L’intoxication par le datura chez l’animal - Le Point Vétérinaire n° 402 du 01/01/2020
Le Point Vétérinaire n° 402 du 01/01/2020

TOXICOLOGIE

Fiche toxicologie

Auteur(s) : Martine Kammerer

Fonctions : Capae-Ouest, Oniris
101, route de Gachet
44300 Nantes
capaeouest@oniris-nantes.fr

Le datura commun est une plante peu appétente, mais le danger se cache dans l’ensilage et le foin. Les ruminants, surtout les bovins, sont donc les principales espèces concernées par cette intoxication.

La plante

Le datura commun (Datura stramonium) est une plante annuelle de la famille des solanacées, qui fleurit en été et dont les fruits sont mûrs en automne. Il est aisément reconnaissable par sa taille qui peut atteindre 1,50 m, ses feuilles aux bords dentés, ses fleurs blanches en calice tubuleux et son fruit très caractéristique. Cette capsule épineuse, de la taille d’une grosse noix, renferme de nombreuses graines noires, assez grosses et fripées.

Le datura est une adventice commune dans les zones non cultivées, mais il est également présent dans les champs, en particulier de maïs, d’autant plus qu’il est souvent devenu résistant aux herbicides utilisés en agriculture. La plante s’installe aussi en milieu urbain, notamment dans les décombres. Le danger n’épargne pas le jardin d’agrément, car il existe des daturas arbustifs, et les plantes ornementales très voisines du genre Brugmansia présentent la même toxicité. Daturas et brugmansias renferment en effet plusieurs alcaloïdes puissants, l’atropine bien connue, mais surtout l’hyoscyamine (qui est un isomère de l’atropine) et la scopolamine, toutes trois dotées d’une action anticholinergique. Elles provoquent donc une tachycardie sinusale, le ralentissement du péristaltisme, le tarissement des secrétions et des troubles nerveux centraux. Toute la plante est toxique, mais les alcaloïdes sont particulièrement concentrés dans les graines.

Circonstances d’intoxication

La plante est peu appétente en raison de son odeur désagréable, et l’ingestion spontanée de datura sur pied est rare. Le danger se cache dans l’ensilage et le foin, car la dessication fait disparaître l’odeur, mais pas la toxicité. Les ruminants sont donc les principales espèces concernées, essentiellement les bovins, et dans une moindre mesure les chevaux. Les porcs peuvent également être touchés, car ils sont particulièrement sensibles à la toxicité des alcaloïdes en cause. Le chien est plus rarement atteint, même si son comportement curieux et joueur peut l’amener à ingérer la plante et ses graines.

Doses toxiques

Comme pour la plupart des plantes, il est difficile d’avancer des doses toxiques précises. Chez les bovins, l’ingestion ponctuelle d’un seul pied portant des fruits peut se révéler fatale. Dans l’ensilage, il est recommandé de ne pas dépasser la concentration de 0,1 %, ce qui représente environ un pied pour 20 m2 de maïs.

Tableau clinique

La résorption digestive des alcaloïdes en cause est rapide, et les premiers symptômes peuvent apparaître au cours de l’heure qui suit l’ingestion. Le tableau clinique est similaire chez toutes les espèces. Dans un premier temps, une mydriase marquée apparaît, qui peut gêner la vision et le comportement, suivie d’une agitation qui évolue vers une hyperexcitation croissante, avec confusion et désorientation. L’animal peut devenir agressif, craintif, ou présenter des hallucinations (la plante est parfois utilisée par les toxicomanes en décoctions ou bien fumée). Les muqueuses buccale et oculaire sont sèches. L’auscultation révèle une tachycardie qui s’accompagne de tachypnée. Sur le plan digestif, le datura provoque principalement une constipation, bien qu’une diarrhée soit parfois signalée, ainsi que des coliques chez les chevaux. L’hyperthermie est fréquente. Les signes d’excitation sont suivis d’une phase de dépression, qui peut évoluer vers le coma, puis la mort, en quelques heures à quelques jours. Mais l’évolution fatale n’est pas la règle, et un rétablissement est plus souvent rapporté.

Traitement

Le traitement est symptomatique et éliminatoire. Le charbon activé est recommandé, car il absorbe bien les alcaloïdes, mais il faut prendre garde à une aggravation possible de la constipation. Chez le cheval, un lavage gastrique est justifié. Les troubles nerveux sont corrigés par le diazépam, en évitant les neuroleptiques (acépromazine) qui possèdent eux-mêmes une action anticholinergique. Il n’y a pas de conduite spécifique à tenir vis-à-vis des troubles cardiaques. Maintenir l’animal à l’abri de la lumière vive est conseillé.

Diagnostic de laboratoire

La confirmation de l’intoxication par un dosage des alcaloïdes dans le contenu stomacal est possible dans des laboratoires spécialisés, mais en pratique le diagnostic repose essentiellement sur les données épidémiologiques et cliniques. L’autopsie peut permettre de confirmer l’ingestion grâce à l’examen du contenu de l’estomac.

Notons que l’atropine, comme sans doute l’hyoscyamine et la scopolamine, est éliminée dans le lait, ce qui complique la gestion des cas chez la vache laitière.

Conflit d’intérêts

Aucun.

EN SAVOIR PLUS

1. Tostes RA. Accidental Datura stramonium poisoning in a dog. Vet. Hum. Tox. 2002;44 (1):33-34.

2. Masurel E. Contribution à l’étude de la contamination de l’ensilage de maïs par des adventices toxiques : conséquences pratiques chez les bovins. Thèse doc. vét. Toulouse, 2007.

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