Échographie ombilicale du veau : l’essentiel - Ma revue n° 017 du 01/01/2017 - Le Point Vétérinaire.fr
Ma revue n° 017 du 01/01/2017

AFFECTIONS DU JEUNE

Diagnostic

Auteur(s) : Renaud Maillard*, Mariam Nouvel**, Nora Cesbron***, Guillaume Belbis****

Fonctions :
*École nationale vétérinaire de Toulouse,
23, chemin des Capelles, BP 87614,
31076 Toulouse Cedex 3
**École nationale vétérinaire de Toulouse,
23, chemin des Capelles, BP 87614,
31076 Toulouse Cedex 3
***Clinique des ruminants, Oniris, École vétérinaire
Nantes Atlantique, Atlanpôle La Chantrerie,
44307 Nantes Cedex 03
****École nationale vétérinaire d’Alfort,
unité de pathologie des animaux de production,
7, avenue du Général-de-Gaulle,
94700 Maisons-Alfort Cedex

L’examen échographique de l’ombilic permet de préciser le pronostic per- et postopératoire. Il est particulièrement utile chez des veaux plus âgés pour lesquels la palpation est peu sensible.

Les affections ombilicales des veaux représentent la troisième affection néonatale bovine en termes de fréquence. Elles regroupent les omphalites simples, les persistances du canal de l’ouraque, les omphalo-phlébites et les omphalo-artérites. L’examen physique suffit en général à établir le diagnostic et, le plus souvent, débouche sur une prise en charge chirurgicale. L’examen échographique peut corriger la décision de traitement et préciser le pronostic. Chez des veaux plus âgés, pour lesquels la palpation abdominale est un examen peu sensible, l’échographie ombilicale est aussi le seul moyen dont dispose le praticien pour l’évaluation de la maladie ombilicale. Dans ce contexte, cet article propose de décrire les indications de l’échographie de l’ombilic, sa méthodologie d’examen et les principaux types d’images.

QUELLES INDICATIONS ?

L’examen échographique de l’ombilic permet d’établir le diagnostic précis des principales affections (omphalite, omphalo-phlébite, omphalo-artérite, omphalocœle, omphalo-ouraquite, etc.) et aussi d’assurer le diagnostic différentiel (avec les hernies, par exemple). Il complète l’examen physique et notamment la palpation abdominale qui indique, dans un premier temps, si l’ombilic est le siège d’une inflammation importante (chaleur, douleur, rougeur, gonflement). L’échographie permet ensuite de caractériser la masse : consistance, réductibilité, drainage vers l’extérieur et taille de l’anneau herniaire, nature de (s) organe (s) incarcéré (s), présence ou non d’adhérences le cas échéant, puis d’évaluer les vestiges ombilicaux, à savoir leur présence ou non et leur taille.

COMMENT FAIRE ?

1. Matériel nécessaire

L’échographie ombilicale requiert une sonde de fréquence élevée (5 MHz au minimum). Selon ses préférences, le praticien opte pour un échographe portable (par exemple, Draminski 4Vet mini®) ou non (par exemple, MyLab Five® ou Aquila®). Une sonde sectorielle suffit pour le diagnostic des principales affections ombilicales. Il est également possible d’utiliser une sonde linéaire de fréquence élevée (5 à 8 MHz), comme celles employées en suivi de reproduction car, le plus souvent, il n’est pas utile d’obtenir des images sur une profondeur supérieure à 10 à 12 cm (cela est vrai pour le veau en période néonatale, mais pas pour les veaux de plus de 3 mois).

2. Préparation de l’animal

L’échocardiographie se réalise sur animal debout, du côté droit (à préférer au décubitus latéral, sauf si l’animal ne peut se lever). Préalablement à la réalisation de l’échographie, le veau est tondu sur un rectangle d’environ 15 cm de large tout le long de la ligne blanche et sur une bande de même largeur, en arrière des côtes, sur le flanc droit. La peau est ensuite rincée à l’eau chaude, puis du gel échographique ou de l’alcool (à 70°) est appliqué. Certains échographes récents permettent de se passer de la tonte, en appliquant exclusivement de l’alcool sur les poils (cas du Draminski 4Vet Mini® dans notre expérience), mais une tonte rapide prend relativement peu de temps chez le veau.

3. Positionnement de la sonde

L’exploration débute avec la sonde échographique perpendiculaire à l’ombilic externe (figure 1). Le manipulateur explore ensuite l’abdomen caudalement, en suivant la ligne blanche et en balayant de part et d’autre de celle-ci. Une attention particulière est portée à l’examen de la vessie et en particulier de son pôle apical. La paroi et le contenu de la vessie sont minutieusement examinés, les vestiges artériels sont recherchés (latéralement à la vessie).

L’exploration est ensuite poursuivie vers l’avant, le long de la ligne blanche puis sur le flanc droit du veau, en arrière des côtes, afin de suivre, le cas échéant, la veine ombilicale jusqu’à son entrée dans le foie. L’exploration hépatique est réalisée en arrière des côtes sur le flanc droit, en orientant la sonde cranialement.

IMAGES OBTENUES

1. Images normales de la veine ombilicale

Le jour de la naissance du veau, il est possible de suivre la veine ombilicale de l’ombilic jusqu’au foie. La paroi de la veine peut être visualisée et le diamètre de celle-ci se réduit de l’ombilic vers le foie. La lumière de la veine est large, ovale et anéchogène, et la paroi rarement visualisable.

À l’âge de 1 semaine, la veine est moins bien visible et parfois son entrée dans le foie au niveau du hile hépatique n’est plus apparente. À la fin de la première semaine, le diamètre de la veine diminue déjà fortement et la paroi est parfois visible. À 2 semaines d’âge, la veine n’est pas systématiquement visible et, si elle l’est, elle apparaît hypoéchogène, homogène et distincte tout le long de son trajet. Un anneau hyperéchogène est présent à l’interface entre la paroi et la lumière. À 3 semaines, la veine est invisible chez 50 % des veaux sains. Si elle est observable, c’est juste cranialement à l’ombilic, où elle est alors hypo­échogène (figure 2 et photo 1).

2. Images normales des artères ombilicales

Les artères ombilicales sont identifiées après avoir identifié la vessie. La sonde est placée de manière oblique en région inguinale (figure 3). Sur les côtés de la vessie, les artères sont en contact proche avec celle-ci et peuvent provoquer sa dépression. La lumière des artères est anéchogène et leur paroi est hypoéchogène. Les artères se terminent au niveau du pôle apical de la vessie ou le dépassent de quelques centimètres. Le diamètre des deux artères est identique. À l’âge de 1 semaine, seules les lumières anéchogènes des artères ou la paroi hyperéchogène avec une lumière hypoéchogène sont visualisables. À la fin de la première semaine, les artères sont caudales à l’apex de la vessie. Il est difficile de différencier la paroi et la lumière, et elles se présentent donc comme un petit anneau anéchogène. L’échogénicité est plutôt hétérogène et irrégulière. À plus de 1 semaine d’âge, les artères ne sont plus visibles que sporadiquement. Leur aspect est très variable, avec un centre anéchogène ou un aspect hypoéchogène avec un centre hyperéchogène, ou encore un aspect hyperéchogène avec un centre hypoéchogène (photo 2).

3. Images pathologiques d’une omphalite simple

L’omphalite simple peut se présenter comme une infection diffuse ou sous forme d’abcès. La présence de matériel hétérogène dans une capsule hyperéchogène est alors observée (photo 3). L’aspect est variable selon la consistance et la cellularité du pus contenu dans l’abcès. Ce dernier peut être simple ou multiple, et se cantonner à la zone sous-cutanée ou bien pénétrer dans la cavité abdominale.

4. Images pathologiques d’une atteinte du canal de l’ouraque

Un canal de l’ouraque persistant (infecté) est une structure ronde, hypoéchogène, d’environ 1,5 cm de diamètre, avec une petite lumière anéchogène qui fait la continuité entre le pôle apical de la vessie et l’ombilic. Une persistance du canal de l’ouraque aveugle à son extrémité ombilicale est également possible (mais plus rare). Une omphalo-ouraquite est diagnostiquée lorsque le canal de l’ouraque mesure plus de 1 cm de diamètre entre la vessie et l’ombilic chez un veau de plus de 2 jours (photo 4). Une omphalo-ouraquite purulente est mise en évidence lorsqu’une lumière hyperéchogène est présente.

La lumière du canal de l’ouraque peut ou non être en continuité avec la lumière vésicale. Lorsque la distance avec la vessie est supérieure ou égale à 3 cm, une atteinte de celle-ci peut être exclue.

5. Images pathologiques d’une atteinte de la veine ombilicale

En cas d’omphalo-phlébite, la veine ombilicale se présente comme une structure tubulaire qui prend son origine à l’ombilic et qui part cranialement vers le foie. La paroi est hyperéchogène en raison de la fibrose, d’épaisseur variable et un contenu purulent est parfois présent. Il est important de rechercher une atteinte hépatique (abcès hépatique (s), veine élargie jusqu’au foie) et la présence éventuelle d’un ou de plusieurs abcès sur le trajet de la veine (photos 5 et 6).

6. Images pathologiques d’une atteinte des artères ombilicales

il est important de distinguer une atteinte artérielle d’une atteinte du canal de l’ouraque, et l’examen échographique est alors très utile. En effet, les artères se latéralisent, contrairement au canal de l’ouraque, et il n’y a jamais de continuité avec la vessie. Une simple image échographique ne permet pas de distinguer le canal de l’ouraque d’une artère ombilicale. Un diagnostic d’omphalo-artérite est donc établi lorsqu’une artère est élargie sur le côté de la vessie et qu’il n’y a pas de continuité avec cette dernière. Une artère est considérée comme anormale si son diamètre est supérieur à 1,5 cm, ou que son contenu est purulent, collecté sous forme d’abcès ou de collection diffuse (photo 7).

Conclusion

L’examen échographique de l’ombilic est à la portée du praticien depuis l’avènement d’échographes à coûts plus réduits utilisables en ferme. C’est en répétant cet examen peu consommateur de temps que la dextérité de l’opérateur s’améliore et que celui-ci peut apporter une plus-value à son intervention. L’échographie apporte des informations supplémentaires très utiles au praticien lors de sa prise de décision thérapeutique : éventuelle présence d’un abcès intra-abdominal de grande taille, complication avec hernie d’une anse intestinale, continuité de l’atteinte ombilicale avec le foie ou la vessie, etc. Lors du bilan, l’établissement d’un diagnostic correct et surtout un pronostic pertinent sont essentiels pour faire les bons choix thérapeutiques.

  • (1) Tous les clichés utilisés dans l’article ont été réalisés avec une sonde de 5 MHz convexe et l’échelle centimétrique se trouve à gauche. La profondeur de la portion de camembert est de 9 à 10 cm.

Conflit d’intérêts

Aucun.

Points forts

→ L’échographie ombilicale est possible avec une sonde de fréquence élevée, à ondes convexes ou linéaires.

→ Elle permet d’établir le diagnostic chez des animaux plus âgés pour lesquels la palpation est peu sensible.

→ Elle permet également d’affiner le diagnostic différentiel et de préciser le pronostic avant d’engager un traitement.

EN SAVOIR PLUS

– Bélanger AM. Échographie de l’ombilic chez le veau. Bull. Société des vétérinaires praticiens de France. 2008;92(2):31-34.

– Buczinski S, Descoteaux L, Brugère-Picoux J. Échographie des bovins. Éd. du Point Vétérinaire, Rueil-Malmaison. 2009:220p.

– Estienne B, Arcangioli M, Le Grand D. Échographie ombilicale chez le veau. Point Vét. 2011;42(318):52-55.

– Nouvel M. Pathologie ombilicale du veau : évaluation de la valeur prédictive de l’outil échographique et correspondance entre images échographiques, palpation abdominale et observations chirurgicales. Thèse de doctorat vétérinaire, ENV de Toulouse. 2015:94p.

Abonné au Point Vétérinaire, retrouvez votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr