urine. La séroconversion intervient dans un troisième temps.

Réaction de polymérisation en chaîne

En théorie, la PCR permet un diagnostic rapide et précoce. Son interprétation ne dépend pas du statut vaccinal. La PCR est plus sensible que la MAT en début d’infection puisque la production des anticorps n’a pas encore débuté. Cependant, l’administration préalable d’antibiotiques peut entraîner un résultat négatif. Il existe potentiellement des faux positifs liés au manque de spécificité des amorces. Une PCR positive sur l’urine peut correspondre à un portage asymptomatique : un chien sain peut excréter des leptospires dans ses urines, les signes cliniques ne sont alors pas liés aux leptospires. Des faux négatifs sur l’urine sont possibles et liés au caractère intermittent de la leptospirurie. Aussi, pour améliorer la sensibilité de l’analyse, la combinaison d’une PCR sur le sang à celle sur l’urine est pertinente. Enfin, contrairement aux méthodes sérologiques, la PCR permet de détecter la présence de lepto­spires, mais pas de connaître le sérogroupe infectant [3, 5, 6].

Sérologie par microagglutination et tests rapides

La cinétique sérologique par la méthode MAT (réalisation de deux prélèvements sanguins à une ou deux semaines d’intervalle) constitue le test diagnostique de référence, sensible et spécifique. Néanmoins, ses performances diagnostiques dépendent de l’antériorité de la contamination par rapport à l’analyse, du nombre et de la pertinence des sérovars testés, ainsi que de l’expertise du laboratoire. L’interprétation d’une MAT isolée est délicate. En effet, les anticorps ne sont détectables qu’environ une semaine après l’apparition des symptômes. Trop précoce, la sérologie sera négative. Par ailleurs, chez un chien récemment vacciné, l’interprétation est compliquée par la présence d’anticorps vaccinaux. Même si le chien est vacciné depuis plus de trois mois, la persistance d’anticorps vaccinaux résiduels est plausible [14]. En outre, une infection asymptomatique antérieure peut rendre positive la sérologie.

Le seuil de positivité retenu pour interpréter la MAT varie selon les laboratoires. Des réactions croisées existent entre des sérovars vaccinaux et non vaccinaux [14]. Il faut donc analyser les résultats de la MAT d’après l’historique vaccinal et l’antériorité des symptômes, et autant que possible se fonder sur une cinétique plutôt que sur une sérologie isolée. La MAT permet parfois de préciser l’identité du sérogroupe en cause [5]. Habituellement, il est admis que le sérogroupe infectant est le sérogroupe non vaccinal avec le titre le plus élevé, mais ce n’est pas une vérité absolue en raison de l’existence de réactions croisées entre les sérogroupes [14, 17]. Dans un contexte clinique évocateur, des titres supérieurs à 1/800, qui atteignent parfois 1/6400, voire davantage, suggèrent une infection aiguë, mais sans certitude absolue. En effet, au début de l’infection, des réactions croisées avec des titres élevés peuvent se produire pour un sérovar qui n’appartient pas au véritable sérogroupe infectant : ce sont les réactions paradoxales.

Les résultats du diagnostic sérologique par MAT arrivent fréquemment plusieurs jours après la réalisation du prélèvement. Aussi, afin de diminuer le temps nécessaire au diagnostic, des tests sérologiques rapides existent. Ils permettent de détecter les immunoglobulines M (IgM) ou un mélange d’IgM et d’IgG produites contre les leptospires patho­gènes. Comme ceux de la MAT, les résultats sont à interpréter dans un contexte clinique donné, en tenant compte des antécédents vaccinaux. Ces tests ont l’avantage de fournir des résultats rapides [11, 19].

Dans le cas du chiot, récemment vacciné avec un vaccin L3 puis un autre L2, le résultat de la MAT désigne le sérogroupe Australis, non vaccinal, comme le sérogroupe infectant suspect (titre supérieur à quatre fois ceux des autres sérogroupes donnant un titre positif). Ainsi, même en l’absence de cinétique, son implication a raisonnablement pu être validée. Or, les résultats sont arrivés douze jours après le prélèvement. Pour garantir un diagnostic plus rapide, une PCR sur sang aurait pu être réalisée en complément de la MAT.

Quoi qu’il en soit, devant la difficulté et le délai requis pour établir un diagnostic de certitude, une antibiothérapie précoce est indiquée dès la suspicion de leptospirose.

