Chirurgie correctrice du pénis et du prépuce chez le taureau - Le Point Vétérinaire expert rural n° 397 du 01/07/2019
Le Point Vétérinaire expert rural n° 397 du 01/07/2019

REPRODUCTION

Article original

Auteur(s) : Pierre-Yves Mulon

Fonctions : Farm animal medicine and surgery
Department of large animal clinical sciences
University of Tennessee, College
of veterinary medicine
Knoxville, Tennessee (États-Unis)

La prise en charge chirurgicale des lésions et des infections de l’appareil génital du taureau peut permettre le maintien des fonctions de reproduction, compromises en l’absence de traitement.

Le taureau de monte naturelle représente une valeur économique importante au sein d’un élevage. Il a souvent été choisi avec soin afin d’améliorer le niveau génétique et doit faire l’objet d’une attention particulière, pour assurer un taux de conception compatible avec la rentabilité de l’exploitation. L’évaluation du potentiel de reproduction du taureau est fortement conseillée 30 à 60 jours avant la période de mise à la reproduction. Elle passe par un examen clinique complet qui repose sur une évaluation générale de l’animal (note d’état corporel, aplombs, boiterie, vision), un examen spécifique de l’appareil génital et une évaluation de la qualité du sperme (encadré 1) [1]. D’autres affections nécessitant un traitement peuvent être découvertes lors de cet examen préventif. Les affections traumatiques surviennent durant le coït. Elles passent souvent inaperçues au cours des premiers jours, mais peuvent compromettre le reste de la saison de reproduction. Le vétérinaire doit établir un diagnostic précis et proposer un plan thérapeutique en fonction du pronostic associé à chaque affection, incluant notamment la récupération de la capacité à pénétrer, à éjaculer, et la qualité de la semence.

RAPPELS ANATOMIQUES

Le pénis des taureaux, de type fibro-élastique, prend son origine en région périnéale et est attaché aux ischiums par deux volumineux muscles ischio-caverneux (figure 1). Le pénis suit ensuite distalement la portion ventrale de l’abdomen et dessine une inflexion sigmoïde, juste caudalement au scrotum, avant de passer entre les tuniques dartos droite et gauche, pour se prolonger jusqu’à 20 à 25 cm, caudalement à l’ombilic.

Ventralement au pénis se trouvent les muscles bulbospongieux, dans la portion dorsale, et les muscles rétracteurs du pénis, de l’attache dorsale du pénis jusqu’à l’inflexion sigmoïde, dont l’insertion se poursuit distalement jusqu’au milieu de la portion distale du corps du pénis.

L’urètre est entouré du corps spongieux sur la face ventrale du pénis, alors que le corps caverneux constitue la portion dorsale et occupe la quasi-totalité du volume pénien. Le pénis est divisé en plusieurs portions : la partie libre du pénis, recouverte de muqueuse, avec le gland à son extrémité, et le corps du pénis, dont une portion seulement est extériorisée lors de l’érection, bien que toujours recouverte de la lame interne du prépuce [3, 8].

CONSIDÉRATIONS ANESTHÉSIQUES

Certaines interventions chirurgicales du pénis peuvent être réalisées sur un taureau debout, dans une cage de contention et sous sédation, tandis que d’autres seront plus aisément menées à bien en décubitus latéral droit, soit sous sédation profonde, soit sous anesthésie générale. En complément des protocoles de sédation, il convient d’effectuer également des blocs locaux ou locorégionaux.

Protocoles de sédation

Pour les interventions sur un animal debout, selon le tempérament du taureau, la sédation peut consister en l’utilisation simple de 10 mg d’acépromazine associé à 10 mg de xylazine par voie intraveineuse (IV), ou de l’association de 10 mg de butorphanol, de 20 mg de xylazine et de 40 mg de kétamine par voie intramusculaire (IM) par animal (protocole Ket stun). Ces protocoles permettent une bonne coopération de l’animal, sans induire de décubitus [16].

Le protocole Ket stun peut aussi être modifié via une modulation des posologies ou son administration par voie intraveineuse. Le taureau est alors couché et maintenu au sol par des cordes. Dans ce cas, il convient de s’assurer du respect des considérations spécifiques quant au maintien des bovins en décubitus (jeûne préalable, protection des voies respiratoires, prévention des ischémies musculaires et compressions nerveuses).

Anesthésies locales du pénis

Le pénis du taureau peut être anesthésié par un bloc honteux, un bloc des nerfs dorsaux du pénis ou un bloc en anneau.

– Le bloc honteux s’effectue par l’infusion de 20 ml de lidocaïne à 2 % autour du nerf honteux, sur la surface médiale de l’ischion. Une palpation transrectale permet de localiser la zone. Une aiguille spinale est insérée pararectalement et l’anesthésique local est injecté (photo 2). La même intervention est réalisée à gauche et à droite pour anesthésier complètement le pénis, de sa base jusqu’à son extrémité [5, 9].

– Le bloc des nerfs dorsaux du pénis s’effectue par l’infusion de lidocaïne à 2 %, en portion dorsale du pénis, distalement à l’arc ischiatique. Une aiguille spinale de 18 G ou de 20 G est insérée jusqu’à 5 à 8 cm de profondeur, de part et d’autre du pénis, puis 10 à 20 ml d’anesthésique local sont injectés. Cette anesthésie assure la désensibilisation de la portion du pénis distale au site d’injection.

– Le bloc local s’effectue classiquement via une infiltration de produit anesthésique sous la muqueuse ou la peau. Un bloc en anneau peut éventuellement être réalisé à la base du prépuce.

CHIRURGIE DE LA PARTIE LIBRE DU PÉNIS

Fibropapillome

La principale affection de la partie libre du pénis est le développement de masses sur la muqueuse et sur le gland. Ces fibropapillomes se développent après la contamination du taureau par le virus du papillome bovin (BPV). Ces masses sont bénignes et non infiltrantes. Les plus petites peuvent régresser d’elles-mêmes, avec le développement de l’immunité de l’animal face à ce virus, mais les plus importantes doivent être excisées chirurgicalement (photo 3).

Après l’extériorisation de la partie libre du pénis, il est préférable de cathétériser l’urètre pour le visualiser avant de procéder à l’exérèse des masses. Celle-ci peut se faire directement au scalpel ou par cryothérapie [6, 10, 18]. Une hémostase est réalisée avec du fil de suture mono­filament de faible diamètre (Maxon ou PDS 3-0). Une fois les masses retirées, le pénis est réinséré dans le fourreau. Un traitement anti-inflammatoire est prescrit pendant 3 à 5 jours. Un repos sexuel de 30 jours au minimum est obligatoire ; il peut être étendu à 60 jours en cas de dissection importante.

Le pronostic de retour à la saillie est excellent après cette intervention.

Traitement de la déviation du pénis

La déviation ventrale ou spirale du pénis est une anomalie rare dont l’origine est encore mal définie : traumatique, résultant d’une avulsion plus ou moins marquée du ligament dorsal du pénis, ou congénitale, due à un ligament dorsal moins résistant [17]. Selon le consensus actuel, la déviation spirale survient naturellement au moment de l’éjaculation et les taureaux, chez lesquels elle est observée avant l’intromission, souffrent d’une déviation spirale prématurée [6]. Quoi qu’il en soit, toute forme de déviation du pénis lors de l’érection nuit à l’intromission et entraîne une baisse marquée de la fertilité du taureau. Le diagnostic doit être établi au cours de l’observation de la monte naturelle, pour garantir une érection complète du pénis.

Le traitement chirurgical - qui n’a donc rien à voir avec la déviation volontaire du pénis, parfois pratiquée pour créer des taureaux boute-en-train, car dans ce cas le pénis et le fourreau sont disséqués précautionneusement et tunnelisés dans le creux du flanc dans le but d’empêcher l’intromission - repose sur le renforcement du ligament dorsal du pénis, par la mise en place d’une greffe naturelle (fascia lata) ou d’une prothèse synthétique (grille de polytétrafluoroéthylène) [19]. Cette intervention est plus aisément réalisée sur un animal en décubitus latéral et sous anesthésie générale. Une incision longitudinale est réalisée sur la portion dorsale du pénis. Le ligament apical est identifié et incisé sur sa longueur, afin de découvrir la tunique albuginée. La greffe naturelle (ou la prothèse synthétique) est ajustée pour combler l’espace et suturée à la tunique albuginée par des points simples discontinus, avec du fil PDS 3-0, espacés de 5 à 7 mm (photo 4) [6, 11, 15, 19].

Il convient de ne pas pénétrer dans le corps caverneux. Une fois la prothèse mise en place, le ligament apical est suturé à son tour en incluant la prothèse dans cette suture. La muqueuse de la portion libre du pénis est alors suturée par des point simples discontinus avec du fil PDS 3-0. Le pénis est ensuite retourné et maintenu dans le fourreau à l’aide d’un bandage préputial.

Après l’intervention, un traitement antibiotique prophylactique est conseillé (pénicilline procaïne, tétracycline). Un traitement anti-inflammatoire de 5 à 7 jours est nécessaire. Le pronostic chirurgical demeure réservé.

PRISE EN CHARGE DES HÉMATOMES DU PÉNIS

Les hématomes du pénis correspondent à une rupture de la tunique albuginée, qui provoque une accumulation de sang dans les tissus périphériques. Cette rupture survient lorsque la pression, soutenue par le corps caverneux lors de l’érection, augmente significativement et que le pénis subit une angulation anormale lors du coït (défaut d’intromission du taureau ou mouvement de fuite de la vache). La rupture de la tunique albuginée est systématiquement localisée au niveau des portions dorsale et distale de la courbure sigmoïde.

Signes cliniques

Une inflammation marquée est présente immédiatement, cranialement au scrotum. L’accumulation initiale de sang peut être relativement restreinte, mais si le taureau n’est pas séparé des vaches, les érections suivantes provoquent une accumulation de sang assez importante.

Le diagnostic est clinique et confirmé par l’échographie [2, 11]. La ponction de l’hématome à l’aiguille fine est très risquée, car elle engendre un risque important de contamination de la collection sanguine et de formation d’un abcès préputial. Elle est donc à proscrire.

Traitement

Un traitement conservateur fondé sur un repos sexuel complet, un traitement anti-inflammatoire et une hydrothérapie froide peuvent être envisagés, si le diamètre de l’hématome est inférieur à 20 cm. Une longue période de repos (3 mois) est nécessaire pour permettre le remodelage complet et pour garantir une force adéquate lors des montes à venir [14].

Le traitement chirurgical offre un meilleur pronostic en termes de reproduction si le diamètre de l’hématome excède 20 cm [14]. Cependant, il est préférable de ne pas intervenir immédiatement après le traumatisme. Il est important de laisser le temps à l’hématome de s’organiser, pendant 2 à 3 jours, avant de procéder à son évacuation. Un traitement de soutien, identique au traitement conservateur, est alors mis en place. Toutefois, si le diagnostic est établi plus de 8 à 10 jours après le traumatisme initial, des adhérences se seront probablement formées dans les tissus élastiques et la fibrose cicatricielle entraînera, chez le taureau, une incapacité complète d’extérioriser le pénis.

L’animal est placé en décubitus latéral droit et une incision de 20 cm est pratiquée, cranialement et parallèlement au trayon vestigial. L’incision des tissus profonds permet de visualiser l’hématome, évacué manuellement, puis la plaie est irriguée avec une solution saline stérile afin de déloger les caillots, à la faveur d’un débridement mécanique doux. Lorsque le pénis peut être identifié, il est extériorisé. L’identification des muscles rétracteurs du pénis et de leur attache distale sur la courbure sigmoïde permet de repérer avec certitude la face ventrale de celle-ci. La brèche de la tunique albuginée peut être abordée de deux façons : soit directement, par une approche dorsale, soit indirectement, par une incision longitudinale latérale et une élévation des tissus élastiques de la tunique albuginée. L’approche indirecte offre l’avantage de limiter l’exposition des vaisseaux et des nerfs dorsaux du pénis. Les marges de la brèche sont alors excisées au minimum, pour assurer une suture solide (fil absorbable de diamètre USP 0 ou 1). Puis les tissus élastiques et sous-cutanés sont réapposés, et la peau est suturée [6, 11, 15, 19].

Les soins postopératoires reposent sur une antibiothérapie et un traitement anti-inflammatoire, pendant 7 à 10 jours. Le repos sexuel est au minimum de 2 mois.

Les complications possibles sont la formation d’un séroma, immédiatement après l’intervention, amené à se résorber dans les jours suivants. Si le séroma persiste, une hydrothérapie est à mettre en place, voire un drainage. À plus long terme, si les nerfs dorsaux ont été lésés, soit durant l’intervention, soit à cause de la compression exercée par l’hématome, une insensibilité complète du pénis peut être observée. Une récidive est également possible, en raison de la moindre résistance de la cicatrice par rapport au tissu initial et de l’exposition du taureau aux mêmes facteurs de risque.

CHIRURGIE PRÉPUTIALE

Lacérations du prépuce

Les lacérations préputiales surviennent le plus souvent lors de l’intromission ou en cas de traumatisme direct, lors de prolapsus intermittent du prépuce. Ces lacérations peuvent passer inaperçues si le taureau n’est pas surveillé quotidiennement. Une réaction inflammatoire survient rapidement après le traumatisme et entraîne une augmentation importante du volume du prépuce, accompagnée d’un prolapsus chronique (photo 5). À ce stade, un cercle vicieux peut se mettre en place : le drainage lymphatique du prépuce étant limité par sa position anatomique déclive, d’autres traumatismes peuvent être secondairement auto-infligés.

Non pris en charge, ces traumatismes préputiaux peuvent entraîner une contraction importante du tissu cicatriciel, engendrant un phimosis ou, à l’inverse, un paraphimosis dû à l’inflammation, parfois conséquente, qui peut survenir dans les heures suivant le traumatisme initial (photo 6). Le paraphimosis secondaire peut alors être à l’origine d’un traumatisme de la portion libre du pénis pouvant aller jusqu’à des lésions des nerfs dorsaux. Dans ce cas, cela aboutit à une incapacité permanente d’intromission pour le taureau.

Soins initiaux

Une protection des tissus endommagés est nécessaire. Les plaies sont nettoyées et un onguent antiseptique doux est appliqué sur la peau. L’auteur utilise une préparation extemporanée à base de lanoline contenant de la tétracycline, de l’huile minérale, du méthyl-salicilate et des huiles essentielles de pin et d’eucalyptus. Un hamac abdominal peut être confectionné avec une toile de jute et des bandes élastiques afin de maintenir le prépuce relevé contre la paroi abdominale et de favoriser le drainage lymphatique du prépuce (photo 7). Ce type de hamac présente l’avantage de laisser l’urine s’écouler et autorise un accès facile au prépuce, pour des soins subséquents.

L’animal doit être séparé du reste du troupeau. La mise en place d’une hydrothérapie froide permet de réduire l’inflammation, favorise le drainage lymphatique et le débridement mécanique de la plaie [11].

Une antibiothérapie de couverture et une thérapie anti-inflammatoire sont requises pendant 5 jours, puis une réévaluation de la plaie est effectuée pour décider de la suite du traitement, conservateur ou chirurgical, de cette lacération.

Traitement conservateur

Si la lacération est relativement superficielle et la contamination sous contrôle lors de la réévaluation, la plaie est de nouveau recouverte avec un onguent antiseptique doux et le bandage préputial est appliqué et conservé pendant 2 semaines (encadré 2). Le traitement anti-inflammatoire est réévalué selon le degré d’inflammation observé [15].

Traitement chirurgical

Un traitement chirurgical est à prévoir si la cicatrice fibreuse nuit à l’extension complète du pénis lors de l’érection. La cicatrice peut être présente sur une seule face du pénis ou sur toute sa circonférence.

