Traitements des fractures humérales chez les bovins - Le Point Vétérinaire expert rural n° 362 du 01/01/2016
Le Point Vétérinaire expert rural n° 362 du 01/01/2016

PATHOLOGIE CHIRURGICALE BOVINE

Fiche

Auteur(s) : Mohamed-Rhida Frikha*, Rym Latrach**, Cécile De Guio***, Émilie Segard-Weisse****

Fonctions :
*Unité pédagogique de médecine
et de chirurgie des ruminants, porcs et volailles,
VetAgro Sup, Campus vétérinaire de Lyon,
1, avenue Bourgelat, 69280 Marcy-L’Étoile
ridha.frikha@vetagro-sup.fr
**Service de chirurgie, École nationale
de médecine vétérinaire, 2020 Sidi Thabet, Tunisie
***Service d’imagerie médicale, VetAgro Sup,
Campus vétérinaire de Lyon,
1, avenue Bourgelat,
69280 Marcy-L’Étoile
****Service d’imagerie médicale, VetAgro Sup,
Campus vétérinaire de Lyon,
1, avenue Bourgelat,
69280 Marcy-L’Étoile

Le traitement des fractures humérales représente un défi pour le praticien.

En raison de la position anatomique et de la morphologie de l’humérus(1), le traitement des fractures humérales chez les bovins adultes constitue un véritable défi pour le praticien en milieu rural et fait appel à diverses techniques.

Particularités des fractures de l’humérus chez les bovins

Chez les bovins, l’humérus se caractérise par le grand volume de son extrémité proximale. Sa face latérale est presque entièrement occupée par le sillon brachial, anciennement qualifié de gouttière de torsion, et présente quelques irrégularités nettement marquées (figure) [3].

Les fractures humérales chez les bovins sont statistiquement peu nombreuses par rapport aux fractures des rayons osseux distaux et ne représentent que 5 à 7 % des fractures diagnostiquées dans cette espèce [1, 2, 8]. Cela est, principalement, en rapport avec la position anatomique de l’os. En effet, l’épiphyse proximale et la diaphyse de l’humérus sont protégées latéralement par une importante masse musculaire et médialement par la paroi thoracique. En revanche, l’épiphyse distale est modérément protégée. Cela explique la localisation habituelle et la complexité des fractures de la partie distale de l’humérus chez les bovins.

En raison de la position anatomique et de la morphologie de l’humérus, le traitement des fractures humérales chez les bovins adultes constitue un véritable défi pour le praticien en milieu rural.

Le plus souvent, ces fractures siègent dans la partie distale de l’os et peuvent s’accompagner de diverses lésions du nerf radial qui vont de la compression à l’élongation, voire à la section dans les cas les plus sévères, ce qui aggrave le pronostic. Il est donc primordial d’évaluer l’intégrité nerveuse du membre avant de procéder à un traitement quelconque et de la réévaluer après la consolidation de la fracture. En cas de paralysie de ce nerf, l’animal prend appui sur la face antérieure du boulet.

Traitement par ostéosynthèse

Chez les bovins, la réparation des fractures par ostéosynthèse est devenue possible grâce à l’avènement de nouveaux dispositifs chirurgicaux, notamment chez les jeunes animaux. Pour le cas particulier de l’humérus, les principales techniques qui ont été décrites sont représentées par des plaques vissées, des enclouages centromédullaires et des fixateurs externes.

Le coût du traitement par ostéosynthèse (et des soins postopératoires) est assez élevé, ce qui limite son usage aux animaux de grande valeur génétique. En revanche, toutes ces techniques sont réservées aux veaux et aux jeunes bovins car le poids de l’animal constitue un facteur très important, qui compromet la stabilité du montage.

Plaques vissées

Cette méthode de fixation interne nécessite un abord large de l’os. Dans le cas particulier de l’humérus chez les bovins, cet abord est techniquement difficile en raison de la forte musculature qui entoure l’os et de gros tendons qui prolongent cette dernière. La diaphyse distale de l’humérus ne peut donc être convenablement exposée pour procéder à la mise en place d’une plaque vissée. De plus, la présence du sillon brachial entrave la réalisation de ce type de montage dans cette espèce. La pose des plaques vissées est donc très délicate, car elles doivent être parfaitement adaptées à l’humérus et à ses courbures [6]. Le pronostic des fractures humérales réparées par plaques vissées chez les bovins adultes serait réservé en raison du poids de ces animaux, qui compromet la stabilité du montage. Un bon pronostic est inversement corrélé à l’âge, au poids et à la taille de l’animal [2, 4, 11, 12].

Enclouage centromédullaire

L’enclouage centromédullaire représenterait la meilleure technique d’endo-fixation osseuse de l’humérus chez les jeunes bovins ne dépassant pas 100 à 150 kg de poids vif (PV) et il est moins coûteux que les plaques vissées [2, 4].

Néanmoins, pour le cas particulier des fractures comminutives de l’humérus chez les bovins adultes, les dimensions du fût huméral imposent l’utilisation d’un enclouage fasciculé qui complique la technique opératoire. Cette technique entraîne une dévascularisation peropératoire des fragments osseux, ce qui ralentit la cicatrisation, même en l’absence de complications infectieuses.

Enfin, la présence de multiples esquilles osseuses nécessite des moyens complémentaires de fixation, en particulier la mise en place de cerclages osseux ou de vis de traction, ce qui prolonge le temps d’intervention et accroît le risque infectieux.

Fixateurs externes

Les fixateurs externes sont moins onéreux que les plaques et, de surcroît, ils représentent une technique d’ostéosynthèse à foyer fermé peu invasive [1, 4, 5, 16]. En cas de fractures comminutives de l’humérus, la réparation sans accès au foyer de fracture facilite la cicatrisation et réduit le risque de complications infectieuses. En revanche, et compte tenu de la proximité de l’humérus avec la racine du membre, le dispositif utilisé est une hémifixation qui ne procure pas assez d’immobilisation du foyer de fracture pour un animal d’une telle taille.

Les complications notées après la mise en charge du membre par défaillance de l’interface broche-os ne sont pas rares dans l’espèce bovine. De plus, ce type de montage nécessite une surveillance de l’animal et des soins quotidiens de longue durée pour la désinfection des points d’entrée des broches, qui peuvent constituer une porte d’entrée aux agents pathogènes.

Traitement par pansement contentif

Plâtre

Le principal avantage du plâtre réside dans son coût peu élevé et la facilité de sa mise en place, d’où son intérêt dans le traitement des fractures fermées chez les animaux de rente, notamment pour les rayons osseux distaux [7, 15].

Le plâtre ne peut toutefois pas être envisagé dans le traitement des fractures de l’humérus en raison de la forme conique de l’épaule des bovins, d’autant plus que ce matériau assez lourd risque de glisser et de ne plus assurer l’immobilisation souhaitée du foyer de fracture. De plus, le plâtre est radio-opaque et doit être enlevé pour chaque contrôle radiographique.

Attelle de Thomas

L’attelle de Thomas est constituée d’un dispositif qui met en extension l’extrémité distale du membre et qui fait reposer le poids sur la région de l’ars [2, 3, 9]. Son utilité pour l’humérus n’est pas sûre. En raison du poids du bovin, ce type de montage peut être à l’origine de complications diverses, en particulier d’escarres, connues par les Anglo-Saxons sous l’appellation de fulcrum effect, fréquentes chez les animaux lourds.

L’attelle de Thomas et le plâtre peuvent être associés pour améliorer les chances de réussite du traitement. En 2006, Gangl et coll. ont étudié 99 cas de fractures chez des bovins : cette méthode de traitement était de loin la plus fiable pour les fractures du radius, de l’ulna et du tibia [9]. Une seule fracture de l’humérus a été traitée correctement de cette façon dans cette étude.

Pansement Robert-Jones associé à une attelle

Le pansement Robert-Jones associé à une attelle est d’une grande utilité pratique [10]. Il est léger, facile d’application et permet d’effectuer des contrôles radiographiques, mais il partage l’inconvénient commun des autres pansements contentifs qui ne peuvent, en aucun cas, immobiliser une fracture humérale. Il risque aussi de se salir et de se mouiller, retenant l’humidité et entraînant une macération des tissus sous-jacents.

Résine

La résine est légère, résistante et facile à appliquer. Ce matériau radiotransparent permet d’effectuer des contrôles après son application sans avoir à retirer le pansement, ce qui présente un grand intérêt pratique et diminue le coût des soins prodigués à l’animal [2, 5, 8]. Le principal inconvénient de la résine chez les animaux de production est son coût relativement élevé par rapport aux autres moyens de contention externe, car l’immobilisation d’une fracture peut nécessiter jusqu’à une dizaine de bandes de résine pour un bovin de plus de 300 kg de PV, ce qui revient assez cher, mais bien moins qu’une ostéosynthèse.

Avantages et limites des pansements contentifs

Les pansements contentifs sont économiquement plus intéressants que les ostéosynthèses, et plus faciles à mettre en place. En revanche, toutes les techniques précitées sont limitées aux rayons osseux distaux au coude. La réduction des fractures humérales chez les bovins n’est pas envisageable en raison de la grande masse musculaire qui entoure et protège cet os.

Le principe d’une bonne contention de l’os fracturé consiste en l’immobilisation des deux articulations adjacentes au foyer de fracture. Les pansements contentifs sont ainsi inadaptés aux rayons osseux proximaux, en particulier l’humérus, en raison de l’impossibilité technique de bloquer l’articulation de l’épaule. De plus, l’immobilisation d’un foyer de fracture humérale par des pansements contentifs peut présenter un certain nombre de complications (escarres, etc.) dont le coût du traitement et du suivi n’est pas minime. Enfin, le résultat de ce type de traitement est souvent aléatoire.

Traitement par confinement

Il est connu par les Anglo-Saxons sous l’appellation de conservative treatment [14]. C’est le confinement de l’animal dans un box relativement étroit (5 m x 3 m). Il constitue une solution salvatrice d’un grand intérêt dans le cadre du traitement des fractures de l’humérus chez les bovins adultes [7, 13, 14]. En fonction de son âge et de son poids, l’animal commence à poser le membre dans les 2 à 3 semaines, et la réparation du foyer de fracture a lieu en 2 à 3 mois. Les complications les plus fréquentes sont le développement d’une déviation angulaire du membre lésé et la laxité tendineuse (descente du boulet) du membre controlatéral [6]. Une non-union du foyer de fracture et une boiterie peuvent également se produire lors de déplacement des abouts osseux sans contact entre eux, cela rendant le pronostic assez sombre si aucun autre type de traitement ne lui est associé.

Le traitement par confinement représente une solution alternative intéressante par rapport à la réforme de l’animal, qui est la décision la plus souvent prise en cas de fracture humérale chez les bovins, en particulier à l’âge adulte, période pendant laquelle le poids de l’animal représente la principale limite aux autres techniques de contention chirurgicale ou orthopédique [2, 3, 7, 13, 15]. Il représente également la solution la plus économique car il épargne à l’animal un traitement chirurgical et des soins postopératoires, d’autant qu’il ne nécessite pas un suivi régulier, contrairement aux pansements contentifs.

  • (1) Voir l’article “Fracture complexe de l’humérus chez une génisse” des mêmes auteurs, dans ce numéro.

Références

  • 1. Adams SB. The role of external fixation and emergency fracture management in bovine orthopedics. Vet. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 1985;1(1):109-129.
  • 2. Anderson DE, Desrochers A. Bovine Orthopedics. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 2014;30(1).
  • 3. Anderson DE, Saint Jean G. Management of fractures in field setting. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 2008;24(3).
  • 4. Arican M, Erol H, Esin E et coll. Retrospective study of fractures in neonatal calves: 181 cases (2002-2012). Prat. Vet. J. 2014;34(2):247-250.
  • 5. Chatré JL. L’évolution des traitements des fractures chez les bovins. Bull. Acad. Vet. France. 2010;163(4/5):363-368.
  • 6. Desrochers A. Fractures hautes des membres chez les bovins adultes. Point Vét. 2003;233:40-43.
  • 7. Ferguson J. Managment and repair of bovine fracture. Prat. Vet. 1982;4:128-135.
  • 8. Frikha MR, Latrach R, Segard E. Fracture complexe du métacarpe traitée par une résine. Point Vét. 2013;335(44):68-72.
  • 9. Gangl M et coll. Retrospective study of 99 cases of bone fractures in cattle treated by external cooptation or confinement. Vet. Rec. 2006;158:264-268.
  • 10. Latrach R, Segard E, Frikha MR. Cas clinique : traitement d’une fracture du tibia chez un veau par un pansement Robert-Jones associé à des attelles. Méd. Vét. 2007;158(7):354-361.
  • 11. Nuss K. Plates, pins, and interlocking nails. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 2014;30(1):109-111.
  • 12. Nuss K, Spiess A, Feist M et coll. Treatment of long bone fractures in 125 newborn calves-a retrospective study. Tieraerztl. Prax. 2011;39:15-26.
  • 13. Rakestraw PC. Fractures of the humerus. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 1996;12(1):153-168.
  • 14. Saint-Jean G, Bruce LH. Conservative treatment of a humeral fracture in a heifer. Can. Vet. J. 1987;28(11):704-706.
  • 15. Tulleners EP. Management of bovine orthopedic problems, Part 1: Fractures. Compend. Contin. Educ. Pract. Vet. 1986;8:S69-S80.
  • 16. Yamagishi N et coll. Outpatient treatment for humeral fractures in five calves. J. Vet. Med. Sci. 2014;76(11):1519-1522.

Conflit d’intérêts

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