Diagnostic post-mortem

En cas de mort rapide avant la réalisation de prélèvements ante mortem, une autopsie peut permettre de suspecter la lepto­spirose. Des analyses PCR sur foie ou rein confirmeront alors l’hypothèse.

4. Traitement

Antibiothérapie et traitement de soutien

Le traitement spécifique repose sur une antibiothérapie, à base de doxycycline à la dose de 10 mg/kg par jour par voie orale pendant quinze jours. La posologie est à adapter lors d’insuffisance rénale. En présence de troubles gastro-intestinaux (ce qui est généralement le cas), le traitement oral par la doxycycline n’est pas possible. L’amoxicilline ou l’ampicilline (à raison de 20 à 30 mg/kg trois fois par jour par voie veineuse) est alors utilisée en attendant de pouvoir passer à un relais oral par la doxycycline [16]. L’anti­biothérapie est associée à un traitement de soutien. Une fluidothérapie est mise en place pour compenser la déshydratation et les pertes électrolytiques. Un traitement symptomatique permet de corriger les troubles gastro-intestinaux et une nutrition entérale assistée est instaurée.

Le suivi des paramètres biochimiques, au cours de l’hospitalisation, permet d’adapter la fluidothérapie. La surveillance de la diurèse, essentielle pour la prise en charge efficace de l’animal, peut être réalisée par un sondage urinaire à demeure, ce qui limite également les risques zoonotiques [16]. Elle permet de dépister une oligurie (diurèse inférieure à 1 ml/kg/h), puis de mettre en place une diurèse forcée à l’aide d’injections de furosémide et/ou de mannitol, la combinaison des deux étant la solution de choix. Malgré ces mesures, la diurèse reste le plus souvent faible, imposant une hémodialyse immédiate qui permet de réaliser une épuration extrarénale lors d’oligo-anurie ou d’hyper­kaliémie sévère. Elle est recommandée dans les cas d’insuffisance rénale sévère, de façon précoce.

Dans le cas du chiot, l’amoxicilline a été administrée par voie sous-cutanée, car la forme injectable par voie intraveineuse n’était pas disponible sur place. La diurèse a été estimée par une pesée quotidienne de l’animal. L’oligurie a été détectée tardivement, via les variations de poids, et le chiot n’a pas répondu à la diurèse forcée. Un autre moyen de surveillance de la diurèse, comme une sonde urinaire à demeure, aurait probablement permis de détecter cette oligurie plus tôt. Seules l’urémie, la créatininémie et la kaliémie ont été suivies au cours de l’hospitalisation, afin de réduire les coûts. L’hémodialyse n’a pas été acceptée par les propriétaires.

Pronostic et taux de survie

Le taux de survie varie de 53 à 86 % selon les études [1, 7]. Des symptômes pulmonaires, une thrombopénie et une atteinte hépatique assombrissent le pronostic [12]. Une antibiothérapie précoce permet d’augmenter les chances de rétablissement clinique [17]. Malgré la mise en place d’un traitement, le taux de mortalité reste important, soulignant l’importance des mesures prophylaxiques.

5. Prévention

Deux méthodes sont essentielles pour diminuer les risques d’infection : la limitation de l’exposition et la vaccination.Pour pallier une contamination par les leptospires, il est ainsi souhaitable d’éviter les baignades et l’abreuvement dans les flaques et les étendues d’eau. La mise en place d’une vaccination, principale mesure de prophylaxie médicale, permet de prévenir ou de réduire l’infection et l’excrétion bactériennes (selon les vaccins utilisés). Elle ne prévient pas toujours le portage asymptomatique de la bactérie. La protection permise par les sérovars inclus dans le vaccin est spécifique des sérogroupes correspondants. Elle n’empêche pas l’infection par les sérogroupes non inclus dans le vaccin, car il n’existe pas de protection croisée. À la clinique vétérinaire, il est primordial de détenir et de proposer aux propriétaires des valences vaccinales correspondant aux sérogroupes présents dans l’environnement proche, ou permettant la protection la plus large possible [16]. Différents vaccins sont disponibles en France. Certains comportent deux sérogroupes (L. Icterohaemorrhagiae, L. Cani­cola) comme Canigen L2® de Virbac, d’autres trois (L. Icterohaemorrhagiae, L. Canicola et L. Grippotyphosa) comme Eurican Lmulti® de Merial, ou encore quatre sérogroupes (L. Icterohaemorrhagiae, L. Canicola, L. Grippotyphosa et L. Australis). Selon le vaccin utilisé, l’immunité se met en place en deux à cinq semaines après la fin de la primovaccination.

Entre 2008 et 2011, en France, d’autres séro­groupes que Icterohaemorrhagiae, Cani­cola, Grippotyphosa et Australis ont aussi été retrouvés chez des chiens, mais de façon anecdotique. Pour le moment, ce ne sont pas des sérogroupes majeurs, mais il n’existe pas de vaccin capable de prévenir ou de limiter ce type d’infection.

La première injection de primovaccination du chiot a été effectuée avec un vaccin ne comprenant que trois sérogroupes, et la deuxième avec un vaccin n’en contenant que deux. Dans ces conditions, la protection contre le sérogroupe Grippotyphosa n’aurait pas été effective. Les résultats sérologiques ont permis de suspecter le sérogroupe Australis, vraisemblablement à l’origine de la contamination, donc présent dans la zone de vie du chiot. Dans son cas, la vaccination n’était, de ce fait, pas adaptée, puisqu’il n’a pas reçu de vaccin assurant une protection contre le séro­var supposé infectant, présent dans son environnement, ainsi que dans l’ensemble des régions françaises. De plus, les résultats de la MAT chez ce chiot mettent en évidence des titres faibles contre les sérogroupes vaccinaux (1/100 pour Icterohaemorrhagiae, Canicola et Grippotyphosa). Comme la première injection a été réalisée à l’âge de 8 semaines, la présence d’anticorps maternels a pu interférer avec la mise en place de l’immunité vaccinale. Il faut néanmoins garder à l’esprit que le titre en anticorps vaccinaux n’est pas le reflet direct du niveau de protection conféré par le vaccin.

Ainsi, l’emploi d’un vaccin quadrivalent est recommandé pour la prophylaxie des chiens dans la région Rhône-Alpes (zone de vie du chiot, comptant de nombreux cours d’eau et un climat tempéré). Cet usage est conforme aux recommandations du consensus européen sur la lepto­spirose [17].

Références

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Conflit d’intérêts :

Ce cas clinique a été rédigé à la demande et avec le soutien financier de MSD Santé animale, rue Olivier de Serres, 49070 Beaucouzé

ENCADRÉ 1
LES DIFFÉRENTS TYPES D’INSUFFISANCE RÉNALE AIGUË

Trois catégories d’insufisance rénale aiguë (IRA) sont distinguées :

- l’IRA prérénale (diminution de la perfusion sanguine rénale, en relation avec une hypovolémie d’origine hémorragique, par exemple) lors de laquelle l’urémie est augmentée, tandis que la créatininémie reste proche des valeurs usuelles. La densité urinaire est aussi en hausse ;

- l’IRA rénale (liée à une atteinte parenchymateuse rénale, comme lors de leptospirose ou d’intoxication à l’éthylène glycol) : l’urée et la créatinine sanguines sont augmentées et la densité urinaire est souvent diminuée ;

- l’IRA postrénale (due à un obstacle à l’écoulement des urines, lors d’obstruction urétrale notamment).

ENCADRÉ 2
PRINCIPALES CAUSES DE GLYCOSURIE SANS HYPERGLYCÉMIE

→ L’intoxication à l’éthylène glycol ou aux aminoglycosides.

→ Le syndrome de Fanconi (rare).

→ La leptospirose.

Points clés

• Le sérogroupe Australis est émergent en France.

• La cinétique sérologique réalisée grâce au test de microagglutination (MAT) est la méthode de référence, mais le résultat arrive tardivement.

• L’antibiothérapie doit être mise en place dès la suspicion de leptospirose.

• En cas d’insuffisance rénale, le suivi de la diurèse est primordial.

CONCLUSION

Malgré un protocole vaccinal mené correctement, un chien peut être atteint de leptospirose. Comme les symptômes sont peu spécifiques, il est nécessaire de recourir à des examens complémentaires (bilan biochimique sanguin, analyse d’urine, imagerie, cinétique sérologique et/ou PCR et/ou tests rapides) pour constituer un faisceau de preuves permettant d’établir le diagnostic. En plus d’une antibiothérapie précoce, les mesures de soutien sont nécessaires afin d’augmenter les chances de survie. En France, le sérogroupe Australis apparaît comme majoritaire chez le chien, il est donc essentiel d’adapter la vaccination pour permettre une protection contre les sérogroupes présents sur le territoire.

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