Efficacité du telmisartan dans le traitement de l’hypertension féline - Le Point Vétérinaire expert canin n° 402 du 01/01/2020
Le Point Vétérinaire expert canin n° 402 du 01/01/2020

MÉDECINE INTERNE

Analyse d’article

Auteur(s) : Laetitia Lucarelli

Fonctions : Clinique vétérinaire VetHorizon
16 A, rue Jules Ferry
13220 Châteauneuf-lès-Martigues
laetitia.lucarelli@laposte.net

L’hypertension artérielle systémique (HTAS) est une maladie reconnue dans l’espèce féline. Non contrôlée, elle peut provoquer de graves lésions sur les organes cibles (yeux, cerveau, reins et cœur) [7, 9]. Chez l’homme, le telmisartan est utilisé pour contrôler l’HTAS [4]. Ce médicament a fait l’objet d’études dans cette indication chez le chat, uniquement sur des modèles expérimentaux [6].

ORIGINES DE L’HYPERTENSION ARTÉRIELLE SYSTÉMIQUE

1. Maladies associées

Dans cette étude, les causes de l’hypertension artérielle systémique féline sont : maladie rénale chronique (37 %), hyperthyroïdie (9 %), association des deux (5 %), et hypertension idiopathique (aucune cause sous-jacente dépistée, 49 %). La proportion d’hypertensions artérielles systémiques idiopathiques apparaît plus élevée que dans les études précédentes (estimée à 20 %) [8, 11].

Les critères d’inclusion peuvent expliquer ce résultat. En effet, les chats atteints de maladie rénale chronique ou d’hyperthyroïdie débutante n’ont pas été inclus dans l’étude pour ces catégories respectives. De plus, certaines affections, comme l’hyperaldostéronisme primaire caractérisé par une HTAS dans 40 à 60 % des cas, n’ont pas été recherchées [2]. Les chats concernés ont donc pu être classés à tort dans la catégorie “hypertension artérielle systémique idiopathique”.

De surcroît, l’effet “blouse blanche”, à l’origine d’une augmentation transitoire de la pression artérielle systolique due au stress, a aussi pu conduire à une erreur de classification. Pour limiter cet artefact, un temps d’acclimatation dans la salle de consultation, une moyenne de trois mesures et des visites répétées sont conseillés (photo) [1, 11].

Enfin, la plupart des études précédentes ont été menées sur des effectifs de chats à risque [8]. Dans l’étude analysée, réalisée à grande échelle, les animaux évalués incluent une part de chats à risque parmi une population féline plus ordinaire.

2. Stimulation du système rénine-angiotensine-aldostérone

La physiopathologie de l’HTAS chez le chat, non élucidée, est probablement multifactorielle. Le système rénine-angiotensine-aldostérone pourrait jouer un rôle. Cependant, ces résultats reposent sur des études de petites cohortes [7, 8, 10, 12].

L’activation chronique du système rénine-angiotensinealdostérone, médiée par l’action de l’angiotensine-II (AT.II) sur son récepteur AT1, entraîne une HTAS persistante via la vasoconstriction des artères, la rétention de chlorure de sodium, et l’activation du système sympathique [3]. Le telmisartan est un antagoniste des récepteurs à l’AT-II qui se lie sélectivement au récepteur AT1 et inhibe ainsi les effets pro-hypertenseurs de l’AT-II [5].

UTILISATION DU TELMISARTAN

1. Efficacité initiale

Selon cette large étude clinique, la réduction de la pression artérielle systolique est significativement plus marquée dans le groupe “telmisartan” par rapport au groupe “placebo” dès le 14e jour. La réponse au traitement est jugée cliniquement efficace, avec une diminution de la pression artérielle systolique de plus de 20 mmHg par rapport à la valeur initiale au 28e jour. L’effet antihypertenseur ne dépend pas de l’affection sous-jacente.

2. Traitement d’entretien

L’efficacité du médicament et la proportion de chats avec une pression artérielle systolique inférieure à 150 mmHg augmentent entre le 14e et le 28e jour de l’étude (phase d’efficacité). La dose de telmisartan reste identique durant cette période. L’effet antihypertenseur persiste ensuite jusqu’au 120e jour.

La réduction de la pression artérielle systolique est comparable chez les chats qui présentent une hypertension systémique sévère (≤ 180 mmHg) et modérée (entre 160 et 179 mmHg).

La dose initiale (2 mg/kg/j en une prise orale) est standardisée pour tous les chats du groupe traité pendant la phase d’efficacité. Durant la phase d’utilisation prolongée, du 28e au 120e jour, 78 % des chats (112 sur 143) continuent de recevoir cette dose. Pour les autres (31 sur 143, soit 22 %), elle est diminuée par les praticiens référents. Le laboratoire qui commercialise le telmisartan dans cette indication chez le chat préconise une réévaluation quatre semaines après le début du traitement. La posologie initiale doit être réduite, par palier de 0,5 mg/kg toutes les quatre semaines, si la pression artérielle systolique passe en deçà de 140 mmHg.

3. Effets secondaires

Dans le groupe “telmisartan”, des vomissements sont souvent rapportés (6 % des chats). Une hypotension, le principal effet secondaire grave, est observée chez 1 % des chats du groupe traité. Dans ce cas, le laboratoire recommande un traitement symptomatique (fluidothérapie) associé à une diminution progressive de la dose de telmisartan.

APPLICATIONS CLINIQUES

Les résultats de cette étude confirment les recommandations actuelles pour la prise en charge de l’HTAS chez le chat [1, 11]. Elle souligne l’intérêt et la systématisation de son dépistage précoce chez les adultes afin de limiter les lésions des organes cibles et leurs conséquences.

La sécurité et l’efficacité du telmisartan chez les chats avec une pression artérielle systolique supérieure à 200 mmHg et/ou présentant des lésions des organes cibles n’ont pas été étudiées. En effet, ces animaux n’ont pas été inclus dans l’étude pour des raisons éthiques relatives à l’administration d’un placebo.

Conclusion

Le telmisartan, disponible en solution orale et utilisé à la dose de 2 mg/kg/jour en une prise, réduit efficacement et durablement la pression artérielle systolique chez les chats hypertendus (valeurs situées entre 160 et 200 mmHG), sans lésion des organes cibles. Il est bien toléré et les effets secondaires sont rares.

Références

  • 1. Acierno MJ, Brown S, Coleman AE et coll. ACVIM consensus statement: guidelines for the identification, evaluation, and management of systemic hypertension in dogs and cats. J. Vet. Intern. Med. 2018;32 (6):1803-1822.
  • 2. Ash RA, Harvey AM, Tasker S. Primary hyperaldosteronism in the cat: a series of 13 cases. J. Feline Med. Surg. 2005;7 (3):173-182.
  • 3. De Gasparo M, Catt KJ, Inagami T et coll. International Union of Pharmacology. XXIII. The angiotensin II receptors. Pharmacol. Rev. 2000;52 (3):415-472.
  • 4. Destro M, Cagnoni F, Dognini GP et coll. Telmisartan: just an antihypertensive agent? A literature review. Expert Opin. Pharmacother. 2011;12 (17):2719-2735.
  • 5. Hernández-Hernández R, Sosa-Canache B, Velasco M et coll. Angiotensin II receptor antagonists role in arterial hypertension. J. Hum. Hypertens. 2002;16 (Suppl 1):S93-S99.
  • 6. Jenkins TL, Coleman AE, Schmiedt CW, Brown SA. Attenuation of the pressor response to exogenous angiotensin by angiotensin receptor blockers and benazepril hydrochloride in clinically normal cats. Am. J. Vet. Res. 2015;76 (9):807-813.
  • 7. Jepson RE, Elliott J, Brodbelt D, Syme HM. Effect of control of systolic blood pressure on survival in cats with systemic hypertension. J. Vet. Intern. Med. 2007;21 (3):402-409.
  • 8. Jepson RE. Feline systemic hypertension: classification and pathogenesis. J. Feline Med. Surg. 2011;13 (1):25-34.
  • 9. Payne JR, Brodbelt DC, Luis Fuentes V. Blood pressure measurements in 780 apparently healthy cats. J. Vet. Intern. Med. 2017;31 (1):15-21.
  • 10. Rüster C, Wolf G. Reninangiotensin-aldosterone system and progression of renal disease. J. Am. Soc. Nephrol. 2006;17 (11): 2985-2991.
  • 11. Taylor SS, Sparkes AH, Briscoe K et coll. ISFM consensus guidelines on the diagnosis and management of hypertension in cats. J. Feline Med. Surg. 2017;19 (3):288-303.
  • 12. Williams TL, Peak KJ, Brodbelt D et coll. Survival and the development of azotemia after treatment of hyperthyroid cats. J. Vet. Intern. Med. 2010;24 (4): 863-869.

Conflit d’interets

Aucun.

RÉSUMÉ

OBJECTIFS

Évaluer l’efficacité et l’innocuité du telmisartan dans le traitement de l’hypertension artérielle systémique chez le chat.

MÉTHODE

Étude randomisée en double aveugle, prospective et multicentrique (51 centres). Sont inclus 252 chats adultes hypertendus, sans lésion d’organes cibles et avec une pression artérielle systolique (PAS) comprise entre 160 et 200 mmHg (méthode Doppler), répartis en 2 groupes. L’un reçoit 2 mg/kg/j de telmisartan par voie orale, l’autre constitue le groupe placebo. Une phase d’efficacité de 28 jours est appliquée pour tous. Elle est suivie d’une phase d’utilisation prolongée de 92 jours pour le groupe traité.

L’efficacité est définie par la notification, au 14e jour (D14), d’une différence significative dans la réduction de la PAS entre les 2 groupes et, au 28e jour (D28), par une diminution de plus de 20 mmHg de cette pression par rapport à la valeur initiale dans le groupe “telmisartan”.

RESULTATS

• Au total, 252 chats hypertendus sont inclus dans la phase d’efficacité et 144 dans la phase d’utilisation prolongée.

• À D14, la réduction moyenne de la PAS diffère significativement entre les groupes. Le telmisartan permet de réduire la pression moyenne initiale (179 mmHg) de 19,2 mmHg à D14 et de 24,6 mmHg à D28. La PAS moyenne initiale dans le groupe placebo (177 mmHg) diminue de 9,0 à D14 et de 11,4 mmHg à D28.

• À D28, la proportion de chats dont la PAS est inférieure à 150 mmHg ou qui présentent une baisse de plus de 15 % par rapport à la valeur initiale est significativement plus importante dans le groupe traité (85 sur 165, soit 52 % versus 22 sur 87, soit 25 %).

• Dans le groupe “telmisartan”, la PAS diminuée persiste jusqu’au 120e jour.

• La proportion de chats avec au moins un effet secondaire est la même dans les 2 lots (30 % environ).

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