Tachyarythmie chez un chat européen - Le Point Vétérinaire expert canin n° 403 du 01/03/2020
Le Point Vétérinaire expert canin n° 403 du 01/03/2020

CARDIOLOGIE

Cas clinique

Auteur(s) : François Serres

Fonctions : (DESV médecine interne,
option cardiologie)
Oncovet Avenue Paul-Langevin
59650 Villeneuve-d’Ascq

Une fibrillation atriale, associée à une diminution du flux sanguin au sein de l’auricule droite, peut provoquer une thromboembolie aortique. Le clopidogrel permet de prévenir cette complication.

DIAGNOSTIC

Une chatte européenne stérilisée, âgée de 8 ans, est référée pour l’exploration de difficultés respiratoires observées depuis plusieurs jours et apparues brutalement moins d’une semaine auparavant.

Le vétérinaire traitant a identifié une arythmie à l’auscultation et réalisé un examen radiographique du thorax. Les clichés montrent des signes de congestion : une cardiomégalie est visible, associée à une perte des contours cardiaques. Une amélioration modérée est intervenue après la mise en place d’un traitement diurétique à base de furosémide, à la dose de 1 mg/kg/12 heures.

À l’examen clinique, l’animal apparaît en très bon état général, avec de brèves phases de polypnée en cas de stress. L’auscultation révèle la présence d’une tachycardie marquée (190 à 230 bpm) associée à une nette tendance à l’arythmie. Aucun bruit supplémentaire n’est perceptible ce jour-là.

Un examen échocardiographique est effectué afin d’explorer la cardiomégalie. L’électrocardiogramme concomitant décèle une fibrillation atriale. La coupe temps-mouvement transventriculaire et transmitrale, obtenue par voie parasternale droite, montre un ventricule gauche de taille et de morphologie très modifiées, avec une nette hypertrophie du septum interventriculaire et de la paroi postérieure du ventricule gauche. L’atrium gauche est nettement dilaté, avec un rapport atrium gauche/aorte supérieur à 3 (photo 1). Aucune volute préthrombotique associée n’est observée. L’examen en mode Doppler pulsé de l’auricule gauche ne permet pas d’identifier de flux auriculaire mesurable (photo 2).

La principale hypothèse envisagée est celle de l’évolution d’une cardiomyopathie hypertrophique primitive, combinée à une fibrillation atriale et à un épanchement secondaire.

La prise en charge thérapeutique associe quatre médicaments :

– un diurétique administré “à effet”, dans un premier temps le furosémide, à la dose de 2 mg/kg/12 heures ;

– du clopidrogrel (Plavix®(1), à raison d’un quart de comprimé à 75 mg par jour) en prévention du risque thromboembolique ;

– du pimobendane, en soutien de la fonction myocardique en l’absence d’obstruction dynamique ;

– du diltiazem (à 10 mg/8 heures) afin de diminuer la fréquence de la fibrillation atriale.

DISCUSSION

Lors de cardiomyopathie féline, la présence d’une fibrillation atriale est un élément pronostique défavorable, avec une médiane de survie évaluée à 165 jours selon une étude. Dans cette dernière, seulement un tiers des chats sont encore vivants un an après l’établissement du diagnostic [1]. La cause de la mort, lorsqu’elle est identifiée, est une thromboembolie aortique chez plus de la moitié des chats [1]. La fibrillation atriale, associée à une diminution du flux sanguin au sein de l’auricule droite qui peut être mesurée par l’examen en mode Doppler pulsé, constitue un facteur de risque de survenue d’une thromboembolie aortique [3]. Ces deux anomalies justifient, dans notre cas, la mise en place d’un traitement à base de clopidogrel.

Cet inhibiteur de l’agrégation plaquettaire a montré une efficacité supérieure à celle de l’aspirine dans la prévention des complications cardiaques, chez des chats ayant présenté un épisode de thromboembolie aortique. Il diminue significativement le risque d’un nouvel épisode et augmente le délai d’apparition d’une thromboembolie aortique ou d’autres complications cardiaques (346 jours versus 128 jours pour les animaux traités avec de l’aspirine) [2].

  • (1) Médicament à usage humain.

Références

  • 1. Cote E, Harpster K, Laste J et coll. Atrial fibrillation in cats : 50 cases (1979-2002). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2004;225:256-260.
  • 2. Hogan DF, Fox PR, Jacob K et coll. Secondary prevention of cardiogenic arterial thromboembolism in the cat : the doubleblind, randomized, positive-controlled feline arterial thromboembolism; clopidogrel versus aspirin trial (FAT CAT). J. Vet. Cardiol. 2015;17:306-317.
  • 3. Schober K, Maerz I. Assessment of left atrial appendage flow velocity and its relation to spontaneous echocardiographic contrast in 89 cats with myocardial disease. J. Vet. Intern. Med. 2006;20:120-130.

Conflit d’intérêts

Aucun.

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