L’élevage en France : données statistiques - Ma revue n° 017 du 01/01/2017 - Le Point Vétérinaire.fr
Ma revue n° 017 du 01/01/2017

DÉMOGRAPHIE

Management, économie

Auteur(s) : Pierre Sans

Fonctions : ALISS UR1303,
Université de Toulouse,
Inra, ENVT,
23, chemin des Capelles
31076 Toulouse Cedex 03

Le paysage des exploitations agricoles françaises évolue. La décroissance du nombre d’exploitations, la montée en puissance des formes sociétaires et l’élévation du niveau de formation des chefs d’exploitation sont les principales tendances.

Cet article présente, sous la forme de graphiques et de tableaux commentés, quelques caractéristiques des exploitations détenant des ateliers d’élevage et de la main-d’œuvre qui y travaille.

UNE DÉCROISSANCE MARQUÉE DU NOMBRE D’EXPLOITATIONS

En 2013, la France métropolitaine comptait 452 000 exploitations agricoles*(1) (encadré). Ce nombre a diminué de plus de 50 % en l’espace de 25 ans (figure 1, photo) [1]. Parmi celles-ci, un peu moins de la moitié (212 000) ont une spécialisation (au sens de l’orientation technico-économique des exploitations agricoles, ou Otex*) qui relève des productions animales, majoritairement des Otex bovins (lait, viande ou mixte) (tableau). Bien qu’en décroissance, ces dernières représentent un quart des exploitations de France métropolitaine en 2013.

DIVERSITÉ RÉGIONALE DES PRODUCTIONS

Les communes à dominante bovins lait se situent dans le Grand Ouest (Bretagne, Cotentin), ainsi que dans la partie est du Massif central et les montagnes alpines (figure 2).

Les communes à dominante bovins viande se trouvent dans le Centre herbager, une partie des Pays de la Loire et le Piémont pyrénéen.

Les communes à dominante ovins et autres herbivores (caprins) sont localisées dans l’ouest de la chaîne pyrénéenne, et le sud des massifs alpin et central.

Enfin, les communes à dominante animaux monogastriques se situent essentiellement dans le Grand Ouest (Bretagne et Pays de la Loire) et en Aquitaine.

CROISSANCE DES FORMES SOCIÉTAIRES

En 2013, deux tiers des exploitations de France métropolitaine étaient des entreprises individuelles et un tiers des formes sociétaires (figure 3). Le rythme de disparition des premières (- 13 % entre 2010 et 2013) est supérieur à celui de l’ensemble de la population.

La part des formes individuelles est majoritaire dans la quasi-totalité des secteurs d’activité. Elles représentent ainsi plus de 80 % des exploitations de l’Otex ovins et autres herbivores et 76 % de celles de l’Otex bovins viande. À l’inverse, les Otex porcs et volailles et bovins laitiers se caractérisent par la prédominance des formes sociétaires (groupement agricole d’exploitation en commun [GAEC] ou exploitation agricole à responsabilité limitée [EARL]).

Enfin, la dimension économique diffère selon les formes juridiques : en 2013, 46 % des 296 000 entités individuelles étaient de petites exploitations (selon le critère de la production brute standard) et 19 % de grandes exploitations, contre respectivement 4 % et 78 % pour les 154 000 formes sociétaires.

UN DÉVELOPPEMENT INÉGAL DE L’EMPLOI SALARIÉ

En 2010, 966 000 personnes travaillaient de manière régulière dans les exploitations agricoles de France métropolitaine, soit 3,3 % de la population active totale (elles n’étaient plus que 908 000 en 2014). Ces actifs permanents représentent environ 661 000 équivalents temps plein (ETP*) dont 20 % correspondent à des salariés (figure 4). Le recours à ce type de main-d’œuvre est de plus en plus fréquent en raison de l’agrandissement des exploitations et du développement des formes sociétaires.

D’après les travaux du groupement d’intervention spécial (GIS) Élevages Demain, les 291 000 exploitations agricoles ayant une activité d’élevage en 2010 représentaient 429 000 ETP (568 000 actifs permanents, auxquels s’ajoutent 243 000 saisonniers) [5]. 73 % de cette main-d’œuvre totale, soit 312 000 ETP, est dédiée aux ateliers d’élevage (hors équins).

La part du travail fourni par la main-d’œuvre salariée dans les élevages dépend de l’Otex : elle est supérieure pour les Otex des animaux monogastriques et des ovins et autres herbivores, comparativement aux Otex bovins.

LE NIVEAU DE FORMATION DES EXPLOITANTS S’ACCROÎT

En 2013, plus de 40 % des exploitants exerçant en France métropolitaine avaient une formation générale ou agricole de niveau baccalauréat ou plus [3]. Le niveau de formation des exploitants s’est beaucoup accru au fil des générations : il diffère selon l’âge et le sexe (figure 5A). Les exploitants les plus jeunes sont surreprésentés dans les niveaux de formation les plus élevés. Il en va de même pour les hommes, les femmes représentant environ un quart des chefs d’exploitation et coexploitants et 30 % des actifs permanents. De plus, les niveaux de formation agricole varient également selon les Otex, en lien notamment avec les différences observées quant à l’importance des formes sociétaires, la taille de l’exploitation et la structure par âge et par sexe des exploitants (figure 5B).

