L’arthrodèse de l’épaule chez le chien - Le Point Vétérinaire expert canin n° 403 du 01/03/2020
Le Point Vétérinaire expert canin n° 403 du 01/03/2020

OSTÉOSYNTHÈSE

Analyse d’article

Auteur(s) : Mélanie Olive

Fonctions : CHV Atlantia
22, rue René Viviani
44200 Nantes

Les affections orthopédiques de l’épaule sont une cause importante de boiterie chez le chien. Lorsque la fonction articulaire de l’épaule ne peut plus être conservée, ou en présence de lésions récidivantes ou irréversibles, le blocage définitif de l’articulation (arthrodèse) est à envisager [3, 4].

INDICATIONS ET MODALITÉS DU TRAITEMENT CHIRURGICAL

1. Les indications

Chez le chien, les différentes indications de l’arthrodèse de l’épaule préconisées dans les publications sont les fractures articulaires et comminutives, les luxations récurrentes, les instabilités chroniques, l’hyperalgésie associée à de l’arthrose, la dysplasie ou encore l’ostéochondromatose(1) [2, 4].

2. La planification chirurgicale

Lorsqu’une arthrodèse est décidée, plusieurs éléments sont à prendre en compte.

Le blocage de l’articulation doit se faire dans la position la moins invalidante pour l’animal afin qu’il conserve une fonction locomotrice la plus physiologique possible. La littérature définit un angle scapulo-huméral idéal entre 110 et 115° [3, 4].

Plusieurs règles de base doivent en outre être observées :

– l’élimination des cartilages articulaires peut être obtenue par l’abrasion des surfaces articulaires ou par une ostectomie de la glène et de la tête humérale. L’étude de Fitzpatrick rapporte respectivement quatre et dix cas traités par chaque méthode. Selon cette étude, les résultats ne diffèrent pas entre les deux techniques. Toutefois, le faible nombre de cas étudiés ne permet pas de conclure ;

– le comblement des espaces articulaires doit être effectué à l’aide d’un greffon d’os spongieux. Ce dernier est obtenu à la suite du forage de la tête humérale et de la glène lors de l’abrasion des surfaces articulaires, ou lors de l’ostectomie de la tête humérale et de la glène ;

– la fixation du foyer d’arthrodèse doit être stable.

TEMPS OPÉRATOIRE ET SUIVI POSTOPÉRATOIRE

1. Le traitement chirurgical

Plusieurs variantes chirurgicales sont décrites. Un abord chirurgical classique est réalisé selon une approche cranio-latérale de l’articulation scapulo-humérale. Une ostéotomie de l’acromion et du tubercule majeur, référencée dans certains cas, permet de faciliter l’exposition du site d’intérêt. L’angle scapulo-huméral à maintenir est prédéfini, puis l’ostectomie de la glène et de la tête humérale est entreprise d’après cette mesure [1, 3]. La stabilisation de l’arthrodèse peut s’effectuer de différentes façons. Une vis scapulo-humérale peut ainsi être mise en place [5]. En effet, chez les petits chiens, l’arthrodèse de l’épaule est réalisée à l’aide soit d’une vis transarticulaire, soit de deux broches de Kirschner divergentes. Cette technique est déconseillée chez les chiens de moyen et grand gabarits. La mise en place d’une ou de plusieurs plaques d’ostéosynthèse est également rapportée (photo). Dans la littérature, les principales plaques utilisées sont la string-of-pearls (SOP), la standard locking plate et la reconstruction plate (plaque verrouillée ou non) [2, 3, 4]. L’étude présentée ici préconise l’utilisation de deux plaques afin de diminuer le risque de complications, surtout chez les chiens de grande taille et actifs.

Enfin, l’absence de recommandations à propos du type de plaque à employer (verrouillée ou non) est à noter.

2. Les complications

Les complications liées aux arthrodèses scapulo-humérales sont classiquement subdivisées en trois types : catastrophiques, majeures et mineures. Seul cet article évoque des complications. Parmi les quatorze chiens opérés, neuf complications sont recensées chez sept chiens :

– deux complications catastrophiques liées dans un cas à la persistance d’une douleur ayant motivé une amputation, et dans l’autre à une infection suivie de l’euthanasie de l’animal cinq mois et demi après l’intervention ;

– deux complications majeures avec reprise chirurgicale, l’une due à une non-union associée à une migration des implants et l’autre à une infection traitée médicalement ;

– cinq complications mineures sans nécessité de reprise chirurgicale (migration d’implant six semaines plus tard et fracture du tubercule majeur).

