Évaluation du statut énergétique de la vache laitière : quand, sur qui, comment ? - Ma revue n° 017 du 01/01/2017 - Le Point Vétérinaire.fr
Ma revue n° 017 du 01/01/2017

NUTRITION

Repères

Auteur(s) : Julien Clement

Fonctions : Membre de la commission
“Vaches laitières” de la SNGTV
Clinique vétérinaire Arta Leku,
64240 Hasparren

La bonne adaptation de la vache laitière au défi métabolique qu’est le début de lactation sur le plan énergétique est un élément incontournable d’une production, d’une reproduction et d’une immunité satisfaisantes.

L’évaluation du statut énergétique de la vache laitière est un point incontournable de la gestion de l’élevage laitier, tant lors d’intervention ponctuelle (audit) que dans un cadre plus régulier (suivi).

Cet article a pour objectif de présenter de façon synthétique les différents examens de routine à la disposition du praticien pour évaluer le statut énergétique de la vache laitière, ainsi que leurs modalités respectives de mise en œuvre.

NOTE D’ÉTAT CORPOREL

Signification

La note d’état corporel (NEC) est le premier indicateur des réserves adipeuses de l’animal.

Outils

Il existe deux types d’outils : manuel et numérique.

→ En mode manuel, les grilles de notation sont multiples, mais il est préférable de disposer d’une version avec photos [1]. Pour cela, l’utilisation des fiches du livre “Signes de vaches : carnet d’évaluation” de Jan Hulsen peut être conseillée [2].

→ En mode numérique, l’application Cow-Notes commercialisée par la société Obione permet une notation rapide, intuitive et répétable, avec un enregistrement automatique des données. Dans le cas d’une utilisation régulière et chez plusieurs éleveurs, le coût de l’abonnement est acceptable (environ 20 € par mois).

Enfin, certains éleveurs sont maintenant équipés d’une caméra infrarouge (en sortie de salle de traite ou de robot) qui permet une notation journalière de la NEC pour la totalité des vaches (avec une précision très satisfaisante).

Modalités

De préférence sur vaches attachées, observées de trois quarts arrière (photo 1).

Quels animaux ?

Primipares et multipares sont notées séparément car elles ne vont pas obligatoirement se comporter de la même façon après le vêlage en termes de NEC (tableau).

Quels objectifs ?

Globalement, les objectifs sont les mêmes pour les multipares et les primipares, à savoir :

– note au vêlage : 3,25 à 3,75 ;

– perte d’état maximale après le vêlage : 1 à 1,5 pour les plus hautes productrices ;

– fin de lactation : 3,25 à 3,75 ;

– note stable tout au long du tarissement (figure).

Β-HYDROXY-BUTYRATE

Signification

Le Β-hydroxybutyrate (BOH) plasmatique est un corps cétonique ayant deux origines :

– métabolique : au niveau hépatique, en raison d’une oxydation incomplète des acides gras mobilisés lors de déficit énergétique ;

– alimentaire : absorption de butyrate directement produit par la digestion ruminale.

Outils

Deux catégories d’outils peuvent être distinguées : le lecteur Optium Xceed® et les autres (photo 2). En effet, depuis l’existence du lecteur Optium®, les autres outils (bandelettes urinaires ou bandelettes dans le lait) ne sont plus à conseiller qu’à un public non vétérinaire pour lequel la prise de sang peut être un frein (éleveurs, techniciens, etc.). Pour le vétérinaire, la facilité d’utilisation, le faible coût (lecteur : 52 € ; 50 bandelettes : 48 €), ainsi que la rapidité, la fiabilité et la précision du dosage direct en font un outil incontournable [3].

Cet appareil est désormais incontournable en élevage laitier, même pour des cas de médecine individuelle, tant il évite des écueils de sur- et de sous-diagnostic d’acétonémie.

Modalités

La prise de sang est idéalement réalisée 3 à 4 heures après le repas principal.

Quels animaux ?

Les animaux à tester sont les primipares et les multipares 8 à 40 jours après le vêlage.

Idéalement, si l’effectif le permet, faire un premier test à 8 à 15 jours post-partum et un autre à 30 à 50 jours.

Quels objectifs ?

L’objectif à atteindre est que moins de 20 % des animaux testés soient en dessous de 1,2 mmol/l (encadré).

Quels pièges ?

Différents pièges sont à éviter :

– le moment de prélèvement mal ciblé : la concentration en BOH plasmatique augmente dans les heures qui suivent le repas pour diminuer ensuite. Le moment de prélèvement est donc à intégrer dans l’interprétation (si 3 vaches sur 4 sont dosées à 1,1 juste avant le repas, 3 heures après, les résultats seront probablement défavorables) ;

– l’origine ruminale des BOH : dans de rares cas, des valeurs élevées de BOH peuvent être liées, non pas à une origine métabolique, mais à une origine alimentaire. Si les valeurs de BOH ne semblent pas en relation avec les variations de la NEC, l’origine ruminale peut être vérifiée en prélevant des vaches en fin de lactation, bien en état, qui a priori ne lipomobilisent pas. Si ces vaches présentent des valeurs de BOH élevées, les BOH ont sûrement une origine ruminale.

ACIDES GRAS NON ESTÉRIFIÉS

Signification

Lors de déficit énergétique, la vache mobilise les réserves adipeuses pour fournir de l’énergie. Cette lipomobilisation libère des acides gras non estérifiés (AGNE) et des triglycérides qui vont être utilisés par le foie pour produire de l’énergie. La concentration en Agne est donc directement liée à l’intensité de la lipomobilisation.

Outils

Il n’existe pas actuellement d’appareil utilisable en ferme pour doser les AGNE. Le dosage est réalisé soit par un laboratoire vétérinaire, soit à la clinique à l’aide de dispositifs simples (type VetPhotometer®, Diaglobal, Allemagne) (photo 3).

Modalités

Le prélèvement est à effectuer sur tube hépariné ou tube sec (à valider au préalable avec le laboratoire). Le coût indicatif est de 14 € en laboratoire, 3,6 € avec le VetPhotometer®).

Quels animaux ?

Les animaux à tester sont les vaches en prépartum (15 à 20 derniers jours avant le vêlage).

En effet, chez ces animaux, la lipomobilisation est difficile à mettre en évidence uniquement grâce à la NEC pour deux raisons :

– le remplissage de l’abdomen par l’utérus a tendance à fausser l’estimation ;

– la durée de la lipomobilisation est trop courte pour qu’elle puisse s’apprécier à l’œil nu. Cela n’empêche pas cependant que cette lipomobilisation avant vêlage ait des répercussions négatives, ce qui justifie le dosage des AGNE chez ces animaux.

Ce dosage peut éventuellement être réalisé chez des vaches en lactation afin de confirmer à l’éleveur un amaigrissement, mais, pour ce faire, l’utilisation de la NEC est en général suffisante.

Quels objectifs ?

En prépartum, l’objectif est que moins de 20 % des animaux soient au-dessus de 0,4 mmol/l [4]. En post-partum, moins de 20 % des animaux doivent être au-dessus de 1 mmol/l.

Références

  • 1. Froment P. Notes d’état corporel et reproduction de la vache laitière. Thèse de doctorat vétérinaire, ENVA. 2007.
  • 2. Hulsen J. Signes de vaches : carnet d’évaluation. Roodbont publishers. Zutphen.2012:86.
  • 3. Michaux H. Ce tose de la vache laitie re : dosage du b-hydroxybutyrate dans le lait avec le lecteur Optium Xceed®. Thèse de doctorat vétérinaire, ENVT. 2008.
  • 4. Raboisson D, Mounié M, Maigne E. 2014. Diseases, reproductive performance, and changes in milk production associated with subclinical ketosis in dairy cows: A meta-analysis and review. J. Dairy Sci. 2014;97:7547-7563.

Conflit d’intérêts

Aucun.

ENCADRÉ
Critère d’alerte pour le Β-hydroxybutyrate et les acides gras non estérifiés

→ Pour les dosages du BOH et des Agne, le critère d’alerte au niveau du troupeau est le suivant : plus de 20 % des animaux au-dessus du seuil défini (exemple : 1,2 mmol/l pour le BOH).

→ Par exemple pour 6 vaches dosées en BOH :

– cas 1 : 1,1 – 2,5 – 0,8 – 0,5 – 1 – 0,9 : résultat satisfaisant (16 % de vaches au-dessus du seuil) ;

– cas 2 : 1,8 – 1,6 – 0,2 – 0,6 – 0,8 – 1,2 : résultat non satisfaisant (33 % de vaches au-dessus du seuil).

BOH : Β-hydroxybutyrate ; Agne : acides gras non estérifiés.

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