Le bloc anesthésique de Peterson chez le bovin - Ma revue n° 019 du 01/01/2019 - Le Point Vétérinaire.fr
Ma revue n° 019 du 01/01/2019

ANESTHÉSIE

Autour de la chirurgie

Auteur(s) : Léa Dufour*, Marion Fusellier-Tesson**

Fonctions :
*Cabinet vétérinaire Bon Secours
5, rue du Bon Secours, 44810 Hériclea.dufour.sio@gmail.com
**Service d’imagerie médicale
CHUV Oniris-Nantes-Atlantique
BP 50707, 44307 Nantes Cedex 03

Réalisable sur le terrain avec peu de matériel, le bloc anesthésique de Peterson permet d’intervenir sur l’œil et ses annexes, associant confort de travail et bien-être animal.

Le bloc de Peterson est indiqué pour effectuer un examen approfondi, retirer un corps étranger oculaire ou réaliser toutes les interventions chirurgicales intéressant l’œil ou ses annexes (retrait de masse cornéenne ou palpébrale, blépharorraphie, énucléation). Une anesthésie complémentaire du nerf auriculo-palpébral (rameau du nerf facial assurant la motricité des paupières) est souvent nécessaire afin de faciliter l’accès au globe oculaire. Le bloc de Peterson provoque une insensibilisation large de la peau, du périoste de la région frontale et de la muqueuse du sinus frontal, permettant également de réaliser une trépanation du sinus.

Pour la sécurité de tous, la contention du bovin doit être adéquate ; une sédation avec de la xylazine (0,025 à 0,1 mg/kg par voie intraveineuse ou intramusculaire selon la profondeur de sédation souhaitée, la race et le tempérament du bovin) peut être nécessaire.

La technique d’injection est peu risquée dès lors que l’orientation de l’aiguille reste horizontale (dépôt de l’anesthésique au-dessus du cône bulbaire) et qu’un test d’aspiration est réalisée pour vérifier l’absence de sang (ou plus rarement de liquide céphalo-spinal) avant d’injecter l’anesthésique local.

Les rares complications sont les suivantes :

- un échec de l’anesthésie en cas d’injection latéra­lement à la crête ptérygoïdienne ou en cas d’injection intravasculaire ;

- un traumatisme nerveux pouvant entraîner une perte de fonction de l’œil, comme la paralysie ou la cécité ;

- une lésion vasculaire pouvant provoquer une hémorragie rétrobulbaire ;

- une lésion du globe oculaire ou une exophtalmie induite par une pression créée en arrière du globe oculaire ;

- le bloc entraîne un arrêt de production de larmes qui, en conjonction avec l’akinésie des paupières (pas de battement des paupières restant béantes), peut conduire à un assèchement de la cornée et à une kératite ;

- si le mandrin est placé trop ventralement (inclinaison descendante), il existe un risque d’atteindre le récessus des méninges qui entoure le nerf optique. L’injection de l’anesthésique local à travers les méninges dans le liquide céphalo-spinal provoque une toxicité centrale (chute, coma, arrêt respiratoire/cardiaque).

1. Considérations anatomiques

Le bloc de Peterson consiste à injecter un anesthésique local profondément dans la cavité orbitaire afin d’insensibiliser les nerfs qui assurent l’innervation sensitive (nerfs ophtalmique et maxillaire) et motrice (nerfs oculomoteur, trochléaire, abducteur) de l’œil et de ses annexes. Chez le bovin, ces nerfs émergent dans la cavité orbitaire par le trou orbito-rond situé médialement à la crête ptérygoïdienne et au processus coronoïde de la mandibule.

L’anesthésique local (en vert sur la reconstitution 3D par scanner), est déposé au contact des nerfs grâce à un mandrin de cathéter (en bleu).

2. Matériel

La réalisation du bloc de Peterson demande peu de matériel.

→ Pour la préparation aseptique du site : une tondeuse ou un rasoir ; une paire de gants à usage unique ; un haricot contenant des compresses imbibées de chlorhexidine savon et des compresses imbibées de chlorhexidine solution.

