Bénéfices et risques du Zycortal® dans la maladie d’Addison - Le Point Vétérinaire n° 382 du 01/01/2018
Le Point Vétérinaire n° 382 du 01/01/2018

ENDOCRINOLOGIE CANINE

Thérapeutique

Auteur(s) : Daphné Rochel

Fonctions : Oniris, unité de pharmaco-toxicologie,
site de la Chantrerie, Atlanpôle,
44307 Nantes Cedex 3

Depuis 2016, le Zycortal® (25 mg/ml) représente la seule spécialité vétérinaire validée pour le traitement de la maladie d’Addison chez le chien.

Le pivalate de désoxycortone (DOCP) est un analogue d’un minéralocorticoïde naturel, la désoxycorticostérone, dont l’efficacité est démontrée depuis 30 ans dans le traitement de l’hypocorticisme primaire (ou maladie d’Addison) chez le chien [2, 3]. En raison de son action minéralocorticoïde pure, son usage est souvent associé à une corticothérapie orale (prednisolone à la dose de 0,2 à 0,4 mg/ kg/j).

Pathogénie

Chez le chien, l’hypocorticisme primaire est une dysendocrinie liée à l’atrophie ou à la destruction bilatérale du cortex surrénalien. Le déficit en minéralocorticoïdes et en glucocorticoïdes qui en résulte est responsable respectivement de graves déséquilibres hydroélectrolytiques et d’un défaut d’adaptation à tout stress, souvent associés cliniquement à une léthargie, à des troubles digestifs, voire à un état de choc.

Action minéralocorticoïde pure

Le bénéfice thérapeutique du DOCP est attribué à son aptitude à stabiliser l’équilibre hydrominéral par une activité pharmacologique de longue durée, que permet sa formulation dans une suspension microcristalline. Il augmente la réabsorption du sodium et induit une excrétion accrue du potassium grâce à son action génomique (induction de l’expression de canaux et de pompes ioniques). Son activité minéralocorticoïde pure (sans effets glucocorticoïdes) lui confère un intérêt supérieur à celui de la fludrocortisone, dont l’action mixte minéralocorticoïde et glucocorticoïde pourrait engendrer un état d’hypercorticisme iatrogène à moyen terme [1].

Contrôle

L’enjeu du traitement étant vital, un contrôle étroit de la réponse de l’individu est nécessaire. Une évaluation de l’état clinique et une surveillance du ionogramme plasmatique 10 jours après l’injection (pic de concentration en désoxycortone) et au vingtcinquième jour sont recommandées pour ajuster la dose de glucocorticoïdes dès 10 jours, ainsi que celle de DOCP et sa fréquence d’injection (figure).

Plan de traitement

La dose initiale de DOCP est de 2,2 mg/kg en injection sous-cutanée. Si les contrôles effectués à 10 jours et à 25 jours sont jugés satisfaisants, l’injection de Zycortal® est renouvelée à la même dose tous les 25 jours. En revanche, si le traitement est excessif (hypokaliémie, hypernatrémie, Na/K > 32) ou en cas d’effets secondaires (notamment polyuro-polydipsie [PUPD]) malgré une diminution de la dose de glucocorticoïdes, la dose et la fréquence d’injection de DOCP sont revues à la baisse, comme suggéré par l’essai clinique. Plus rarement, si le traitement est insuffisant, une augmentation des supplémentations hormonales (prednisolone dès 10 jours, DOCP dès 25 jours) est indispensable. De plus, si le chien présente des troubles digestifs ou lors de stress intense, une dose accrue de glucocorticoïdes est requise.

Effets secondaires

Les principaux effets rapportés sont de la PUPD, ainsi que des troubles digestifs, urinaires, généraux (baisse de l’activité, fatigue), une alopécie et un halètement.

Malgré son ajustement fastidieux et son coût (prix du médicament et des suivis clinique et biologique), ce traitement vétérinaire minéralocorticoïde pur représente une avancée majeure pour les chiens atteints d’hypocorticisme primaire.

Conflit d’intérêts

Aucun.

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