3. Le suivi

Dans le cadre du suivi postopératoire, la douleur, la cicatrisation osseuse et le grade de boiterie sont souvent évalués. Dans l’article de Pucheu, les auteurs estiment les résultats “bons” à “excellents” dans 87,5 % des cas [4].

La seule étude qui présente un réel suivi standardisé est celle analysée ici. De manière générale, elle montre une diminution progressive du grade de boiterie chez les chiens opérés, quel que soit le type ou le nombre de plaques utilisées. De surcroît, à la suite d’une affection chronique, tous les chiens traités par une arthrodèse scapulo-humérale retrouvent une meilleure activité physique (grade de boiterie diminué de 1). Ceux traités après une lésion traumatique recouvrent les mêmes capacités qu’avant l’accident. Ainsi, les animaux qui subissent une arthrodèse scapulo-humérale affichent une bonne récupération fonctionnelle à long terme.

D’après les publications, la cicatrisation osseuse est obtenue entre 6 et 14 semaines après l’intervention chirurgicale.

Conclusion

Chez le chien, l’arthrodèse scapulo-humérale peut être envisagée pour traiter une affection de l’épaule débilitante pour l’animal. Bien que le taux de complications rapporté ne soit pas négligeable, le résultat fonctionnel à long terme est bon, avec une amélioration graduelle de la boiterie.

  • (1) L’ostéochondromatose synoviale, ou chondromatose synoviale, est un trouble prolifératif des cellules souches indifférenciées de la synoviale. Il est caractérisé par une métaplasie cartilagineuse de la membrane synoviale responsable de la production sous-synoviale de multiples nodules de cartilage hyalin.

Références

  • 1. Edinger DT, Manley PA. Arthrodesis of the shoulder for synovial osteochondromatosis. J. Small Anim. Pract. 1998;39:397-400.
  • 2. Livet V, Pillard P, Cachon T. Luxation latérale chronique de l’épaule traitée par arthrodèse chez un chien fox terrier. Revue Méd. Vét. 2016;167:120-125.
  • 3. Oxley B. Bilateral shoulder arthrodesis in a pekinese using three-dimensional printed patientspecific osteotomy and reduction guides. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2017;30:230-236.
  • 4. Pucheu B, Duhautois B. Surgical treatment of shoulder instability : a retrospective study on 76 cases (1993-2007). Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2008;21:368-374.
  • 5. Vasseur PB. Arthrodesis for congenital luxation of the shoulder in a dog. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1990;197:501-503.

Conflit d’intérêts

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

Sélectionner les chiens candidats à une arthrodèse de l’épaule. Présenter la technique chirurgicale, ainsi que le suivi de l’animal.

MÉTHODE

Étude rétrospective multicentrique menée entre 2003 et 2010 dans quatre structures vétérinaires au Royaume-Uni.

RÉSULTATS

• 14 chiens sont inclus dans l’étude.

• L’âge moyen est de 6,8 ans.

• Les indications chirurgicales regroupent 2 fractures comminutives, 3 instabilités consécutives à une luxation traumatique, 4 instabilités médiales chroniques et 5 phénomènes arthrosiques scapulo-huméraux sévères.

• 10 ostectomies et 4 abrasions du cartilage scapulo-huméral sont réalisées.

• La stabilisation de l’arthrodèse est effectuée grâce à une plaque cranio-latérale plus ou moins associée à une plaque caudo-latérale. 5 arthrodèses sont traitées avec une double plaque.

• L’angle scapulo-huméral médian obtenu est de 114,2°. Le suivi à moyen terme (11 à 16 semaines) montre une amélioration du grade de boiterie et de la douleur. À long terme (6 à 20 mois), 8 chiens retrouvent un haut degré d’activité physique et 3 une activité modérée, selon leurs propriétaires.

• Les 8 chiens atteints d’une affection chronique recouvrent une meilleure activité physique qu’en phase préopératoire (+ 1 niveau). Les 3 chiens avec une lésion traumatique récupèrent leurs capacités physiques initiales.

• Les complications, qui concernent la moitié des chiens (7 sur 14), comprennent 2 complications catastrophiques (29 %), 2 complications majeures (29 %), 3 complications mineures (43 %).

• Les complications sont moindres avec un montage par double plaque (25 %) versus simple plaque (55,6 %). Il en est de même lors de montage verrouillé (16,7 %) versus non verrouillé (71,4 %) ou mixte (100 %).

Abonné au Point Vétérinaire, retrouvez votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr