Dermatite pustuleuse stérile lors de leishmaniose canine - Le Point Vétérinaire expert canin n° 405 du 01/05/2020
Le Point Vétérinaire expert canin n° 405 du 01/05/2020

DERMATOLOGIE

Analyse d’article

Auteur(s) : Charline Pressanti

Fonctions : Service de dermatologie
INP-ENVT
23, chemin des Capelles
31000 Toulouse
c.pressanti@envt.fr

Aucun lien n’est clairement établi entre la dermatite pustuleuse stérile et la leishmaniose chez le chien. Les signes cutanés sont fréquents lors de leishmaniose canine. Il s’agit le plus souvent d’un état kérato-séborrhéique dominé par de nombreuses squames argentées (photo b). Des ulcérations, en particulier sur les saillies osseuses, des nodules, des papules, une atteinte des griffes et de la truffe, ainsi qu’une dermatose pustuleuse sont communément décrits [4, 5]. Ainsi, les lésions squameuses et ulcératives demeurent les plus fréquentes et les plus typiques, les autres formes lésionnelles étant moins souvent rapportées.

CONTEXTE DE L’ÉTUDE

Les formes pustuleuses sont mal définies et souvent controversées [2, 3]. En 1998, une dermatose pustuleuse est décrite chez un chien leishmanien (photo a). Depuis, plusieurs autres cas ont été rapportés. Ils permettent de préciser les aspects cliniques et histologiques de cette forme clinique.

En 2015, une série de 22 cas a fait l’objet d’une publication [1]. Les chiens étudiés souffrent d’une dermatite alopéciante pustuleuse neutrophilique, dont les pustules montrent un degré variable d’acantholyse. Ces lésions cutanées ne répondent pas aux antibiotiques. En revanche, dans la moitié des cas, elles disparaissent à la suite d’un traitement combinant des antileishmaniens et des immunomodulateurs. Un lien clair entre la dermatose pustuleuse et la leishmaniose n’a toutefois pas pu être établi.

ASPECTS CLINIQUES ET MICROSCOPIQUES

Dans cette étude, en accord avec les critères d’inclusion établis par les auteurs, les chiens sélectionnés présentent des papules, des pustules et des croutes dans un contexte de dermatose prurigineuse. Toutefois, cette dermatose pustuleuse peut également évoluer sans prurit, comme cela est déjà décrit dans de précédentes publications [1]. La distribution des lésions évoque une affection dysimmunitaire, telle qu’une réaction médicamenteuse pustuleuse ou une pustulose sous-cornée stérile, plutôt qu’une origine infectieuse bactérienne. Les lésions touchent la face, les pavillons auriculaires et les extrémités. L’alopécie associée n’est pas systématique. Les lésions sont très prurigineuses et les zones glabres sont peu affectées, contrairement à ce qui est rapporté lors de pemphigus superficiel.

L’absence de réponse à un antibiotique adapté peut s’expliquer par l’absence d’implication des staphylocoques isolés sur un prélèvement (flore résidente) ou par une cause dysimmunitaire stricte.

Histologiquement, la plupart des cas sont caractérisés par de larges pustules cornées ou sous-cornées, des croûtes, quelques cellules acantholytiques, une hyperplasie épidermique et une infiltration périvasculaire à interstitielle mixte dominée par des neutrophiles et des mastocytes. Il y a peu de cellules apoptotiques et de kératinocytes acantholytiques. D’autres lésions, telles qu’une spongiose, une vasodilatation, un œdème dermique, une extravasation des érythrocytes et une nécrose sous-pustuleuse, peuvent orienter vers une dermatose pustuleuse dans un contexte de leishmaniose.

Le résultat de l’analyse immunohistochimique revient négatif pour 8 des 14 cas étudiés, de même que celui de la réaction de polymérisation en chaîne (PCR) pour 5 de ces 8 cas. Chez ces 5 chiens, le matériel génétique n’est pas en quantité suffisante dans 2 cas et, pour les 3 autres, la PCR est négative. Dans ce contexte, la recherche PCR dans un tissu préalablement fixé dans un milieu et inclus en paraffine pourrait expliquer le manque de sensibilité de cet examen.

TRAITEMENT

Le traitement de ces dermatoses pustuleuses constitue un véritable challenge, car il nécessite le recours à des molécules aux propriétés anti-inflammatoires et immunomodulatrices. Dans cette série de 14 chiens, tous ont reçu un traitement spécifique de la leishmaniose canine auquel est ajoutée une faible dose de corticoïdes sur de courtes périodes. L’association de tétracycline avec ou sans vitamine B3 est utilisée chez certains chiens. Une faible dose d’azathioprine est administrée à un seul animal. Une bonne réponse au traitement est observée chez 85 % des animaux. Parmi eux, 69 % (9 sur 14) survivent sans plus présenter de signes cliniques entre huit mois et quatre ans après la mise en place du traitement.

CORRÉLATION ENTRE LEISHMANIOSE ET DERMATOSE

L’analyse statistique effectuée sur 2 420 chiens suggère une association entre le pattern clinique pustuleux et la dermatose infectieuse, au moins dans une zone où la leishmaniose est endémique. En effet, le risque de présentation d’une forme pustuleuse est 76 fois plus important chez un chien porteur de leishmanies.

En l’absence d’étude précisant les liens entre ces deux entités, les auteurs avancent deux hypothèses :

– la dermatose pustuleuse, primaire, est responsable d’une modification des réponses immunitaires et favorise l’émergence de la leishmaniose chez un individu porteur ;

– la leishmaniose entraîne une altération des réponses immunitaires et facilite l’apparition de cette dermatose pustuleuse.

LIMITES DE L’ÉTUDE

Les limites sont liées au caractère rétrospectif de l’étude, au manque de standardisation des techniques de mise en œuvre diagnostique, des protocoles thérapeutiques, du suivi des animaux, etc.

Conclusion

La dermatose pustuleuse stérile neutrophilique doit faire suspecter une leishmaniose en zone endémique de la maladie. Elle doit être recherchée avant l’utilisation de molécules immunosuppressives qui ciblent la dermatose pustuleuse. Les résultats des techniques d’immunohistochimie et de réaction de polymérisation en chaîne peuvent être négatifs. Aussi, la mise en œuvre d’autres procédures diagnostiques, telles que la sérologie, est recommandée. Un traitement leishmanicide, associé à de faibles doses d’immunomodulateurs sur des périodes variables, semble suffisant pour contrôler l’affection.

Références

  • 1. Colombo S, Abramo F, Borio S et coll. Pustular dermatitis in dogs affected by leishmaniosis: 22 cases. Vet. Dermatol. 2016;27 (1):9-e4.
  • 2. Ginel PJ, Mozos E, Fernandez A et coll. Canine pemphigus foliaceus associated with leishmaniasis. Vet. Rec. 1993;133 (21):526-527.
  • 3. Koutinas AF, Scott DW, Kantos V et coll. Skin lesions in canine leishmaniasis (kala-azar): a clinical and histopathological study on 22 spontaneous cases in Greece. Vet. Dermatol. 1992;3 (3):121-130.
  • 4. Paltrinieri S, Solano-Gallego L, Fondati A et coll. Guidelines for diagnosis and clinical classification of leishmaniasis in dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2010;236 (11):1184-1191.
  • 5. Solano-Gallego L, Miro G, Koutinas A et coll. LeishVet guidelines for the practical management of canine leishmaniosis. Parasit. Vectors. 2011;20;4:86.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

Caractériser la dermatose pustuleuse prurigineuse constatée chez certains chiens, dans un contexte de forte prévalence de leishmaniose canine, afin de démontrer un lien entre ces deux entités. Décrire précisément les aspects cliniques et histologiques de cette manifestation pustuleuse.

MÉTHODE

Étude rétrospective clinique et histologique menée chez 14 chiens souffrant de dermatose pustuleuse dans une zone d’endémie de la leishmaniose canine. Une analyse immunohistochimique ciblant les leishmanies et une PCR en temps réel sont réalisées sur les biopsies des 14 cas étudiés. De plus, l’association entre dermatose pustuleuse et leishmaniose canine est évaluée à l’aide d’un test de Fisher d’après les données collectées sur un effectif de 2 420 chiens vivant en zone endémique de la maladie.

RÉSULTATS

• La dermatose se caractérise par la présence de pustules, stériles ou qui ne rétrocèdent pas lors d’un usage raisonné d’antibiotiques.

• Sur le plan microscopique, des pustules neutrophiliques sont associées à un infiltrat dermique périvasculaire neutrophilique et mastocytaire. La présence d’un œdème et d’une vasodilatation dermique est également notée.

• L’analyse immunohistochimique revient positive pour 6 cas sur 14, et la PCR est positive pour 3 des 8 cas négatifs à l’immunohistochimie.

• L’association des traitements antileishmaniens et des immunomodulateurs permet de contrôler la dermatose pustuleuse dans la majorité des cas.

• Parmi les 2 420 chiens testés, la dermatose pustuleuse est significativement plus fréquente chez ceux atteints de leishmaniose (p < 0,001).

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