Lors de cicatrice non circonférentielle, l’excision est réalisée par le biais d’une incision curvilinéaire, de part et d’autre, en limitant sa profondeur au strict nécessaire pour conserver les tissus élastiques sous-jacents. Une fois l’exérèse du tissu fibreux réalisée via une dissection délicate, une extension complète du pénis est réalisée afin de convertir une plaie transverse ou oblique en plaie longitudinale. Cette plaie est alors suturée à l’aide d’un surjet en lacets (figure 3) [7, 19].

Les soins postopératoires consistent en un bandage préputial, conservé pendant 7 à 10 jours. Un repos sexuel de 60 jours est recommandé. Le pronostic est favorable.

En cas de cicatrice circulaire, une exérèse complète de la zone endommagée peut être envisagée. Toutefois, il est important de tenir compte de la longueur du prépuce après l’intervention, pour éviter d’obtenir un pénis trop court, donc une intromission insuffisamment profonde. La longueur du prépuce à conserver ne peut être inférieure à 1,5 fois la longueur de la portion libre du pénis. Apres la préparation chirurgicale, le pénis est maintenu en extension avec une pince à champ placée sous le ligament dorsal du pénis, puis deux points de suture sont placés distalement et dorsalement à la zone à exciser, en portion dorsale du pénis (photo 9). Ces deux points de suture servent de repères, pour éviter la rotation de la peau lors de la suture finale (photo 10). Deux incisions circulaires sont réalisées distalement et proximalement à la cicatrice, en limitant la profondeur au strict nécessaire (photo 11). Ces deux incisions sont connectées par une troisième, longitudinale, avant de disséquer délicatement le tissu fibrosé (photos 12 et 13). Si les saignements sont trop abondants, un garrot peut être mis en place proximalement, à l’aide d’un drain de Penrose. Après une hémostase précise, le tissu sous-cutané est suturé par 6 à 8 points en X, avec du fil de suture résorbable monofilament de faible diamètre (USP 2-0). Puis les marges cutanées sont apposées, avec des points en X ou en U espacés de 5 mm, en prenant soin de respecter l’alignement des portions proximale et distale du pénis (photo 14) [7, 11, 15, 19].

Les soins postopératoires sont identiques, le pénis est maintenu en place dans le fourreau à l’aide d’un bandage préputial. Un traitement antibiotique et anti-inflammatoire est mis en place pendant 5 à 7 jours. La durée du repos sexuel est de 60 jours.

Complications

Les complications associées sont inhérentes à toute intervention chirurgicale : infection du site opératoire ou contraction cicatricielle entraînant une récidive. Lors de dissection trop profonde, il est possible de provoquer une insensibilisation de la portion libre du pénis, liée à une atteinte des nerfs dorsaux du pénis, ou encore une fibrose des tissus élastiques péniens, entravant l’extériorisation complète du pénis. Le pronostic rapporté pour ces interventions est de 90 % de réussite, avec une nette différence lorsque le taureau souffre au préalable de phimosis, par comparaison avec un animal dont l’extension du pénis est possible avant la correction chirurgicale [4].

Avulsion du prépuce

L’avulsion du prépuce est une lacération de la face ventrale du pénis, entre sa portion libre et le prépuce. Elle survient essentiellement chez les taureaux de station de collecte de semence, au comportement de monte trop agressif, ou lorsque le vagin artificiel n’est pas assez lubrifié [15].

Le diagnostic est immédiat et effectué par le technicien du centre. Ce traumatisme constitue une urgence pour le taureau. Une cicatrisation par première intention permet d’offrir le meilleur pronostic. Les marges de la plaie sont ravivées et suturées avec du fil de suture absorbable monofilament par des points en X ou en U.

Abcès préputial

Les lacérations et les hématomes préputiaux sont susceptibles de s’infecter et de se transformer en abcès du prépuce. Les signes cliniques sont une inflammation, craniale au scrotum et caudale au fornix préputial (photo 15). Un phimosis accompagne souvent le diagnostic. Le pronostic est sombre, en raison de la compromission chronique des tissus élastiques. La réforme de l’animal représente alors une option économique. Sur 11 animaux traités chirurgicalement par drainage par le prépuce, seuls 6 taureaux ont répondu favorablement au traitement [13].

Si le potentiel génétique de l’animal le justifie, le drainage de l’abcès peut être tenté, afin d’évacuer le pus et de restaurer la mobilité du pénis au sein du fourreau. Ce drainage doit être effectué par le prépuce, et non par voie transcutanée. En effet, l’usage de cette voie entraîne une réaction inflammatoire importante et une fibrose des tissus élastiques qui a pour conséquence un phimosis permanent. Toutefois, cette méthode peut éventuellement être employée en dernier recours, par exemple avant la réforme de l’animal, afin de drainer l’abcès.

Le prépuce est abondamment irrigué quotidiennement (photo 16) pendant 7 jours, puis l’extension du pénis est tentée par la palpation transrectale des glandes vésicales. Un traitement antibiotique est requis.

Conclusion

Les affections acquises du pénis et du prépuce chez le taureau, infectieuses ou traumatiques, peuvent être corrigées chirurgicalement. Ces interventions offrent la possibilité de conserver les animaux dont les qualités d’amélioration zootechnique sont recherchées par les éleveurs. Mais l’investissement est parfois substantiel et une décision raisonnée doit être prise quant à sa pertinence. Si la reforme peut paraître économiquement avantageuse, il faut prendre en considération la valeur génétique de l’animal et le nombre de saisons de reproduction possible compte tenu du taux de rotation des taureaux dans l’élevage [12]. Toutefois, ces interventions requièrent une certaine minutie lors de la dissection et de la reconstruction anatomique. Si certaines peuvent s’envisager sur un animal debout sous sédation, la plupart sont plus aisément réalisées sur un animal en décubitus latéral, ce qui peut se révéler une entrave à leur mise en œuvre.

Références

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Conflit d’intérêts

Aucun.

ENCADRÉ 1

Réalisation de l’examen du pénis

Peu de taureaux tolèrent l’extériorisation de leur pénis sans sédation. Celle-ci est donc fortement conseillée pour faciliter l’examen exhaustif du pénis. La sédation induit une certaine relaxation musculaire, qui se traduit par un prolapsus partiel de la lame interne du prépuce, mais rarement par l’extériorisation de la partie libre du pénis. Pour l’obtenir, le praticien peut saisir la portion distale de la courbure sigmoïde, située cranialement au scrotum, et la pousser vers l’avant ; il peut également masser les vésicules séminales, par voie transrectale afin d’induire une érection. Une fois la partie libre du pénis hors du prépuce, elle est saisie et une traction modérée est exercée pour effectuer l’examen du pénis. Éventuellement, une gaze peut être enroulée autour du pénis pour aider la manipulation et l’examen (photo 1). Il est important de vérifier le bon retour du pénis dans le fourreau après l’examen, pour prévenir les traumatismes auto-infligés, si le taureau souffre temporairement d’un certain degré de paraphimosis.

Points forts

→ Avant la saison de monte, l’évaluation du potentiel de reproduction du taureau inclut un examen général, génital, ainsi qu’une évaluation de la qualité du sperme.

→ La plupart des interventions concernant le pénis ou le prépuce sont à réaliser sur un taureau en décubitus latéral, ce qui peut constituer une entrave à leur mise en œuvre sur le terrain.

→ Un repos sexuel minimal d’un mois est préconisé après toute intervention. Deux mois sont parfois nécessaires pour obtenir une guérison complète.

ENCADRÉ 2

Réalisation d’un bandage préputial

Une fois le prépuce nettoyé, un onguent antiseptique doux est appliqué sur l’épiderme préputial, puis le prolapsus est réduit en repositionnant la portion libre du pénis profondément dans le fourreau. Un tube de silicone (réalisé en recyclant un tube endotrachéal d’anesthésie), dont une extrémité est ajourée en de multiples points, est inséré dans le fourreau. Le tube est alors maintenu en place en utilisant un bandage élastique adhésif, en commençant sur le tube et en progressant sur le fourreau (figure 2, photo 8). Il est important de s’assurer que la peau du fourreau est bien sèche pour permettre une bonne adhésion de la bande élastique. Ces bandages ont tendance à glisser légèrement et des sutures latérales, avec du fil de polypropylène ou de polyamide USP 1 ou 2, aident à limiter cette complication.

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