→ Pour la réalisation du bloc : une paire de gants stériles (ou à usage unique) ; une seringue contenant 3 ml d’anesthésique local (procaïne ou lidocaïne 2 %(1)) montée sur une aiguille orange de 25 G ; une aiguille verte de 14 G (38 × 2 mm) ; un mandrin de cathéter de 18 G de 10 cm de long ; une seringue de 20 ml contenant 15 ml d’anesthésique local. Pour la réalisation du bloc auriculo-palpébral, prévoir 5 à 10 ml supplémentaires du même anesthésique local.

3. Repères

Repérer l’angle formé par l’intersection du processus frontal de l’os zygomatique et par l’arcade zygomatique. Le site d’injection se situe dans la dépression située caudalement à ce point.

4. Préparation aseptique du site

Réaliser une tonte large sur un carré de 10 cm de côté. Après s’être muni de gants à usage unique, réaliser un nettoyage et une désinfection par trois passages successifs à la chlorhexidine savon. Terminer par un passage de chlorhexidine solution.

5. Anesthésie locale

Injecter 3 ml d’anesthésique local par voie sous-cutanée (SC) au point de ponction cutané pour insensibiliser la peau et le tissu SC, par exemple entre deux savonnages pour faire diffuser l’anesthésique et allonger le temps entre l’injection SC et la réalisation du bloc profond.

6. Insertion de l’aiguille guide

Positionner l’aiguille verte de 14 G dans l’angle formé par l’arcade zygomatique et le bord caudal de l’orbite, le plus cranialement et ventralement possible, puis l’insérer jusqu’à la garde perpendiculairement à l’axe sagittal de la tête. Cette aiguille servira de guide.

7. Insertion du mandrin

Insérer le mandrin de cathéter horizontalement dans l’aiguille guide. S’il bute contre le bord cranial de la branche montante de la mandibule ou contre la crête ptérygoïdienne, le retirer et réorienter cranialement. Le mandrin est inséré jusqu’à sentir le fond de l’orbite proche du trou orbito-rond (6 à 7 cm de profondeur chez l’adulte).

8. Injection de l’anesthésique

Monter la seringue d’anesthésique local sur le mandrin de cathéter. Réaliser un test d’aspiration pour confirmer l’absence de sang ou de liquide céphalo-rachidien remontant dans l’aiguille et la seringue. Injecter 15 ml d’anesthésique local. Retirer le mandrin de cathéter.

9. Réalisation du bloc auriculo-palpébral

Réorienter l’aiguille de 14 G (ou en insérer une nouvelle) superficiellement et caudalement le long de l’arcade zygomatique en injectant 5 à 10 ml d’anesthésique local. Le bloc auriculo-palpébral peut également être réalisé en début de procédure, en même temps que l’anesthésie SC. Toutefois, le volume injecté déforme les tissus et peut rendre ainsi plus difficile la palpation de la dépression dans laquelle l’aiguille guide est à placer.

10. Contrôle de l’efficacité du bloc

Le bloc se met en place en 15 minutes environ, pour une durée de 30 minutes à 1 heure, avec des variations individuelles de durée et d’effet (embonpoint influant sur le volume du coussinet rétrobulbaire, inflammation du globe limitant l’efficacité du bloc). Le volume à injecter peut alors être augmenté de 50 % ou l’injection répétée dès 30 minutes. Il est possible d’observer une mydriase avec disparition du réflexe photomoteur, une énophtalmie, une procidence ou une insensibilisation de la troisième paupière, une immobilisation du globe oculaire ou une insensibilisation et un assèchement de la cornée. Le bloc auriculo-ventriculaire provoque une ptôse des paupières et une perte du réflexe à la menace.

  • (1) En France, depuis 2013, seule la procaïne possède une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l’espèce bovine, avec un temps d’attente nul. L’utilisation de la lidocaïne hors AMM impose un temps d’attente forfaitaire de 7 jours pour le lait et 28 jours pour la viande. En décembre 2017, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail recommandait un temps d’attente lait de 15 jours.

Conflit d’intérêts

Aucun.

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