L’intoxication par le fer chez les animaux domestiques - Le Point Vétérinaire n° 406 du 01/06/2020
Le Point Vétérinaire n° 406 du 01/06/2020

TOXICOLOGIE

Fiche toxicologie

Auteur(s) : Martine Kammerer

Fonctions : Capae-Ouest, Oniris
101, route de Gachet
44300 Nantes
capaeouest@oniris-nantes.fr

L’intoxication par le fer chez l’animal, hormis le cas très particulier des effets indésirables postinjection chez le porcelet, est principalement une intoxication aiguë qui touche les animaux de compagnie, et surtout le chien.

Le fer est un oligoélément qui joue un rôle majeur dans l’organisme par sa présence dans l’hémoglobine, la myoglobine et diverses enzymes, mais c’est également un métal qui peut se révéler très toxique.

Des produits de jardin naturels, mais pas sans danger

Les principales circonstances d’intoxication sont liées au traitement du jardin, avec des produits à base de phosphate ou de sulfate ferrique. Le phosphate ferrique, parfois appelé Ferramol, est aujourd’hui le seul antilimace disponible pour les particuliers. Il se présente sous la forme de granulés, le plus souvent de couleur verte ou bleue, à la concentration de 1 % pour les jardiniers amateurs. Il est parfois indiqué sur l’emballage « préserve les animaux domestiques » ou « sans danger pour les animaux », ce qui est tout à fait inexact ! Cette mention rassure à tort, et augmente le risque d’accident, car le produit est alors utilisé sans précaution. C’est le seul molluscicide autorisé en agriculture biologique, et on l’utilise également de plus en plus en agriculture conventionnelle à la place du métaldéhyde ; la concentration est alors plus élevée, de 2 à 3 %. Si le phosphate ferrique est un produit relativement récent (une dizaine d’années), le sulfate de fer est au contraire utilisé comme antimousse depuis fort longtemps, en particulier sur le gazon, seul ou associé à des engrais. Ces deux produits sont responsables de plus des deux tiers des appels à propos du fer au Centre antipoison animal et environnemental de l’Ouest (Capae-Ouest), mais ce ne sont pas les seuls (tableau). Viennent ensuite l’ingestion accidentelle des médicaments du propriétaire, puis celle des absorbeurs d’oxygène à base de carbonate ferreux, présents dans les sachets de denrées alimentaires… en particulier dans les friandises pour les animaux de compagnie. Sans oublier également les patchs, coussins ou semelles chauffantes, à base de poudre de fer, qui provoquent une réaction exothermique au contact de l’air, ainsi que des cas anecdotiques portant sur l’ingestion de divers produits renfermant du fer sous des formes chimiques variées (aimant, engrais, pigments pour ciment, réactifs de jeu du petit chimiste, etc.).

Des doses toxiques imprécises

La dose ingérée peut être connue avec précision lorsqu’un médicament est en cause, mais dans toutes les autres circonstances, elle est au contraire souvent difficile à estimer. S’il y a un doute sur l’ingestion, une confirmation indirecte peut être apportée par la coloration orange superficielle des dents (lors d’ingestion d’antimousse) ou par l’aspect noirâtre des fèces. Parfois, elle peut aussi être vérifiée par la radiographie, car le fer est radio-opaque. Les doses toxiques ne sont pas connues avec précision et dépendent en partie de la forme chimique sous laquelle est présente le métal. Pour le phosphate ou le sulfate, les doses létales par voie orale sont de l’ordre de 200 mg/kg.

Un tableau clinique dominé par les troubles digestifs

Les signes cliniques sont les mêmes, quel que soit le produit ingéré ou sa forme.

Lors d’ingestion faible ou modérée, l’intoxication se manifeste seulement par l’effet irritant du métal sur la muqueuse digestive, qui provoque une gastro-entérite dans les heures qui suivent la prise. L’animal présente principalement des vomissements, accompagnés d’une diarrhée, parfois hémorragique, d’une douleur abdominale et d’un ptyalisme. Le traitement est alors symptomatique et repose sur l’administration d’antivomitifs et de pansements digestifs, ainsi que sur la réhydratation parentérale. Le charbon activé est inutile, car il n’adsorbe par le fer. Si la dose ingérée est importante, l’excès de fer est résorbé dans l’intestin et l’hypersidérémie est à l’origine d’une cytolyse hépatique et d’une hypotension qui conduit à un état de choc, parfois compliqué d’une coagulation intravasculaire disséminée et d’une insuffisance rénale aiguë. L’analyse biochimique sanguine révèle une augmentation de l’activité des transaminases, souvent accompagnée d’une leucocytose et d’une hyperglycémie. Le recours au chélateur du fer est alors justifié. La déféroxamine (Desferal®), disponible en pharmacie sous la forme d’une solution injectable, s’administre en perfusion lente dans une solution isotonique de chlorure de sodium à la dose de 90 mg/ kg. Ce traitement entraîne l’émission d’urines orangées ; la couleur disparaît lorsque l’élimination du fer est terminée. Desferal® est un médicament peu coûteux, mais qui n’est pas sans effets indésirables. L’injection est douloureuse et peut provoquer des troubles cardiovasculaires, rénaux et ophtalmiques, elle n’est donc conseillée que lors d’une intoxication confirmée et sévère. Ces cas graves sont rares, car les doses ingérées sont le plus souvent insuffisantes, d’autant que les vomissements précoces permettent d’en rejeter une partie. L’usage de la déféroxamine est donc peu documenté en médecine vétérinaire. L’évolution des intoxications aiguës par le fer est généralement favorable avec le seul traitement symptomatique, et aucun cas mortel n’a été enregistré au Capae-Ouest.

Des effets à long terme mal connus

Chez les animaux de production, les intoxications aiguës sont rares, mais la question des effets à moyen ou long terme d’un excès de fer dans la ration, et plus particulièrement dans l’eau d’abreuvement, est discutée. En effet, l’eau issue de forages profonds est souvent riche en fer (et en manganèse associé). Il n’y a pas de consensus sur la concentration acceptable pour les herbivores ou le porc. La valeur de référence dans l’eau de consommation humaine peut être largement dépassée (0,2 mg/l, selon le décret n° 2001-1220 du 20 décembre 2001), car elle repose surtout sur des considérations domestiques (taches sur le linge, etc.). Mais aucun chiffre n’est proposé dans les recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur l’eau d’abreuvement, car les données toxicologiques sont insuffisantes. Des teneurs supérieures à 10 mg/l ont été à l’origine de baisses de production, et des valeurs plus basses pourraient présenter des effets délétères indirects, en diminuant l’appétence de l’eau et en favorisant l’apparition de biofilms bactériens.

Conflit d’intérêts

Aucun.

EN SAVOIR PLUS

1. Buhl KJ, Berman FW, Stone DL. Reports of metaldehyde and iron phosphate exposures in animals and characterization of suspected iron toxicosis in dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2013;242 (9):1244-1248.2. Genther ON, Beede DK. Preference and drinking behavior of lactating dairy cows offered water with different concentrations, valences, and sources of iron. J. Dairy Sci. 2013;96 (2):1164-1176.
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