Dysphagie, trismus et hyperthermie chez un chien - Le Point Vétérinaire n° 386 du 01/06/2018
Le Point Vétérinaire n° 386 du 01/06/2018

MÉDECINE INTERNE

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Maxime Tellier*, Clémence Ruet**

Fonctions :
*CHV Nordvet
1, rue Delesalle
59110 La Madeleine
Maxime.Tellier5@hotmail.com

Présentation clinique

Une chienne croisée malinois de 1 an est présentée en consultation pour une dysphagie et un trismus (diminution de l’amplitude d’ouverture de la mandibule) d’apparition aiguë et évoluant depuis 24 heures. L’examen clinique met en évidence une douleur à la manipulation de la mâchoire et de l’hyperthermie (40,4 °C), le reste de l’examen étant dans les normes. L’inspection buccale (sous sédation, en raison de la douleur présentée par le chien) ne montre aucune anomalie.

Un traitement symptomatique est mis en place (méloxicam 0,1 mg/kg/j durant 4 jours et amoxicilline-acide clavulanique 10 mg et 2,5 mg/kg, matin et soir durant 7 jours). La chienne est représentée en consultation 2 jours plus tard pour une persistance de la douleur malgré le traitement, l’apparition d’une exophtalmie bilatérale avec mydriase aréflective et cécité.

Devant l’évolution du tableau clinique, une imagerie par résonance magnétique (IRM) de la tête est réalisée (photos 1 et 2).

Qualité de l’image

La résolution spatiale et le contraste des images sont corrects. Le positionnement est bon. Il n’existe aucun artéfact.

Description de l’image

Des zones hyperintenses et irrégulières sont visibles dans les muscles temporaux en T2, ainsi que dans la portion dorsale des muscles ptérygoïdiens (non montrés ici). Ces plages sont davantage visibles après injection d’un produit de contraste par voie intraveineuse (gadolinium diméglumine). Le globe oculaire gauche semble repoussé rostralement, et les muscles oculomoteurs semblent légèrement épaissis bilatéralement et légèrement hyperintenses en T2 à leur périphérie. Les globes oculaires conservent un aspect normal. L’encéphale présente un aspect normal.

Interprétation

En raison des examens clinique et d’IRM, une myosite des muscles masticateurs est suspectée en première intention. L’augmentation des créatinines kinases et les résultats négatifs aux sérologies Toxoplasma et Neospora (responsables de myosites infectieuses) sont en faveur d’une myosite d’origine immunitaire. Étant donné la structure intègre des globes oculaires, les symptômes oculaires observés sont probablement causés par l’atteinte des muscles ptérygoïdiens responsable d’une compression des nerfs optiques.

DISCUSSION

La myosite des muscles masticateurs (masticatory muscle myositis, [MMM]) est une myopathie inflammatoire focale d’origine auto-immune qui touche principalement les muscles temporaux, les masséters et les ptérygoïdiens. Dans la phase aiguë, les animaux présentent un gonflement bilatéral des muscles masticateurs, qui sont très douloureux à la palpation, ainsi qu’un trismus. De manière chronique, le principal signe clinique est l’atrophie musculaire [1].

Des symptômes oculaires sont observés dans 44 % des MMM. Ils sont provoqués par la compression du nerf optique par les muscles ptérygoïdiens inflammatoires se situant derrière les globes oculaires. Dans ce cas, l’animal peut être atteint d’exophtalmie, de conjonctivite ou de cécité, ainsi que des aréflexies oculaires [2].

Cette affection touche principalement les chiens de grandes races d’âge moyen. La pathogenèse reste inconnue, bien que la théorie actuelle repose sur l’imitation moléculaire d’anticorps qui réagissent contre les myofibres 2M typiques des muscles masticateurs. Une des méthodes diagnostiques consiste à réaliser un test Elisa pour doser les anticorps anti-2M (haute spécificité et sensibilité) [3].

L’IRM est une méthode diagnostique fiable et précoce. L’utilisation de séquence T2 permet de mettre en évidence des zones de signal hyperintenses, inhomogènes, symétriques et étendues dans les muscles masticateurs. En T1, ces zones apparaissent hypo-intenses. Ce n’est qu’après l’utilisation d’un produit de contraste (gadolinium diméglumine) qu’elles apparaissent plus intenses et inhomogènes (rehaussement positif) [2].

Le traitement consiste en une corticothérapie à dose immunosuppressive : 2 mg/kg toutes les 12 heures jusqu’à l’arrêt des signes cliniques aigus, puis à dose dégressive durant un minimum de 2 mois [2].

Références

  • 1. Cauduro A, Favole P, Asperio RM et coll. Use of MRI for the early diagnosis of masticatory muscle myositis. J. Am. Anim. Hosp. Assoc. 2013;49(5):347-352.
  • 2. Czerwinski SL, Plummer CE, Greenberg SM et coll. Dynamic exophthalmos and lateral strabismus in a dog caused by masticatory muscle myositis. Vet. Ophthalmol. 2015;18 (6):515-520.
  • 3. Kent M, Glass EN, Castro FA et coll. Masticatory muscle myositis in a gray wolf (Canis Lupus). J. Zoo Wildl. Med. 2017;48 (1):245-249.

Conflit d’intérêts

Aucun.

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