Conclusion

Le paysage agricole français a fortement évolué durant les trois dernières décennies, notamment sous l’effet des politiques publiques européennes et de leurs déclinaisons nationales. Les tendances dégagées dans cet article (décroissance du nombre d’exploitations, montée en puissance des formes sociétaires et élévation du niveau de formation des chefs d’exploitation) impactent l’activité des prestataires de service tant quantitativement que qualitativement. Dans ce contexte, l’adaptation de l’offre de soins et de services proposée par les vétérinaires praticiens constitue un enjeu majeur pour les années à venir.

  • (1) Tous les termes suivis d’un astérisque sont définis dans l’encadré.

Références

Conflit d’intérêts

Aucun.

ENCADRÉ
Sources et définitions

Sources

L’essentiel des données sur la structure des exploitations agricoles provient de deux sources :

– les recensements de l’agriculture réalisés environ tous les 10 ans (1988, 2000 et 2010) dont les résultats sont disponibles en ligne sur le site Agreste [4] ;

– des enquêtes sur la structure des exploitations agricoles (ESEA) qui permettent de recueillir des informations entre deux recensements. La dernière dont les informations ont été publiées a été réalisée en 2013 sur un échantillon de 50 000 exploitants agricoles en métropole (soit un dixième des exploitations) [1]. Les informations relatives à l’enquête 2016 ne sont pas encore disponibles.

Définitions

→ Chef d’exploitation ou premier coexploitant : personne physique qui assure la gestion courante et quotidienne de l’exploitation, qui prend les décisions au jour le jour. Le nombre de chefs d’exploitation est égal au nombre d’exploitations.

→ Équivalent temps plein (ETP) : un ETP correspond au travail d’une personne à temps plein pendant une année entière. Le travail fourni sur une exploitation agricole provient, d’une part, de l’activité des personnes de la famille (le chef compris), d’autre part, de celle de la main-d’œuvre salariée (permanents, saisonniers, salariés des entreprises de travaux agricoles, des coopératives d’utilisation du matériel agricole et des groupements d’employeurs).

→ Exploitation agricole : au sens de la statistique agricole (recensement, enquête structure, etc.), il s’agit d’une unité économique qui participe à la production agricole et qui répond à certains critères :

– elle a une activité agricole soit de production, soit de maintien des terres dans de bonnes conditions agricoles et environnementales, ce qui lui permet de recevoir des aides découplées ou non ;

– elle atteint une certaine dimension (soit 1 ha de surface agricole utilisée, soit 20 a de cultures spécialisées, soit une production supérieure à un seuil (1 vache ou 6 brebis mères, par exemple) ;

– sa gestion courante est indépendante de celle de toute autre unité.

Depuis 2014, le nombre d’exploitations détenant des bovins correspond au nombre de détenteurs au sens de la base de données nationale de l’identification (BDNI), c’est-à-dire à toute personne physique ou morale responsable des animaux à titre permanent ou temporaire, y compris durant le transport ou sur un marché. Cette définition de l’exploitation diffère de celle de l’exploitation agricole, au sens de la statistique agricole.

→ Otex (orientation technico-économique des exploitations agricoles) : la contribution de chaque culture et de chaque cheptel exprimée en production brute standard (PBS) permet de classer l’exploitation agricole dans une des quinze orientations technico-économiques (Otex) selon sa production principale. La PBS décrit un potentiel de production des exploitations. Les surfaces de culture et les cheptels de chaque exploitation sont valorisés selon un jeu de coefficients qui traduisent la valeur (en €) d’un potentiel de production de l’exploitation par hectare ou par tête d’animaux présents hors toute aide. Une exploitation est dite spécialisée lorsque qu’au moins deux tiers de sa PBS est générée par une production donnée.

La somme des PBS de toutes les productions végétales et animales d’une exploitation permet de la classer selon sa dimension économique : petite exploitation (0 à 25 k€ de PBS), moyenne exploitation (25 à 100 k€ de PBS) et grande exploitation (plus de 100 k€ de PBS).

Points forts

→ En 25 ans, le nombre d’exploitations agricoles a diminué de moitié. Les élevages porcins, caprins et ovins ont été particulièrement touchés.

→ Deux tiers des exploitations agricoles sont individuelles.

→ 960 000 personnes travaillent actuellement dans une exploitation agricole et 20 % d’entre elles ont le statut de salarié.

→ Chez les moins de 40 ans, le niveau de formation s’est considérablement amélioré (études supérieures et second cycle long prédominent).

Abonné au Point Vétérinaire, retrouvez votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr