Examen de la fonction sexuelle du taureau - Ma revue n° 017 du 01/01/2017 - Le Point Vétérinaire.fr
Ma revue n° 017 du 01/01/2017

REPRODUCTION DU MÂLE

Diagnostic

Auteur(s) : Nicole Picard-Hagen*, Patricia Ronsin**, Xavier Berthelot***

Fonctions :
*Université de Toulouse,
INPT, ENV de Toulouse
23, chemin des Capelles
31076 Toulouse Cedex 03

L’examen de la fonction sexuelle du taureau est important lors de l’achat d’un reproducteur ou avant la saison de monte. Pourtant, Il n’est souvent effectué qu’en cas de troubles de l’infertilité constatés.

Il est recommandé d’évaluer la fonction sexuelle du taureau lors de l’achat d’un reproducteur ou avant la saison de monte. En effet, certains taureaux élites peuvent atteindre des sommes importantes (supérieures à 10 000 €), et il est primordial à la fois pour l’acheteur et pour le vendeur de s’assurer de l’intégrité de la fonction sexuelle de l’animal. Cela peut faire l’objet d’un contrat assurant l’aptitude à la reproduction (billet de garantie conventionnelle). Toutefois, la plupart du temps, l’éleveur ne fait appel à son vétérinaire qu’en cours de saison de monte, quand il suspecte un trouble d’infécondité chez le taureau, après de nombreux retours en chaleur des femelles saillies ou supposées telles. Et, dans ce cas, les conséquences économiques sont désastreuses car l’intervention est tardive.

Dans le cadre de la monte publique (partage d’un taureau), l’examen de la fonction sexuelle est obligatoire (arrêté de janvier 1971). Il comprend notamment la réalisation d’une irrigation du fourreau à l’aide de sérum physiologique stérile afin de rechercher deux agents pathogènes sexuellement transmissibles : Trichomonas fetus et Campylobacter fetus.

L’évaluation de la fonction de reproduction comprend : tout d’abord, l’appréciation de l’aptitude à la saillie, c’est-à-dire à la fois l’intérêt que le mâle porte à la femelle (sa libido) et son aptitude physique à effectuer le saut ; ensuite, l’examen de l’appareil génital externe et interne ; enfin, l’examen de la qualité séminologique et sanitaire du sperme.

La recherche d’agents infectieux transmis par la saillie peut être justifiée lors d’avortements ou d’infertilité dans un troupeau.

ANAMNÈSE

L’anamnèse prend en compte l’historique de l’animal, son origine et sa fertilité antérieure. Si des anomalies génétiques sont suspectées, la fertilité de ses ascendants et de ses descendants (s’il en existe) peut être évaluée. L’âge du taureau permet de le situer par rapport à sa puberté (observée à 43 à 45 semaines et correspondant à l’obtention d’un éjaculat contenant au moins 50 millions de spermatozoïdes avec 10 % de motilité) ou à sa maturité sexuelle. Le nombre de femelles par taureau est fonction de son âge : 10 femelles pour un taureau de 15 mois, 20 femelles pour un taureau de 2 ans, voire 40 femelles pour un taureau mature sexuellement. Lors de groupage des chaleurs, la proportion de femelles par mâle est diminuée.

Le statut vaccinal du taureau, notamment vis-à-vis de maladies qui ont des répercussions sur la fonction de reproduction (rhinotrachéite infectieuse bovine [IBR], diarrhée virale bovine [BVD]), est déterminé. Si l’examen est consécutif à une affection, celle-ci est décrite.

EXAMEN GÉNÉRAL

L’examen général de l’animal comprend l’évaluation de l’état corporel. Un excès d’embonpoint ou une trop grande maigreur peut affecter la fonction de reproduction du taureau.

L’examen de l’appareil locomoteur est fondamental. Toute gêne locomotrice ou toute douleur (notamment podale) lors du saut est susceptible d’entraîner un défaut de saillie et une infertilité. Une attention toute particulière est portée aux aplombs, très sollicités chez ces animaux lourds. Des troubles musculo-squelettiques (contractures des muscles gastrocnémiens, jarrets droits, spondylarthrose) sont parfois observés.

ÉVALUATION DE LA LIBIDO

Pour évaluer la libido du taureau, le vétérinaire doit rester en retrait du troupeau et observer son comportement en présence de vaches en chaleur, dans son environnement habituel. La libido est considérée normale si le mâle effectue des essais de chevauchement moins de 10 minutes après sa mise en contact avec une vache en chaleur. Le nombre de tentatives de chevauchement en 15 à 20 minutes doit être supérieur à 2 ou 3.

Au contact de la femelle, la capacité du mâle à présenter une érection, à extérioriser et à introduire son pénis est évaluée. En cas d’impossibilité d’intromission du pénis, des anomalies telles qu’un pénis trop court ou dévié, une persistance du frein préputial ou un phimosis peuvent être suspectées. L’éjaculation du taureau est rapide (5 à 10 secondes) et est concomitante du coup de rein. Elle sollicite fortement l’appareil locomoteur.

EXAMEN DE L’APPAREIL GÉNITAL DU TAUREAU

Pour être en sécurité, il est préférable d’examiner le taureau dans une cage à contention (photo 1). Mais si l’animal est calme et habitué à l’homme, un système de contention limitant sa mobilité latérale, de type couloir ou cornadis, peut suffire.

Les différentes parties de l’appareil génital du taureau sont examinées ou échographiées. Les organes externes comprennent la partie libre du pénis, qui peut être extériorisée, le fourreau et le scrotum, les testicules, les épididymes et les cordons spermatiques. Les organes génitaux internes (prostate, glandes vésiculaires et glandes bulbo-urétrales) sont examinés par palpation transrectale (figure).

1. Examen du scrotum

La mesure de la circonférence scrotale est réalisée grâce à un mètre ruban. En pratique, les testicules sont “poussés” au fond des bourses et l’opérateur mesure leur circonférence à la hauteur du plus grand diamètre scrotal. Il doit toutefois prendre soin de disposer ses doigts latéralement de part et d’autre du scrotum, et non pas médialement, afin de ne pas écarter les testicules, surestimant ainsi le diamètre scrotal.

La circonférence scrotale est corrélée à la production de spermatozoïdes [4]. Elle varie avec l’âge et selon la race des taureaux. D’une façon générale, un taureau est considéré comme un bon reproducteur potentiel si sa circonférence scrotale est supérieure à 34 cm à l’âge de 2 ans (tableau 1).

La circonférence scrotale est augmentée lors de hernie scrotale ou d’orchite (photo 2). En revanche, elle est diminuée lors de dégénérescence ou d’hypoplasie testiculaire (photos 3a, 3b et 4).

2. Examen des testicules, des épididymes et des cordons spermatiques

Les testicules, les épididymes et les cordons spermatiques sont palpés afin d’en apprécier, en valeur absolue et en valeur relative (symétrie), le volume, la forme, la consistance, la sensibilité et d’éventuelles anomalies qu’il convient de décrire. Les testicules sont de consistance homogène à la fois ferme et souple. La queue de l’épididyme peut être aisément palpée. Elle présente un aspect nodulaire et souple.

Le cordon testiculaire comprend le canal déférent et le plexus pampiniforme. Ce dernier est composé d’un enchevêtrement de veines testiculaires, entourant l’artère testiculaire, et participe au mécanisme de thermorégulation (photo 5).

3. Examen du fourreau et du pénis

Le fourreau est palpé en y introduisant un ou plusieurs doigts. Des rétrécissements éventuels (phimosis), consécutifs à un anneau de poils, par exemple, sont recherchés. Le pénis est examiné après une extériorisation manuelle, souvent difficile, ou après une érection en présence d’une femelle en chaleur. L’extériorisation peut être également obtenue après une administration de xylazine (0,05 mg/ kg par voie intraveineuse [IV]), dont les effets sont inconstants, ou après anesthésie des nerfs honteux. L’utilisation d’acépromazine, très efficace pour induire une extériorisation du pénis, est interdite en raison de l’absence de limite maximale de résidus (LMR).

Des déformations éventuelles (fibropapillome), des adhérences préputiales, une persistance du frein préputial, etc., sont recherchées (photo 6).

4. Examen des glandes annexes

Le muscle bulbo-urétral est facilement repéré sur le pubis. Il se contracte sous l’effet de la palpation transrectale. Les glandes vésiculaires mesurent 10 à 15 cm de long et sont lobulées. Elles sont disposées en Y ouvert à l’avant du corps de l’animal. Elles sont maintenues par le ligament large et palpées en déplaçant ses doigts en pince, le pouce opposé aux autres doigts.

Le diamètre des ampoules des canaux déférents est de l’ordre de 1 cm. Celles-ci sont fermes et roulent sous les doigts. Elles sont situées entre les glandes vésiculaires. Les glandes bulbo-urétrales se trouvent à l’entrée du bassin, latéralement par rapport au muscle bulbo-urétral. Elles sont difficilement palpables. La partie conglomérée de la prostate apparaît comme une masse arrondie légèrement surélevée à l’avant de l’urètre et de la taille d’une noix.

L’examen de l’appareil génital par inspection et palpation, associées à l’échographie, est fondamental pour évaluer a priori la fonction sexuelle du taureau reproducteur. Il peut être complété par une analyse de semence.

COLLECTE DE SPERME

La méthode de récolte de sperme la plus proche des conditions naturelles est le recueil au vagin artificiel qui permet de reproduire les sensations perçues (chaleur et pression) lors du coït. C’est la technique de choix utilisée en routine dans les centres d’insémination. En élevage, pour garantir des conditions de sécurité satisfaisantes, cette méthode est réservée à des taureaux portant un anneau, dociles et habitués à la contention par l’éleveur. De plus, elle nécessite la préparation d’une femelle en chaleur (induction des chaleurs) ; 20 % d’échecs sont généralement observés dans le cadre de la pratique vétérinaire [3].

La récolte à l’aide d’un électro-éjaculateur est facilement utilisable en élevage, chez des taureaux non entraînés au vagin artificiel (photos 7a et 7b). L’électro-éjaculateur comprend une sonde ogivale disposée dans le rectum et reliée à un générateur d’impulsions électriques d’intensité croissante, qui peut être modulée ou arrêtée en fonction du comportement de l’animal. Le passage du courant provoque l’excitation du centre parasympathique pelvien qui contrôle l’érection. Le courant électrique entraîne également l’excitation du centre nerveux de l’éjaculation situé dans la moelle épinière lombaire.

La récolte de sperme est relativement facile à maîtriser et dure environ une demi-heure. L’animal est mis en place dans un travail et maintenu ventralement par des sangles. Une contention dans un couloir est possible, en prenant soin de disposer une litière abondante. En effet, il arrive que l’animal s’affaisse ou qu’il présente des contractures des membres postérieurs sous l’effet des impulsions électriques. Le taureau est stimulé préalablement par un massage des glandes vésiculaires ou des ampoules déférentes. Ce massage provoque généralement l’émission de sécrétions préputiales. Le fourreau doit être soigneusement nettoyé avec un antiseptique doux. En effet, l’érection ne survient pas systématiquement et l’animal éjacule parfois dans le fourreau.

Le tube de collecte est maintenu par un cône de récolte suspendu à un prolongateur. Le volume de l’éjaculat récolté est généralement augmenté (jusqu’à 15 à 20 ml contre 5 ml en moyenne lors de récolte au vagin). Il est fortement dilué par les sécrétions des glandes annexes. Il est recommandé de ne pas récolter les fractions préspermatiques (plus claires) qui diluent inutilement le sperme. Ce dernier est généralement collecté de la neuvième à la quatorzième impulsion (trois ou quatre jets uniquement), mais cela dépend des taureaux [3].

Des difficultés ont été observées chez des taureaux intolérants aux chocs électriques. L’impossibilité de collecte (3 cas sur 311 en clientèle charolaise) a été liée à une atrésie rectale ou à une indocilité du taureau.

Cette technique, utilisée ponctuellement pour la récolte de sperme de taureaux reproducteurs, pourrait être remise en question dans un avenir proche en raison des réactions de certains d’entre eux et de la prise en compte du bien-être animal. Il est donc important de tenir compte de la sensibilité de l’animal aux impulsions électriques et d’être en mesure d’arrêter l’augmentation de la tension à tout moment.

EXAMEN SÉMINOLOGIQUE

Il existe une bonne corrélation entre les paramètres séminologiques et la fertilité. L’examen du sperme a donc pour objectif de détecter les animaux infertiles (tableau 2) [1, 2].

L’examen macroscopique consiste à mesurer le volume du sperme, directement sur le tube gradué. La couleur de l’éjaculat doit être blanchâtre. Elle peut être jaunâtre lors d’émission d’urine ou de pigment lipochrome sécrété par les glandes vésiculaires. Une couleur rosée ou brunâtre est anormale, et signe la présence de sang ou d’hémoglobine. La consistance de l’éjaculat est normalement laiteuse à crémeuse. Une consistance aqueuse est observée pour des éjaculats peu concentrés. Des polynucléaires peuvent être recherchés lors de suspicion d’une inflammation génitale. Ils sont mis en évidence par le test de Schalm (analogue du California mastitis test, ou CMT).

Les examens microscopiques consistent à évaluer la motilité massale et la motilité individuelle dans les minutes qui suivent la récolte, et les anomalies spermatiques. Les spermatozoïdes sont très sensibles à la température et ne conservent leur mobilité que s’ils sont maintenus à 34 à 35 °C. Le matériel nécessaire à l’examen du sperme est donc un microscope à platine chauffante et à contraste de phase (photo 8).

La motilité massale est appréciée à partir d’une goutte de sperme déposée sur une lame préalablement chauffée au grossissement x 100. L’intensité des vagues provoquées par le déplacement des spermatozoïdes est notée de 0 à 5, de l’absence de vague (0) à des tourbillons importants (5), en passant par des vagues importantes (3). La motilité est diminuée lors de refroidissement des spermatozoïdes, de présence d’urine ou de maladie (inflammation). Une note de motilité supérieure à 2 est considérée comme satisfaisante.

La motilité individuelle est évaluée après dilution au 20e, sur deux gouttes entre lame et lamelle sous microscope au grossissement x 400. Elle permet d’estimer le pourcentage de spermatozoïdes fléchants, c’est-à-dire mobiles par eux-mêmes. Ce sont des spermatozoïdes qui ont un mouvement rectiligne et qui traversent tout le champ du microscope. Un sperme est considéré de bonne qualité si sa motilité individuelle est supérieure à 30 à 40 %.

La mesure de la concentration de la semence peut être réalisée à l’aide d’un hématimètre ou par spectrophotométrie. La concentration moyenne du sperme est de 0,8 à 1 milliard de spermatozoïdes/ml. La concentration de l’éjaculat obtenu par électro-éjaculation dépend du volume de sécrétions et est généralement plus faible.

La morphologie des spermatozoïdes et le pourcentage de morts sont évalués après coloration à l’éosine-nigrosine (VitalStain® Nidacon, Gothenburg, Suède) sur un frottis observé au microscope à immersion (grossissement x 400 à 1 000). Les anomalies sont évaluées sur au moins 200 spermatozoïdes. Leur nombre doit être inférieur à 25 %, voire à 40 % dans le cadre de la monte naturelle. Les spermatozoïdes morts sont colorés en rose car leur membrane est perméable. Les anomalies peuvent être classées en fonction de leur répercussion sur la fertilité (anomalies majeures et mineures) ou selon leur localisation (tête, pièce intermédiaire et queue, (photo 9).

Des examens virologiques ou bactériologiques (BVD, fièvre Q, Mycobacterium paratuberculosis, etc.) peuvent également être réalisés sur le sperme, en particulier par le Laboratoire national de contrôle des reproducteurs (Maisons-Alfort).

Conclusion

Le taureau est un agent majeur de la fécondité du troupeau. Pour cette raison, lors de la visite d’achat d’un taureau reproducteur, le vétérinaire devrait a minima examiner l’appareil génital de l’animal à la recherche d’éventuelles anomalies.

L’évaluation complète de la fonction sexuelle concerne essentiellement des mâles élites achetés parfois en commun par plusieurs éleveurs sélectionneurs. Dans les bassins d’élevage bovin allaitant, des cabinets vétérinaires offrent un service d’examen de la fonction sexuelle du taureau, associé éventuellement au prélèvement et à la conservation de la semence pour des éleveurs qui souhaitent constituer une réserve génétique de leur animal. Le coût de l’équipement s’élève approximativement à 4 500 € : 2 500 € pour l’électro-éjaculateur et 2 000 € pour le microscope à contraste de phase et à platine chauffante.

Références

  • 1. Barth AD. Evaluation of potential breeding soundness of the bull. In: Younquist RS, Threlfall WR, eds. Current therapy in large animal theriogenology 2. Saunders Elsevier, Philadelphia. 2007:228-240.
  • 2. Hopkins FM, Spitzer JC. The New Society for Theriogenology breeding soundness evaluation system. Vet. Clin. North Am. Food Anim. Pract. 1997;13:283-293.
  • 3. Piétremont JL. Testage du taureau. Appréciation de son aptitude aux fonctions de reproduction, appréciation de la qualité de son éjaculat. Bull. GTV. 1995;2:33-37.
  • 4. Willett EL, Ohms JI. Measurement of testicular size and its relation to production of spermatozoa by bulls. J. Dairy Sci. 1957;40:1559-1569.

Conflit d’intérêts

Aucun.

Points forts

→ Lors de la visite d’achat d’un taureau reproducteur, le vétérinaire devrait a minima examiner son appareil génital pour rechercher d’éventuelles anomalies.

→ Dans le cadre de la monte publique, l’examen de la fonction sexuelle est obligatoire et comprend la recherche de Trichomonas fetus et Campylobacter fetus.

→ La circonférence scrotale est corrélée à la production de spermatozoïdes. Sa mesure est effectuée au mètre ruban.

→ L’examen de l’appareil génital comprend celui des organes génitaux externes et internes (prostate, vésicules séminales et glandes bulbo-urétrales) par palpation transrectale.

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