Impact des plans ÉcoAntibio sur l’usage des antibiotiques en pratique rurale - Le Point Vétérinaire expert rural n° 406 du 01/06/2020
Le Point Vétérinaire expert rural n° 406 du 01/06/2020

ANTIBIORÉSISTANCE

Article original

Auteur(s) : Delphine Urban*, Anne Chevance**, Gérard Moulin***

Fonctions :
*Agence nationale du médicament
vétérinaire (ANMV-Anses)
14, rue Claude Bourgelat
35300 Fougères
delphine.urban@anses.fr

La mise en place des plans ÉcoAntibio a modifié les pratiques de prescription des antibiotiques en élevage. Il s’ensuit une réduction significative de leur usage et une tendance à la baisse de l’antibiorésistance.

La lutte contre l’antibiorésistance est un défi majeur et mondial de santé publique. La perte d’efficacité des antibiotiques impacte la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes, ces santés étant interconnectées et formant un tout. Dans le domaine de la santé animale, la France s’est engagée à relever ce défi par la mise en place de deux plans d’actions successifs baptisés ÉcoAntibio. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) est chargée de la surveillance de l’usage des antibiotiques et de l’antibiorésistance en médecine vétérinaire. Cette démarche s’inscrit dans une approche intégrée “One Health”. Laboratoire national de référence sur la résistance antimicrobienne, l’Anses étudie l’évolution de la résistance des bactéries d’origine animale et suit l’exposition des animaux aux antibiotiques. Cet article décrit dans un premier temps les objectifs des deux plans ÉcoAntibio. Les évolutions observées depuis la mise en œuvre du premier plan sont ensuite analysées en termes d’utilisation des antibiotiques et de résistance, en se focalisant principalement sur les espèces animales de rente.

PLANS DE RÉDUCTION DES RISQUES D’ANTIBIORÉSISTANCE

Les plans ÉcoAntibio correspondent à une politique publique, pilotée par le ministère de l’Agriculture, qui vise à préserver l’efficacité des antibiotiques. Ils s’inscrivent pleinement dans les recommandations des Organisations mondiales de la santé animale (OIE) et de la santé (OMS), de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et des instances européennes. Ils concernent toutes les filières animales (y compris les animaux de compagnie) et tous les territoires de France. L’objectif global est un usage responsable, prudent et raisonné des antibiotiques en médecine vétérinaire.

1. ÉcoAntibio 1

Le premier plan, lancé le 18 novembre 2011, s’étendait sur cinq années pleines, de 2012 à 2016 inclus [7]. Au cours des deux années précédentes, de nombreux échanges avec les représentants des organisations professionnelles agricoles et vétérinaires, les scientifiques et les représentants des laboratoires pharmaceutiques vétérinaires ont permis de dégager les propositions d’actions du plan national.

Selon sa devise « diminuer, c’est possible », le plan visait une réduction de 25 % de l’usage des antibiotiques en médecine vétérinaire en cinq ans. Il portait aussi une attention particulière à l’utilisation des antibiotiques d’importance critique en médecine vétérinaire et humaine : les céphalosporines de 3e et 4e générations (C3&4G) et les fluoroquinolones.

Pour atteindre ces objectifs, 40 mesures ont été définies autour de cinq axes stratégiques. Le ministère de l’Agriculture a désigné un pilote (organisme publique ou privé) pour chacune d’elles. Des conventions financières (budget de deux millions d’euros par an depuis 2013) ont été signées afin de conduire des actions d’information, de formation, des études et des projets de recherche appliquée.

Les principales mesures législatives et réglementaires résultant de la mise en œuvre de ce premier plan ÉcoAntibio ont été :

- l’interdiction de percevoir ou d’accorder des rabais, remises ou ristournes lors de l’achat de médicaments contenant des substances antibiotiques ;

- l’encadrement de la prescription et de la délivrance des antibiotiques critiques ;

- la réduction de 25 % de l’usage des C3&4G et des fluoroquinolones en trois ans ;

- de nouveaux devoirs déontologiques en matière d’usage responsable des antibiotiques.

Afin d’inscrire dans la durée la dynamique positive observée au niveau national, l’année 2016 a été consacrée au bilan du premier plan [7]. Le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) a été chargé de faire une évaluation du plan ÉcoAntibio 1 et a publié un rapport, en décembre 2016, contenant notamment des recommandations pour le plan suivant [6].

2. ÉcoAntibio 2

Ce second plan a une construction similaire au premier et couvre une période de cinq années, de 2017 à 2021 inclus [8]. Avec une dimension “One Health”, ÉcoAntibio 2 s’inscrit dans la feuille de route interministérielle de lutte contre l’antibiorésistance : un tableau de correspondance entre les actions de cette feuille de route et celles de ce deuxième plan est présenté en annexe. ÉcoAntibio 2 s’inscrit également dans le projet agroécologique du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Les enjeux sont le changement durable des pratiques de prescription des antibiotiques, l’amélioration des conditions de vie des animaux et l’accès à des produits de santé efficaces et économiques, autres que les antibiotiques.

Les objectifs globaux du second plan sont d’évaluer les impacts du premier, d’en valoriser les résultats et de poursuivre la dynamique en consolidant les acquis et en poursuivant les actions précédemment engagées. ÉcoAntibio 2 vise également à maintenir dans la durée la tendance à la baisse de l’exposition des animaux aux antibiotiques. Le deuxième plan est orienté sur des mesures plutôt incitatives que réglementaires (encadré). Comme précédemment, l’appel à projets ÉcoAntibio est publié chaque année sur le site du ministère de l’Agriculture afin de financer des projets de recherche et d’action.

ÉVOLUTION DE L’EXPOSITION DES ANIMAUX AUX ANTIBIOTIQUES

1. Suivi des ventes d’antibiotiques

L’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV), au sein de l’Anses, réalise depuis 1999 un suivi des ventes des médicaments vétérinaires contenant des antibiotiques en France [3]. Ce suivi est réalisé selon les normes définies dans le chapitre 6.9 du Code sanitaire pour les animaux terrestres de l’OIE. Il est fondé sur les déclarations des titulaires d’autorisations de mise sur le marché (AMM), conformément aux dispositions de l’article L.5141-14-1 du Code de la santé publique. Les laboratoires fournissent également une estimation de la répartition des ventes de médicaments par espèce de destination. Les informations recueillies auprès des laboratoires couvrent 100 % des médicaments autorisés sur le territoire français. Elles permettent d’estimer les quantités d’antibiotiques vendues chaque année, par espèce animale et par famille d’antimicrobiens.

Le poids vif traité est obtenu en divisant ces quantités pondérales par la dose nécessaire pour traiter 1 kg d’un animal type, sur la durée totale du traitement (donc en divisant par la dose quotidienne multipliée par la durée de traitement de l’AMM). Le rapport entre ce poids vif traité et la biomasse animale en France permet d’estimer un indicateur d’exposition des animaux aux antibiotiques, ou Alea (Animal level of exposure to antimicrobials).

2. Exposition animale toutes espèces confondues

Entre 1999 et 2018, le niveau d’exposition aux antibiotiques a diminué de 33,9 %, toutes espèces animales confondues. Cette évolution s’explique principalement par le recul de l’usage des prémélanges antibiotiques (- 83,6 %) (figure 1). Ces derniers étaient souvent utilisés, au début du suivi, pour des traitements préventifs. En 2018, l’exposition globale a baissé de 38,4 % par rapport à 2011, année de référence pour le plan ÉcoAntibio 1.

Au cours du premier plan, l’exposition globale a diminué de 36,5 % (variation entre 2011 et 2016). Cela est principalement dû à une baisse de l’exposition par la voie orale, avec une réduction de l’utilisation des prémélanges médicamenteux (- 60,2 %) et des poudres et solutions orales (- 42,3 %). Au cours de cette période de cinq ans, le niveau d’exposition le plus élevé est celui de l’année 2014. En effet, la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt (n° 2014-1170) a instauré plusieurs mesures, telles que la fin des remises, rabais et ristournes à compter du 1er janvier 2015, ce qui a induit un surstockage de médicaments contenant des antibiotiques par les acteurs de la distribution et/ou de la délivrance du médicament vétérinaire en 2014.

Depuis 2016, l’exposition globale a reculé de 3,1 %. Seule l’utilisation des prémélanges médicamenteux continue de diminuer sur les deux premières années du plan ÉcoAntibio 2, alors que l’Alea pour les autres formes pharmaceutiques reste relativement stable.

Toutes espèces animales confondues, une baisse de l’Alea est observée depuis 2011 pour toutes les familles d’antibiotiques, à l’exception des aminosides (+ 1,5 %), des phénicolés (+ 33,3 %) et des céphalosporines de 1re et 2e générations (+ 14,3 %).

3. Exposition aux fluoroquinolones et aux céphalosporines

Les fluoroquinolones et les céphalosporines de 3e et 4e générations sont considérées comme particulièrement importantes en médecine humaine, car elles constituent l’une des seules solutions alternatives, voire la seule, pour le traitement de certaines maladies infectieuses chez l’homme. Le plan ÉcoAntibio 1 portait donc une attention particulière à l’utilisation en médecine vétérinaire de ces antibiotiques d’importance critique, appelés par souci de simplification “antibiotiques critiques”. La loi d’avenir pour l’agriculture, publiée le 13 octobre 2014, a fixé un objectif de réduction de 25 % en trois ans de l’utilisation des antibiotiques appartenant à chacune de ces familles. L’année 2013 a été choisie comme référence pour cet objectif, à atteindre au plus tard fin décembre 2016.

Le décret n° 2016-317, publié le 16 mars 2016, visait à encadrer la prescription et la délivrance des médicaments utilisés en médecine vétérinaire, contenant une ou plusieurs substances antibiotiques d’importance critique. Les deux dispositions les plus importantes sont :

- l’interdiction de prescrire des antibiotiques critiques à des fins préventives ;

- l’obligation d’un examen clinique, suivi de la réalisation d’un antibiogramme, avant la prescription d’un antibiotique critique à des fins curatives ou métaphylactiques.

L’arrêté interministériel du 18 mars 2016 fixe la liste des substances antibiotiques d’importance critique, ainsi que celle des méthodes de réalisation du test de détermination de la sensibilité des souches bactériennes (antibiogramme).

En 2016, l’exposition des animaux aux antibiotiques d’importance critique a fortement diminué par rapport à 2013 : - 81,2 % pour les C3&4G et - 74,9 % pour les fluoroquinolones. L’objectif de réduction de 25 % a été atteint dès 2015 et largement dépassé à la fin du premier plan ÉcoAntibio (figure 2).

En 2017, cette diminution de l’exposition s’est poursuivie. Les bons résultats observés en 2016 et 2017 ont suivi la publication des mesures réglementaires de mars 2016. Un faible rebond a été observé entre 2017 et 2018, en ce qui concerne l’usage des antibiotiques d’importance critique. Cette évolution est en lien avec une augmentation de l’utilisation des injectables et sera à surveiller dans les années à venir.

4. Exposition à la colistine

La colistine est fréquemment utilisée en médecine vétérinaire, notamment pour le traitement des infections digestives chez les animaux producteurs d’aliments. En 2011, l’exposition à la colistine représentait presque un quart de l’exposition totale aux antibiotiques, toutes espèces animales confondues. La publication, en novembre 2015, d’un article scientifique décrivant le premier mécanisme de résistance à la colistine, transférable par plasmide, a conduit à la mise en place d’une surveillance renforcée pour cet antibiotique. Dans son avis, publié en octobre 2016, l’Anses recommande une diminution de l’usage de la colistine de moitié [2]. À la suite de cet avis, le plan ÉcoAntibio 2 a fixé un objectif de réduction de 50 % en cinq ans de l’exposition à la colistine dans les filières bovine, porcine et avicole, en prenant comme référence l’Alea moyen de 2014-2015.

Entre 2008 et 2011, l’exposition à la colistine était relativement stable, puis elle a diminué de 66,6 % par rapport à 2011. En 2018, le poids vif traité à la colistine correspondait majoritairement à trois espèces : les volailles (49,2 %), les porcs (33,1 %), puis les bovins (14,2 %).

Entre 2014-2015 et 2018, l’exposition à la colistine a baissé pour les bovins (- 47,9 %), les porcs (- 63,2 %) et les volailles (- 49,1 %). L’objectif fixé par le plan ÉcoAntibio 2 a donc été atteint pour la filière porcine en 2018 et est en passe de l’être pour les productions bovine et avicole.

En 2018, l’exposition globale, toutes espèces confondues, a diminué de 55,2 % par rapport à l’Alea moyen 2014-2015 (figure 3). Cette baisse globale s’explique par une diminution de l’utilisation des prémélanges médicamenteux (- 92,6 %) et des poudres et solutions orales (- 6,9 %), alors que l’exposition par voie parentérale est relativement stable (+ 4,2 %).

SURVEILLANCE DE L’ANTIBIORÉSISTANCE EN ÉLEVAGE

La surveillance de l’antibiorésistance chez les bactéries d’origine animale est un élément indispensable, afin d’orienter les mesures de gestion à mettre en place et d’évaluer leur efficacité sur le terrain. Le plan ÉcoAntibio 2 a d’ailleurs fixé un objectif particulier : observer une tendance à la baisse sur l’ensemble des marqueurs d’antibiorésistance et une réduction spécifique de 50 % en cinq ans de la prévalence des Escherichia coli producteurs de bêtalactamases à spectre élargi (BLSE) dans les prélèvements de volailles (poulets de chair) au stade de la distribution.

1. Résistances des bactéries responsables d’infections animales

Résapath est un réseau d’épidémiosurveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes animales. Il collecte les données des antibiogrammes des bactéries prélevées sur des animaux malades, dans les cabinets vétérinaires ou en élevage. Le Résapath est animé par deux laboratoires de l’Anses qui coordonnent les activités des laboratoires départementaux adhérents (privés et publics). Un rapport est publié tous les ans.

Pour la majorité des antibiotiques étudiés, et dans presque toutes les filières, une tendance globale à la baisse est identifiée pour les résistances chez les souches d’E. coli [4]. Au cours des dix dernières années, la diminution de la résistance à la tétracycline dans le secteur avicole et, dans une moindre mesure, dans la filière porcine, est sans doute le phénomène le plus marquant. En élevage bovin, où les taux de résistance à l’amoxicilline, à la tétracycline et aux aminosides (hors gentamicine) sont très élevés, il n’y a que peu d’évolutions depuis dix ans.

En 2018, la proportion de résistance aux C3&4G chez E. coli est inférieure à 3 % chez les bovins (principalement les veaux) et à 2 % chez les porcs, poules/poulets et dindes. Les proportions de résistance aux fluoroquinolones chez E. coli sont comprises entre 4 et 8 %. Une tendance à la baisse de la résistance des bactéries aux antibiotiques critiques est observée ces dernières années. Dans certains secteurs (porcs et poules/poulets, par exemple), les niveaux de résistance sont très bas depuis plusieurs années. Chez les veaux, la décroissance observée dernièrement est importante.

Concernant la colistine, les données montrent une situation maîtrisée sur la dernière décennie, avec une baisse constante de la résistance à cet antibiotique.

Une analyse de la multirésistance aux antibiotiques des souches d’E. coli est réalisée tous les ans depuis 2011. Elle est définie comme la résistance acquise à au moins un antibiotique dans au minimum trois familles différentes d’antibiotiques. Sur la période 2011-2018, la proportion de souches multirésistantes aux antibiotiques est en diminution significative chez toutes les espèces d’animaux de production (bovins, porcs, volailles). En termes de combinaison de résistances, les souches bovines résistantes au ceftiofur présentent de nombreuses autres résistances. Parmi ces souches, 86 % sont aussi résistantes à la tétracycline, 23 % aux fluoroquinolones. De même, dans la filière poules/poulets, les souches résistantes au ceftiofur affichent plus fréquemment une résistance associée à la tétracycline.

2. Résistances des bactéries de la chaîne alimentaire

L’Anses est laboratoire national de référence sur la résistance antimicrobienne. À ce titre, elle contrôle la résistance des bactéries de la chaîne alimentaire, dans le cadre de plans de surveillance harmonisés au niveau européen. Elle met en particulier en œuvre les plans annuels, pilotés par la Direction générale de l’alimentation (DGAL), qui permettent de suivre l’évolution de la situation, aux niveaux national et européen. Des prélèvements à l’abattoir ou à la distribution servent à récolter des bactéries indicatrices ou zoonotiques. L’échantillonnage est aléatoire et réparti tout au long de l’année sur l’ensemble du territoire national.

Les plans de surveillance sont mis en œuvre tous les ans, en application de la directive 2003/99/CE et de la décision 2013/652/UE.

En 2017, la surveillance a concerné la filière des animaux de boucherie (porcs et bovins) [9]. Entre 2009 et 2017, les taux de résistance des E. coli indicatrices isolées chez le porc sont restés plus ou moins stables, à l’exception de celui à la tétracycline qui a significativement diminué. À l’inverse, les taux de résistance aux quinolones (acide nalidixique et ciprofloxacine) ont augmenté de façon significative. La surveillance des E. coli isolées chez le veau montre que, depuis 2015, les pourcentages de résistance sont stables, voire en régression.

En 2018, la surveillance a concerné la filière volailles [10]. Entre 2010 et 2018, les taux de résistance aux céphalosporines et à la tétracycline ont diminué significativement chez les E. coli indicatrices isolées chez le poulet, alors que, dans le même temps, ceux à la gentamicine ont augmenté. Malgré le lancement récent de la surveillance chez la dinde, une diminution significative des pourcentages de résistance à la tétracycline est déjà notée entre 2014 et 2018. Concernant la recherche sélective des E. coli BLSE/AmpC dans la viande de poulet, la prévalence de ces souches est de 26 % en 2018 versus 62 % en 2016. Cette diminution de 58,3 % en deux ans dépasse l’objectif chiffré du plan ÉcoAntibio 2 qui vise une baisse de moitié en cinq ans de la prévalence des E. coli BLSE. Néanmoins, les souches isolées en 2018 présentent un nombre plus élevé de résistances associées, notamment aux fluoroquinolones, qu’en 2016.

DISCUSSION

Il est difficile d’évaluer l’impact des différentes actions menées pendant les plans ÉcoAntibio, car elles sont nombreuses et interviennent dans des domaines très différents, sur une même période de temps. De plus, des démarches visant une réduction des usages d’antibiotiques ont été initiées par certaines filières animales avant la mise en place effective du premier plan.

Néanmoins, plusieurs mesures incitatives prises pendant les plans ÉcoAntibio ont certainement contribué aux changements de pratiques observés ces dernières années [7]. Des campagnes nationales de communication ont notamment été lancées. Un réseau de référents en antibiothérapie a vu le jour. Des modules de formation initiale et continue, destinés aux vétérinaires et aux éleveurs, ont été construits et dispensés.

Le premier plan est marqué par des mesures réglementaires fortes. La loi d’avenir agricole instaurant la fin des remises, rabais et autres ristournes a eu un impact direct sur les ventes d’antibiotiques en médecine vétérinaire. La publication du décret n° 2016-317 a également eu un effet significatif sur l’usage des fluoroquinolones et des céphalosporines 3&4G.

Une enquête sociologique montre qu’au lieu d’accroître leur recours à l’antibiogramme, les vétérinaires ont révisé leurs pratiques en réduisant les prescriptions d’antibiotiques d’importance critique [5]. Bien qu’imposant une restriction, le décret a été bien accepté par les praticiens interrogés, car il était attendu, avait été anticipé et était considéré comme légitime pour lutter contre les mésusages des antibiotiques en élevage.

Pour la majorité des antibiotiques, et dans presque toutes les filières, une tendance globale à la baisse est identifiée pour les résistances chez les souches d’E. coli prélevées sur des animaux malades [4]. Cette tendance est cohérente avec les baisses observées en matière d’exposition des animaux. Néanmoins, les souches bactériennes sont souvent résistantes à plusieurs familles d’antibiotiques, critiques et non critiques. Des souches multirésistantes sont aussi fréquemment isolées dans le cadre des plans de surveillance [9, 10]. En raison des phénomènes de résistance croisée et de cosélection, l’arrêt de l’utilisation d’une famille d’antibiotiques ne conduit pas forcément à une diminution de la résistance pour cette famille [1].

L’exposition globale des animaux est relativement stable en 2017 et 2018 ; la réduction d’utilisation semble atteindre une limite pour certaines familles d’antibiotiques et dans certaines espèces [3]. Après une régression importante ces dernières années du recours aux C3&4G, aux fluoroquinolones et à la colistine, un report limité des usages vers d’autres familles d’antibiotiques est observé. Il sera particulièrement important de suivre ces modifications d’utilisation des antibiotiques, dans les prochaines années, et d’en évaluer les conséquences sur l’évolution de la résistance bactérienne.

