Le bolus : un concentré de recherche galénique - Le Point Vétérinaire expert rural n° 387 du 01/07/2018
Le Point Vétérinaire expert rural n° 387 du 01/07/2018

PHARMACIE

Avis d’expert

Auteur(s) : Laurent Chéry

Fonctions : Vétalis
10, avenue d’Angoulême
16100 Cognac

Pour obtenir une durée d’action optimale selon l’usage souhaité, la conception du bolus ne laisse rien au hasard.

L’utilisation de bolus est aujourd’hui largement répandue, aussi bien en médecine humaine qu’en médecine vétérinaire. Il est également utilisé en vue notamment de prévenir et/ou de corriger certaines carences en oligoéléments, vitamines ou autres micronutriments, indispensables au bon fonctionnement du métabolisme. Sous des apparences banales, le procédé de fabrication est strict et très complexe et conditionne la qualité du produit final, comme l’explique Laurent Chéry, président de Vétalis.

LE BOLUS EST TRÈS RÉPANDU EN PRATIQUE, MAIS QUE SIGNIFIE CE TERME ?

En médecine et en pharmacie, le terme bolus désigne une dose de médicament ou de produit de contraste qui doit être administrée en totalité et d’un seul coup, par injection intraveineuse (bol intraveineux), parfois intra-osseuse ou sous-cutanée, afin d’obtenir une réponse thérapeutique rapide ou pour établir un diagnostic.

Le bolus s’oppose à l’administration lente, à la perfusion ou au traitement de longue durée.

En médecine vétérinaire, les boli se présentent plutôt sous la forme de gros comprimés hautement concentrés à durée de libération variable (ogives, dragées ou autres comprimés de forme sphérique adaptés à l’âge et au poids de l’animal) ; ils sont administrés par voie orale à l’aide d’un pistolet : le lance-bolus.

En d’autres termes, la galénique bolus se résume à des process technologiques, au choix des différents ingrédients et à la parfaite maîtrise du process de fabrication.

DE QUELLE LÉGISLATION LES BOLI RELÈVENT-ILS ?

Il n’existe pas de réglementation spécifique au bolus. Ainsi, trois cas de figure sont possibles :

– le bolus intègre des substances actives médicamenteuses ; il est classé dans le domaine des médicaments ;

– il contient des matières premières et des additifs reconnus au sens de la réglementation alimentation animale ; il est classé dans le domaine des aliments diététiques à usage nutritionnel particulier (encadré 1) ;

– il existe d’autres types de boli particuliers, à orientation purement technique et diagnostique, qui intègrent des capteurs de température, de pH, etc.

QUELLES SONT LES DIFFICULTÉS DE FABRICATION LIÉES À LA DIVERSITÉ DES MOLÉCULES QUE CONTIENNENT LES BOLI ?

Aujourd’hui, surtout en nutrition animale, la plupart des boli intègrent dans leur composition un panachage de différents ingrédients à vocation nutritionnelle et fonctionnelle : vitamines, oligoéléments, macroéléments, poudres de plantes, extraits végétaux, pro- et prébiotiques. Dans ce cas, il n’est pas possible de rattacher le bolus à une classe particulière de nutriments. De tels boli ont plutôt une application zootechnique et un intérêt nutritionnel global adapté à une période clé du cycle physiologique de l’animal.

De plus, dans le cas d’ingrédients nutritionnels de tailles particulaires fortement différentes, il peut exister des phénomènes de démélange et de répartition non homogène dans la galénique finale. Il appartient au fabricant de maîtriser ces divers aspects dans leur approche sur le plan tant des process de fabrication que du choix des fournisseurs. Les différents ingrédients nutritionnels n’ont pas les mêmes caractéristiques physicochimiques : solubilité, taille des particules, etc. De plus, il peut exister des interactions chimiques entre les différents constituants. C’est au fabricant de s’assurer de la maîtrise technique de ces différents paramètres.

Il existe également une solubilité différentielle : des molécules à forte solubilité vont favoriser un délitement rapide du bolus. Inversement, des molécules à solubilité réduite favoriseront un délitement prolongé.

La densité du bolus (qui dépend des densités relatives des différents ingrédients) doit impérativement être suffisamment élevée pour éviter des phénomènes de régurgitation du bolus par la vache pendant la phase de rumination. Ainsi, il s’avère parfois nécessaire de recourir à l’emploi d’agents de lestage ; celui de fer inerte non assimilable trouve donc un intérêt particulier sur ce plan. Toutefois, la quantité de fer inerte introduite dans les boli est fixée réglementairement à 20 % au maximum de la composition (photo 1). Cette quantité est insuffisante pour fixer un bolus à un aimant.

La libération des différents actifs est contrôlée grâce à l’ajout d’ingrédients galéniques matriciels, ce qui permet d’obtenir des durées allant de quelques heures à plusieurs de délitement (encadré 2).

QUELLES SONT LES AVANCÉES PLUS OU MOINS RÉCENTES SUR LA TECHNOLOGIE DU BOLUS ?

Outre la maîtrise de ces éléments galéniques, les principales avancées aujourd’hui en termes d’innovation résident dans le choix de molécules hautement innovantes, de dernière génération, ayant fait l’objet de travaux d’objectivation et de démonstrations zootechniques. Par exemple, dans le domaine de la nutrition :

– l’hydroxyanalogue de sélénométhionine ;

– les hydroxychlorures cuivreux, de zinc, de manganèse ;

– les glycinates (chélate d’acide aminé).

Ces molécules présentent une forte biodisponibilité comparativement aux sels conventionnels d’oligoéléments. Certains extraits végétaux ont également fait l’objet de travaux poussés en matière d’amélioration des performances zootechniques.

QUELS SONT LES LIMITES ET LES RISQUES DE CE PROCÉDÉ D’ADMINISTRATION ?

Dans le domaine de la nutrition et de la supplémentation, le choix du développement d’un bolus répond à une problématique particulière et spécifique, à une déficience ou à une complémentation ciblée afin de soutenir certaines fonctions biochimiques et/ou zootechniques (reproduction, tarissement, etc.), mais se fait aussi lors des phases d’entretien, dans un contexte préventif. L’appui technique des praticiens vétérinaires est cependant essentiel pour apporter à l’éleveur la solution la plus adaptée à la situation donnée de l’élevage.

Le bolus, grâce à la maîtrise de son procédé de relargage et de délitement à des doses filées, assure une sécurisation des doses, sur une durée donnée, de manière contrôlée. Ce dispositif est donc d’une praticité d’emploi évidente pour l’éleveur et limite les erreurs de dosage. Pour autant, certains cas doivent être appréhendés avec prudence :

– vache couchée ou dans un état pathologique : risque de fausse déglutition et de coincer le bolus dans l’œsophage ;

– bolus friable ou fragmentaire : le délitement peut alors être accéléré (impact non maîtrisé sur la libération des actifs). Cela peut être dû, par exemple, à une non-reproductibilité des lots, à une non-maîtrise des process industriels ou à des équipements non adaptés (robustesse des procédés) ;

– non-respect des normes réglementaires d’apport journalier lors d’apport concomitant d’autres sources d’oligoéléments ;

– administration via un lance-bolus métallique, sans support caoutchouc à son extrémité, qui pourrait conduire à des blessures sur l’animal (lésions de l’œsophage) ;

– mauvaise contention de l’animal.

QUELS SONT LES AVANTAGES DU BOLUS EN MÉDECINE BOVINE ?

Le bolus est aujourd’hui une solution séduisante, grâce à sa praticité d’emploi et à son mode d’action spécifique : relargage de ses constituants à des doses filées sur des durées allant de quelques heures à plusieurs mois. Cela permet d’éviter des apports quotidiens et réitérés de médicaments ou de compléments nutritionnels.

De plus, la galénique bolus permet de garantir un relargage contrôlé en accord avec la maîtrise des doses journalières admises. Seules les entreprises dotées de machines pharmaceutiques peuvent assurer une reproductibilité des lots.

En raison de son mode d’action spécifique, le bolus permet un relargage d’additifs à des doses infimes et permanentes, contribuant à minimiser l’utilisation de ces ressources naturelles épuisables, les oligoéléments en particulier. C’est donc également une réponse aux enjeux environnementaux auxquels est confrontée notre société. Cette galénique permet aussi d’optimiser l’assimilation par rapport à d’autres modes d’administration orale (pierre à lécher, solutions liquides d’abreuvement, complément minéral et vitaminé [CMV] dans la ration, etc.).

Faire avaler un bolus est un geste simple, aujourd’hui facilité par le blocage aux cornadis et par l’utilisation, dans certains cas, de lève-tête (photo 2). Ce sont 2 minutes de manipulation pour une durée d’action allant jusqu’à 8 mois (250 jours), dans certains cas.

Références

  • 1. Directive n° 2002/32/CE du Parlement européen du 7/5/2002 sur les substances indésirables dans les aliments pour animaux.
  • 2. Règlement CE n° 183/2005 du Parlement européen et du Conseil du 12/1/2005 établissant des exigences en matière d’hygiène des aliments pour animaux.
  • 3. Règlement CE n° 767/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13/7/2009 concernant la mise sur le marché et l’utilisation des aliments pour animaux.
  • 4. Règlement UE n° 68/2013 de la Commission européenne du 16/1/2013 relatif au catalogue des matières premières pour aliments des animaux.
  • 5. Règlement CE n° 1831/2003 du Parlement européen et du Conseil du 22/9/2003 relatif aux additifs destinés à l’alimentation des animaux.
  • 6. Règlement CE n° 2073/2005 de la Commission européenne du 15/11/2005 concernant les critères microbiologiques applicables aux denrées alimentaires.

Conflit d’intérêts

Laurent Chéry est président de la société Vétalis.

ENCADRÉ 1
Réglementation des bolus à objectifs nutritionnels

Les boli à objectifs diététiques et nutritionnels doivent répondre aux exigences des aliments et des additifs destinés aux animaux de rente [1-6]. Concernant plus particulièrement les boli, la directive 2008/38/CE de la Commission européenne du 5 mars 2008, établissant une liste des destinations des aliments pour animaux visant des objectifs nutritionnels particuliers précise, dans son article 10 : « Lorsqu’un aliment pour animaux visant des objectifs nutritionnels particuliers est mis sur le marché sous forme de bolus, consistant en une matière première pour aliments des animaux ou en un aliment complémentaire pour animaux, destiné à une administration orale forcée individuelle, l’étiquette de cet aliment doit, le cas échéant, mentionner le délai maximal de libération continue du bolus et le taux de libération journalier pour chaque additif pour lequel une teneur maximale est fixée pour l ’aliment complet. »

ENCADRÉ 2
Bolus et brevets galéniques

En 2017, Vétalis obtient un brevet portant sur la galénique bolus, c’est-à-dire l’incorporation d’ingrédients matriciels permettant de contrôler ou de cadrer la durée de délitement des boli. Ainsi, ce produit se caractérise notamment par la combinaison d’un ou de plusieurs principes actifs, d’un agent accélérateur de délitement et d’un agent retardateur de délitement, qui permettent le contrôle et le cadrage de la durée de délitement (figure). Ainsi, en fonction du taux d’agents accélérateurs ou retardateurs, plusieurs types de boli peuvent être proposés, en fonction de la durée de délitement (moins de 30 jours, de 30 à 90 jours, de 90 à 180 jours et plus de 180 jours).

Abonné au Point Vétérinaire, retrouvez votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr