Efficacité d’un traitement avec ou sans corticoïdes lors de pancréatite aiguë canine - Le Point Vétérinaire expert canin n° 404 du 01/04/2020
Le Point Vétérinaire expert canin n° 404 du 01/04/2020

MÉDECINE INTERNE

Analyse d’article

Auteur(s) : Laetitia Lucarelli

Fonctions : Clinique vétérinaire VetHorizon
16 A, rue Jules Ferry
13220 Châteauneuf-lès-Martigues
laetitia.lucarelli@laposte.net

La pancréatite aiguë est une affection fréquente chez le chien [5]. Le traitement consiste essentiellement en des mesures de soutien. Or selon certains chercheurs, la prescription de corticoïdes présenterait un intérêt thérapeutique dans ce cadre [2, 4, 12].

DIAGNOSTIC

Le diagnostic de la pancréatite aiguë canine repose sur un ensemble de critères évocateurs.

1. Tableau clinique

Les signes cliniques, le plus souvent non spécifiques, incluent une douleur abdominale, un abattement, une anorexie, des vomissements et une diarrhée. Des complications majeures, comme le développement d’un syndrome inflammatoire à réponse systémique (SIRS), peuvent aussi survenir, conduisant à une défaillance multi-organique puis à la mort de l’animal [7].

2. Analyses biochimiques

Les mesures de la lipase plasmatique (v-LIP) et de la lipase pancréatique spécifique canine (spec-cPL) sont utilisées pour identifier les chiens à inclure dans cette étude. La mesure de la v-LIP n’est ni suffisamment sensible ni spécifique [10]. L’évaluation de la spec-cPL constitue en revanche le test le plus sensible et spécifique pour établir le diagnostic de pancréatite. Une valeur supérieure à 400 µg/l est ainsi évocatrice de cette affection. De même, la mesure de la protéine C-réactive se révèle un outil pronostique intéressant lors de pancréatite aiguë chez le chien. Son évolution, au cours des deux jours qui suivent le début des signes cliniques, est fortement corrélée à la survie des animaux [6].

3. Échographie abdominale

Lors de l’exploration échographique de l’abdomen, l’augmentation de la taille du pancréas, son hypoéchogénicité, la présence de marges irrégulières, ainsi qu’une hyperéchogénicité des régions voisines (graisses, mésentères, intestins) sont autant d’éléments évocateurs d’une pancréatite aiguë (photo).

4. Examen histologique

L’examen histologique permet de confirmer le diagnostic, et de préciser la physiopathologie de cette affection. Il n’a pas été réalisé dans cette étude.

TRAITEMENT AVEC LA PREDNISOLONE

1. État actuel des connaissances

Les corticoïdes ont longtemps été considérés comme un facteur de risque de survenue d’une pancréatite et évincés du traitement médical de cette affection. Récemment, les glucocorticoïdes ont pourtant été retirés de la liste des médicaments inducteurs de pancréatite chez l’homme, et plusieurs études montrent qu’ils ne sont pas non plus en cause chez le chien [1, 9].

2. Résultats

Dans cette étude clinique, les chiens traités avec la prednisolone (à raison de 1 mg/kg/j) présentent une amélioration plus rapide et une diminution de la protéine C-réactive plus précoce que ceux qui ne reçoivent pas de corticoïdes. La durée d’hospitalisation est significativement plus courte pour le groupe traité par rapport au groupe sans prednisolone.

Un mois après le diagnostic, le taux de survie est aussi significativement plus élevé dans le groupe avec prednisolone (88,7 % versus 57,9 %). En revanche, le taux de récidive après la sortie n’affiche pas de différence significative.

3. Mode d’action théorique et indications

Selon une étude expérimentale, la sévérité des lésions cellulaires pancréatiques est significativement moins importante chez les chiens traités avec des glucocorticoïdes par rapport à leurs congénères non traités [4]. Une seconde étude révèle que les animaux qui reçoivent des glucocorticoïdes présentent une augmentation du flux sanguin pancréatique artériel [11].

Par ailleurs, une étude menée chez le rat met en évidence que les cytokines proinflammatoires (interleukines 1bêta, 6 et 10) et la phospholipase A2 sont significativement diminuées chez les individus traités aux glucocorticoïdes, par comparaison avec les animaux non traités [3].

Enfin, plusieurs études rapportent une potentielle efficacité des glucocorticoïdes dans le traitement des pancréatites aiguës sévères compliquées d’un SIRS [2, 3, 4, 8, 12]. Ainsi, les corticoïdes pourraient contribuer à la guérison des lésions tissulaires en améliorant le flux sanguin artériel pancréatique et en diminuant la réaction inflammatoire systémique. Ils ont donc pu être efficaces chez un certain nombre de chiens de l’étude présentant une forme sévère de pancréatite aiguë et un SIRS.

LIMITES DE L’ÉTUDE ET SIGNIFICATION CLINIQUE

L’absence de randomisation et un caractère “non aveugle” (cliniciens et propriétaires ont connaissance de la répartition des chiens dans les groupes) sont les principales limites. Le biais de recrutement et la répartition non homogène entre les deux groupes sont également à relever (chiens inégalement répartis, races surreprésentées et âges plus avancés dans le lot sans prednisolone). Les résultats sont donc à considérer avec précaution. Toutefois, ils soulèvent la question de la place des corticoïdes, jusqu’à présent écartés, dans la prise en charge des pancréatites canines, aiguës ou chroniques.

Conclusion

Un traitement initial à base de prednisolone semble induire une amélioration clinique plus rapide chez des chiens atteints de pancréatite aiguë, comparé à un traitement sans prednisolone. Cependant, il s’agit d’une étude préliminaire dont la réalisation a manqué de rigueur. Des travaux complémentaires sont nécessaires pour confirmer les résultats observés. Les corticoïdes pourraient néanmoins se révéler efficaces pour traiter certaines pancréatites, notamment lorsqu’une origine dysimmunitaire est suspectée ou lors de complications.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

Comparer l’efficacité d’un traitement, avec ou sans corticoïdes, lors de pancréatite aiguë chez le chien. Établir le pronostic selon le traitement administré.

MÉTHODE

Étude rétrospective portant sur les dossiers médicaux de 65 chiens présentés entre 2011 et 2016 au sein de structures vétérinaires japonaises pour une suspicion de pancréatite. Ces animaux présentent des signes cliniques compatibles avec la forme aiguë (abattement, anorexie, vomissements, diarrhée, douleur abdominale), une concentration en lipase pancréatique canine au-delà de 400 µg/l ou une concentration en lipase plasmatique supérieure à 200 U/l, et des anomalies à l’examen échographique du pancréas. Un score clinique leur est attribué selon la gravité de l’affection. Un groupe de 45 chiens reçoit un traitement initial de soutien associé à une dose de prednisolone de 1 mg/kg/j, l’autre groupe (20 chiens) reçoit le même traitement initial sans prednisolone. La réponse au traitement est évaluée d’après plusieurs paramètres : la diminution de la protéine C-réactive (CRP), l’amélioration des signes cliniques, la durée d’hospitalisation, la mortalité et le taux de récidive.

RÉSULTATS

• Le temps nécessaire pour atteindre une concentration en CRP inférieure à 2 mg/dl et un score clinique normal est significativement plus faible dans le groupe avec prednisolone par rapport au second groupe : baisse de la CRP en une médiane de 4 jours (2 à 9) versus 8 jours (3 à 23) ; normalisation du score clinique en une médiane de 4 jours (2 à 7) versus 7 jours (3 à 23).

• La durée d’hospitalisation est significativement plus courte pour les chiens traités avec la prednisolone par rapport à ceux qui n’en ont pas reçu : 5 jours (2 à 10) versus 8 jours (1 à 23).

• Un mois après la sortie d’hospitalisation, le taux de mortalité est significativement moins élevé dans le groupe avec prednisolone (11,3 versus 46,1 %).

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