Conclusion

Les plans ÉcoAntibio ont eu un impact sur les pratiques de prescription des antibiotiques en France. En parallèle de la réduction de l’utilisation des antibiotiques depuis 2011, une tendance à la baisse de la résistance des bactéries d’origine animale est observée ces dernières années. L’engagement de tous, et en particulier du binôme vétérinaire-éleveur, a fortement contribué aux bons résultats du plan ÉcoAntibio 1. Le plan ÉcoAntibio 2 doit pérenniser les changements de pratiques pour réduire les mésusages d’antibiotiques. La lutte contre l’antibiorésistance reste un défi à relever sur le long terme, en poursuivant notamment la mobilisation entreprise pour l’usage prudent et raisonné des antibiotiques en médecine vétérinaire.

Références

  • 1. Anses. Avis relatif aux risques d’émergence d’antibiorésistances liées aux modes d’utilisation des antibiotiques dans le domaine de la santé animale. 2014:240p.
  • 2. Anses. Avis relatif à la saisine n° 2016-SA-0160 concernant l’utilisation de la colistine en médecine vétérinaire. 2016:35p.
  • 3. Anses. Suivi des ventes de médicaments vétérinaires contenant des antibiotiques en France en 2018. Rapport annuel. 2019:101p.
  • 4. Anses. Résapath - Réseau d’épidémiosurveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes animales, bilan 2018. 2019:161p.
  • 5. Bourély C, Nicolas F, Didier C et coll. La restriction d’usage des antibiotiques d’importance critique en France : impact de la nouvelle réglementation en médecine vétérinaire. Épidémiologie et santé animale, AEEMA. 2018;73:91.105.
  • 6. CGAAER. Le plan ÉcoAntibio 2012-2016 : évaluation et recommandations pour le plan suivant. Rapport n° 16041. 2016:77p.
  • 7. DGAL. Le plan ÉcoAntibio 2012-2016 : synthèse et principales réalisations. 2016:23p.
  • 8. DGAL. ÉcoAntibio 2 : plan national de réduction des risques d’antibiorésistance en médecine vétérinaire (2017-2021). 2017:18p.
  • 9. DGAL. Surveillance sanitaire des denrées animales et végétales en France : bilan 2017 des plans de surveillance et de contrôle. 2017:163-174.
  • 10. DGAL. Surveillance sanitaire des denrées animales et végétales en France : bilan 2018 des plans de surveillance et de contrôle. 2018:168-190.

Conflit d’intérêts

Aucun.

Points forts

→ L’objectif du plan ÉcoAntibio 1 a été atteint, avec une diminution de l’exposition animale aux antibiotiques de 36,5 % en cinq ans.

→ L’exposition des animaux aux antibiotiques d’importance critique a fortement reculé : - 93,8 % pour les céphalosporines de dernières générations et - 86,1 % pour les fluoroquinolones en 2018 par rapport à 2013.

→ L’objectif du plan ÉcoAntibio 2 de réduction de moitié de l’exposition à la colistine a été atteint en 2018 pour la filière porcine et est en voie de l’être pour les productions bovine et avicole.

→ Des tendances à la baisse de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes animales sont observées chez toutes les espèces animales.

→ L’objectif du plan ÉcoAntibio 2, visant une réduction de 50 % de la prévalence d’Escherichia coli producteur de bêta-lactamases à spectre élargi sur les prélèvements de volailles (poulets de chair) au stade de la distribution, a été atteint en deux ans.

ENCADRÉ
Le plan ÉcoAntibio 2

Le second plan est resserré autour de vingt actions réunies en quatre axes stratégiques :

- axe 1 : développer les mesures de prévention des maladies infectieuses et faciliter le recours aux traitements alternatifs ;

- axe 2 : communiquer et former sur les enjeux de lutte contre l’antibiorésistance, sur la prescription raisonnée des antibiotiques et sur les autres moyens de maîtrise des maladies infectieuses ;

- axe 3 : via un partage des outils, mettre à disposition des moyens d’évaluation et de suivi du recours aux antibiotiques, ainsi que des solutions pour leur prescription et administration responsables ;

- axe 4 : via un partage des efforts, s’assurer de la bonne application des règles de bon usage au niveau national et favoriser leur adoption aux niveaux européen et international.

REMERCIEMENTS

Les auteurs tiennent à remercier la DGAL et les différentes équipes de l’Anses qui ont contribué aux travaux présentés dans cet article.

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